CHAPITRE II
contraire que les Taveetiens étaient le peuple principal. Ils occupèrent la partie la plus septentrionale du pays * \ c'était aussi la plus fertile ; là prit naissance Tagriculture de la Finlande, qui s'étendit lentement et , pour ainsi dire, pas à pas, jusqu'à la Finlande septentrionale et orientale. Ils furent les premiers des Finnois qui trafiquèrent avec les Suédois , par Farchipel d'Âland et par le Roslagen. C'est leur pays qui s'appelle plus spécialement la Finlande, pour le distinguer du Finnmark, contrée plus sauvage qui , d'après toute apparence, plus étendue que ne l'indiquent quelques sagas, n'était bornée que par le Tawastland supérieur *. Ce peuple de la Finlande méridionale, qui paratt plus civilisé que les Caréliens et les Quenes, qui sont cependant de même race, n'était pas désigné dans le Nord aux temps de l'idolâtrie par un nom particulier, quoiqu'il en eût un. Nos ancêtres les comprenaient dans le nom collectif de Finnois ; rétablissement de ce peuple est cependant aussi ancien que les premières traditions du Nord.
Le nom de Finnois était dans les anciens temps, comme il l'est encore aujourd'hui, celui d'un grand peuple du Nord. Il embrassait non* seulement plusieurs tribus qu'on regarde maintenant comme finnoises, mais aussi les Lapons, nommés Finnois par les Norvégiens et les Islandais. Plusieurs écrivains ont soutenu que, d'abord, ce nom appartenait exclusivement aux Lapons. Les Finnois, dans Tacite^ ne sont que des Lapons. On les retrouve encore dans les Finnois de la Scandinavie mentionnés dans les récits et les sagas des Islandais et des Nor-
me* , qui est la prononciation russe de leur nom indigène hàtM.
* Le dialeete usité dans la Finlande proprement dite et dans le Tawesland prouve que ce pays (plus tard aussi une partie de l'Ostrobothnie), en un mot, la Finlande méridionale et occidentale ont été habitées par le même peuple, celui des Tavestiens , qu'on ne doit pas confondre avec les habitans duSavolax et les Caréliens. {Ployez Portban ad PaulJust«pp. 87,88.)
^ Lapprinffar ou les pierres rangées en cercle , dont lesboisdela haute Finlande sont remplis , indiquent des tertres et des endroits jadis habités par les Lapons. Ces pierres sont placées de la même manière que celles dont un Lapon forme d'ordinaire le foyer de sa butte (itdto), autour duquel il s'assied avec sa famille. On n'en trouve pas dans la Finlande méridionale, ce qui prouve que l'ancienne Laponie, Scrite Finnia, n'a pas poussé ses frontières plus loin que le Tawasteland, où commençait l'agriculture, (f^oyez Lencquistdans les Gazette* d'Abo, j778, pag. 142, 143.)
végicns. Seulement on a par erreur appliqué ce nom aux autres tribus finnoises de la Finlande. Cette extension erronée est due aux peuples eux-mêmes. De nos jours encore, nonseulement les Finnois , mais les Lapons ont adopté le même nom national Suomey Samcy mot qui signifie marais *. C'est le vieux mot russe Ssum, qui s'applique aux lapons et aux Finnois*. Le mot germain Fenni dans Tacite et le terme Scandinave Finnar (Finnois) n'en sont que la traduction et expriment la même idée, qui, se reproduisant dans plusieurs dénominations des peuples finnois * , indique la nature de leurs premières habitations et leur convient encore. Le nom de ce peuple est donc générique', et il appartient depuis les temps les plus éloignés à toutes les peuplades de l'Europe septentrionale. Que Tacite, d'après les notions qu'il possédait, place les Finnois dans les environs de la Lithuanie actuelle , que Ptolémée les place sur les bords de la Yislule , et non sur ceux de la Baltique, au sud-est, où on les rencontre plus tard lorsque les peuples goths , qui occupaient ces rivages à une époque bien éloignée, eurent com^ mencé leur mouvement vers le sud ; cela ne fait pas que le peuple finnois n'ait pu s'établir •Jusqu'aux extrémités les plus septentrionales \ car les Romains ne connaissaient pas tout le nord-est de l'Europe , et ils ont toujours miSr trop au sud les peuples dont ils avaient recueilli quelque notion. Quand leurs connaissances en géographiedevinrent plus certaines, les anciena firent remonter les Finnois vers le nord et les. regardèrent comme habitans de la Thulé de
* Fenn dans notre ancienne langue. (Voy. Annales de Suède, t. 1, pag. ^5.
> Lehrberg (Untersuch. zur ait. Gescbichte Russ^ lands, pag. 223). Cet auteur , quoique d'un grand mé* rite» a cependant tellement embrouillé la question qu'il est diOicile de s'y reconnaître et de la résoudre.
> Suomie (dont le Same lapon ne diOère que par la prononciation) est une abréviation de Suomemmaa, contraction de Suamiehenmcuk ( pays des babitans du marais), de mo , marais , mies (génitif de misken, bomme), tlmaa, pays. (V. Ruhs, la Finlande et ses ha-' bitans , ir&d, par Â.-J. Ârwidsson , Stockolm, 1827, t. 2, p. I.) De là, les Finnois de la Finlande s'appellent Suomalaiset, les Estoniens Somalassed, les Lapons Sabmelads. La même idée est renfermée dans Kainw laiset (de kaino, bas, plat), comme les Finnois du Kajana et du Hamelaiset, nom que portent lesbiabitana du Tawastland. Le nom primitif des Caréliens, Karja^
1 laiset, dérive de karjay bétail, d'où kar^ainen, bttrfjfer.
