CHAPITRE XYIL
tiers. Son cheTal est blessé ao (sou d'une baOe de pistolet *, iui-mème en reçoit une qui lui fracasse le bras gauche. Il prie le duc de Saxe- Lauenboarg de remmener hors de la mêlée. Au même moment un nouveau coup le frapiie au dos ^ il tombe de cheval , et son pied se trouvant engagé dans Tétrier, il est tratné ainsi à quelque distance. Le chambellan Truchsess vit ttrer ce coup par un ofBcier impérial ' qui fut immédiatement tué lui-même par Luchau , écuyer du duc de Saie-Lauenbourg *• Un de ses palefreniers était tué , Taulre blessé '. De toute sa suite il ne restait auprès de lui que son page allemand , Leubelfing. Ce Jeune homme y âgé de dix-huit ans, et qui mourut quelques jours après la bataille , a donné dans ses derniers momens des détails qu'on a écrits et qui sont arrivés jusqu'à nous. Ils portent que lé roi étant tombé de cheval , le jeune homme avait mis pied à terre et avait offert le sien au monarque; que le roi lui tendait les mains, mais
* Jtichelieu, t. 7, p. 260.— KhevenhûUer dit que le roi reçut ce coup à la tête : « Die relation, so der kajserlichen Majestat dièses Todeshalber in Hoc passu ûl)erscblcht worden, meldet : ^ie der KOnfgseinen fliebendMi VOlketD habs fa bQlfe Kommen vollen , habe efn Keiserlicber Korpersl eipcn Mnsketier beg hand gCDomonen, mit verroeldeii, weil er gescben , dass jedernian vor dem KOnige weiche und ihm platz gemacbt : « Aur dieseo schiesse : denn dieser îst was virDchmes. » Darauf er augeschlagen , losgebrenot und dem KOnige der Am dnrehsehossen» darauf ein kijseriicber squadrpo Reiter angesetzt darunter elner in einir blaocben Ruslung, so der obérât lieutenant von florenlinischen régiment von Falkenberg sol! gewesen seyn, den Kônig durch den Kopfgcscbossen, dasser vom pferde auf der Brde gefallen und ausgezogen worden. » (KheTenhailer* t. Z, p. 191.)
* Swed. intellig,, L 3, p. 137.— « Falkenberg, lieulenanl-colonel d'un régiment de cavalerie impériale, poussante tonte bride droit au roi, sans que personne crût qu'il fâl des ennemis, lui lira de dii pas un coup de pistolet qui lui donna au milieu du dos et qui le fit tomber à terre. A l'instant Técuyer du duc François, courant après le cavalier, lui donna un coup d'épée. » {Richelieu, t. 7, p. 360.) Une lettre particulière du duc François de Lauenbourg A Wallensteln, quelques semaines après la iMIaiile (Fôrster, t. S, p. 257), constate que eet écuyer du duc, qui n'aurait pu venger la mort du roi si son propre maître eût été l'assassin, se nommalt Luchau, comme il est appelé dans Swedieh înieiUg. Le duc renvoie A V^allenstein un domestique qui avait été pris et demande A la place le père de son écuver Luchau , prisonnier chez les Impériaui ; Il lui fait pour cela des offres de service. Ainsi n'eût pas écrit celui qui aurait pu se faire un mérite de la mort de Gustave-Adolphe.
