‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 193 sur 275 · CHAPITRE Wm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Wm

rèreorque par suite des engagemens qu'ils avaient contractés envers le feu roi , celui-ci leur avait promis de leur payer leur solde à chaque semestre et de les récompenser par des dotations de terres dans les pays qu'il avait conquis ou qu'il allait conquérir; qu'ils rayaient suivi l'été comme l'hiver sans interruption 9 tantôt pour livrer des batailles , tantôt pour prendre des villes d'assaut; qu'après sa mort et sous la conduite du duc Bernhard de Saxe, ils avaient chassé les impériaux de la Saxe et de presque toute la Franconie ; qu'ils ne s'étaient pas montrés moins infatigables sous le commandement de Horn, de l'autre côté du Rhin ] mais que depuis la mort de Gustave- Adolphe, qui était comme leur tôle .et dont la perte devait ébranler même un corps de fer, ils n'avaient pas entendu parier du chancelier et n'avaient reçu ni solde ni remerctmens ; qu'ils voulaient savoir à qui ils devaient obéir; que loin de s'occuper d'eux au congrès (conyent) de Heilbronn , on ne songeait qu'à salisfaire la couronne de Suède; que par toutes ces raisons ils avaient résolu de ne plus marcher contre l'ennemi, mais de se maintenir avec leurs soldats dans les pays conquis et de les retenir comme gage de leur solde. Les mécon^ tens voulurent entraîner dans leur détermination les autres armées, dans les cercle» de Westphalie, du Rhin et de Saxe*. Ils avaient rédigé leurs plaintes et demandé une réponse formelle dans quatre semaines. Horn, qui leur avait parlé avec sévérité, se rendit auprès de son beau-père le chancelier pour se concerter avec lui sur les mesures qu'il y avait à prendre. Bernhard de Saxe, qui resta dans le camp , dit que les réclamations étaient justes, mais les paroles trop dures*. Christine l'accusa d'avoir été l'instigateur secret de ces mutineries'. Quoi qu'il en soit, il est certain que le duc avait bien choisi le moment pour demander la Franconie comme prix de ses services au chancelier, qui était irrité de sa conduite. On fut obligé d'apaiser les autres par les dotations dans le pays conquis ; elles s'élevaient en tout À une valeur de 4,800,000 thale^s^ La distribution en fut

* Chemniti, t. 2, p. 700.

* nOse, t I, p. 261.

* Celte cabale fut Tormée par le dac m^ine. (Mim, de Christine, t. 3, p. 72.)

* Voyez Pulïïîndorf, l. 6, J 40 j ROsc, 1. 1, Urkundo,

p, ae.

faite par le duc Bernhard * suivant ce qui étajt convenu avec Axel Oxenstjema à Francfort. Les domaines que reçurent les officiers lej^ firent regarder comme membres du congrès de Heilbronn ; toute l'armée était obligée d'obéir à cette ligue et à la couronne de Suède.

L'éclat que Gustave-Adolphe avait répandu sur les armes suédoises continua à briller encore quelque temps après que la révolte eut été apaisée. Cet éclat devait bientôt se dissiper. Comme nous venons de le voir, il y avait rupture entre l'état-major princier du feu roi et les généraux suédois. Oxenstjerna le redoutait depuis longtemps, car quoique les colonels seuls eussent paru, il était évident qu'il se cachait derrière eux des intérêts plus haut placés. Parmi les princes qui avaient pris du service dans les armées de Gustave-Adolphe, Bernhard de Weimar se regardait comme le plus proche héritier de la gloire du roi dont il avait vengé la mort. Lorsqu'à Weissenfels, après la bataille de Lutzen , il présenta le corps inanimé du héros à l'armée en la conjurant de marcher sur le chemin de la victoire, toute l'armée répondit qu'elle le voulait suivre jusqu'au bout du monde «. Il demanda le commandement en chef; mais il rencontra de l'opposition, non moins de la part de son frère aîné le prince Guillaume, nommé par le roi son lieutenant, que de celle d'OxenstJerna , qui se servit des divisions des deux frères pour mettre un frein à leur ambition. Le chancelier d'ailleurs voulait diriger les affaires de la guerre par le maréchal Horn, vainqueur & Leipzig avec Gustave-Adolphe. Il ne pouvait résulter que des malheurs de la communauté du commandement exercé par Weimar et Horn.

Il n'existait pas non plus un très-grand accord entre le duc George de Lunebourg et Kniphausen; cependant ils se réunirent. Le duc, suivant le plan de campagne que lui avait

« Rose, 1. 1, p. 237.

