‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 202 sur 275 · CHRISTINE. — SON RÈGNE ET SON ABDI- CATION · texte numérisé non relu

CHRISTINE. — SON RÈGNE ET SON ABDI- CATION

Dix ans s'écoulèrent depuh le jour où Christine prit les rênes du gouvernement jusqu'à celui où elle les remit enlre les mains des étais généraux. Dès le mois de mai 1642, elle avait commencé à assister aux délibérations du sénat. Elle entra en majorité, le jour anniversaire de sa dix-huilième année, le 6 décembre 1644, et c'a été seulement pour ne pas rompre le fil de notre récit que nous Tavons prolongé jusqu'à la paix de Brômsebro, un an plus tard.

Les états, convoqués poui* le 8 octobre 1644, se trouvèrent à la rencontre de la reine, à Stockholm. Les tuteurs lui rendirent comple de leur admînislralion. Ce rapport, Tait parlechancelierdu royaume, rappelle les circonstances diflllciles au milieu desquelles ils s'étaient chargés du gouvernement avec le consentement et la volonté des états. Ils étaient entrés en fonctions après la mort d'un héros moissonné à la fleur de l'âge et qui avait porté sa patrie a un si haut point de gloire qu'il leur avait été difficile de l'y maintenir. Us avaient eu à surmonter beaucoup d'obstacles, tant à Tétrangerqu'en Suède, non-seulement par le nombre de personnes qui devaient être à la tête du gouvcrnemciit, mais aussi par la nature humaine, qui est portée à la contradiction. Cependant ils s'étaient mis à l'œuvre, conOans qu'ils étaient dans le secours de Dieu , la concorde des états, Tobéissance des sujets et les vertus croissantes de la jeune reine. Us avaient l'intenlion de suivre les conseils et les projets qu'ils savaient être ceux du feu roi. Us espéraient que si la force des choses ou le malheur du temps leur ' avaient fait faire quelque chose qui aurait pu être mieux ou autrement exécuté, on devait les juger d'après la pureté de leurs intentions , et non suivant l'opinion de leurs ennemis et de leurs calomniateurs. Les mesures d'administration intérieure qu'ils soumettaient à la décision^de la reine étaient: 1" Plusieurs réglemens qu'ils avaient été obligés de faire , et plusieurs ordonnances qu'ils avaient publiées et pour lesquels ils demandaient la sanction de la reine. 2o La division de quelques préfectures qui étaient trop étendues ; l'inslitulion de la cour suprême à lOnkôping et la création de rqn|*

vcrsilé d'Abo ■ et de plusieurs gymnases ^ la fondation de nouvelles villes ■ et la restauration des anciennes*, la concession de privilèges à plusieurs forges et fabriques de cuivre jaune. 3° L'acquisition, par échange, de quelques terres seigneuriales, acquisition qu'ils s'étaient vus dans la nécessité de faire au profit de la couronne pour la fondation ou l'agrandissement des villes , ou pour favoriser le développement do l'exploitation des mines. 4<^ L'engagement ifôrpantning) do plusieurs domaines de la couronne ', nécessité par les grandes dépenses du royaume, que les recettes ne pouvaient couvrir et auxquelles on ne voulait pas faire face en excédant le peuple, de crainte de troubles qui avaient été plusieurs fois sur le point d'éclater. Us savaient que celle mesure était mal interprétée ; mais ces engagemens étaient néccssairespour sauver r£tatetla patrie. Gustave- Adolphe lui-même en avait donné l'exemple^ on avait agi de même dans d'autres Etats lorsqu'on s*élail trouvé dans de grands embarras. Les propriélés sont mieux cultivées par lesparliculiers que par les fermiers de la couronne; elle peut rentrer en possession de' ces terres, et quoique le temps de la prescription * soit trop court, cependant tout dépend de la ratification de la reine, qui peut l'étendre à plusieurs années, ô*" Quoique la constilulion défende d'anoblir quelqu'un pendant la minorité du roi ou de donner des domaines en dotations, les tuteurs n'ont pu, à la longue , observer ce paragraphe de la loi avec celte grande guerre qui était au-dessus des forces du pays et avec un trésor épuisé. Le feu roi d'ailleurs avant sa mort avait constitué à plusieurs personnes des

t En 16S0.

«CefurentFahliiD.Salher, Ltndc, Nora, Askersnnd, Chrislinchamn, A mal, Wcncrsborg et Hclsiugrors.

