‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 184 sur 275 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

pour se rendre ensuite comme minisire plënipolenliaire du roi dans la haute Allemagne. L'armée se dirigea sur Erfurt : le roi la passa en revue dans une belle plaine non loin de la ville. Elle reçut une nouvelle organisation. Plusieurs régimens furent refondus ^ ceux des Ecossais et des Anglais, étant trop faibles, furent dissous. On comptait douze mille hommes d'infanterie et six mille cinq cents de cavalerie. Ce furent toutes les forces avec lesquelles le roi livra la bataille de Lutzen '. A Erfurt, où il arriva le 28 octobre, il visita d'abord le gouverneur, le duc Guillaume de Weimar, qui était malade. La reine se trouva à sa rencontre sur la place de la ville. Il soupa avec elle et le comte Ernest de Saxe-Weimar; ensuite il passa la nuit entière dans sa chambre à lire des lettres, donner des ordres et expédier des courriers. Il se leva de bonne heure, fit de tendres adieux À son épouse (c'étaient les derniers!), exhorta les bourgeois d'Erfurt à la fidélité envers elle, s'il lui arrivait quelquechose, monta à cheval et partit avec son armée K

Sur ces entrefaites , Wallenstein avait pris Leipzig; il avait fait ensuite un mouvement vers Torgau , puis il s'était rallié à Pappenheim , près de Mersebourg , le même jour que le roi arriva à Erfurt : a Les Suédois avaient pour ainsi dire volé et fait des marches incroyables,» dit un ofilcier de Wallenstein'; c'est pour cela que l'arrivée du roi surprit l'ennemi. Pâppenbeîm avait conseillé à Wallenstein de se porter avec toute ses forces sur Erfurt, lorsqu'on apprit que le roi était en pleine marche de ce c6té. Wallenstein se rendit en hâte à Weissenfels et envoya occuper les défilés de Saale, prés de Naumbourg, où il n'avait qu'un faible avant-poste. Il était trop tard; Naumbourg était déjà au pouvoir du roi, qui passa la Saale le 30 octobre. Les habitans s'agenouillaient à son passage et élevaient leurs mains vers lui comme vers leur sauveur : a Je crains que le Dieu tout-puissant ne me punisse de ce que le peuple m'honore comme un Dieu* » Les armées étaient si rapprochées que les avant-

* « And thU vai the kings vhole strengfat (tod tfter tbe largest rechonig too) in Uie dayoflhe gr^i baltel or Lâtzen. » {Swed. intelUg,» i. 3, p. 69.}

• Suivanl une relation citée par Philippe ( DerToi Gustaf Adolphs. Leipz. 1832], la reine le suivit jusqu'à Naumbourg, et prit congé de lui le h novembre.

^ Guaido, dans FranehevUlc, p. 206.

postes en venaient tous les jours aux mains ; mais auctm des chefs ne paraissait disposé à tenter la bataille. Gustave-Adolphe avait fait faire les premiers travaux d'un camp fortifié prés de Naumbourg. Wallenstein se retrancha de son côté. La diflBculté des défilés entre Weissenfels et Naumbourg l'empêcha d'attaquer de front cette dernière ville \ il consulta ses généraux, qui n'étaient pas d'avis qu'on en vînt à un engagement général. Le roi avait déjà pris une position avantageuse et fortement retranchée \ la saison était fort avancée. L'ennemi menaçait d'avoir l'avantage aux bords du Rhin ; Pappenheim reçut du général la permission do s'y transporter : chemin faisant, il devait chasser les Suédois du château de Morilzbourg, près de Halle. On regardait comme peu vraisemblable que l'armée suédoise, inférieure en nombre, osftt attaquer les impériaux. Wallenstein traça le plan des quartiers d'hiver et se retira vers Lutzen. Un officier espagnol de son armée raconte que cette manœuvre était conforme h un projet secret. Wallenstein avait dessein de marcher de Lutzen à Mersebourg pour être plus prés de Pappenheim , à Fattaque que le dernier devait faire sur Halle *, il avait déjà envoyé les colonels Contreras et Suys à Allenbourg et à Zvickaq : il espérait que le roi , profitant de cette circonstances, pousserait avec son armée Jusqu'à Dresde; alors lui, Wallenstein, pourrait tomber avec toutes ses forces réunies sur le derrière de l'ennemi*. Il avait donné ordre à Gallas de s'approcher de la Bohème \ celui-ci n'arriva pas assez tôt pour assister à la bataille de Lutzen *.

Les derniers jours de Gustave- Adolphe ont de l'importance à nos yeux *, aussi les tracerons-nous avec les plus grands détails. Le roi arriva le jeudi 1*' novembre (vieux style) à Naumbourg; il y resta jusqu'au lundi, passant la nuit dans la ville et le jour dans le camp; mais il fut obligé, à cause du froid, de faire loger l'infanleric dans la ville. Le dimanche , un paysan saxon lui apporta une lettre du général impérial comte Colloredo et adressée au colonel de son régiment cantonné à Qucrfurt. Ce paysan rapporta que Wallenstein s'était rendu à Lutzen et que Pappenheim marchait sur Halle. On tint un conseil de guerre

• Swwi, inteUig., t. 3, p. U3; Khevenhâller, t, 2, p. 1U7.

