CHAPITRE IL
son vaisseau. Leur langue lui parut avoir de Tanalogie avec celle des Finnois. Us lui donnèrent de grands détails sur leur pays et ceux qui Tenlouraient. 11 ne sut quel degré de croyance il devait ajouter à leurs rapports , n'ayant rien vu par ses yeux. Entraîné par le désir d'explorer le pays, il y fit une incursion pour y trouver une espèce de baleine dont les dents sont fort belles (il en donna plusieurs au roi Alfred). La peau de ce poisson sert à faire d'excellens cordages; cette baleine est plus petite que les autres et n'a pas plus de sept aunes '. La pêche des baleines était plus riche dans le pays d'Ottar. On y en trouvait de quarante-huit et même de cinquanteaunes* de longueur. 11 raconte qu'avec six bfttimens il en prit lui-même soixante en deux jours. Il était riche en produits de son pays, c'est-à-dire en animaux sauvages appelés rennes. Lorsqu'il visita le roi , il en avait six cents. Dans ce nombre, il y en avait six dont il se servait pour attirer les sauvages , et cette qualité les rendait précieuses chez les Finnois. C'était un des hommes les plus considérés de sa contrée, et pourtant il ne possédait que vingt vaches , vingt moutons et vingt cochons; le peu de terre qu'il cultivait était labouré par des chevaux. Mais la plus grande fortune des riches de ce pays consistait dans les tributs que leur payaient les Finnois. Ce tribut était acquitté en peaux, en plumes, en baleines, en peau de chien marin et en cordages. Chacun payait suivant sa fortune : les plus riches fournissaient quinze peaux de martres, cinq de rennes, une d'ours, six sacs de plumes , une veste de peau d ours ou de loutre et deux cordages, run fait de peau de baleine, l'autre de peau de chien marin.
£n substituant à la i)êche de la baleine celle du saumon et du chien marin , on voit que cette description peut s'appliquer à l'ancien paysan du Norrland, aux bords du golfe de Bothnie ; on y trouve sa manière de vivre , ses moyens de subsistance, ses relations avec les Lapons. Depuis Harald Hârfager , les rois de Norvège s'approprièrent le droit de lever tribut sur le Finnmark, et celui du commerce exclusif de ce pays ; ils continuèrent de soutenir ces prétentions tout le long des côtes de la mer. Le beurre et le lard trouvaient surtout un écoulement facile dans le Finnmark. Les Bjarmes
• Trois aanes de France.
^ * VtDgHpiatre à viDgtrcinq aunes de France.
étaient de race finnoise et paraissent avoir été plus civilisés que ceux dont ils tiraient leur origine. On voit, par la 4e^ription de leur pays , qu'ils pratiquaient l'agriculture. L'ancien pays des Bjarmes occupait l'espace compris depuis les bords de la Dwina jusqu'à ceux du Volga et du Kama et faisait un commerce étendu. Des caravanes de Bucharie y apportaient les produits de l'Orient. Un voyage dans le pays des Bjarmes était regardé dans le Nord comme trèsavantageux , tant par le commerce qu'on pouvait y faire (on en tirait par échange des peaux de zibeline, de castor, de petit-gris ), que par le pillage sur lequel on comptait; car un voyage de commerce couvrait souvent une expédition de piraterie. Le sanctuaire du culte de ce peuple se trouvait à l'embouchure de la Dwina , dans l'épaisseur de la forêt. La divinité s'appelait Jumala (nom du dieu encore en usage chez les Finnois et les Lapons ). Sa statue portait sur les genoux une grandecouped'argentrempliede pièces du même métal et un ornement précieux autour du cou. On inhumait les morts dans un lieu consacré ; les tertres qui les recouvraient renfermaient une grande quantité d'or et d'argent , car on enterrait avec les lionunes riches une grande partie de leurs trésors. Le temple était entouré d'une- clôture pahssadée qui s'ouvrait par une porte à laquelle six hommes montaient la garde chaque nuit.