' Voyez la relation du trompette Jôns Mlnsson*
que le page était trop faible pour Tenlever de terre; que des cuirassiers ennemis étaient accourus et avaient demandé le nom du blessé ; que le page n'avait pas voulu le révéler, mais que le roi Tavait dit lui-même et avait reçu aussitôt sur la tète le coup qui lui donna la mort *. Le récit du duc Bernhard de Weimar est parfaitement conforme à celui-ci *. Il ajoute que ces cuirassiers avaient percé le roi de plusieurs coups d'épée et Tavaieiit entièrement dépouillé. Adler Salvius cite la lettre écrite au sénat par Grubbe, secrétaire du roi. Il y est dit : « Le roi s'étant mis à la tète du régiment de Stenbock , qui s'était trouvé au milieu des ennemis pendant Tépaisseur du brouillard , fut d'abord blessé au bras gauche, de sorte que l'os perçait la manche de rhabit; qu'ensuite il avait reçu un coup entre les épaules et qu'il avait alors voulu se sauver, mais qu'il n'avait plus la force de se soutenir \ que son cheval l'avait tratné au milieu des ennemis ^ que l'un d'eux s'était approché de lui en lui demandant son nom, à quoi il avait répondu : u Roi de Suède ! » Que ce soldat essaya de l'entratner \ mais que la cavalerie suédoise était arrivée dans ce moment, et qu'en voyant le cheval du roi sans cavalier et couvert de sang , elle avait fait une
' Le récit est écrit par le père du jeune homme, le baron de Leubelfing, colonel au service de la ville do Nuremberg. Il fàt imprimé dans le journal de Murr, A Nuremberg, en 1776, t. 4, p. 66. Le jeune Auguste de Leubelfing mourut A Naumbourg , où Ton voit encore son tombeau dans l'église de saint Wentzel.
* Leubelfing est appelé Lasbelfin dans les Mémoire* de Richelieu, t. 7, p. 260. « Le roi étant A terre, Lasbelfin, qui était an de ses gentilshommes, sortant de la mêlée avec les ennemis et trouvant ledit roi A terre, le pria de mouler sur son cheval et se sauver, voyant les ennemis venir à lui ; mais il ne pouvait plus parler; et il arriva trois cavaliers impériaux qui demandèrent A Lasbelfin le nom du blessé. Il ne le voulait nommer, et leur dit quMl y avait A penser que c'était quelque officier. FAchés de sa réponse, ils lui donnèrent deux coups d'épée et de pistolet, prirent son cheval et le laissèrent pour mort, comme on l'a su depuis de luimême, qui mourut cinq jours après. Ensuite Tun d*eui donna au rei un coup de pistolet dans la tempe, qui l'acheva, et encore quelques coups d*épée, et puis le dépouillèrent, ne lui laissant que sa chemise. » — Guaido dit : « D'un premier coup de pistolet, Gustave fut blessé au bras , et d'une autre balle qu'il reçut dans le dos au-dessous de l'épaule droite, U fut renversé do son cheval et tomba mort. Telle fut la fin de ce grand roi. On ne peut rien dire sur cette mort; on ne saurait même pas ces circonstances si on ne les tenait d-nn jeune page qui servait le monarque. » (Francheville, p. 220.)
attaque désespérée; que le cavalier ennemi avait alors tiré à la tète du roi et s'était sauvé '.
Au commencement, Taile droite des impériaux dépassait Taile gauche des Suédois; c'est pourquoi le roi avait donné l'ordre à trois escadrons de la seconde ligne de passer à la première. Néanmoins Isolani, avec ses Croates, la tourna et attaqua les bagages en même temps que Finranterie était repoussée de Taulre côté de la chaussé. Cette attaque, qui occasionna du désordre dans Tarriére-garde et la mit presque en déroule*, fut cependant repoussée. Ce fut dans ce moment que le roi fut tué. Truchsess et Kreilsheim communiquèrent cette nouvelle affligeante au duc Bernhard de Saxe-Weimar, et celui-ci au major-général Kniphausen. Au dire du duc de Weimar, Kniphausen répondit que ses troupes étaient en bon ordre et qu'on pourrait faire une belle retraite. Cette réponse est en rapport avec son caractère : c'était un officier du plus grand mérite , prudent, à toute épreuve, brave, mais souvent malheureux et par conséquent se défiant de la fortune *. Bernhard lui ni répondre qu'il n'était pas question de retraite , mais de vengeance , de victoire ou de mort. La prudente fermeté du général Kniphausen et le brillant courage déployé par le duc Bernhard méritaient le prix du triomphe.
