CHAPITRE XVIIL
peuvent accomplir un grand esprit et une activité bien réglée^ et cet homme était lent, et il avait besoin de dormir la nuit entière *. Tandis qu'il portait à lui seul tout le fardeau de la guerre d'AUemagne, son regard embrassait tout le cercle de Tadministration intérieure de la Suéde. Dans ses conseils*, on apprend d connaître le grand homme d'État , le patriote sincère et le citoyen plus libéral qu'on ne croit. Nous voulons surtout fixer Taltention sur le mémoire qu'il chargea les sénateurs envoyés de Stockholm en Allemagne de remettre au sénat pour Téclairer sur Télat des choses ^ il est daté de Francfort-sur-le-Mein, le 8 octobre 1633 *\ il renrerme les traits principaux d'un système complet de défense pour la Suède et fournit de grands enseignemens sur plusieurs sujets : « Lorsque je considère les véritables causes de la violation de nos privilèges, si souvent consommée par nos rois au détriment de nos serviteurs et des paysans, violation qui est même arrivée à la confiscation de nos biens , je
' Le jugement de la reine Chrisline sur le chancelier mérite d*clre cité; il coule d'une plume qui n'est pas partiale pour lui : « Ce grand homme avait beaucoup d'acquis, ayant bien étudié dans sa jeunesse. Il lisait encore au milieu de ses grandes occupations. Il avait une grande capacité et connaissance des affaires et des intérêts du monde ; il connaissait le fort et le faible de tous les États de notre Europe. Il avait une sagesse, une prudence consommées, une capacité vaste, un cœur grand. Il était infatigable; U avait une assiduité et une application incomparable aux aflniires: Il en faisait son plaisir et son unique occupation, et quand il prenait les relâches, ses propres divertissemens étaient des affaires. Il était sobre autant qu'on peut l'être dans un pays et un siècle où celte vertu était inconnue. Il était dormeur, et disait que nulle affaire ne l'avait jamais empêché de dormir, sinon deui fois dans sa vie, la première était la mort du feu roi, l'autre la perte de la bataille de Nordlingen. Il m'a dit souvent que quand il allait se coucher, il se dépouillait avec ses habits de tous ses soins, et les laissait reposer jusqu'au lendemain. Au reste il était ambitieux, mais fidèle, incorruptible, un peu trop lent et pblegmatique. » [Mém, de Ckristine, t. 3, p. 46.) Il avait fait une prière qu'il répétait tous les jours.
* Les leUres du chancelier du royaume arrivaient si précipitamment qu'on ne pouvait y répondre. En g^ néral, le conseil de tutelle menait lestement lesaflQiires. Le 12 octobre, les tuteurs demandèrent pardon de n'avoir pu répondre , parce qu'ils avaient été obligés d'assister a l'enterrement de deux personnes qui avaient bien mérité de l'État. (Voyez les Archives du royctume.)
' Le canevas > écrit de sa propre main, se trouve dans les collections d^ Gronsledt, à la bibliothèque d'Upsala.
ne vois pas que Tavarice des rois leur ait (racé celte conduite , mais bien Texlrôme pauvreté de rÉtat et Tabscnce d'autres moyens pour le défendre et soutenir son honneur en face des nations étrangères. Ainsi il me semble que tous les soins du sénat et du clergé doivent tendre à procurer des ressources à TEtat , aûn qu'il puisse faire face aux affaires et empêcher le retour de semblables malheurs. Je crains bien que , si nous oublions d'apporter remède à cet étal de choses, notre réputation étendue , acquise par les grandes actions et le sang du feu roi et la bravoure de notre nation , ne disparaisse bientôt avec les fruits de si pénibles travaux , que les provinces conquises ne soient aliénées, que nos biens et nos privilèges ne nous soient enlevés, et que la nation, ce qu'A Dieu ne plaise! ne tombe sous le joug étranger. Je sais bien qu'on me rend généralement justice-, mais lorsqu'on en vient à indiquer un remède et qu'on sent le besoin réel ou présumé de tirer des conséquences des faits , on ne peut s'empêcher de craindre que le peuple ne conçoive des soupçons, en oubliant, pour un petit inconvénient ou une conséquence imaginaire, le salut de la patrie et par suite le sien propre et la conservation des privilèges dont on jouit. Et ce qu'il y a surtout de fâcheux , c'est que ceux qui rejettent tous les conseils salutaires y opposant des difficultés et des objections, paraissent seuls sages. Cependant si les affaires restent telles qu'elles sont et qu'on demande à ces gens comment elles doivent être traitées , ils en savent moins que nous et les autres. » Puis : « II faut que les membres de la noblesse se persuadent bien que ce sont les rois qui ont doté nos ancêtres, nos pères et nous-mêmes de biens et de terres, non-seulement dans les provinces conquises, mais dans le royaume ^ que ces propriétés, vendues, échangées ou divisées par des héritiers, ne peuvent être reprises par la couronne sans une grande confusion et sans une grande perturbation dans les fortunes. Mais ces dotations ont diminué les revenus de l'État : ce déficit doit être couvert par d'autres moyens. Mais il faut aussi penser comment la patrie peut être fortifiée contre les attaques et la jalousie de ses ennemis , qui sont plus nombreux et plus puissans que jamais. Ces motifs m'ont porté à conseiller à la noblesse de céder à la couronne son droit de douane ou du moins de le suspendre pour quelque temps,