‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 191 sur 275 · HISTOIRE BE SUEDE · texte numérisé non relu

HISTOIRE BE SUEDE

et À aider ainsi la couronne poar tous les ayan* tages qu'elle nous a accordés ' , puisqu'il faut se concerter sur une contribution que doit payer la noblesse , que réclament les besoins de rÉtat et qui est imposée partout '. » Le chancelier se plaint de la pauvreté et du peu d'industrie des villes , ce qui résulte en partie de leur administration intérieure, en partie des charges qui pèsent sur elles, telles surtout que l'obligation de transporter les voyageurs , de loger les soldats *, etc. , charges qui produisent une telle servitude que pas un brave homme ne veut être bourgeois, et que c'est à cette circonstance qu'il faut attribuer l'état de marasme des villes, devenues presque désertes. Au sujet du règlement de commerce établi par Gustave-Adolphe, le chancelier dit que « quoiqu'il fût fondé sur des motifs bons à l'époque où il fut mis en vigueur , 0 est évident que le commerce a baissé , car il aime la liberté. La prospérité des villes n'est pas attachée & une ou deux personnes qui ont de la fortune et règlent le prix des choses : elle dépend de l'abondance de la population et de la concurrence ; c'est pour cela que les corporations des méiiers (sftrd), ainsi que les lois sévères qui s'y rattachent, doivent être supprimées. Ce qu'il y aurait de plus utile à Stockhohn serait d'y établir une foire libre pour les étrangers et les indigènes à une époque ûxe de l'année. On voit ce que les villes étrangères , et chez nous Gothenbourg, y ont gagné. Quand même quelques marchands crieraient contre cette liberté, quand même les moyens d'existence des bourgeois en paraîtraient afTaiblis ^ if n'en est pâ$ moins vrai que c^lui qui Jugera sans passion et qui préférera le bien-être général é la richesse de quelques particuliers reconnaîtra que nos

. ' Le sénat, faisaat droU aui plaintes de la noblesse» à la diète de 1633, lui concéda le privilège d'exporter sans droit les productions de ses terres. A la diète de 1G34, la noblesse renonça à ce privilège, mais seulement pour deux ans.

* Gustave-Adolphe avait fait de fréquentes et belles dotations aux bmilles nobles. Jean Skytte lui fit observer qu'il serait prudent de ne pas trop aliéner les revenus de l'État. Le roi répondit qu'il agissait ainsi pour que ces familles fussent d'autant plus attachées à sa dynastie : « car, disait-il , si un autre monte sur le trône, elle ne tardera pas à révoquer ces dotaUons et  en enrichir la couronne. »

* Le chancelier se plaint de ce que ceux qui arrivent avec cheval et voilure à Stockholm sont obligés de traDsporter des voyageurs.

productions seront plus recherchées* Le monopole du sel devrait être aboli, parce que les sujets en souffrent beaucoup et qu'il arrête la prospérité des pêcheries. La grande doaaDc de la mer qui est entre les mains des fermiers devrait leur être enlevée et toutes les ferme* abolies le plus tôt possible*. Au lieu de là monnaie de cuivre que le feu roi avait résolu de laisser tomber d'elle-même , il serait uUfe d'introduire une bonne monnaie, mais un peu au-dessous de sa valeur *. Il n'f aura rien i espérer du commerce du cuivre tant qo^U se fera au nom et pour le compte de la couroiuie. Ce qu'il y aurait de mieux à faire pour elle , ce serait de chercher son intérêt dans une douane bien calculée et d'abandonner le commerce aux sujets *. La Suède tirerait d'immenses avantages de la mise en communication des lacs navigables , entre eux et avec la Baltique, par des canaux et des écluses, de sorte qu'on pût venir du lac HJelmaren Jusqu'à Stockholm ^, du lac Wettem à Norkôping, du lac Wenern & Gothenbourg , et du lac Sitjan à la montagne de Cuivre (JTopparfcerff cl). Ces communications favoriseraient l'accroissement de la population des villes et des campagnes , utiliseraient les forêts et les contrées désertes de notre pays et multiplieraient les revends de la couronne par les progrès du commerce et de

* Des plaintes contre les fermiers de la couronne furent portées par tous les états roturiers à la diète ilel6S3. Sur la demande du comte Jacques de La Gardie, on manda au sénat plusieurs membres du clergé, appartenant à la diète t pour être réprimandés : ils avaient dit que de semblables institutions atUreraient la vengeance de Dieu.

