‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 189 sur 275 · MINORITÉ DE CHRISTINE. —TUTELLE · texte numérisé non relu

MINORITÉ DE CHRISTINE. —TUTELLE

La mort da roi ne fut pas [dutôt cosnae ea Suède, que le sénat convoqua les états en diète générale à Stoc^bolm, pour le 6 février 1633, et envoya immédiatement le comte Pierre Brabe en Allemagne pour offfir ses respects à la reine douairière et prendre les conseils du chancelier dq royaume a relativement à toutes les aSàires , et notamment sur la manière d« faire la guerre d'Allemagne f . » Dans ses lettres au chancelier, le sénat dit qu'il a appris que le

que Gustave-Adolphe vécut, Marie-Éléonore avait témoigné peu d*al!iBetion à sa fille. Le roi avait confié la princesse à la sœur Catherine , non sans eiciter les murmures d^ son épouse, qui n'aimait passa bellesœur. Mais ces rapports changèrent à la mort de Gustave-Adolphe; elle reporta alors toule son affection sur Tenfant dont les traits rappelaient eeux de son père. La petite princesse s'ennoyait d'être enfermée dans la chambre noire de sa mère, qui était toujours en larmes. Trois ans se passèrent ainsi ; mais lorsque Axel Oxenstjerna revint en Suéde, en 1636 , Christine fut enlevée des bras de sa mère et remise à la princesse Catherine. A ces contestations, il faut ajouter son défaut d'économie et ses dépenses, où elle ne gardait aucune mesure. Son mécontentement allait croissant» et elle parlait toujours de partir pour TAIlemagne afin (Vj voir ses parens. Le sénat l'en dissuada ; mais elle entama des négociations secrètes avec le roi de Danemark, Christian IV, dans le but d'obtenir son aide pour sortir du royaume. L'exécution de ce projet fut fixée au mois de juin 1640. À la faveur d'un déguisement, elle quitta le chftleau de Gripsholm , s'embarqua à Trosa sur un yacht qui fit voile pour Tile de Goltland, d'où deux vaisseaux de guerre danois qui l'attendaient la transportèrent dans l'Ile de Falslcr. Oxenstjerna se fâcha : elle perdit son apanage , et son nom fut proscrit des prières publiques. Elle ne fut pas contente de son séjour en Danemark , et le roi Christian ne fut pas fâché de la résolution qu'elle prit, on 1643, de se rendre daqs le Brandepbourg. I4 Suède lui constitua à la fin une rente annuelle de 30,000 thalers. L'électeur de Saxe lui assigna la Prusse pour séiour; elle y vécut plusieurs années dans un grand isolement et dans la tristesse, parce qu'il ne lui fot pas permis de gérer ses revenus. Il lui vint i l'idée de retourner en Suède ; elle ouvrit des négociations avec sa fille, et elle rentra dans ce pays à la majorité de Christine. Elle y vécut plusieurs années ; mais Chris- Une la traita avec froideur. La mère n'élait pas contente de la conduite de sa fille ; elle eut le chagrin de la voir descendre du trône de son prre. La nouvelle qu'elle s'était faite catholique fut un coup au-dessus des forces de la reine douairière : elle mourut peu de temps après. (Voyez Fryxell, t. 6.) * Journal {t&nke^h] du comte Pierre Brahe«

CBASITRB XVm.

1^ roi n^ayait laissé aucune constitution acbe- Yée, ce qui eût été trés-désirable-, il lui demande communication de celle que le chancelier annonce avoir préparée , afin d'avoir au moins une régie de conduite ^