* On avall déjà commencé à vendre des domaines pour l'expédition qu*on fil en Prusse en 1635 : c'était le seul moyen pratiqué à cette époque, car on n*osalt augmenter les imiiosiUons, les secours de la France nesufDsaient pas et le crédit était abattu. Le gouverocment devait encore les capitaux de Tancicnne compagnie de cuivre. Guslavc-Adolphe s'était engagé à payer jusqu'à vingt pour cent, quoique les créanciers plus lard , « poussés par une humble dévotion, » eussent réduit cet intérêt à dii pour cent. Les domaines ne furent vendus qu'à des nobles. Les paysans, étant tombés ainsi sous la férule de la noblesse, an lieu d'être soumis à la couronne, devinrent 1res à plaindre par cet arrangement qui provoqua de nombreux murmures,

^ Upc année après |a majorité de la reine,

HISTOIRE AE SLEDE.

dolalioBS dont il ne restait plut que les aeles à signer. Comme un gouvernement ne peut subsister sans infliger des peines ou décimer des récompenses, on n'avait pu se dispenser défaire droit aux prétentions de personnes qui avaient bien mérité du pays : dans cette vue, on avait donné des domaines k quelques-uns, délivré des titres de noblesse à d'autres , et les tuteurs pensaient avoir bien fait^ cependant toutes ces nominations et ces dotations dépondaient de la sanction ultérieure d'une autorité supérieure, celle de la reine.

Cette princesse approuvatout. Sa décharge aux cinq hauts fonctionnaires est du 7 décembre 1644, le même jour qu'elle donna son assurance aux étals. Leur administration est Tobjet des plus grands éloges dans le décret de la diète. Cette assurance de Christine contient sur la constitution de 1634 le passage suivant : « Elle nous a été d'un grand secours pendant notre minorité^ mais comme nous ne sommes pas encore sortis d'embarras et que nous n'avons pas eu le temps de l'examiner, nous ne la sanctionnerons qu'à notre couronnement, afin que nous puissions l'étudier à loisir; alors elle pourra devenir, avec le consentement des états, la loi générale qui réglera désormais le pays. (Cependant nous voulons la faire respecter et la respecter jusqu'à cette époque. » Une brochure qui a été publiée * prouve que cette constitution a été en effet présentée aux états pour être examinée par eux *. Les modifications importantes qu'on voulait lui faire subir paraissent avoir déterminé l'ajournement. Elles portaient sur l'extension des droits des états et semblaient en grande partie dirigées conire le chancelier du royaume : « Pour empêcher un particulier ou une famille de s'emparer d'une trop grande autorité ou un état d'arriver à une trop grande prépondérance, les hauts fonctionnaires ne peuvent être nommés que sur la proposition des étals -, ils présentent trois personnes au roi , qui en choisit une. Ces places ne peuvent être remplies par deux frères ou par plusieurs membres de la même famille. L'élcclion des sénateurs ne se fait pas aulre- .mcnl : une parlie d'enlre eux entourent la per-

* Elle est inlilulée : J^Iesta delen afêtànâtmas och go la patrioters betânkande om regerings formen»

* Voyez Bidrag HU svenska kyrkang œh Rihêda* gameê hisloria ur preste sidndeU arUv, (Slockb, ISaô^sidlOG.)

sonne du roi ; les autres, oomraedans les ancicna temps , sont gouverneurs des provinces , c^ar les paysans sont trop éloignés de la capitale pour y porter toujours leurs plaintes. Les juges ne peuvent pas remplir les fonctions d'exécuteurs ei viee vena^ car dans ce cas, la force remporterait sur la loi. Pour que la cbambre des nobles jouisse de toute sa liberté, et éri- 1er qu'à l'avenir, comme il est arrivé jusqu^cl, des personnes haut placées, qu^on ne Teoi pas nommer, puissent adresser des reproches lens à ceux qui n'onl pas voté au gré de seigneurs, le maréchal de la diète est également nommé sur la proposition de la chambre, qui présente trois nobles. Pour régler les affaires du clergé, il serait utile de mettre à exéeution l'idée de Gustave, d'établir un eomêisio^ rmmpolUieO'eeehsiaêêieiÊm^ toutefois a^ec on président et des assesseurs choisis librement par les étals. De crainte que les comptes qui doivent être présentés par les collèges et les fonc-* tionnaires, suivant le paragraphe 30 de la constitution, ne soient négligés pour â^aolres affaires, des patriotes dévoués et inlelligens seront nommés par les étais pour en prendre connaissance et les transmettre & la diète, alla qu'elle sache comment sont employés les deniers que le peuple paie à la couronne. Les états prient la reine de vouloir faire des réductions dans toutes les dépenses, parce qu'après l'aliénation de tant de domaines à la couronne , les sujets sont dans l'Impossibilîté de payer des impôts plus élevés. Il est à craindre que la misère , qui ronge le peuple et lui fait pousser des plaintes énergiquement articulées, n'enfante des discordes civiles et qu'un état ne se lève contre un autre. Il faut donc un gouvernement fort. Iji diète doit prier sa majesté de se choisir un époux *, en cas de reAss, il est né^ cessaire d'élire parmi les plus proches psrens de la reine un héritier du trône pour assurer l'avenir. » Celte dernière observation était fistte dans l'intérêt du cousin de la reine, le conte palatin Charles^iuslave. Ce docuaient, oflciei ou non, renferme contre le système doBusant une opposition visible qui devait éclater phis lard.

C'était une hauteur dangereuse qœ eelle à laquelle la Suède était parvenue ^ Christine ellemême, flottant entre les extrêmes en fourmi la preuve. II est difficile de concilier les oontradiclions de ce caractère : laissons-le se peindre

SB

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