CHAPITRE XVIII
la basse Saxe, le Lunebourg, naguère hostile, demanda une ncutralilé bien suspecte *. L'événement le plus grave fut la mort du duc Bernard de Saxe-Weimar, le 8 juillet 1639. Bancr, qui avait compté rencontrer ce brave général sur les bords du Danube et se réunir à lui, fut obligé de songer lui-même à la retraite \ il ne FelTectua pas sans perdre beaucoup de monde. Au mois de mai 1640, nous voyons pour la première fois une armée française réunie, à Erfurt, à une armée suédoise. Les troupes françaises comptaient dans leurs rangs d'anciens frères d'armes de Weimar que la France était parvenue à gagner*; ils étaient commandés par le duc de Longueville et par Guébriant. Baner se réunit aussi à des troupes de la liesse et de Lunebourg >. Mais on ne tarda pas à s'apercevoir des inconvéniens du partage du commandement. Piccolomini ne se laissa pas entraîner hors de son camp fortifié de Saalfeld ; les alliés se dispersèrent, et Tannée s'écoula ainsi sans résultats. Mais au mois de décembre, au milieu de la neige et du froid, tandis que l'ennemi reposait avec sécurité dans ses quartiers d'hiver, Baner^ réuni à Guébriant^ leva son camp; il traversa la Thuringe, la Franconie el le haut Palatinat, et il se présenta tout à coup, au mots do janvier l64l, devant Ratisbonne, où le nouvel empereur Ferdinand IIP présidait une diète des électeurs et des dépulés de l'empire. La cavalerie de Baner avait déjà passé le Danube sur la glace , déjÀ il avait commencé à bombarder la ville, lorsque le dégel vint tout à coup fondre les glaces du fleuve.
* Aucune maison princlére n'a Iraraillé dans ce but avec plus (l'opiniâtrelé que celle du Lunebourg. II est naturel que la partie pense à elle quand le tout est dissous; cependant on ne peut nier la vérité de ce que disait BaDer au chancelier de Lunebourg. Drebber, après la victoire de Cbemnitz : « Durch dergleichen misérable Considerationcn sey Deutschiand in seinen jetzigen Nothstand gekommen : die Neulraliletsgeschichten taugten nichts. »(Von derDecken, L c, t. 3. p. 184.—- « Les projets du duc de Lunebourg, écritOicnslJernaà Baner, en date du 9 Janvier 1639, me sont bien connus et me servent i gagner du temps et i prendre parti pour le plus forL »
* Oiensljcrna écrivit à Baner qu'il devait faire valoir les droits de la Suéde sur Tarmée de Weimar» parce qu'elle avait été primitivement enrôlée pour le compte de cette puissance.
. * Voyez la lettre d'Oxensljcrna a Salvius.cn date du froars 1639.
^ Ferdinand 11 mourut le 16 f(^vrier 1637.
L'ennemi se renforça, le plan échoua, et le gé« néral suédois se trouva dans une situation plus critique que Jamais. Il n'y avait à cette époque que les troupes suédoises qui fussent habituées à faire des campagnes d'hiver. Les troupes de Weimar se retirèrent; Guébriant s'éloigna aussi, et Baner fut sur le point d'être enveloppé par les ennemis auprès de Cham. Le général bavarois Mcrcy, envoyé en avant avec une nombreuse cavalerie, attaqua le colonel suédois Erik Slange. Celui-ci se jeta avec trois régimens de cavalerie dans la petite ville de IVcubourg, qu'il défendit vaillamment pendant quatre jours, après quoi il déposa les armes. Mais pendant cet intervalle , Baner gagna du temps pour se sauver : une avance d'une demi-heure, à travers les défilés étroits de Pressnitz, dans les forêts de la Bohème, l'empêcha d'être coupé par Piccolomini. Les impériaux le poursuivirent pendant onze Jours sans relâche. Baner arriva à Zwickau, où Guébriant se Joignit à lui de nouveau -, puis , toujours harcelé, il gagna Halle, Mersebourg et Haiberstadl. Baner dans celle retraite était presque mourant; il se faisait ù la fin porter sur un brancard : il expira à Halbersladt, en 1641, dans sa quarante-cinquième année. Au combat qui fut livré à Wolfenbuttel, l'armée avait amené le cercueil qui renfermait les restes de son général et avait juré de vaincre *. Baner s'est peint lui-même dans ses campagnes : le vin et les femmes étaient les faibles du héros*.
Nous ne pouvons nous empêcher de faire une observation. Si l'on considère l'issue de ces entreprises , dirigées du nord de l'Allemagne contre l'Autriche, entreprises plus d'une fois renouvelées après la mort de Baner, on hésite à se joindre à la foule pour blâmer Gustave- Adolphe de n'avoir pas voulu, après la bataille de Leipzig, attaquer les Étals héréditaires de l'empereur avant d'avoir afi'ermi ses flancs, qui n'étaient pas couverts ; mais on voit en même temps qu'une coopération vigoureuse de la
* Histoire du maréchal de Guébriant p. 348.