ia première lettre du chancelier au sénat, après la mort de Gustave-Adolphe , est datée de Francfort-sur-le-Mein , le 14 novembre 1632 : « Je s^is que la nouvelle du fatal événement vous est parvenue avant que ma lettre ait pu vous en Instruire; Je laisse à d'autres ou à un temps plus convenable de vous en faire une relation complète, que je n'ai pu recueillir moimême. Ilf ais ici , en Allemagne , Je plains ma patrie, la reine et le peuple , et Je regrette les jours qu'il me faut passer après celui dont je déplore la perte. Il n'y a pas au monde un tel roi-, les siècles passés n'en offrent pas un aeniblable, et bien des années s'écouleront avant qu'il en naisse un pareil. La tristesse de mon cceur, le souvenir et le regret de celui que Dous venons de perdre m'oppressent tellement que Je ne sais ce que j'écris. On peut se plaindre des infortunes qu'on subit, mais il li'est pas possible de les changer. Ce que Dieu nous enyoie, nous devons le supporter, demander son assistance et tâcher d'éviter de nouveaux malheurs par des conseils opportuns et beaucoup de courage et de résolution *. » Le 5. décembre suivant, le chancelier écrivit que le roi avait l'intention, absent ou présent, vivant ou mort, de faire gouverner le royaume par cinq grands collèges {collegia). Il pensait que ces collèges seraient en harmonie avec un roi sage et qu'ils empêcheraient l'État de succomber dans les temps d'orage, si le trône était occupé par un prince dépourvu de prudence. Le roi voulait confier le gouvernement aux présidens (capiia) de ces collèges pendant la minorité : avant de mourir, il avait donné ordre à son chancelier de faire une constitution. Celui-ci avait eu peu de temps -, il regardait aussi celte commission comme très-délicate, vu le grand nombre d'intérêts que cette constitution devait régler. Néanmoins il l'avait achevée pendant son séjour en Prusse; il Tavait soumise au jugement du roi , qui l'avait trouvée bonne ; on

* Lettre au chancelier en date do 7 Janvier 1633.

* Extrait de la lettre du chancelier du royaume à tous les sénateurs^ p. 95. (Voyez les manuscrits de PalroskOld.}

en avait fait une copie où devait être apposée la signature du roi , mais les grandes occupations de la guerre l'avaient toujours fait ajourner •,

Postérieurement, le roi et son chancelier avaient eu deux conférences sur l'avenir de la Suéde, la première fois à Francfort-sur-le- Mein. Oxenstjerna en parle ainsi dans une lettre au sénat, datée de Berlin *, le i février 1633 : a Sa majesté, étant à Francfort, proposa aux envoyés de l'électeur de Brandenbourg un mariage entre sa fille et le fils de celui-ci, en m'ordonnant de m'entendre avec eux , ce que j'ai fait suivant les instructions réitérées que sa majesté me fit parvenir pendant son expédition en Bavière. Sa majesté ne voulait pas céder la Poméranie, mais elle trouva en même temps •que cette province ne pouvait pas être gardée sans blesser les intérêts et exciter le mécontentement du Brandenbourg : on devait donc concilier ces intérêts par une alliance, et la Suède et le Brandenbourg, ainsi unis, auraient formé un empire qui n'aurait eu rien & redouter d'aucun côté.

Le roi consentait à donner sa fille à l'électeur aux conditions suivantes : « l"" Si sa majesté avait de son épouse un fils, ce fils hériterait de la couronne de Suède , de la Livonie , et de tout ce que sa majesté aurait conquis ou pourrait conquérir en Allemagne, et l'on formerait une étroite alliance entre les deux États. Si le roi mourait sans enfans mâles , le jeune électeur avec la reine aurait la couronne de Suède. L'alliance serait conclue à condition que le roi de Suède serait aussi électeur de Brandenbourg d vice versa. En l'absence du roi de Suéde, chacun des deux Etats devait être gouverné suivant sa constitution particulière, de sorte que, sans être lésés ni l'un ni l'autre , ils seraient réunis par des liens forts et indissolubles. 2** Afin que l'électeur professât la religion luthérienne et s'accoutumât aux mœurs et à la langue du royaume, il serait élevé en Suède. » On discuta de part et d'autre -, mais les travaux imporlans de la guerre empêchèrent de rien décider ) seulement les envoyés du Brandenbourg communiquèrent le projet à l'électeur» qui se montra depuis plus intéressé è nos succès. La seconde conférence eut lieu au camp de Nuremberg, suivant les rapports que le chance-

I Voyez les manuscrits de Palmskold.

