‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 199 sur 275 · CHAPITRE XVflI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVflI

Le chancelier écrivit à Torslenson, sous la dalcdu 25 mai • : a II faut que nous vous fassions connaître notre position cl les desseins perfides de nos voisins^ lesquels commencent à percer assez pour nous obliger à changer les nôtres. Nous avons longtemps remarqué que le Danemark, dans la guerre que nous avons cnlrclenuc en Allemagne, avait toujours l'œil fixé sur les événemcns, espérant que si nos avantages se changeaient en désastres, la porto de notre pays lui serait ouverte pour nous traiter suivant son bon plaisir. Aujourd'hui que vous et Jean Baner, par vos victoires, vous avez brisé les forces de nos ennemis et réduit TcmpereiT à se tenir sur la défensive, celui-ci cherche un appui en Pologne en faisant valoir des prétextes qui conviennent peu à la grandeur de la maison d'Autriche; il cherche aussi à exciter le Danemark à la guerre , ce qui est d'autant plus à craindre que celte puissance n'attend qu'une occasion pour rompre avec nous. La Pologne et le Danemark ne cachent pas leurs mauvaises intentions; le dernier surtout, qui sous le masque de médiateur s'est inélé des négociations de la paix : maintenant qu'on est d'accord sur les préliminaires et que le médiateur devrait travailler à la conclusion, il fait des préparatifs sur terre et sur mer, et assemble ses troupes soi-disant pour imposer ù Hambourg , mais en effet pour nous intimider ou pour opérer une intervention armée. On dit que l'évéque de Brème et le duc d'Oldenbourg doivent réunir leurs forces aux siennes, ainsi que Brunswîg-Lunebourg. Cologne et plusieurs Étals catholiques entrent dans cette intrigue pour former dans l'empire un Iroisiéme parti qu'on nous annonçait depuis longtemps. Ce qu'il y a de positif, c'est que ces armemens danois ont pour but de contrarier le succès de nos armes et d'arrêter nos conquêtes en Allemagne; puis on nous attaquerait, sinon cette année, au moins la prochaine. C'est le Danemark qui machine contre nous en Pologne, par Tenlremisc de Baudissin et d'autres, pour arriver à une forte alliance, peut-être à une forte diversion. Baudissin a été envoyé de Pologne en Danemark ; il était chargé nonseulement des pleins pouvoirs du roi, mais encore de ceux des sénateurs. On négocie avec la Russie le mariage du comte Waldemar, fils

* Voyw les archives au royaume ùq 1G43.

du roi de Danemark et de la fille du tzar pour nous faire un ennemi de plus; on nous montre déjà dcH dispositions moins amicales et l'on refuse de changer notre résident. 11 faut ajouter à cela^ de la part du Danemark , d'autres actes que nous ne pouvons tolérer sans blesser les intérêts de la Suède. Le Danemark entrave la navigation du Sund ; il a confisqué six ou sept navires suédois.- Contrairement à nos conventions et à nos privilèges, il prélève des droits sur le vin et autres boissons qui passent le Sund pour le compte de la Suéde ■ , et cela sans même nous prévenir; il a mis en croisière devant l'Ile de Ruden un yaisseau qui assujettit les nôtres à des droits de douane et nos b&limens marchands à une visite préjudiciablo et déshonorante, et il est si tenace dans cette résolution qu'aucune observation ne l'en a pu détourner. Nous trouvons le Danemark aussi hostile que l'Autriche envers nous ; son voisinage et le secret de ses manœuvres le rendent d'autant plus redoutable. Nous avons donc résolu de faire au roi de Danemark nos dernières observations ; mais comme nous n'attendons de lui aucune réponse favorable , nous pensons qu'il vaut mieux, pendant que nos armes sont victorieuses, les porter dans ses Etats : à cet effet nous sommes obligés de retenir nos recrues. Vous nous ferez plaisir, si vous voulez relever l'état numérique de nos forces en Allemagne, en remplissant le cadre ci-joint. Vous nous renverrez autant de vieux militaires que vous pourrez, puisque vous cherchez moins à battre l'ennemi qu'à conserver l'armée, pour pouvoir vers l'automne vous porter du côté de la Baltique et prendre vos quartiers d'hiver dans le Holstein et le Julland. Tout cela doit être tenu secret,, et nous nous préparerons chacun de notre côté à cette expédition. Ayant l'air de choisir vos cantonnemens dans le Brunswig-Lunebourg et Lauenbourg, vous pourriez diriger votre marche par Meissen et Halbcrstadt pour le pays de Brunswig , et contraindre le duc et l'évéque de Brème à séparer leurs troupes de celles du Danemark. Pendant votre

