CHAPITRE XVIÎ
àOO^OûO Ihalers, qu^on exigea avec beaucoup de rigueur. En Batiëre , où Ton n'avait presque pas éprouvé les malheurs de la guerre, il n'y eut qulngolstadt, dont le siège faillit coûter la vie au roi % et les habitans de la campa* gne qui firent résistance. Toute taSouabe protestante embrassa le parti de Gustave-Adolphe. Bernhard de Saxe-Weimar porta les armes de la Suède jusqu'aux bords du lac de Constance et au pied des montagnes du Tyrol. On négocia une alliance avec les Suisses ^ ils permirent des enrôlemens pour le compte du roi : « Lltalie commença de trembler, dit Richelieu , pendant que Tienne exprimait hautement ses craintes. » Les paysans rebelles , dans r Autriche supérieure , avaient déjà demandé du secours aux Suédois.
Ce fut alors que se montra Wallenstein. Il chassa de la Bohême les Saxons, endormis dans des négociations , et , réuni à Félecteur de Bavière, il se présenta bientôt à Eger. Gustave-Adolphe avait tenté vainement de s^opposer h celte jonction par une marche rapide *, il lui foliut penser à protéger Nuremberg menacé. Il n'avait que dix-huit mille comballans * à opposer à soixante mille*, mais Nuremberg avait trente mille hommes en état de prendre les armes, et il enferma la ville dans un camp retranché, garni de trois cents pièces de canon. Un récit de ce temps dit que Wallenstein vint à Nuremberg avec Féclair et le tonnerre et qu'il mit le haut Palalinat en flammes '^ il fortifia aussi son camp. Sur une hauteur appelée Yaneienne moniagne^ Wallenstein s'empara d'un vieux chftteau abandonné appelé l'ancien fort {alte reste) \ il le fortifia par des palissades et des bastions, ouvrit des tranchées qu'il défendit avec des arbres abattus *, les batteries étaient garanties par un grand nombre de tonneaux remplis de sable et de pierres^. Là, les plus grands capitaines de l'époque restèrent
* Il eut son cheval tué sous lai, et se relera en disant : « La pomme n'est pas encore mûre. » C'était le 20 avril, le jovr de. la mort de Tilly. Le roi n'entra A Munich que le 7 mtf.
* « In ail 1S,448 men, as I hâve seen it wrilten ont of the army. » {Smediêh intelligmeer^ t. 2, p. 240.)
* « Like Jupiter in the po€t — ail in thunder and light — ail in fire and tempest, he thakes and destroles the prince Palatines dominions and the poor protestant toiros before him. » (Swediëh intelligmcer, t.2 • p. 238.)
i. * jyewe Kriegk erimiea — e^dmcbt 1682. Clt<^ par
en présence , l'arme au bras , depuis le mois de juillet. Le monde attendait les évéhemens : « Mon armée est neuve , disait Wallenstein *, si elle perd une bataille , l'Allemagne et l'Italie sont en danger. Je veux apprendre au roi de Suède une nouvelle manière de faire la guerre * . >» L'armée de Gustave- Adolphe, portée à quarante-six mille hommes par les renforts que lui avaient amenés Oxenstjerna , Baner , les ducs de Weimar et d'autres , attaqua en vain le camp de Wallenstein-, le combat dura dix heures ».
Sckuh. Rriegs Ereignlsse um Nurnberg cin Jahre 1632. Nurnbcrg 1824.
* Swed. intellig., t. 3, p. 13 et 17.