* Fôrster, ff^allens teins Briefe, t. 2, p. 278.

avec le duc Bernhard et le général Kniphausen : ce dernier fut d'avis, et son opinion prévalut, qu'il fallait éviter la bataille. Le roi, en quittant Naumbourg, était dans Fintenlion d'aller à la rencontre des troupes de Télecteur de Saxe et du duc George de Lunebourg -, il comptait se réunir à ces deux princes. Le duc George, cantonné dans la basse Saxe, avait reçu promptement des ordres à cet égard ; ce prince , qui avait fait assurer au roi « qu'il ne^ connaissait pas de gloire plus grande que cellé^e répandre son sang pour le roi et le salut public ', » suivit ses projets particuliers et ne parut pas plus que l'électeur à la bataille de Lutxen '.

Ce fut le 5 novembre , à quatre heures du matin , que le roi quitta Naumbourg avec son armée. A moitié chemin de Pegau , à dix heures du matin , on reçut la confirmation de la nouvelle du départ de Pappenheim et de ses troupes , et l'on apprit que celles de Wallenstein campaient dans des villages de Lutzen sans songer à une attaque. Le roi disait : a A présent Je crois vraiment que Dieu m'a livré

* « Ih. KOnfgl. Majst. ^ verden sicherlich und gevisa dahin halten, dass Seine FunUiche Gnaden begierig sey Ihr filut far J. MiU* und das gemeine Wesen zu venpriUen, gestallt Sic den keine grôsere Ehr in dieser Welt begehren, als solches in offerirenden Occasionen an den Tag zu geben und réaliler soivohl als corporaliter zu demonstriren. » (Voyez von Decken, Herxog Georg, vonBrautuch. undLUneburg, t.2.)— Le duc, au lieu d'aller À la rencontre du roi, se réunit aui Saions et fut ÀTorgau. On dit que son corps était de bult mille hommes; mais les principales forces de la Saxe étalent sous les ordres d'Ârnheira, en Sllésie.

' Gustave-Adolphe se plaignit, la nuit qui précéda la bataille, du peu de fidélité du duc George de Lunebourg. La dernière lettre du roi à Télecteur de Saie est datée de Naumbourg, le 4 novembre. Il le prie de marcher immédiatement sur Eulenbourg, et il lui donne rendez-vous a Grimma. {Swed, intelîig.). Le duc Bernhard cite cette lettre dans son Mémorandum du li novembre à Télecleur, dans lequel il demande la réunion des troupes saxonnes à Tarmée qui venait de remporter la victoire. Il s'exprima en ces termes : « Weil Golt Ihro furst. Gnaden in dicsem beygestandien und der Feind, allso In Schrecken sich retirirt, als befinden Ihre furst. Gnaden hochnôthigst(auch Ihro Kônigl. Majst. selben Bfeinunge nach , im massen das letzte abgegangne Schreiben} Ihro Churf. Durchl. zu Sachsen môchten sich darin rosolviren , darumb den Ihro furst. Gnaden , als ecnir in Diensten von Ihro Kônigl. Majst. zu Scbweden, wollen gebeien haben, dass Ire Churf. Durchl. ihren Leulen die ordre ertheilen mOchten sich mit der Kooigl. Armée zu conjugiren , zu dem Behuf den hro furst. Gnaden Herzog Bernhard d. qauf Pejâ (Pegau) und den 10 auf Grimma marchiren woliten. »

les ennemis. » Et il résolut d'attaquer Wallenslein. Il fit occuper Weissenfels, abandonné par les impériaux. Le comte Rudolphc Colioredo, envoyé à la recherche des derniers cent hommes qui s'étaient attardés , vit du haut du château de Weissenfels l'armée suédoise qui s'avançait du côté de Lutzen ; il fut le premier qui en avertit Wallenstein. Celui-ci expé* dia de suite à Pappenheim Tordre de revenir sur ses pas, parce que l'ennemi en pl<^nc marche était déjà parvenu aux défilés. Cetlo lettre teinte du sang de Pappenheimest déposée aux archives de Vienne '; il la portait sur lui lorsqu'il reçut le coup de la mort. Ce passage difficile était celui de Rippach, village situé sur un ruisseau du même nom qui coule au milieu de prairies profondes , entre des hauteurs d'où sortent les plaines immenses de Leipzig ci de Lutzen. Le roi , après avoir culbuté les Croates dlsolani dans ces défilés, descendit dans la plaine, que la nuit couvrait déjà, et rentra dans sa voiture avec Kniphausen et Bernhard de Weimar; l'armée bi vaqua pendant la nuit. Le trouble régnait dans le camp ennemi -, trois coups de canon rassemblèrent tous les régimens. Des ordres furent envoyés dans toutes les directions pour faire rentrer le plus vite possible les absens dans le camp ; les régimens furent placés en ordre de bataille à mesure qu'ils arriTèrent. Des dragons et des pionniers passèrent la nuit à creuser plus profondément les fossés qui bordaient la chaussée qui conduit de Lutzen à Leipzig; ils pouvaient aussi servir à couvrir les mousquetaires. — Wallenstein s'était placé au nord de cette chaussée, qui protégeait le front de son armée. Son aile droite s'appuyait sur la ville de LuUcn et sur les moulins qui la précèdent; Tinl^valle était occupé par des mousquetaires. L'aile gauche s'étendait au loin dans les champs (Pappenheim devait se réunir à ce corps), à peu de distance des Flossgraben, canal qui joint la Saale à l'Elster et qui traverse la plaine dans la direction du sud-ouest. Quatre fortes brigades d'infanterie , composées chacune de plusieurs bataillons , occupaient le centre de l'armée impériale : Wallenstein s'y trouvait en personne. D'immenses carrés de dix hommes de profondeur, avec de plus petits aux angles, avaient l'air de citadelles accompagnées de leurs ouvrages avancés; devant eux, sur • Fôniler, fVallmsieins Brie f 9, t. 2, p. 273.

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