* Zum Vorwandc nahmen die Dancn dièses» weil die SchwcdcQ wider dem Verglclch hnndcUcii,in dcm Sic auswartigen Nationcn ihre Passe darlehnlcn und allso den Dauisclien Zoll hinlcrgtiigen. Ludwig de Gccr hatlc reichc Conforten in llolland, die unlrr seincn Nalime frcy durcbgîngpn. (PutTeniîorf, t. i^ p. 78.)

HISTOIRE m SUEDE.

marche ou un peu avant , il vous faudra envoyer un générai à la lète d'un corps vers la Poméranie et le Mecklenbourg pour attendre votre arrivée, veiller ft la défense des forteresses et occuper les passages sur TEIbe. Puis vous pourrez faire avancer voire armée dans le Holslein, entre Hambourg et Lubecli, en vous emparant de toutes les places qui se trouvent sur voire route et poussant jusqu'au fond du Jutland et même au delA du déiroit de Medelfart en Fionie, aussi loin que les forces de Tarmée vous le permettront. Quiconque vous résistera, vous devez le regarder comme ennemi. Vous dissiperez tout rassemblement de troupes danoises ou allemandes. Si Ton demande sur quels ordres vous agissez ainsi, vous direz que le besoin vous force à chercher des cantonnemens pour vos soldats. Si le duc de Gottorp veut rester neutre, il faudra épargner son pays. Disposez les garnisons sur la Baltique, en Poméranie et dans le Mecklenbourg, de manière a avoir deux mille bons soldats et quelques centaines de cavaliers : vous les placerez sous le commandement d'Erik Ilansson , à qui vous donnerez Tordre de rallier tous les vaisseaux qui sont en Poméranie. Pendant que vous pénétrerez dans le Holstein , il devra se transporter & Seland et dans les tles , attaquant et voyant s'il est possible d'emportct Copenhague ou Kroneborg. Une pareille attaque jeUera la consternaticn dans le conseil du roi de Danemark. Nous saurons bien vous donner la main de ce côté. Nous croyons tout cela praticable : V parce que Tarmée du roi de Danemark est plus forte sur le papier que sur le terrain ^ d<» parce qu'au mois de mai il a marché contre Hambourg , et que s'il entre en arrangemens, ou il dispersera son armée ou il la fera camper ^iilors elle ne lardera pas & être affaiblie par les maladies, et ce ne sera pas de sitôt qu'il pourra relever la tête. Nous espérons, par la promptitude de nos mouvemens , l'écraser ou le mettre dans un tel enîbarras , qu'il aura plus à penser à luimôme qu'à nous. Je ne prévois que deux obstacles qui puissent empêcher ou relarder Texéculion : comment pourrez-vous déguiser assez vos opérations pour que l'ennemi ne se mette pas a votre poursuite, et comment mettre à l'abri les garnisons d'Olmulz , de Schwcidnitz et d'autres endroits ? Ce qui nous donne aussi & réfléchir, c'est la question de savoir si ces opérations ne seraient pas désavantageuses pour