» Avant que les renforts fussent arrivés, les maladies et les privations de toute espèce avaient déjà alRiibU les deux armées. Le camp de Wallenstein surtout était tourmenté par des mouches et par la vermine : la peste se déclara avec violence. Le camp suédois n'était pas en meilleur état : les chevaui y mouraient par milliers, et é tous les autres besoins il Tant ajouter celui de Teau. Cependant Wallenstein resta inébranlable dans sa position. Les maladies qui moissonnaient son armée l'inquiétaient peu : son ennemi se détruisait de la même manière. Mais Gustave Adolphe n'eut pas le courage d'eiposer son armée et les bourgeois de Nuremberg aux souAVances réunies de la Tamine et de la peste : devenu égal, sinon supérieur en rorccs par les secours quMl avait reçus, il résolut de mettre fln à ce genre de guerre. Dès le cinquième jour il sor* tit de son camp et rangea ses soldats aux bords da Regnitz, vis-à-vis d'Asbach et d'Altenberg. Il dirigea le feu de son artillerie sur ces hauteurs, mais sans pouvoir attirer Wallenstein hors de ses rctranchcmens. Celui-ci, protégé par la ri\ière, par des précipices et par ses ouvrages fortiûés, se contenta de faire harceler les Suédois par ses chasseurs. Gustave-Adolphe résolut alors d'attaquer le camp. Cette entreprise paraissait téméraire et pour ainsi dire impossible. Les généraux le blâmaient, les soldats en désespéraient; mais il ne fallait pas songer k changer la résoluUon du roi. La nuit du 23 au 24 août, il passa le Furth avec toute son armée et marcha droit à l'ennemi. Bemhard de Saxe- Weimar commandait la cavalerie , Nils Brahe l'infanterie, et Torstenson soutenait avec une nombreuse artillerie Tattaque , qui eut lieu avant le jour. La brigade blanche, conduite par le colonel Borth, avait déjà escaladé les remparts, lorsque les colonels Caraflli et Golloredo, et peu après Gallas et Altringer arrivèrent avec des renforts considérables. Les Suédois forent repoussés. Aux premiers coups de canon, Wallenstein sauta de son lit et monU à cheval : « Le vieux château [alU /^wfc) est pris, crièrent les soldats. — Ce n'est pas vrai, répondit-ll ; Dieu luimême ne me l'arracherait pas. » Et en même temps il so jeta dans la mêlée. Mais il trouva les Suédois en pleine retraite. Gustave-Adolphe donna Tordre de remonter & l'assaut. Les Suédois firent tous lours eflRprts; mais
La disette et les maladies ayaienl fait plus de ravages que les combats journaliers-, on évalue à 29,000 le nombre des morts à Nuremberg pendant le séjour des Suédois. Le roi laissa Oxensljerna et Kniphausen pour dérendre la ville, et en sortit le 8 septembre, avec son armée réduite de moitié, sans être inquiété par Wallonstein, qui, peu de jours après, incendia son camp et effectua sa retraite.
Dans le camp de Nuremberg , où Gustave- Adolphe avait sous ses ordres la plus grande armée qu'il eût jamais commandée dans le cours de ses campagnes , les liens de la discipline se relâchèrent plus qu'ils n'avaient fait dans le camp de Werben. On peut le voir par la violence des ordres du jour du roi aux officiers rassemblés : « Vous, princes , seigneurs et nobles, qui aidez à la ruine de votre patrie, mon cœur se soulève , mes entrailles s'émeuvent, lorsque je vois qu'on regarde le soldat suédois comme plus brigand que l'ennemi. Mais ce ne sont pas les Suédois , ce sont les Mlemands qui se portent à ces excès. Si j'avais su que vous , Allemands , vous portiez si peu d'amour à votre pays, je n'aurais pas fait équiper un seul cheval pour vous aider, encore moins aurais-je hasardé ma vie et ma couronne pour vous *. » Baner fut blessé à Nuremberg; Torstenson avait été fait prisonnier à l'attaque du camp de Wallenstein. Un boulet de canon emporta la semelle de la botte du roi, et un officier fut tué à son côté ; le duc de Weimar y perdit son cheval.