* colin sur Sprée. (Manuscrits de Palmskdld.}

lier adressait au sénat, qui Tavait prié de lui communiquer toutes les conversations qu'il aurait avec le roi , (( afin que , si la mort frappait le chancelier, les projets du roi ne restassent pas inconnus aux sénateurs *. » Cependant nous ne connaissons rien d'intéressant à ce sujet, sinon que le secrétaire Grubbe , de retour de rAliemagne, questionné par le sénat, répondit que le chancelier avait quelque chose par écrit de ce qui avait été arrêté entre lui et le roi au camp de Nuremberg. Tout cela a probablement rapport à Texclusion de la reine douairière du gouvernement. Il existe encore deux lettres relatives à cet objet, écrites par le roi à son chancelier pendant son séjour dans cette ville'. Christine , qui dit de sa mère : « qu'elle possédait toutes les vertus et tous les vices de son sexe, » a sans doute en vue ces lettres , lorsqu'elle dit, en parlant des dernières communications de son père à Oxenstjerna : « Il rappelait au chancelier les ordres qu'il lui avait donnés pour le cas où la mort le frapperait ; il le priait de me donner une éducation conforme au rang que j'étais destinée à occuper. Il lui ordonna de servir la reine , de l'honorer et de la consoler, mais de ne jamais permettre à cette princesse de se mêler des affaires publiques ni de mon éducation '. »

L'esquisse de la constitution de 1634, écrite de la propre main d'Axel Oxenstjerna, se trouve sous le titre : Ordonnance relative à VÉtat et au gouvernement du royaume \ à la bibliothèque d'Upsala. Ce projet, si explicite dans certains points, et dans d'autres ne différant pas essentiellement de celui que les états avaient accepté, est sans date et proposé au nom de Gustave- Adolphe^ son contenu paraît indiquer qu'il a été composé quelques années avant la mort du roi, probablement pendant ses campagnes en Prusse. Nous sommes persuadés , comme la fille de Gustave-Adolphe »,

' LeUrcB du sénat au chancelier , 7 janvier 1633. (Voyez les Archives du royaume.)

• LeUrcs du 21 juillel el du 1" août 1C32. (ArckenholU, Mémoires de Chnstine, t. 3, p. 34.)

' La fie de la reine Christine par elle-même, I. c,

*FUrordning om riksens stat och regering, ^ W ordonna tout selon les instructions du feu roi, y ajoutant du sien ce qu'il jugea à propos sur les réglemens de plusieurs aulres affaires fort importantes du gouvernement et des finances durant la minorité. (L. c, p. 30.)

qu'il avait approuvé le projet du chancelier, quoiqu'il ne le regardât que comme une esquisse. Il est fort douteux qu'il ait plus formellement exprimé son opinion dans ce cas que dans d'autres, qui ont marqué sa vaste carrière. Quant au dessein qu'il avait de régler et de formuler la constitution du pays , il ressort de ses propres paroles au moment où il allait s'embarquer pour l'Allemagne : « Une monarchie ne repose pas sur les personnes , mais sur les lois ; » il se révèle également par l'esprit entier de son gouvernement, qui fait époque. La solution ne pouvait être remise en de meilleures mains que les siennes pour réconcilier la noblesse avec l'hérédité de la couronne. Il opposa  la noblesse les employés dont le pouvoir émanait du sien. Si l'influence de ces employés remplaça pour ainsi dire celle de la noblesse, cela tenait à la circonstance de l'établissement d'une régence qui y contribua par ses grandes qualités plus encore que par ses fautes.

Le sénat gouverna au nom de la Jeune reine jusqti'â l'assemblée des états : «Les sénateurs, est-il dit dans leurs lettres au chancelier, ont commencé et continueront à gouverner jusqu'à ce que les étals se soient prononcés sur la forme de gouvernement à adopter. Cependant on veille à la garde des frontières^ la flotte est armée; les hauts fonctionnaires sont invités à la fidélité. Quant aux impôts, il est à craindre que les plaintes qu'ils ont provoquées , même du vivant du feu roi, ne se renouvellent surtout par rapport au droit de mouture et à ceux imposés sur le sel et le blé sans le consentement des états ; mais comme il résulterait de grands inconvéniens de leur subite abolition, le sénat se montre disposé à les maintenir au moins Jusqu'aux funérailles du roi. Il était possible cependant qu'une réduction immédiate fût nécessaire pour éviter un soulèvement *. L'étranger avait intrigué activement^ on a découvert que les fils de Sigismond avaient offert aux paysans, surtout dans le Smâland et en Finlande, d'accepter la confession d'Augsbourg et de se rendre en Suède; que le feu roi

\ Au chancelier, le 14 janvier 1633. (Voyez les Archives du royaume.) A la diète de 1C33 on abolit l'augmentation faite à l'impôt de la petite douane elà la subvention des moulins. Cette augmentation avait eu lieu par suite de la dépréciatho des pièces de cttivre.