Les traditions du Nord font mention de plusieurs autres peuples finnois. Il est parlé d'une invasion de Kures et de Quenes en Suède , dès le temps du roi Sigurd Ring. Les derniers, comme les Lapons , étaient voisins de nos ancêtres, dans les contrées qui forment le Norrland actuel de Suède. Les Suéones , dit une relation du neuvième siècle , ont au nord, de l'autre côté du désert, le Quenland (pays des Quenes) ; au nord-ouest, les Finnois patineurs, et à l'ouest les Norvégiens *. Mais dans ces contrées septentrionales les Finnois patineurs et les Quenes étaient mêlés ensemble; car on dit que le Quenland est à la même hauteur et aboutit à la partie septentrionale de la Norvège. Ils transportent par terre leurs barques légères, entre les grands lacs creusés au pied des montagnes , et ils ravagent le territoire des Norvégiens, qui à leur tour dévastent leur pays. Cependant ils appellent souvent les
■ Le roi Airred. fntroduciion da ycyagê d^OUar et d'Ulfsten,
Norvégiens à leur secours contre leurs ennemis. En 877 ou environ, Faravid^ roi des Qucnes, demanda à Thorolf, chargé par Harald Hârfagcr de percevoir Tlmpôt que lui devaient les Finnois , son assistance contre les Caréliens {Kareler)y qui avaient ravagé ses terres. Thorolf raccorda sous la condition qu'il aurait dans le butin une part égale à celle du roi ^ d'après la loi des Quenes, le roi, outre le tiers du butin, devait avoir autant de peaux de zibeline, de castor et de petit -gris qu'il lui plaisait d'en choisir. Thorolf , à la tète de cent guerriers, entra par l'est dans le pays des Quenes. Le roi en avait trois cents. Ils marchèrent réunis sur le haut Finnmark; ils rencontrèrent et défirent les Caréliens dans les montagnes et recueillirent un riche butin. Après ces exploits, Thorolf retourna dans le Qucnland , franchit la chaîne de montagnes de Kôlen et entra à Yefsen, dansle Halogaland, en Norvége.Cet homme puissant était en même temps un pirate hardi. Il lira de grands avantages des riches pêcheries de Lofodden ; il préparait de la morue sèche à Yage et exploitait la pêche du hareng. On peut voir Jusqu'où s'étendait le nom des Quenes, si l'on considère que toute la mer du Nord fût appelée la mer des Quenes, et toute la Finlande le Quenland*. Cependant nous trouvons le mot Quenland employé dans un sens moins large. Il indique alors le pays situé entre la Helsingie et la Finlande *. Il comprenait dans ce sens , toute la Bothnie , des deux côtés du golfe de ce nom , ce qui dura Jusqu'à ce que les colons suédois eussent chassé les Quenes, d'abord de la Yestrobothnie et ensuite d'une partie de l'Ostrobothnie , dent le nom finnois, Kainu , rappelle encore les apciens. Quenes ou Kvâncs.
On trouve les Caréliens, peuple sauvageetbelliqueux, adonnésà la piraterie, mais tirant leurs principales ressources de l'entretien des troupeaux et de la chasse, tantôt en guerre, tantôt alliés avec les Quenes. Vivant dispersés et éloignés du golfe Finnois, qui leur emprunta son nom do golfe Carélien (KyrialahoUn)^ ils firent de fréquentes irruptions dans le Nofrland suédois en traversant la Finlande orientale Jusqu'aux extrémitésdu Finnmark >. En 1350, un archevôquede
■ Roi Alfred et FundîD Noregur.
* Voyez la Saga d'Egil, c. 14.
> I^ côte de la Lapon ie russe fut autrefois nommée Qa.rela^tcand (côte des Caréliens) ; elle s'appela aussi
Suède baptisa dans une grande cuve, à TomcS, vingtLaponsetCaréliensdeKemiet deSimo. Au midi du golfe Finnois, nous rencontrons les Estoniens. Ce nom, dérivé de la position h l'est de la Scandinavie, s'appliquait autrefois à tout le pays qui se trouve compris entre la Yistule * et le golfe Finnois et à des peuples différens, selon les temps , tantôt aux Goths , tantôt aux Finnois ou aux Lettes. Enfin cette dénomination ne désigna que la tribu finnoise qui Ta conservée , et qui , dans les anciens temps , se prolongeait par la Couriande Jusqu'à la Prusse *. D'après nos anciennes sagas , les Suédois entrèrent de bonne heure en relation avec l'Estonie. Le roi Svedgerla traversa en allant chercher Odin le vieux , à l'est -, elle fut ravagée parle roi Yngue qui y trouva la mort. Les Suédois élevèrent son tertre sur le bord de la mer, afin, est-il dit, que les échos retentissent de& chants que les vagues feront entendre en l'honneur d'un roi de Suède. Quand la Suède cessa d'être redoutable à ces contrées , ses côtes furent infestées de pirates, qui n'étaient autres que les Estoniens réunis aux peuples de même souche, les Kures/ et les Karéliens^.
Telles sont les peuplades finnoises dont il est fait mention dans le Nord, dès le temps de l'idolâtrie Jl y a un autre peuple qui n'apparaît que plus tard dans l'histoire de Suède, quoiquil soit aussi ancien que ceux de la Finlande et de même origine, ce sont les Tawasliens, branche des Estoniens (Tavester, Tawaster, habiUin9 du Tawastland <* ). Tout prouve au
T^e et Trenas : de là Treannar ou Terfinnar (Trc ou Terfînnois.)
I Au neuvième siècle, TEslonic touchait encore à la Yistule. royagedfOttaretd'Ulftsten.
* Tunmann, Untersucbs. uber die aile Geschichic einiger Nord.VOIker, p. 18-20. « Noch jcli Irifll man so iKohl in Kurland als in Semgallen belracliliche Ubei;reste dtefer alter Finnischen Einwohner an. » Ibid.
» « Permisli Estonibus chori. » (Saio. 1. XIV, p. 320.)
* Foyex Porthan, Paul. Just .^ron., p. 49,, 6o.
^ C*estsous ce nom qu'ils sont désignés dans la bulle de Grégoire XF, du 9 décembre 1237. On écrit Tawasti. L'on trouve fréquemment dans la Grande Chronique Wmé6 Tavester, qui renferme sans doute le mot générique des Estoniens. La première syllak>e T^v est plus difficile à expliquer. I>e souvenir des pirateries des Tavesiietiê et ûeiEstojtiei^, en Sudermanie parait s'être imprimé dans les mots Esraskâr, Esraklippa et TAWASTA**afw (dernière fortiflcallon de la paroisse do Skillinge). Il est quesUon des Tavestiens dans les chronic^ucs russes de 104^, mais so^s le nom de Ja-