Le roi et le duc de Friedland, après avoir levé leur camp de Nuremberg, séparèrent leurs
des obstacles se montraient insurmontables. Toutefois le combat continua. I^s Bavarois, qui s'étaient laissés emporter A la poursuite des Suédois, Turent assaillis. Carafni fut tué» et Cbièsa, l'un des héros des Wallons le soir de la bataille de Leipzig, fut emporté du lieu du combat mortellement blessé. Altringer se trouva tout A coup entouré de Suédois; mais sa présence d'esprit le sauva. Wallenstein perdit un cheval, ainsi que Bernhard de Saxe. Torstenson fut fait prisonnier. Erik Hand, avec une grande partie de la brigade suédoise, y trouva la mort. Cronberg, un des plus vaillans ofllclers des impériaux, et Fugger périrent aussi. Les Suédois gardèrent le champ de bataille, et Wallenstein resta dans son camp. Les Suédois avaient perdu deux mille hommes ,et les impériaux un peu moins. Gustave- Adolphe était mécontent de lui-même et du combat : « C'était trop, disait-il, pour une bagatelle, et trop peu pour une action sérieuse. »
• Voyez Swed, intelHgencer^
armées. Gustave laissa Bernhard de Saxe on Franconie, à la garde du Rhin j lui-même passa le Danube et le Lech et entra en Bavière où Fennemi , grossi des troupes arrivées d'Italie , eut quelques succès. Wallenstein envoya un corps de Bavarois pour étouffer la révolte des paysans en Autriche ^ Gallas eut mission d'aller soutenir Holk, qui, avec ses brigands, avait envahi le Meissen , et le duc de Friedland s'approchait lui-môme de la Thuringe*. Une chose certaine, c'est qu'il était du plus grand intérêt pour Gustave-Adolphe de conserver ses conquêtes au sud de l'Allemagne, où Horn, maître de Strasbourg, dominait sur le haut du Rhin. Le roi posa effectivement les fondemens de la ligue entre les protestans des quatre hauts cercles , alliance qui fut conclue après sa mort à Heilbronn*. Mais il est certain aussi que son mouvement vers le midi , lorsqu'il quitta Nuremberg, avait pour but d'attirer Tennemi de ce côté, et que c'était pour sauver la Saxe qu'il voulait faire de la Bavière un nouveau théâtre de la guerre >. Ce plan réussit mal : l'électe^ir de Bavière se sépara de Wallenstein pour défendre son pays , mais ce dernier ne fit pas un pas pour aider Maximilien. Des récils contemporains présentent avec autant de détail que de vraisemblance son projet. Il fallait du temps
I Su>ed, intelligêneet, t. 3, p. S2 ; RbevenhQller, t.l2, p.l75, et Francbeville, p. 203).— Guaido lal-méme, officier au service de Wallenstein, dit des Croates de Holk, en Saxe : « Ils avaient Imaginé un nouveau genre de torture pour tirer jusqu'au dernier sou des malheureui Saions : Ils dépouillaient hommes et femmes, sans distinction ,et dans cet état ils les faisaient déchirer par des chiens affamés qu'ils traînaient avec eux pour cet infAme usage. » (Francheville, p. 192.) — « Their villang iras 80 great, tbat, afler abusing the vomen, in satisfjing their filthy lusts, they did barn them and theIr familles. » (Monro, t. 2, p. 157.)
' « Es stand zvar der Kdnig mit dem roehrem Theil evangelischer Stande In particulier-alliancen : dieselbige aber vermochten nicht den Stein zu beben, sondern es befond sich, dass allen unheil vollig lu begegneneine einmuthige General Verfassung hochnOthlg ware. Den Grundstein dazu gleichsam eu legen. resolvlrle der Konig, einen couvent der vier Ober, als des schwabischen , Frankischen und beyder Rheinisebe Creisse nach Ulm zasammen zutagen. » (Chemnitz, 1. 1 , p. 435.)
*On lit dans le Thêatrum Euwpotum :«Durch Einnehmung der vesten œrter des Baier Landes, des Feindes Hacht nach sich zu ziehen, des Donaustrom sich zu versichern und so fort sedem belli In die Oestreichischc lande zu transferiren, » (T .2, p. 746.)