notre guerre d'Allemagne. Sondes Gaitas, nm prétexte de rechange des prisonniers, pour vous assurer si maintenant que les négociations de paix sont en train, il ne serait pas po::sible de conclure un armistice pour trois semaines, par exemple Jusqu'à ce que vous puissiez connaître l'opinion du ministre français. Si nous n'avons pas d'armistice , nous vous laissons A aviser au moyens de retirer les garnisons et d'arranger vos marches. L^ennemi ne vous suivra pas bien loin de Leipzig, parce que cette ville est en votre pouvoir et que tous les environs sont ruinés. » Telle était la situation du nord de l'Allemagne en 1643.

Nous venons de voir quelles étaient les ins- . tructions de Torstenson pour la guerre de | Danemark-^ elles restèrent des mois en route. On a souvent occasion de s'étonner de la lenteur des communications à celle époque. Le maréchal fit immédiatement ses préparatifs j pour s^y conformer, et les moyens répondaient pleinement A la hardiesse du plan. H avança dans la Silésie, proposa un armistice et parvint A endormir Gallas, qui communiqua la proposition A la cour de Tienne. II se contenta de suivre farmée suédoise de côté, en couvrant la Bohème. De Glogau , où l'armée passa l'Oder le 2t) novembre, Torstenson écrivit en Suéde (( qu'il pensait arriver dans le Holstein en qua- Ire ou cinq semaines. )> Il jeta un pont sur l'Elbe , comme s'il eût voulu passer le fleuve en cet cndnnt. Il fit courir le bruit qu'il avait dessein de traverser le hautPalatinat après avoir pris quelque repos dans le Meissen , d'envahir la Bavière et d'y prendre ses quartiers d'hiver. Cette nouvelle jeta une grande inquiétude dans le pays. Peu de temps après , on le vît jeter un nouveau pont sur l'Elbe, A Tangormunde, mais au lieu de traverser le fleuve, il s'avança vers Havelberg. LA il ne pouvait plus couvrir son dessein d'aucun prétexte. Il convoqua les officiers le 6 décembre pour leur donner ses ordres, et leur annonça de bons quartiers. L'armée continua joyeusement sa marche et inonda bientôt le Holstein et le Jutland ^

* Le 26 décembre 1643, la régence reçut ta noaielle de riiivMion de Torslenson dans le Holstein. Klle lai éerivU en date dv 7 janvier 16U : « Depuis le rNenr de TOraskOldi qui nous a apporté Totre répmtse à noire lettre du 2à mai, nous n'en avons reçu qu*ane de vous ; eUe est datée do Havelberg, le 6 décembre. Mais nous avons, par (a vo% du D-wernarki de» «ouvclles

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■fin

CiîAPITRE XVIIl.

Notlé etî^runlons k un écrit d^un 'minislre j suédois \ quelques détails sur Tétat du Danemark À celte époque ; il est de 1640, un an après que Christian lY eut terminé son long règne. L'auteur, Magnus Dureei, après avoir présenté son séjour de huit années , en qualité de résident suédois , comme une garantie de Texaclitudc et de la vérité de son récit , ajoute « que celle nation a naturellement l'habitude de tenir secret tout ce qui la concerne , de sorte que ce n'est que par un séjour prolongé et une attention soutenue qu'on peut tout comprendre et approfondir. » Nous ne pouvons en donner que les traits principaux. Comme le pouvoir des rois de Danemark est borné, qu'ils ne peuvent disposer des jura fnajeitatii sans le consentement du sénat, que la noblesse peut l'emporter sur le roi et sur les autres états, et que le peuple, loin d'avoir rien à dire dans les affaires de TÉlat, n'a pas même la perspective de l'admission de ses enfans aux charges publiques ou aux dignités, il s'ensuit que la forme du gouvernement danois est aristocratique ou oligarchique. Les fondemens de celle cooslilulion furent posés dans le temps de Frédéric P% qui fut déclaré roi par la noblesse contre la volonté des bourgeois et des paysans , qui étaient du parti de Gbristian-le- Tyran. Il accorda à la noblesse des privilèges qui furent confirmés par Frédéric II, et étendus par Christian lY et son fils Frédéric IIL Ces privilèges sont redoutables et pour le pouvoir rofal et pour le peuple, et il serait difficile aujourd'hui de les affaiblir*, les cinquante ans du règne de Cliristian lY en fournissent la preuve. Il est dit que le Danemark est et doit Hre un royaume électif, comme il l'a été de temps immémorial , et que la Norvège est une province inséparable de la couronne danoise. Les hauts fonctionnaires de l'État sont au nombre de cinq -, les sénateurs ont en appointemens les principales provinces ou les châteaux qui font la force du pays. Les anciens onl trouvé bon de consliluer, pour ainsi dire, une viceroyauté pour soutenir rantorllé de la noblesse^ ce sont les fonctions d'un major éUrniuê du royaume (rikshofmâstare) : il dispose de la