* Gustave-Adolpbe avait ÙAi frapper des creuiser de cuivre qui furent enyoyés à l'agent de Suède, Erik Larsson, résident en Hollande ; mais ces monnaies ne trouvant pas d'écoulement, il voulait les renvoyer.

> Dans un mémoire du SO avril 1630, qu'OieDstjema présenta au roi, sdivant les ordres qu*il en avait reçns; il traite en bomme d'État consommé toutes les questions relaUves aux institutions et aux étàbllssemens commerciaux de la Suède, n regarde tontes les compagnies qui exploitent le commerce Intérieur comme trèfr-préjudtcfables et comme des monopoles ; H con« setlltf en conséquence d'abolir celle du cuivre et de rendre aussi Ubre que possible le commerce de ce mé^ tal. i\ fut en eflèt abandonné à l'industrie particulière en 1634.

* On travaillait encore à racbèvemenl du canal de HJelmaren. On accorda une diminution des contributions aux districts d'Àkerbo, de Glanshammar et de Vester-Rékame, parce qu'Us travaillaient an canal dé HJelmaren.

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ilndostrie. » Pour encourager la navigation , il conseillait d'accorder des avantages aux cargaisons exportées par des vaisseaux suédois. — Ces grandes pensées, lancées dans un monde agité par les troubles, s'y perdirent > parce que personne ne pouvait apporter une feuille de Tolivier de la paix. Elles furent presque sans fruit pour leur auteur; mais elles sont aussi peu étrangères à sa gloire qu'à l'Intérêt de la patrie et de l'humanité.

La guerre réclamait des soins d'autant plus pressans que la disette de 1633 avait surtout frappé les provinces septentrionales du royaume*, et que les conscriptions^ quoique toujours accordées par les états, inspiraient néanmoins une terreur telle , qu'on a des exemples de gens qui se sont mutilés volontairement pour s'y soustraire , et que dans les provinces frontières les Jeunes gens s'expatriaient * : <c Nous sommes dans une situation malheureuse , écrit le chancelier du fond de TAIIemagne; mais si nous cédons aux difficultés, nous sommes perdus. Si au contraire nous résistons avec courage , il y a à espérer que nous sortirons glorieusement de nos embarras'. Pour ne pas nous brouiller avec nos voisins , il faut éviter de chicaner sur des affaires de peu d'importance. Cependant nous ne devons montrer ni découragement, ni crainte, ni irrésolution ] nous ne devons pas laisser compromettre l'hon* neur national : en tout il faut que le courage et la raison dominent comme si le pays n'avait rien perdu par la mort du roi , afin de maintenir le principe que les rois sont soumis à la mort comme les autres hommes , mais que les nations sont immortelles *. >»

Dès le commencement de l'année , le chancelier avait fait sur l'état des affaires en Allemagne un rapport dont nous allons extraire quelques passages : « Après avoir quitté Erfurt pour me rendre à Dresde , J'expédiai le secrétaire Grubbe avec des lettres pour vous, rela-

< Celle disette fat salvle de maavaises récoltes pendant plusieurs années.

* Voyez les Archives du royaufn$, 6 Juin 1633.

* « Je fois que le chien qui faitbonn ecbntenance s*en tire mieux que celui qui se sauye la queue iMsse. » (Lettre au sénat en date du 13 mai 1633). L'image n'est pas noble, mais la pensée est Juste.