GHAPITAB XVIII.

avait le désir de les avoir pour hérilîers, puisqu'il n'en laissait point du sexe masculin '. On rapporte qu'un paysan a dit : a Quelle est cette Christine? nous ne la connaissons pas et nous ne l'avons jamais vue. » Lorsque la reine, alors ftgée de six ans , fut présentée aux états et que ceux-ci l'eurent bien considérée, le mûme paysan s'écria : « C'est elle \ c'est bien le nez, le front et les yeux de noire Gustave- Adolphe^ elle doit être notre reine *! n

Dans la résolulion de 1633, les états disent que Dieu ayant trouvé bon de les séparer de leur tête, du roi et du père de la patrie^ sans laisser à celui-ci de descendans mâles qui pussent hériter de son trône, ils se sont rappelé ce qui avait été convenu, en 1604, à Norkôping, lorsque l'hérédité de la couronne fut reconnue de nouveau, et surtout ce qui avait été résolu à Stockholm le 4 décembre 1627 : que dans le cas où Gustave-Adolphe ne laisserait pas de prince, ils regarderaient sa fille comme leur reine. Par ces raisons les états proclamaient reine de Suéde la princesse Christine, fille de Gustave-Adolphe-le-Grand. Us avaient espéré que le feu roi aurait pourvu au gouvernement pendant la minorité^ mais comme cela n'avait pas eu lieu et qu'ils avaient appris que le roi avait communiqué au sénat une constitution, ils arrêtaient. Jusqu'à ce qu'elle fût acceptée, que les cinq grands fonctionnaires de l'Etat, le drots, le marsk, l'amiral, le chancelier et le trésorier seraient les tuteurs de la reine et suivraient cette forme de gouvernement, dont nous venons de faire mention, pour le salut de la patrie. Deux des grandes dignités devinrent vacantes à cette époque. Le drots, comte Magnus Brahe, mourut le 13 mars 1633 du chagrin, dit-on, que lui causa la mort de son roi. Celui-ci n'avait nommé personne à remploi de trésorier du royaume. Sur la fin , il l'avait confié à son beau-frère, le comte palatin Jean-Casimir, qui y avait déployé une grande habileté. A la prière du sénat, il en remplit les fonctions Jusqu'à la réunion des états. La Jeune reine fut élevée sous les yeux de son épouse; mais il ne reçut aucune place dans la tutelle. On y a vu ]ji violation de la volonté de Gustave- Adolphe ', sans motif suffi-

* PuflTcndorf.

* Mémoires de Otristine, (. 1, p. 23.

* Le comte palatin rappelait un testament qu*il croyait avoir été fait en Prusse cl où U devait être

sant, ce nous semble. Le comte palatin n'était pas Suédois ^ il était réformé. Sa maison manifestait déjà des prétentions pour le cas où le trône deviendrait vacant •. Celaient des circonstances bien graves pour le temps : « Sa majesté la reine douairière, le comte et la comtesse palatine étaient en opposition ouverte avec les sénateurs au sujet de la forme du gouvernement et d'autres prétentions, dit le comte Pierre Brahe * ; mais le sénat poursuivait sa route sans se laisser arrêter par les obstacles. »

Le 17 janvier 1634, le conseil de tutelle fut complété. Les emplois de drots et de trésorier avaient été remplis par le choix des sénateurs. Deux Oxensljerna furent appelés à ces dignités, Gabriel Guslafsson (frère du chancelier du royaume) fut nommé drots, et Gabriel Bengtsson Oxenstjerna trésorier de l'État. Tousl deux avaient été proposés par le chancelier *. Le 6 avril 1633 , les tuteurs avaient déjà prêté serment-, il fut donné par le comte Pierre Brahe comme faisant les fonctions de drots , et par Clas Fleming pour le trésorier^ et en l'absence du chancelier par Pierre Baner. Les tuteurs s'engagèrent en cette qualité à observer les lois du pays, et notamment à protéger les cinq grands collèges (collegia), la cour supérieure, la chambre de la guerre, l'amirauté, la charh cellerie et la chambre des comptes, surtout comme ils avaient été établis par le feu roi *.

