CHAPITRE XVIII
sous la direcUon d'Oxensljcrna, entre eux et la Suède, une alliance que Gustave avait déjà préparée*. Sur la fln de la vie du roi et après son passage sur le Lech , la froideur se mit dans les rapports avec Louis XIII, qui disait au ministre de Venise : a II est temps de mettre des bornes aux succès du Golh. » Le ministre de France au congrès contribua à resserrer les nœuds des deux Etats ^ mais il s'attacha en même temps à mettre des bornes au pouvoir conféré à Oxenstjerna comme légat de Suède*. Des actes de Justice , de faveur ou de nécessité signalèrent son entrée en fonctions : le Palatinat fut restitué aux héritiers du maiheureux Frédéric > ; il n'y eut que Manhcim qui conserva la garnison suédoise. Le représentant suédois fut comblé de félicitations. Bernliard de Saxe-Weimar mit à profit les circonstances ; il réclama et obtint du chancelier obstiné Tacte de dotation du duché de Franconic*. C'est au sujet de l'expédition de cet acte, qu'Oxensljema dit : u Ce sera un souvenir éternel à consigner dans les Archives de Suéde qu'une telle demande adressée par un prince allemand à un noble suédois et qu'une telle condescendance d'un noble suédois envers un Allemand. La demande de l'un me paraît aussi extraordinaire que la concession de l'autre i*. »
élrAngers, et cela l'excUalt par jalousie h Pcmpèrhcr. Ces brigues furent si fortes que le chanceiier se trouva obligé de prier le sieur de Fcuquiéres de ne pas se contenter des offices qu'il lui avait rendus envers les parUculiers de rassemblée dans les conférences, mais d'y demander audience publique pour parler à tous ensemble. {Mémoiret de Richelieu, 1. 1, p. 337.)
* Us choisirent pour lieu de consulter la maison d*Oxensljerna, qui, voyant se glisser entre eux de la dispute au sujet de la préséance, fit ôter tous les sièges et traita debout les affaires. (ilf(Fmotr«« de Christine, t. 3, p. 84.)
' Ledit Oxenstjerna voulait avoir les coudées franches en la direction des affaires d'Allemagne, ce qui élaU d'un grand préjudice à la religion catholique. llbid, — Lettres et négoclaUons du marquis de Feuquières.) — « Es var gut befunden îhm ein consilium formatumyon wohi qualificirten pcrsonen und genugsamer Instruction beyzuordnen , doch dass denselben Jederzeit in Rriegs sachen die endiose resoluUon verbliebe. (Chemnitz, t. 2. p. 49.)
> CbemniU, t. 2. p. 139.
* Voyez, t. 2, p. 159 : « Das KOnigs. Schwed. Schenkungs Brief uber das Herzogthum Franken und die beyden Biscbeffsihumcr Wnrzburg et Bamberg. > Chez ROse, Herxog Bemhard von H^eimar, 1. 1, Urkunde, p. 25.
^ tfaneat , inqult in perpetaam rei memoriam in
Il n'y avait presque pas un Et at^ pas un officier ou un employé, dit Chemnitz, qui ne demandât une abbaye, un couvent ou une seigneurie. Les prétentions étaient graduées sur le rang qu'occupaient les solliciteurs^ tous invoquaient les promesses du feu roi, et le chancelier fut obligé de laisser aller les choses, s'il ne voulait pas tout gûter, surtout depuis que la dangereuse confédération des officiers , à l'armée du Danube, était venue ajouter aux obstacles qu'on avait à vaincre : car il lui semblait nécessaire d'entretenir le courage, non-seulement des soldais, mais aussi des princes et des États, et il ne lui restait pour réussir d'autre moyen que la libéralité. Ainsi presque toutes les provinces conquises sur l'ennemi dans le fond de TAllemagne furent perdues^ on ne conserva que l'archevêché et l'électorat de Mayence, encore étaient-ils demandés. 11 n'était pas étonnant qu'on laissât quelques avantages à celui qui donnait tant. Richelieu donne des éloges à son négociateur Feuquiéres* pour avoir contrecarré avec tant d'habileté le plan d'Oxenstjerna, qui visait, au congrès de Heilbronn, à l'électorat de Mayence, qu'il regardait comme récompense due à ses services. Gustave-Adolphe était luimême l'auteur du projet, qui avait pour objet de faire de son chancelier celui de l'empire. Il n'y a pas de doute que celte affaire n'ait été mise en question. Le drots du royaume, Gabriel Oxenstjerna, communiqua au sénat, le 15 avril 1534, que son frère le chancelier l'avait prié de consulter l'opinion de ce corps sur l'offre qu'on venait de lui faire , et en date du A août, la régence écrit au chancelier ' : « Nous serions flattés que les États d'Allemagne vous récompensassent de toutes les peines que vous vous êtes données pour eux. Et comme nous présumons que vous resterez toujours au service de la patrie, nous ne douions pas que nos
archivo noslro, gcrmanum principem a Sueco nobili Id peUisse, et Suecnm nobilem, in Germania, germano principi Id conlulisse, quod tam illum pelere quam me doeare, «que absonum et absnrdum reor. (Archenhoitz, Mémoires de Christine, t. 1, p. 28. — Rose, Herxog Bernharddei^Grossevon JVeimar^ t. I, p. 222.)
} Le sieur Feuquiéres découvrait quMI faisait une brigue secrète pour disposer les princes, états et députés de ladite assemblée de Heilbronn à déposer en sa faveur de l'électoral de Mayence , ce qu'il détourna adroitement. {Mémoires de Richelieu»)
* Lettre de la régence au chancelier, le 4 août 1034. (Voyei les Archivas du royaume.)