De l'aile gauche, qu'il laissa ù Niis Brahe, le duc courut à l'aile droite et prit le commandement en chef*. Le cheval errant de Gustave- Adolphe fut pour ainsi dire le premier guide pour l'armée. Le bruit que le roi était blessé et prisonnier parcourut les rangs. Les soldats se précipitèrent sur l'ennemi avec un tel acharnement que non-seulement la batterie fut reprise, mais toute la cavalerie impériale culbutée. Le désordre fut terrible dans les bagages** :
* La leUre est imprimée dans la bibliothèque suédoise, par Giorwell, 17(K), et datée de Hambourg, le 25 novembre 1632.
■ Voyez Rose, 1. 1, p. 367, note &4.
' Il avait coutume de dire qu'une once de bonheur vaut mieux qu'une livre d'intelligence. Il était chef de Tétat-maJor du roi. II paraît que ce grade avait été créé par ce grand monarque.
* D'après ses propres paroles (Richelieu, t. 7, p. 261), le due se mit à la télé du régiment de Stenbock, et il tua le lieutenant-colonel, qui ne voulait pas obéir.
^ Sur le plan de Wallenslein , tracé de sa main (communiqué par Fôrster), le bagage est désigné par ces mots : canallys, bagage (canailles, bagage), r.
plusieurs caissons d'artillerie sautèrent; une grande partie des cavaliers prirent la fuite, et un grand nombre de femmes s'emparèrent des chevaux du train pour les suivre. Des prisonniers suédois qui se trouvaient dans le camp ennemi entendirent les fuyards crier : « Nous connai»* sons le roi de Suède (sa mort ne leur était pas encore connue), c'est à la fin de la journée qu'il est le plus à craindre. » En même temps Taile gauche de l'armée suédoise, qui n'avait pas résisté sans peine k la nombreuse artillerie placée aux moulins, chassa également Teanemi de ce point et tourna contre lui ses propres canons. Ce fut alors que Pappenheim arriva sur le champ de bataille *. Sa première question fut : « Où commande le roi ? » Courageux , mais cruel et zélé défenseur de sa religion , il était de tous les ennemis de Gustave , celui que ce roi estimait le plus. Il se précipita au milieu de l'aile droite des Suédois , brûlant du désir de combattre son adversaire en personne. Il fut frappé de plusieurs balles et mourut de ses blessures (on dit qu'il fut tué par le colonel Slftlhandske , qui venait d'arracher des mains de l'ennemi le corps nu et sanglant du roi) \ mais son arrivée avait fait reprendre le combat avec un nouvel acharnement. La cavalerie et l'infanterie de Wallenslein s'étaient ralliées, et Bernhard de Saxe fut surpris du nombre de troupes fraîches qu'il avait à combattre *. Cependant l'attaque la plus impétueuse des Autrichiens fut soutenue avec vigueur par les Suédois, et jamais , lit-on dans un récit contemporain , une attaque ne fut mieux soutenue par des soldats qui avaient déjà combattu si longtemps. Les deux brigades d'infanterie suédoise qui étaient au centre, sous les ordres du comte Nils Brahe et du colonel Winkel, furent surtout abîmées : les impériaux formés en bataillons de deux à trois mille hommes , se jetèrent sur eux
* Voyez la lettre du résident Hellenius. Stralsund , 20 novembre 1632.
" « Bien étonné d'où lui venait tant de nouvelles troupes sur les bras. » {Richelieu, 1. c.)— « Tbe count or Pappenheim with bis Horse and dragooners arrlved *, Yihom some wili needs bave» to bave been in person at Ihe beginning at Ihe Baltel. — He being shol ~ tbe Waldsteiners, vrhom Pappenheims coming hed set on, fell to it closely. Piccoiomîni advanced, and Tersica. vith their cavallery, and the foot régiments seconded Ihem vritb the utmost resolution. And now hegan the sorest , the longest and the obsUnatest conflict , thct had been since the king vas kiiied. » {Su}ed, intellig** t. 3, p. H3.)