Pour la rédaction définitive de la constitu-

question de lui. (Voyez Âdlersparre, Uittoriska samlingar, t. 3, p. 364.

* Fleming , arrivant de chez le comte palatin dans le sénat» raconta que l'ayant trouvé de mauvaise humeur et lui en ayant demandé la cause, le comte lui avait répondu quMI ne pouvait laisser ses enfans dans l'incertitude où ils étaient. Fleming ût observer à son altesse qu'elle avait obtenu ce qu'elle avait demandé, la confirmation de ses possessions en Suède. Hais il paraissait que le comte palatin s'était attendu à ce que le sénat l'aurait recommandé aux états. (Voyez Adlcrsparre , t. 3, p. 347.) Le sénat porta les soupçons si loin, qu'il ne voulut pas permeltre au comte palaUn de rendre compte aux étals de son administration. Le s6nat n'avait sans doute pas beaucoup de penchant pour la maison du comte palatin, à en juger par les lettres et les actes de celte époque.

* Voyez le journal du comte.

> Par lettre en date du 2 octobre 1G33, le sénat avait demandé son opinion et envoyé, en avril, Gabriel Gustafsson Oxenstjerna et Malhias Soop, pour en délibérer avec lui, ainsi .que sur plusieurs articles de la constitution.

* Le serment des tuteurs, 5 avril 1C33. (Voyez les Archives du royaume.)

tion, le sénat avait envoyé en Allemagne deux de ses membres chargés de s'entendre avec le chancelier du royaume. Ce fut à la suite de cette délibération que furent introduits les changemens dans la constitution qui fut publiée. L'un d'eux est plus important dans son esprit que dans sa forme. L'ébauche de la constitution du chancelier commence ainsi : « La Suéde est un royaume héréditaire, non iin royaume électif. » Le sénat demanda si cette rédaction ne présentait pas d'équivoque, et s'il était admis que l'hérédité dût s'étendre au mari futur et aux enfans de la reine. Il paraît que l'ancien penchant pour la forme élective n'était pas détruit : ces expressions furent supprimées -, on évita d'énoncer le principe général , on se contenta de rapporter les actes d'hérédité de 1544 et de 1604, en même temps que le décret de 1627, où avait été reconnu le droit de Christine à la couronne. Elle prit le titre de reine élue du royaume. On avait sans doute en vue , par cette conduite , d'anéantir plus sûrement les prétentions de la branche des Wasa , qui s'était réfugiée en Pologne. Le retour de ces prétentions, après la mort de Gustave-Adolphe % occasionna l'envoi d'une lettre remarquable du sénat suédois à l'électeur de Brandcnbourg, qui avait offert sa médiation dans les négociations de paix avec la Pologne : « Votre allesse sait que la Suéde (tels sont les termes qu'on prête & Christine) a eu depuis les temps les plus reculés un pouvoir électif; mais les mérites de mon aïeul l'ont rendu héréditaire dans sa famille, non d'une manière absolue, mais à certaines conditions réglées entre le roi et les étais. En observant ces conditions, le roi oblige ses sujets & l'obéissance ; en les violant ou en les négligeant, il rompt les liens qui les attachent à lui. S'il y a désaccord, Dieu seul en est juge; on n'en reconnaît pas d'autre avec les étals généraux *. La conslitu-

< tJladislaus fit publier et imprimer un manifeste en suédois ; il est daté de Tliorn, le 30 juin 1635, « la quatrième année de notre règne en Suède, et la troisième en Pologne. » Il s'intitule roi de Suède légitime et héréditaire. La mort de Gustave -Adolphe avait été ane puniUon du ciel. Il déplore les contributions écrasantes sous lesquelles la Suède est courbée ; !l promet la paix avec la Pologne et l'empire, et la protection pour la religion protestante. (Voyez les manuscrits de Palmskôld.)