* On supposa d*abord qu'il avait été empoisonné. Salvius écrit de Hambourg é Jean Oxenstjcrna, le 27 décembre 1641 :« Nescio an sit venenum. Nam statim post pocula primos eosque atrocissimos sensit dolores. Acccdunt jam intcrdum deliria et in ^ectrorum erroribus ac somniis ipse quidero se fatigat. Vereor, ne punilis alils, Dcus tandem nos ipse puntre decrevit, ob enormia scelcra et probra plus quam barbare, quie boc bell(r impuneçomipittuntur. «
HISTOIRE DE SUËUE.
France était la «eule condition qui pouvait as- 8urer le succès d*une telle attaque. Cette coopération ne fut jamais (rès-aclive. Les intérêts de la France avaient dans celte guerre un point de contact avec ceux de la Suède, mais il n'existait aucun lien intérieur entre ces deux puissances : ce fut \h ce qui fil ajourner si longtemps en Suède la raliflcalion de Talliance avec la France *. Oxensljcrna pressait la France de déclarer ouvertement la guerre à Tempcreur, comme elle avait fait pour TEspagne en 1635*. La déclaration de guerre de la France à Tempereur n*eut lieu qu'en 1638. Ce fut à bette époque , le 6 mars, que fut conclue pour cinq ans la nouvelle alliance avec la France-, elle fut ensuite renouvelée. A cette occasion j Oxensljerna écrivit à Salvius, le 24 juillet 1640 : ((Il est stipulé dans Talliance, qu'on doit faire invasion par TAllemagne dans les États héréditaires, nous par la Saxe, et la France, des bords du Rhin par la haute Allemagne. La France n'a jamais rempli cette condition, et nous avons toujours eu à lutter seuls contre toutes les forces de l'empire ». »
Le chancelier du royaume ét^it rentré dans sa patrie depuis l'été de 1636 , et il ne retourna jamais en Allemagne, quoiqu'il en eût eu le dessein. On donna à Baner carte blanche pour la guerre et même pour le gouvernement de la Poméranie, après la mort de l'envoyé Sien Bjelke * : « On ne peut tracer que des instructions générales , écrit le chancelier à Baner *, nos affaires intérieures dépendent de nos succès ou de nos revers en Allemagne *. » Mais , après le départ du chancelier , on vit les conseillers de la guerre attachés aux armées. Le premier, que je sache , fut adjoint au général ICniphausen, en Westphalic, en 1635 •. On décida, en 1637, qu'il en serait également envoyé un à l'armée de Baner », et le secrétaire Lars Grubbe s'y rendit efteclivemenl en cette qualité, en 1641, mais avec l'ordre de s'accommoder autant que possible avec le ma-
* VoyM les archives du royaume.
* Bougeant.
* Leltre d'Axel Oiensljerna à Baner, 10 mars 1638. {Archives du royaume.)
* Letlre i Baner en date du 10 juin 16S9. [Archivée du royaume.)
* Axel Oxenstjema à Baner, Slralsund, le 9 novembre I6SS. {Archivée du royaume.)
' Oienstjerna à Baner, le 4 join 1637. {lèid,
réchal '. Ces eonseillers de guerre^ (md'assis-' tance (comme ils sont aussi nommés) , ayaienl l'inspection des affaires politiques , administratives et financières \ ils correspondaient avec le gouvernement de Suède et n'étaient pas aana influence dans les affaires militaires.
La présence du chancelier en Suède ne fait pas moins époque, par son active énergie, que l'exercice du commandement de Baner en Allemagne.
Oxenstjema fut empêché de faire de nouvelles propositions au comité par des divisions qui partageaient le sénat à son arrivée. Le langage qu'il tint dans cette assemblée est remarquable : Ci II était d'avis , pour sa part, de ne rien communiquer aux états avant que le sénat eût adopté ce qui était raisonnable et praticable ; car il était inutile et dangereux de prendre conseil de ceux qui ne connaissent rien aui affaires. Il fallait d'abord prendre une résolution, puis demander l'assentiment des états, comme avait toujours fait le feu roi •. — Nous avons décidé bien des affaires que vous regardez comme nécessaires pour la continuation de la guerre, répondit Jacques de La Gardie; si elle doit se prolonger « il faut absolument lever des soldats. Nous avons agité la question de savoir s'il ne serait pas urgent de convoquer les états. » Le chancelier : a Nous avons fait cent levées sans la convocation des états , et nous croyons que c^est agir très-sagement que d'envoyer des commissaires qui s'entendent avec le peuple et s'occupent en même temps de la conscription. » Le chancelier employa un nouveau moyen politique, dans l'espèce de diète ou assemblée des fonctionnaires, que prescrivait la constitution en vertu de laquelle on pouvait y délibérer et prendre une décision sur les affaires qui ne réclamaient pas une diète générale. Au mois d'octobre 1636, tous Ic9 membresdu sénat et des collèges, ainsi que plu* sieurs nobles , furent convoqués à Stockholm. Les délibérations roulèrent principalemeni sur la nécessité d'une nouvelle conscription ; elle fut décrétée et exécutée sans qu'on eût assemblé les états. Le chancelier ne voulait pas aggraver la charge des impôts : ci La continua-
• Instruetion de Grubbe, le 29 avril 1641. (IHd,)
* DélibéraUon du sénat, 15 JuHlet I6S6. (Vofet Adlersparre, Samlingar, t. 4, p. 98.) — « Q«od niultl faciunt, mulli negligunt, • était un provert>e familier au chancelier.