recelte du royaume , est chef de la maison du

qui nous annoncenl que vous êtes entré dans le Holilein an milieu de décembre. » (Voyez les Archives du royaume.)

* • VojM R$laSion om konungariket Dùnnemark af Magnum Dwtel (Lea maiiiiicrKi de Sko^lQUer.)

roi et de la flotte comme un lieutenant géné« rai du roi. 11 a été d'usage qu'aussitôt qu'il y avait de l'argent dans le trésor, ce fonctionnaire en faisait emploi , de peur que le roi ne s'en servit pour favoriser ses propres desseins^ aussi le roi de Danemark a-t-il été obligé d'augmenter les droits du passage d'Ôresund ^ droits dont il pouvait disposer, et il a voulu en établir un semblable sur l'Elbe, auprès de Gluckstad , pour augmenter ses revenus. 11 y a un riksmarsk (connétable) , un chef d'artillerie et des arsenaux {rikstygmëslar€)^eUun général du génie ; mais les fonctions des autres officiers qui sont nécessaires dans une armée bien organisée n'existent pas en Danemark. Quand la guerre éclate, on y appelle des nobles danois ou des officiers étrangers; mais comme les rouages de l'Ëtat sont très-compliqués, le plus grand intérêt de chacun est de songer aux siens. Dans la guerre, les terres de la noblesse danoise sont toujours ruinées, quelle que soit l'issue de la guerre. Christian lY encourut le blâme de la noblesse pour avoir entrepris la guerre sans son assentiment, surtout contre l'empereur , et on lui attribua les revers qui se firent sentir. Il y avait longtemps qu'il était roi ; cette considération et son courage imposaient aux sénateurs , qui ^us étaient ses serviteurs dévoués : aussi sa volonté prévalut-elle souvent. Mais pour prévenir un trop grand accroissement de l'influence du pouvoir royal, la dernière assurance {handfàstning) do Frédéric III prescrivit que le roi ne pourrait pas élever qui bon lui. temblcrail à la dignité de sénateur; mais que la sénat, conjointement avec la noblesse de la province du sénateur décédé, présenterait six ndUes au roi, qui en choisirait un. Comme la noblesse règne et que c'est elle qui court le plus de risques en cas de guerre cl qoi .profite le plus des avantages de la paix , le Dai^emark est plus porté à la paix qu'à la guerre; c'est pour cela que la noblesse s'oppose à l'organisation d'une armée. Néanmoins les craintes qu'inspire la puissance de la Suède et la position menaçante que lui ont acquise ses ccnqoMe» onl déterminé la noblesse à entretenir une espèce de milice; car pour former une armée permanente , elle n'en a pas les moyens, et l'intérêt de son parti s'y oppose , car la noblesse craindrait que le roi ne gagnât l'armée et ne s'appuyât sur elle et sur le |)êuple, qui e$t mécontent èl qui aime

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