* Novit dilectio vestra regnum Sueci» ab antiquo electlvum fuisse, datum vero id merilis proaYi nostri.

tion, retue et ahiéliol-ée t>àf le chancelier da royaume, fut acceptée par les états le 29 juillet 1634 '. C'est un règlement pour l'administration de toutes les affaires publiques, s'ëtendant sut* l'exercice du pouvoir royal et sur lei droits des états, mais les présumant seulement sans les indiquer. Il y est dit, au sujet du gouvernement établi : « Sans préjudice de son droit (celui du roi) *, » et au sujet des états : « Leurs assemblées , réunions et résolutions doivent être considérées comme des diètes légales contre lesquelles aucun sujet du royaume ne peut faire opposition *. » Cependant il y ea avait déjà qui regardaient la constitution qu'oa venait d'introduire en Suède comme une innovation dangereuse pour le pouvoir royal \ Lf s admires se traitèrent au nom du roi , et en son absence par le sénat et les cinq hauts fonctionnaires, le drois, le marsk, l'amiral, le chancelier et le trésorier, & la tète de cinq dèpartemens, ou, comme ils sont nommés enStiède, de collegia^ la cour supérieure , la chambre de la guérite, l'amirauté, là chancdlerie et là chambre des comptes ou des finances. Il y a quatre cours supérieures : la principale à Stockholm , ayant le drots du royaume conimè président et quatre sénateurs pour assesseurs. Six de la noblesse et six autres hommes habiles et

ut su» famille hfiredltarlum transcriberetar ; non absolute, sed certis pacUs inter regera et ordlnesi quibus a rege servatis, subdtU obsequlo tenentur, solynntur violatis et neglectis ; et cum de ca re controvcrsia Inciderit, Deum solum judicem, nec, prster comltla regnl, nulllus alterius forum esse. Electorl Brandenburgensi d. 28, marUi 1635. (Voyez les ^rcMvês dm royaume.)

* Dans une leUre du 10 mai 1634, le sénat pria le chancelier du royaume de renvoyer la consUtulion corrigée par lui. Le,5 Juillet elle fut communiquée à un comité des états, puis à tous, a? ec quelques modifications. Le secrétaire Grubbe fut envoyé en Allemagne pour les faire connaître au chancelier, ainsi que les observations faites par chaque état. (Voyez les archives du royaume.)

■ § 6. De la consUtutioQ de 1634, chez Stjerman, t. 2, p. 887.

' $ 46. La composition de la diète est It même.

* Coilegils 5 eorumque capilibus summa non lan* lum rerum agendarum cura, verum et polestas conceditur. tinde verentur qildem fier! posse, ut, prout ingénia illorum, qui ofilciissummisprssant, ad virtutem a ut ambilionem prona fuerint, ita quoque rempublicam cum illis florere aut periclitari posse, atque îta rcx ipse, quem curis vacuura sub hoc prastexta cnpiunl, potentia quoque solulus, Venetorum instar ducis, ociosus agat. (Voyez Mém, de Christinet l. 3, p. 137.)

GaAi»iTRB xnn.

iiilelligens ; les autreé cours supérieures étaient à lônkopiiig, à Abo et à Dorpt, composées chacune d'un sénateur pour président et de douze membres. On y trouve aussi la fonâatlon d'tM tribunal du royaume {riksrdtt)^ eu consertabl Tancien principe que la dléte était la cour suprême du royaume : « Si quelque baot fonctionnaire, dans une cause capitale comme dans le crime de lése-m^jesté, est accusé et ne peut être Jugé que par les états réunis; ces cours Supérieures du royaume, le sénat et les préfets qiii sont présens, ainsi que les bourgmestres de Slockholin, d'Upsala|et de Gotbenbourg; de NorkOping , d'Âbo et de Wiborg; doitent remplacer les états et Juger Taffaire. » Le second département (collège), celui de la guerre; est présidé par le marsk avec l'aide de deux assesseurs, de deux sénateurs qui ont été ou sont en activité de service^ et de quatre olBciers^ ainsi que du feld-marécbal , dd chef d'artiller rie rikstygmâstareh et du wachtmaster général *. Le troisième eét Tamirautè^ présidé par Tamiral du royaume, et qui a pour assetiseurs deux sénateurs (préférablement ceux qui ont servi sur la flotte) ; quatre vice-amiratii ou capitaines de vaisseaux les [îlus habiles et les plus expérimentés, et parmi eux Famiral de Holm *. Aucun de ces collèges ne peut disposer des revenus publics , (|ut sont du ressort , de la chambre des comptes , où sont réglées les dépenses et les recettes. Le quatriênie collège est celui de la chancellerie, sous la présidence du chancelier du royaume, avec quatre assesseurs et sénateurs , un chanceliel' de la cour ' et deux secrétaires d'État qu^on doit choisir de préférence parmi les nobles. Le cinquième et dernier collège était celui de la trésorerie : c'était la chambre des revenus ; elle se compose dé dèut assesseurs du sénat, de trois nobles et des deux plus anciens catttériers *. Ces cinq collèges (on ne cite lès instructions que de celui de la cour supérieure de Stockholm) doivent toujours siéger dans la capitale, A moins que le roi, pour cause de peste ou d'autres malheurs, ne change de ré-

* Ce grsde répond à celui d'aide de catnp générât.