^«Regum personas non minus quam c«terorum hominum esse mortales, rempublicam immortalem esse debere. » ^Au sénat le 12 février 1633. (Voyez les actes de Palmskôld.)

tivement aux affaires qui revenaient à ma mé^ moire et sur lesquelles je voulais aussi fixer votre attention : Je vous faisais connaître ce qui m'a-vait obligé de me rendre à l'armée et en Saxe. En arrivant é Altenbourg , je trouvai dans les environs de cette ville, où elle avait pris ses quar* tiers d'hiver, l'armée que le feu roi avait commandée en personne et qui est aujourd'hui sous les ordres du duc Bernhard de Saxe et du major général Kniphausen. Le même jour, celui-ci s'empara du château de Leipzig, qu'il avait rendu à l'électeur. Ghemnilz avait été prise quelques jours auparavant ; Freyburg et Frau-r enstehi avaient été évacués par l'ennemi , et 11 ne restait dans tout le Meissen que Zwickau & conquérir. C'est pourquoi je décidai que nos Uroupes se rassembleraient pour attaquer Zwickau et essayer de l'enlever , et purger ainsi complètement le pays de la présence de l'ennemi. Je suis parti pour Dresde, où je suis arrivé le lô décembre ; j'ai été traité comme ambassadeur de la couronne de Suéde et comme si le feu roi eût encore vécu. J'ai fait observer à l'électeur qu'il y avait trois routes à suivre et qu'il fallait qu'il optÂt pour l'une ou pour l'autre. La première consistait à former ud congrès de tous les électeurs et États protestans de l'Allemagne, qui s'allieraient avec la Suèdo pour continuer la guerre et à en laisser la direction & cette dernière puissance , parce que c'était la Suède qui avait fait cette guerre avec succès , qu'elle possédait déjà presque tous les principaux évèchés de l'empire et plusieurs autres pays , et que son roi avait scellé de son sang son amour pour la liberté politique et religieuse de l'Allemagne. La seconde était de rester en deux camps, tels qu'ils sont formés aujourd'hui, la couronne de Suède et ses alliés, et l'électeur de Saxe pour lui-même ; mais en convenant que les mesures seraient prises en commun et que l'un ne pourrait faire la paix sans l'autre. Enfin la troisième consistait eh ce que, si les États protestans d'Allemagne se croyaient assez forts pour n'avoir pas besoin de l'assistance de la Suède, ou que le sénat et les états de ce royaume ne voulussent pas prcn* dre plus longtemps part à la guerre, il fallait que la Suède reçût une indemnité pour les sacrifices qu'elle avait Oeiits : cette demande paraissait équitable. Ensuite les États évangéliques s'arrangeraient comme ils l'entendraient. Je ne voyais point d'autres moyens qui fussent pra-

tkables. Si Ton n'adoptait aucun de ce^ partis et qu*on rejetât la direction proposée , les affaires iraient à leur ruine. Je leur fis voir les dangers qui les menaçaient du côté de l'Espagne , de la France , des Pays-Bas , de la Pologne , ainsi que les haines et les jalousies qui les trayaillaient chez eux; il écoulèrent tout cela avec patience. Saurais eu plaisir à engager une discussion avec eux sur tous ces points; mais je n'en pus obtenir d'autre réponse que celle-ci : « L'électeur, croyant de son devoir de ne rien entreprendre avant de s'être concerté avec celui de Brandenbourg, veut ajourner la décision jusqu'à l'arrivée de ce prince. » Je retournai donc à l'armée avec cette réponse. Je devais vous tracer le tableau de la cour de Dresde pour vous faire connatlre ce que je pense de la situation actuelle de cet éieclorat ; mais le temps me manque. Je vous dirai cependant qu'il n'y a ni résolution ni fermeté, et que je crains qu'il n'y ait là des personnes secrètes attachées à l'empereur. Ils ne savent pas se conduire dansxes temps diiTiciles: habitués à bien vivre, ils se bercent de (rompeuses espérances et croient ainsi éviler les malheurs qui les menacent. Ils ne se font pas faute de longs discours et de dubitandi rationes; ils n'oublient pas non plus le cérémonial : mais je n'y ai jamais rien vu de solide, et lorsqu'on veut terminer quelque chose, on est censé vouloir en tmposer. Je n'ai pu les faire expliquer sur les propositions que je leur ai faites; mais les liaisons que j'ai conlractées m'ont fait découvrir que la première de ces propositions , laquelle a pour objet de laisser la direction des affaires à la couronne de Suéde , ne leur plaisait pas. La dernière ne leur est pas plus agréable , ne sachant comment nous satisfaire ou , comme j'aime mieux le croire, n'ayant pas envie de le faire. Je pense qu'ils inclinent pour le second parti. Je fais évacuer le Melssen en rendant à l'électeur tout son pays ; je divise l'armée en deux corps : l'un marche vers la Franconie, sous les ordres du prince de Saxe- Weimar; l'autre, commandé par Kniphausen, se rend sur les bords du Weser. Je fais approcher nos troupes des rivages de la Baltique'• »

