‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 185 sur 275 · CHAPITRE XVir · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVir

la chaussée , ils avaient une batterie de sept camms, batterie qui devait devenir l'objet d'une lutte si sanglante; le reste de rartillerie dominait le front de la hauteur des moulins et dans une direction oblique. Sur la gauche des masses d'infanterie dont nous venons de parler, on voyait en colonnes serrées lés cuirassiers de Piccolomini , contre lesquels se brisèrent les efforts des Suédois dans le choc où le roi perdit la vie; à droite s'allongeaient également de profondes colonnes de cavalerie , puis d'infanterie; et à l'extrémité des ailes, encore des Croates. Pour arriver en face de l'ennemi, les Suédois avaient été obligés de franchir le fossé, et leur aile droite s'étendit un peu en avant dans le premier ordre de bataille.

Il y a différentes versions sur les forces de Wallenstein. Des prisonniers suédois qu'il avait fait interroger par Pappenheim à Weissenfels, ont entendu parler de 50,000 hommes * ; les prisonniers pouvaient s'assurer par eux-mêmes de l'exagération de ce chiffre. Au reste, ce qui peut donner une idée de ce qu'était une armée de Wallenstein, c'est qu'elle ne traînait pas à sa siHte moins de 10,000 femmes de soldats du (rain et d'enfans. Dans les bulletins qu'il adresse à l'empereur après la bataille, Wallenstein n'évalue ses forces qu'à 12,000 hommes, assertion peu vraisemblable, mais que les catholiques ont acceptée comme vraie. Gustave-Adolphe estima que son ennemi pouvait avoir 30,000 hommes environ , à en juger à la première vue et sur l'étendue de son front de bataille \ Au reste , suivant les recherches d'un auteur moderne qui a décrit cette bataille, on peut présumer que les forces de Wallenstein s'élevaient à 20,000 combattans , même après que Pappenheim en eut emmené 10,000 '.

Une partie de l'aile droite des Suédois ne put passer le fossé qu'à la première attaque. Leur ordre de bataille était le même qu'à Leipzig : toute l'armée sur deux lignes ; l'infanterie sur six, la cavalerie sur trois ou quatre hommes de profondeur; l'infanterie au centre, la cavalerie sur les ailes, de telle sorte cependant que celleci était partout entrecoupée de pelotons de cinquante à cent mousquetaires. Le roi commandait l'aile droite : elle se composait de six régimens de cavalerie , finnois , visigolhs ,

* Ibid., p. 133.

* Vincke, Die Sehlacht Uy iMtxen, Berlin 1833.

sudermaniens , upplandais , smâlandais , en première et la cavalerie allemande en seconde ligne. Le centre comptait huit brigades d'infanterie, dont trois en première ligne: prèsduroiétaientcellesdesSuédois, le régiment jaune , et le régiment bleu du colonel Winkel. Le comte Nils Brahe commandait la première ligne ^d'infanterie, le général Kniphausen la seconde. L'aile gauche, sous le duc Bernhard, était formée de six régimens de cavalerie , allemands, courlandais et livoniens. Derrière l'infanterie on plaça une réserve de deux régimens, l^m à pied commandé par l'Écossais Hendcrson, l'autre à cheval sous le colonel OEhm, du Palatinat*. Devant chaque brigade étaient rangées cinq pièces de gros calibre, quarante plus légères étaient réparties devant chaque ^ peloton de mousquetaires placés parmi la cavalerie ; il y avait en tout soixante pièces d'artillerie. Une partie du bagage était restée à Naumbourg; le reste avait été amené au village de Meuchen, de l'autre côté du fossé.

Le mardi 6 novembre 1632, la plaine de Lutzen était couverte d'un brouillard épais qui ne commença de se dissiper que vers le milieu du jour. L'armée suédoise se mit en prière et chanta le psaume de Luther : <( Notre Dieu est pour nous un chàjeau fort , » après quoi le roi entonna un autre chant religieux *. Depuis la blessure qu'il avait reçue à Dirschau , la cuirasse le gênait ; il estimait peu du reste celle du moyen âge, à cause de sa pesanteur , et il la supprima presque entièrement dans son armée. (( Dieu est ma cuirasse , » dit-il lorsqu'on lui apporta la sienne. Il monta à cheval sans avoir mangé. Têtu d'une veste de buffle et de son pardessus habituel , il parcourut les rangs et adressa les paroles suiyanles à ses guerriers* : (( Chers compatriotes , \oici le jour où vous devez montrer au monde ce que vous avez appris dans tant de combats. Le voilà cet ennemi; il n'est pas retranché comme à Nuremberg sur une haute montagne , mais il se présente en rase campagne. Vous savez qu'il a évité les plaines et qu'il n'a accepté une bataille rangée qu'à contre-cœur et parce qu'il n'a pu fuir davantage. Préparez - vous , montrez - vous comme de braves soldats que vous êtes ; tenez ferme et combattez vaillamment pour votre

* Sw9d, intellig.t t. S, p. 129.

'Chemnllz, t. l,p. 464.