* Holm , peUte Ile. L'amiral était commandait de Slieppstiolmen, à Stocltholm.

* La dignité de clianceller de la cour ne se trouve pas dans ie premier plan du chancelier.

^ Le règlement de ces collèges n'était pas encore fait.

sidencê *. L'administration est divisée en préfectures au nbmbre de vingt-trois, outre la ville de Stockholm; i^ui sera administrée par un goutèbeor général (ôfherstâthâllaren) ». Dans les provliices frontières oh peut nommer des gouvèrheurs généraux; ils doivent toujours être pris , ainsi que le gouverneur général de Stockholm, parmi les sénateurs. Il y aura quatorze Sénéchaussées (lagsagor) ' qui formeront la seconde instance daiis les causes civiles et jugeront toutes les affaires qui leur viendront par appel du t%fi§ de district. La cour de ville iràM^i^mten) sera toujours présidée par uii prévôt nommé par le roi, et ces cours seront indépendantes du préfet et des commandons de châteaux forts. Personne ne peut être préfet dans la circonscription où il est sénéchal. Il ii'ëst perdiis ft aucun préfet d'être commandaht d'une forteresse ou des châteaux de la cdurôune , à moins que le roi n'en investisse spèclàlethent les préfets des frontières. Un pi-èfet, un commandant ne peuvent exercer leurs fonctions au delà de trois ans, à moins que le roi n'en Ordonhe autrement; après l'expvation de ce délai , ils doivent se présenter le P' juin dans la capitale pour rendre compte de . leur administration devant les cinq collèges dd royaume. S'il s'en trouve qui aient manqué ft leur devoir, ils seront traduits devant la cour supérieure; racciisàtion sera soutenue par le procureur rOyâl et il leur sera appliqué la peine jugée convenable par les tribunaux. Il y aura Vingt-huil colouels et autant de régimens , tant à cheval qu'à pied , dont l'elfèctif sera proportionné ft l'étendue de la province où Ils seront stationnés ; huit seront à cheval (y compris l'équipement des cavaliers) et vingt à pied ^. Aucun préfbt ne pourra commander la force

* Dans le plan de constitution Tait parle chancelier, toat haut fonctionnaire est obligé d'avoir une maison à Stocliholm.

* Nommé burggraf dsiiis le projet pour reiéculion de la Justice $ il doit être assisté d*un capitaine de la ville et de soldats, dont douze l'accompagneront partout; habillés de bleu et df jaune ($ 24). C'est la première fois qu'on voit la couleur suédoise dans les uniformes.

* Treize dans lé projet.

* Le projet ne parle que de régimens, huit i cheval e tneuf i pied.Cette grande différence sur ce poin t prouve que ridée du chancelier est bien antérieure à l'époque où fut présentée la consUtuUon et avant que l'armée eût reçu du développement par les deux dernières campagnes de Gustave-Adolphe.