Prccope ou de la Scanzia de Jordanès , qui les représente comme divisés en tribus. 11 est difficile d'établir une distinction enlre les lapons et les Finnois lorsqu'il n'est parlé que des derniers. Cette difficulté résulte nonseulement de ce que les récits sont incomplets, mais de la nature même des choses, puisqu'il s'agit de peuples dont on ne connaît les premiers temps que par l'histoire de leurs voisins. Que si l'on prend le présent pour point de comparaison, on aperçoit enlre ces peuples des difTérences incontestables. Les Finnois ne veulent pas encore avoir la moindre affinité avec les Lapons, tandis que ceux-ci se font honneur de cette parenté. Tous ceux qui ont vécu dans le nord de la Scandinavie , parmi les Lapons et les Finnois , ont été Trappes du contraste qui existe entre ces deux peuples au physique et au moral. Cette observation est importante^ mais d'un autre côté l'analogie reconnue entre leurs langues prouve suffisamment que ceux qui les parlent sortent d'une même souche. Le Lapon se dislingue par un singulier mélange d'opiniâtreté, d'esprit soupçonneux et puéril -, un caractère déterminé, ferme, et d'une gravité souvent sombre, caractérise le Finnois. « Un homme doit tenir sa parole et un taureau conserver ses cornes » est un proverbe* finlandais. La civilisation a trouvé un sol vierge dans la vigueur des Finnois. L'usage de brûler les forêts , qu'on pourrit appeler l'agriculture des nomades, paraît lui appartenir de toute antiquité. Le Lapon des montagnes {Fjàll-Lappen) a tellement enracinées les habitudes sauvages qu'il est inaccessible à toute espèce de progrés, malgré le christianisme et les soins d'un gouvernement paternel. L'état de ces deux peuples a cependant subi des modifications. Les Quenes et les Caréliens ont aussi vécu de leur chasse au milieu des forêts, à la manière des Lapons^ c'est pourquoi raha, peau, sert encore aujourd'hui, dans les langues lapone et finnoise , à exprimer l'idée du principal moyen d'échange, c'est-à-dire de l'argent. Les Finnois, dans l'intérieur de rOstrobothnie et dans le Kajana, vivaient avec leurs rennes, il y a cent cinquante ans , comme les Lapons de nos jours. On trouve des Lapons pêcheurs, la plupart d'origine finnoise, dans la Laponie de Kemi •. Le nom de Lapons paraît pour la première fois
« A ITUjochi. (royez Wahlcnberg om Kemi Uppmark, p. 25.)
au douzième siècle dans la Scandinavie; il semble créé par les Finnois eux-mêmes, et probablement il était antérieurement en usage de l'autre côté de la Baltique. Des Lapons, comme nation frontière , selon le sens étymologique ', ont existé parmi les Finnois et dans leur voisinage, même en Estonie, et plus tard dans la Finlande , depuis l'intérieur du golfe Finlandais * jusqu'à la mer Glaciale. A une époque , ils furent repoussés de la Finlande supérieure, surtout par les Tawastiens. Les Lapons se rappellent cet événement'. Dans la Scandinavie septentrionale, nous les trouvons mêlés avec d'autres Finnois, mais dans un état de dépendance. Au nombre des habitans du Finnmark , on compte plusieurs races de Finnois, de Lapons, de Caréliens *. On voit par là que le nom de Finlandais est employé dans un sens plus ou moins étendu. Au-dessous du Finnmark était leQuenland, que ravagèrent les Finnois de Cajana ou les Quenes^ là aussi se trouvaient des Lapons, car nous voyons que ceux-ci résistent
■ Du mot flnlandais loppu (Gnis , eilremitas). Tor- DŒUS, SchefTer el Lebrberg regardent cette dérivation comme très-probable. Ëo langue lapone , lappt lappa signifie caverne, et lappot être perdu. On sait que les Lapons ne veulent pas accepter cette dénomination , mais qu*lls aiment mieui celle de Finnois.
' Des missionnaires de Riga dans !*Estonle font mention en 1220 d'une provincia exirema, qui s'appelle Lappegunda. Gruber, orig. liv., p. 148. Une bulle de Grégoire IX , de Tan 1230 , défend de procurer des armes aux paysans de la Carelia, de Plngria, de la Lappia et de la Vatlandia, aQn d'arrêter les cruautés qu'ils eierçaient centre les Suédois chrétiens. Outre les Caréliens , les Ingriens et les babilans de Vatland (ces derniers habitaient les environs de laCaporie et de ringrie), tous Finnois, sans contredit, elle parle aussi des Lapons. II y en avait eu certainement dans le voisinage de ces peuples. Dans la Finlande , le nom de Lapon apparaît souvent dans les noms de lieux, comme Lappinjàrvi , Lappsid (le lac des Lapons) ; Lappinsaltci, Lappvoik (golfe des Lapons) ; dans les paroisses suédoises nommées Lapptrask, Lappfjard, des traces nombreuses attestent le séjour des Lapons dans le Tawastland supérieur jusqu'à la partie du nord.
> La tradition des Lapons Suédois oflVe une double interprétation. On parle tantôt d'une expulsion de la Finlande (Sehœfler, Tornœus), tantôt d'une expulsion de la Suède (HOgstrOm). Selon ce dernier, les Lapons et les Suédois étaient frères. Pendant un ouragan , le Suédois , saisi de frayeur , se cacba sous un plancher dont Dieu fit une maison ; mais le Lapon resta dehors. Depuis ce temps, les Suédois habitent des maisons , et les Lapons n'ont d'autre toit que le ciel.
« yfnnales de Suide, t. 1. p 463. n« 4. ^