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IreligioD , votre patrie, votre roi. Je vous récompenserai tous, et vous aurez raison de me remercier. Mais si vous vous conduisez lâchement , pas un de vous ne repassera la Baltique et ne reverra sa patrie. Dieu vous conserve tous ! » Il parla ainsi aux Allemands : « Mes braves frères et camarades, je vous conjure par tout ce qu'il y a de sacré et dans rintérét de notre gloire de faire aujourd'hui votre devoir comme vous Tavez toujours fait , depuis que vous êtes avec moi et surtout, il y a plus d'un an , presque aux mêmes lieux : alors vous avez battu le vieux Tilly et son armée ; j'espère que Teunomi qui est devant vous n'échappera pas au même sort. Attaquez avec courage. Vous allez combattre non-seulement sous mes yeux, par mes ordres, mais encore à mes côtés ; Je marcherai à votre têteet je vous donnerai l'exemple en exposant ma vie. Suivez-moi. Dieu, je l'espère, vous donnera une victoire dont le souvenir vivra dans la postérité. Autrement c'en serait fait de votre religion , de votre liberté et de votre salut dans ce monde et dans l'autre. »

Wallenstein ne fit point de harangue % il se contenta de donner le mot d'ordre*, il était le même qu'à Leipzig. Les Suédois avaient : Dieu avec nausj et les impériaux : Jésuij Marie. 'Bcrnhard de Weimar et les autres généraux reçurent du roi ses derniers ordres. Après son allocution aux soldats, accueillie par les deux nations au bruit des armes et avec des transports d'allégresse, le roi s'écria en regardant le ciel : « Commençons, au nom de Dieu. Jésus, Jésus , Jésus , fais-nous combattre aujourd'hui pour la gloire de ton saint nom. » Il agita son épée au-dessus de sa tête et cria : « En avant/* » Le vent apportait de Lutzen des brandons enflammés , les impériaux y avaient mis le feu. Le roi avait alors auprès de lui le duc François- Albert de Saxe-Lauenbourg, son maréchal de courKreilsheim, son chambellan Truchsess, son page Leubelfing , plusieurs officiers des régimeus dissous à Erfurt, qui remplissaient les fonctions d'aides de camp, et deux palefreniers.

Vers les dix heures le brouillard se dissipa

' WtidsteiD, par M seule présence et U sévérité de son silence, semblait faire entendre à ses soldats qu'ainsi qu'il avait accoutumé de faire, il les récompenserait ou chAlierait. {Mém. de Richelieu, t. 7,p. 25S.)

■ « Thés said , he drew out his sword , which warving over his liead, be advanced forvard, tbe fonnost or ail bis irmy. » (Swed. intelUg., t. 3, p. W.)

pour quelques inslans * et le soleil parut dans tout son éclat. La canonnade commença arec quelque avantage du côté des impériaux ; les Suédois marchèrent droit aux batteries de l'ennemi. Quelques boulets vinrent tomb^ aux pieds du roi , qui changea de cheval pendant que les soldats avançaient*. En approchant de la chaussée, on fut reçu par une vive fusillade, partie des fossés et des remparts, dernére lesquels étaient postés les mousquetaires. Quelques-uns disent que l'infanterie n'avançant pas assez Yite au gré du roi , il lui adressa des re- (HTOches et saisit une pique avec l'intention de se mettre h la tête des assaillans ; mais il eo fut empêché par les cris et les prières des soldats ; il monta ensuite à cheval et prit le commandement de la cavalerie'. L'attaque se fit avec une telle impétuosité que les trois brigades du centre de l'infanterie suédoise sous les ordres du comte Nils Brahe traversèrent la chaussée, emportèrent la batterie ennemie du côté opposé et culbutèrent deux immenses carrés. Au moment où ils allaient assaillir le troisième y les impériaux, renforcés de leur réserve et de leur cavalerie, vinrent leur opposer des forces supérieures. Les canons furent repris et les Suédois repoussés de l'autre côté de la chaussée. Une partie de la cavalerie suédoise qui s'était d'abord arrêtée aux fossés, les avait franchis ensuite, et le roi était un des premiers. Il ôla son chapeau et remercia Dieu en apprenant que la batterie avait été emportée. En face étaient les Croates et les cuirassiers impériaux, ceux-ci garnis des ineds à la tête de sombres armures. Le roi, les désignant de la main, disait au cotaoel finnois Stftihandske : k Attaquez ces braves noirs, ils nous feront du mal *. » Dans ce moment on lui annonce que l'infanterie plie. Il se met à la tête de la cavalerie smâlandaise'* pour voler à son secours ^ mais son ardeur l'entratoe loin de ses soldats , et le brouillard se répandant de nouveau , il tombe au milieu des cuiras-

* Mémoires de Richelieu, t. 7, p. 258 ; Fôrster, ITallenstein Briefe, t. 2, p. 336.

* Richelieu f I. c.

* Harte, Hietory of the Life of Gn$î.-Aà., t. %, p. 366 ; Goaldo (FranchevUle), p. 2J8.

4 « Tbus much did Stalhandske hinuelf oftentimes, and at table^ relate unlo divers gentlemen of our Qition. [Swed. iniellig., t. 3, p. 134.)

* Le colonel Frédéric Stenbock éUnt blessé an pied, le ro! prit le commandement du régiment. (Voyez la relation da trompette Jôns miosson, 1. c.)

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