Le 13 janvier 1633, le chancelier du royaume

• Datée de Leipzig, le 3 janYicr 1633. (Voyez Adicrsparre, t. 5.)

fut nommé par le sénat représentant de la couronne de Suéde dans l'empire et auprès de toutes les armées *. L'opinion qu'on avait de la cour de Dresde se confirma, et l'on fil, comme le grand Gustave- Adolphe, Texpérience de son ingratitude. Les plus puissantes maisons protestantes , celles de Saxe et de Brandenbourg, s'étaient toujours tenues dans l'ombre et ne s'étaient pas dévouées à la grande cause pour laquelle on combattait. La disposition visible du Brandenbourg pour une alliance avec la Suède, par suite du projet de mariage qu'on avait fait, se refroidit bientôt. La situallon visà-vis de ces deux États cl du Danemark, qui suivailla même politique sous l'apparenced^une médiation de paix, devait finir par devenir hostile*. Les États de la basse Saxe voulaient rester neutres dans ce grand débat. La guerre se continuait en Westphalie. Ainsi toutes les forces du protestantisme étaient paralysées dans le nord de l'Allemagne. Il est triste de voir que tout ce qu'il y a de grand, tout ce qui a été entrepris pour la liberté en Allemagne a été fait par d'autres que par ceux qui étaient le plus intéressés dans l'affaire. Ce reproche n'atleinl cependant pas tous les États; il faut en excepter l'héroïque Hesse, alors représentée par le valeureux Guillaume Y, et après sa mort par son épouse, cette yintélie-Élisabeth dont le nom n'est prononcé qu'avec respect par quiconque a étudié l'histoire de cette guerre. Malgré la résistance de la Saxe , les princes et les villes prolestantes de l'Allemagne conclurent, le 9 avril 1633, au congrès de Ucilbronn',

* Cura plena polestate et commissione absolulissima. (Voyez les Archives du royaume,)

' Ces trois puissances projetèrent un mariage arec Christine. Nous avons déjà parl6 du Brandenbourg. Le roi Christian IV rechercha la main de cette reine pour son troisième fils » le prince Ulrich. Richelieu nous apprend que la Saxe avait les mêmes intentions. {Mémoires f t. 7, p. 282.) Le ministre de France, Feuquières, reçut des instructions à ce sujet. Quant au mariage de la fille de Suède avec le fils aîné de Saxe, le roi suivrait en cela le cours des choses et lémoigoerait l'approuver si la Saxe le désirait, lequel, étant déjà allié avec le roi de Danemark, pouvait par ce moyen apaiser les différends qui pourraient nailre entre ces deux royaumes.

> Le duc de Saxe, qui est le plus glorieux des Allemands, eût voulu être chef de toute la confédcralion et avoir la direction des alTaires. Il prévoyait bien que le grand crédit et la réputation d'Oxcnstjerna et la considération du feu roi son mai Ire remporteraient sur I lui, ivrogne, brutal, haï et méprisé de ses sujctjf et des

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