armée, à moins que ce ne soit pour le maintien des lois et de la paix générale du pays , encore devra-t-il être pourvu d'une autorisation royale. Aucun officier ne touchera aux deniers publics , sous peine de mort : les principaux fonctionnaires au service du roi et de TÉtat en seront chargés j chacun d'eux sera obligé de rendre compte au roi ou au collège dont il dépend de ce qu'il aura fait pour Justifler la confiance qu'on aura mise en lui : les sénéchaux, les juges de districts et généralement tous les juges , devant la cour supérieure; le chef d'artillerie, les colonels, les commandans, devant la chambre de guerre*, tous ceux qui commandent des vaisseaux de l'Etat et appartiennent à l'armée de mer, devant l'amirauté ; les envoyés et les agens, devaht la chancellerie ; et tous ceux qui sont en rapport avec la recette de l'État, devant la chambre des rentes. Le grand maréchal de la cour, l'écuyer, le chef des haras, le grand-veneur et le directeur en chef des forêts de la couronne, tous les maréchaux, préfets et colonels devront se présenter à Stockholm le jour des Rois pour rendre compte de leur gestion. Celui qui peut justifier d'un empêchement légal doit envoyer à sa place son commis , ou tout autre , chargé de ses pouvoirs. Les sénéchaux, les préfets, les colonels de la Finlande, de ringrie, de la Livonie et de la Prusse sont exemptés de ce voyage ; mais ils doivent envoyer tous les ans, le 1" septembre, leurs fondés de pouvoirs à Stockholm '. Les cinq collèges du royaume sont chargés d'examiner chaque année, depuis le jour des Rois jusqu'à la Chandeleur, les actes de ces fonctionnaires. Depuis la Chandeleur jusqu'au carême, ces collèges feront leur rapport au roi, s'il est présent ou s'il veut s'en occuper, et en son absence aux cinq hauts fonctionnaires de l'Etat : chacun d'eux, dans ce qui le concerne, s'élèvera pour faire son rapport à ses collègues ; pendant ce temps, sa place sera remplie par le grand-gouverneur de la capitale. S'il y a trop de causes importantes pour que l'examen s'en puisse faire rapidement, on fera choix des assesseurs discrets et bien instruits des collèges pour former un comité et tout expédier, afin que les affaires d'une année ne

' Les présidens des cours sapérieurcs de la Golhie, de la Finlande et de la Livonie devaient se présenter à Stockholm chaque année, le 1'^ juin, ou au plus lard à la Saint-Jean.

soient pas ajournées à Tannée suivante. S'il se trouvait un criminel dans les cinq collèges , il serait déféré au jugement des cinq hauts fonctionnaires : ceux-ci peuvent réprimander le coupable ou lui infliger une peine infamante. L'affaire doit être soumise à la sanction du roi, s'il est présent^ mais si tout un collège est coupable, le roi a la faculté de lui adresser lui-même une réprimande on de le faire juger par le sénat. Toutes ces instructions, ces assemblées et ces procès doivent avoir lieu dans une salle du château de Stockholm ; l'un des secrétaires d'État fera les fonctions d'accusateur public, Tautre rédigera tout, ce qui aura été discuté. Lorsque les hauts fonctionnaires du royaume seront réunis, on constatera l'état du pays ; on délibérera et on décidera sur les affaires qui n'exigeront pas la présence des états. Mais si Ton a besoin de l'avis de la diète et qu'on ne veuille cependant pas la convoquer, on appellera deux nobles de chaque province, les èvêques, les surintendans de Suède et de Finlande, et un député de chacune des villes de Stockholm, d'Upsala, de Gothenbourg, de Norkôping, d'Abo et de Wiborg. Pendant la maladie, l'absence ou la minorité du roi, on ne pourra promulguer aucune loi , accorder aucun privilège ou titre de ^noblesse, aliéner les domaines ou les droits de la couronne : tout cela doit être ajourné, ainsi que les nominations, jusqu'à la sanction du roi. Cependant les résolutions prises par une diète pendant cet intervalle ne pourront être changées que par une autre.

lyCs faits encore plus que les principes rendirent dans l'avenir odieuse au peuple suédois la constitution de 1634. Elle ne fut pas exécutée dans toutes ses parties. Pour le temps où elle fut enfantée, c'était un chef-d'œuvre de la sagesse de l'homme d'état *, dont notre siècle a pQut-être encore quelque chose à apprendre.

On doit d'autant plus admirer Axel Oxenstjerna, qu'il avait plus d'obstaclesà vaincre : on n'a pas d'exemple plus glorieux de ce que

* Au nombre des principes qui dictèrent cette constitution, on remarque celui que le chancelier exprima au sénat le 15 juillet 1G36, « qu'il croyait trëfr-conve* nable d'établir des censeurs, comme à Rome. » (Voyez Adlersparre, HUtoriska samlingar, t. 4, p. 98.) Les rapports furent d'abord présentés exactement. On peut voir, par une lettre d'Axel Oxcnsljerna qu'on examinait scrupuleusement la conduite des cinq collèges.

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