HISTOIRE m SUEDE.
étato et la reine n^ accèdent avec plaisir, n Mais celui qui offrit Tinfluence de la France pour procurer au fils d'Oxenstjeroa la main de Christine et la couronne de Suède peut moins que tout autre allaquer le désintéressement d'Oxensijerna *. Cette offre fui faite par Richelieu au chancelier^ mais ses avances furent vaines, et ce dernier se laissa si peu entraîner aux intérêts de la France que les envoyés de cette puissance se plaignirent de plus en plus de son orgueil croissant et de son refroidissement *.
Il est hors de doute que cet homme d'Etat était hautain. Ce fut à cette époque quMl écrivit à Âke Tott, qui souhaitait obtenir quelque récompense du duc de M ecklenbourg : a II serait au-dessous de moi d'appuyer vos sollicitations, et il serait contraire à Thonneur de la Suéde que dans le poste où m'a placé mon gouvernement j'allasse intercéder pour un des nôtres, comme si la Suède n'était pas à même de récompenser ses généraux. Si j'étais à votre place et que le duc ne me fil pas les premières avances , je regarderais mon état comme si haut placé en Suède que je ne voudrais solliciter aucune faveur ni auprès de lui ni auprès d'aucun autre prince *. » Longtemps après, le ministre français employa le projet de mariage entre Christine et le fils d'Oxenstjerna comme un moyen de le noircir dans l'esprit de la reine. Oxenstjerna dans une lettre à son fils Erik, en date du 29 juin 1627, parle de ce projet comme d'un rêve qui n'est digne que de pitié, et il le prie de se marier pour faire taire tous ces bruits ♦.
• ? Ricbeliea donna é Fenqnlères les instructions suivantes : « Quant au chancelier Oxensljerna, il fallait qu*il eût soin principalement d'acquérir sa confiance et son amitié, et l'assurer que le roi voulait embrasser ses intérêts de tonte son affection, et qu'il appuierait le mariage de son fils avec l'tiéritlére de Suéde, lui promettant qu'en ce cas le roi l'assisterait d'argent pour soutenir la guerre contre ceux qui voudraient troubler son dit fils quand il serait roi. » {Mémoire* de Richelieu, t. 7, p. 285.)
' 1^8 expressions de Feuquières se ressentent de sa haine contre Oxensljerna : « Nous ne nous trouvons pas peu embarrassés, M. de La Grange et moi, de la sorte dont nous avons A nous conduire k l'égard du dit chancelier, auquel la fierté et l'orgueil brutal Tait perdre le Jugement. » ( Lettres et négociations de M. de Fcuquièrcs, t. 1> p. 377.]
* Voyez les manuscrits de PalmskOld.
* Dans un mémoire sur les événemens qui ont suivi |« mort dtt grand Costave , mémoire relouché par
Nous allons maintenant suirre lea éténe' mens tle la guerre : « Le feii roi, dit Chemnits, avait laissé deux armées dans la haute Allemagne : l'une en Alsace, sous les ordres du maréchal Gustave Hom; l'autre en Bavière, sous ceux de Jean Baner, et, pendant qu'il se guérissait des blessures qu'il avait reçues au combat de Nuremberg, sous le comte palatin Christian de Birkenfeld. Le général Baudissin commandait une autre armée sur les bords du bas Rhin. Quant au roi, il avait résolu d'entrer dans la basse Saxe et d'envoyer le duc Bernhard de Weimar avec un corps moins considérable en Franconie. Le chancelier suivit ce plan sans y rien changer. L'armée principale, qui avait ses quartiers en Saxe, fut divisée en deux corps. Le duc George de Lunebourg et le maréchal Kniphausen reçurent l'ordre de se rendre avec les corps les plus nombreux, de douze à quatorze mille hommes, aux bords du Weser et dans la Westphalie, encore occupée par les ennemis. Le duc Bernhard de Saxe, avec le reste de l'armée, devait traverser la forêt de Thuringe pour gagner le Mein et se mettre en communication avec l'armée du Danube. Pour renforcer celle-ci, les états de Souabe, qui ne se croyaientpas assez forts, avaientappelé Horn. Le comte palatin de Birkenfeld fut investi du commandement sur le bas Rhin après la retraite de Baudissin. Le commandement en Silésie, qu'on avait négligé jusque-là , fut confié au vieux comte Thurn : il devait renouer avec les protcslans et faire tout son possible pour conserver l'amitié des généraux de Saxe et de Brandenbourg'.
Les diiïérens c^rps de ces armées, dont la moindre partie était suédoise, furent heureux dans leurs opérations. On ne tarda pas cependant à remarquer l'absence du bras qui Jusr que-là les avait conduits à la victoire. Les colo* nels de l'armée du Qanube^ composée de toutes les forces de Horn et de Bernhard de Saxe, se réunirent au mois d'avril 1633 et décla-
Cbristine elle-même , cette princesse rend à Oxenstjerna la justice de déclarer qu'il rejeta ce projet sans balancer : « H. de Feuquiéres, pour attirer Oxensljerna dans le parti de la France, promettait son assistance s*il avait envie d'accroitre sa fortune privée, même qu*il lui fournirait des troupes et de l'argent s'il vonlait marier la reine avec son (ils; mais Oxenstjerna refusa modestement ces oin-es. » (ifcfémoir«# de ChrUtine, t. S, * ChemnitZi t. 2, p. 3&