* Il flt amener le corps dn roi ao-deTant de Tarroée, qu'il harangua, disanl entre aulres choses qu'il ne vou-^ lait pas celer davantage le malheur qui était arrivé de la mort d'an si grand prince, et les conjurait tous, par la gloire qu'ils avaient acquise en le suivant, de lui aider à en prendre vengeance et à faire voir â toute là terre qu*ll commandait à des soldats qui l'ont rendu invincible et, après la mort même, la terreur de ses ennemis. Toute l'armée répondit en criant qu'ils le suivraient partout où II voudrait et jusqu'au bout dâ monde. {MémoireM de RieheiieHt U 8, p^ 268.)

tracé Oxensljerna , chassa les impériaux de la Westphalie , passa le Wescr et assiégea Ilameln. Le Landgrave Guillaume V de Hessc- Cassel , au secours duquel avait été envoyé le major-général Kagg, s'empara de la partie méridionale de Westphalie et assiégea Paderborn. Le général des impériaux, Gronsfeld, rassembla son armée dans les environs de Hameln pour secourir celle ville et appela le comle Mérode à son aide. Le duc George demanda et reçut du secours du Landgrave de Hesse avec les généraux Kagg et Melander. Le 28 juin 1633, les forces impériales réunies furent complètement battues prés du village de Hessich-Oldendorf, non loin de la rive gauche du Weser. Selon son habitude, Kniphauson avait opiné contre la bataille, et il en décida le succès, ce qui n'était pas rare chez lui, en dirigeant un attaque bien exécuiéc de la cavalerie suédoise *. Dans ce combat tous les ofliciers et le« soldats portaient sur leur poitrine refllgie de Gustave-Adolphe. Son fils légitime, Gustave Gustafsson combattit à côlé de Kniphausen '. La prise de Ilameln fut le seul fruit de la victoire. Le duc George écrivit à Oxenstjerna qu'il avait reçu le serment de la ville -, il fit valoir d'anciennes créances et des prclentions sur des villes et des terres que Gustave- Adolphe lui avait promises. Le chancelier lui répondit en lui faisant de nouvelles promesses, et lorsque le duc manifesta le dessein de s'agrandir de plus en plus, il lui retira peu à peu le commandement des troupes suédoises. Kniphausen, d'après les ordres du chancelier, marcha vers le nord de la Westphalie -, Kagg fut envoyé à l'armée du Danube \ et lorsque le duc George se fit élire général du cercle de la basse Saxe, le chancelier conseilla aux états saxons de lui opposer Baner, qui était sur les bords de l'Elbe. C'était partout le même spec-

« Voyez von der Dccken, Herxog Georg von Luneburg, l. 2, cap. 32. — U comlc Mérode, par ses différends avec Gronsfeld, fut cause de la perle de la bataille. En 1C20, il élail colonel au service de Wallcnstein ; son régiment se dislinguail par sa licence : de là le mot marattder, encore usité.

* On trouva chez un page du général Gronsfeld un portefeuille renfermant plusieurs papiers écrits en français. Dans tout le quartier général du duc George, il n'y avait personne qui fût à même de les traduire que le jeune Gustave Gustafsson, tant la langue française était peu connue alors. (Voyez von der Decken, 1. 1, p. 180.)

tacle, qui devait avoir son dénouement à la balaillc de Nôrdlingen.

Sur les bords du Danube et du Rhin , les succès couronnèrent encore les années suédoises. La prise de Heidelberg (1^24 mai 1633) avait achevé la conquêle de tout le bas Palalinat par le comte palatin Christian de Birkenfeld. La victoire qu'il remporta le l""' août à PlafTenhofen, avec rinfanterie suédoise^ chassa les Lorrains de TÂlsace. Lorsque la rèvolle de Tarmée du Danube eut été apaisée, Horn s'était porté avec une partie de ses troupes vers la haute Souabe pour empêcher la Jonction des Espagnols qui venaient d'Italie avec les troupes d'Âlfringer. Le duc Bernhard fut aussi appelé en Souabe par la marche d'AUringer, qui se réunit à Feria. Les généraux, étant partagés d'opinion sur Topportunilé de livrer bataille, se séparèrent, Ilorn pour reprendre ses avantages dans ces contrées, Welmar pour tenter de nouveau la fortune sur les bords du Danube, où, renforcé par Kagg, il grossit ses triomphes par la prise de Ratisbonne. Le 15 novembre 1633, le duc prit possession en son nom de celte clé des Étals autrichiens et de la Bavière *. Au commencement de Tannée 1634, il était sur le point d'envahir les Etats héréditaires de l'empereur, et il demanda l'assistance de Horn. Celui-ci ne voulut pas quitter la Souabe, menacée par les forces réunies de Feria et d'AItringcr. Le chancelier approuva l'opinion de son gendre et donna au duc le commandement des troupes qui avaient Jusque-là obéi au comte palatin de Birkenfeld. Celui-ci prit si peu de soin de cacher son mécontentement, qu'il paraissait chercher le moyen de rompre ouvertement. Sous prétexte que ses

troupes ne trouvaient pas leur subsistance en Franconie, quoique ses magasins fussent pleins,

il se jeta presque en ennemi sur les quartiers

de Horn dans la Souabe '• Us se rencontrèrent

* Rose, t. l,p. 259.

* « Stalt die saumseligen Frankischen Stande zur Darreichung der Lebensmittel zu zwingen,votu cr Befehl hatle, und seine eigne Vorralhe in Wureburg zu offhen, beschlos er, zam grossen Schrechen des Reichs canslers, seine verhungerten Itegimenter In deo bis Jetz verschonten dem Hornschcn Heerc zur Unterhait angewtesencn Bezirke Schwabens sich erholen zu lassen — uiid warf sich mit UngestQm, gieichsam Teindiichcr weise, auf Horns quartiere— so dass es zwetfelhan blied, ob die gcsuchte Verbindang mit dem Peldmari

Page 1