‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 206 sur 275 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

& Ulm par rinflueoce de la France ^ Sur ces entrefailçs, Turenne repassa le Rhin et Wrang:el retourna en Franconie. Les soldats de Weimar, les débris de Tarmèe du duc Bernhard , jusqu'ici au service de la France, étaient tourmentés d'un mécontentement secret : ils baissaient les Français et n'avaient Jamais publié ]€S8 liens qui les avaient unis h la Suéde. Lorsque Turenne voulut les ramener de l'autre côté du Rhin , ils se révoltèrent , destituèrent leurs officiers, se portèrent sur la Franconie, repoussèrent les troupes qui avaient été envoyées pour les poursuivre et furent sur le point de se joindre aux Suédois. Ils furent redemandés par Turenne*; mais Wrangel, qui hésita longtemps À les recevoir, fut obligé de souffrir leur jonction avec Kônigsmark en Westphalie, de crainte qu'ils n'exécutassent leur menace de se réunir à l'ennemi. Le général était le partisan le plus redoutable des Suédois, comme Jean de Werlh l'était des impériaux.

Le 7 avril 1647, le gouvernement envoya au feia-maréchal Wrangel une instruction contenant un aperçu de toute la guerre -, on y reconnaît la main du chancelier ; « Gustave-Adolphe, en se présentant sur le s(d de l'Allemagne, dirigeait tous ses projets contre l'empereur eX lea Etats héréditaires pour conjurer l'influence de la maison d'Autriche et le danger qui en pouvait résulter ; mais après la bataille de Leipzig, lorsque l'ennemi se retira dans l'intérieur de l'Allemagne avec toutes ses forces, le roi le poursuivit et s'empara de Mayence et des bords du Rhin, ce qui excita de nombreuses jalousies

« Le gonvernement écrit é Wrangel, ie 2C mars 1647 I « Nous avoos compris les condiliomde l'armiiticer et aaus voyons quHI y a peu de sincértié du cdié de Tennemi* Mais comme le prince de Bavière est y'ieux i%a des enfans mineurs, qu*il connaît la politique de la maison d'Autriche et craint la tutelle de cette puissance et qu'il cherche peut-être notre amitié pour la conelusion de la paii, aCn que nous ne fassions aucune oljeclioii & la possession du Palatinat, vous pouvez signer l'armistice; mais il faut qu'il désarme. Si le frère de Télecteur de Bavière veut y être compris, ce serait d'autant mieux.» (Voyez les archivée du rayath me.) En effet, il adhéra à Tarmislice.

* « Je supplie très- humblement votre excellence de vouloir donner ordre à ses troupes que Ton traite comme ennemis huit régimens allemands de cavalerie qui s*en vont vers la Franconie sans leurs officiers. Je jie doute point que votre excellence donne très-expressément cet ordre-là. » Turenne 4 Wrangrl, Heiibronni le 30 Juillet 16i7.

contre la Suède. Après la mort du roi, on chercha toujours à porter la guerre sur le territoire do l'ennemi, et l'on opéra en Silésie et sur le Danube Jusqu'à ce que la malheureuse bataille de Nôrdlingen fut venue détruire tous les projets des Suédois. Ensuite, malgré la peine qu'on eut à relever les affaires, on chercha plus d'une fois à transporter la guerre au cœur des États de l'empereur, ce qui réussit si heureusement au maréchal Torstenson que l'ennemi , qui voulait d'abord donner l'impulsion au congrès , se vit réduit à songer sérieusement à la paix. Nous nous livrons à ces réflexions surtout pour que vous sachiez que sa majesté est toujours dans Tintenlion d'agir contre l'empereur et son principal allié, le prince de Bavière, en éloignant toutefois , autant qu'il sera possible , la guerre des États d'Allemagne afin de laisser dormir la jalousie des alliés puissans , jalousie que le feu roi s'attira en se fixant sur le Rhin. Il faudra ensuite porter son attention sur le cercle de la basse Saxe et sur la Baltique. Si l'on enlrepend une invasion en Bohême, on a devant soi la Moravie et l'Autriche, à côté la Silésie, et derrière le Meissen. On est bien éloigné de la mer ; mais nous possédons de fortes garnisons en Silésie, et dans les places qui bordent l'Oder, à Glogau et à Ôls ; en Moravie , à Olmulz , à Iglau et à Neustadl ; dans le Meissen, è Leipzig; dans la Thuringc, & Erfurt, outre les villes fortes que nous occupons sur le Weser, sur l'Elbe et dans le Mark-firandenbourg. Il est donc'pfeb probable que l'ennemi poisse se mettre entre l'armée et ces places et s'approcher de la mer. Vous devez surtout vous attacher à empêcher qu'aucun corps ennemi ne vous coupe de ce côté, à moins que vous n'en ayez un disponible pour l'observer. Dans ce but, il faut veiller attentivement au maintien des deux petites armées que Torstenson avait rassemblées, l'une, sous Wittcnberg, en Silésie ; l'autre , sous Kônigsmark , en Westphalie*.» On était tellement mécontent des

* « Nous avons parlé de faire la guerre seuls en Allemagne, mais dans l'intérêt de la France, pourvu qu'elle voulût seulement doubler les subsides. TAchez de savoir si celte puissance y est disposée, ou si elle veut seulement continuer la guerre avec plus de vigueur et d*accord ; sondez les dispositions de ses négociateurs afin de découvrir si elle veut Taire une alliance plus étroite, car il est bien à craindre que de nouvelles ligues ne se forment un jour contre nous. » ( Lettre

Français qu'on ne voulut pas se réunir à eux. Ce mécontentement s'accrut encore lorsque Wrangel ayant envahi la Bohême et pris £ger, la subite rupture de Tarmistice par les Bavarois et leur jonction avec les impériaux le contraignirent de faire retraite sur le Meissen et sur la Westphalie , où il eût été probablement battu si le nouveau général en chef des impériaux Melandcr *, jadis au service de la Hesse, ne se fût tourné par vengeance contre les Hessois : (( Jamais, depuis la mort de Gfustave-Adolphe, dit Puffendorf , les armées suédoises n'avaient couru un plus grand danger. » Mais des personnes intelligentes, lorsque Melander se dirigea contre la Hesse, prédirent qu'il n'y ferait rien , car jusque-là aucune armée n'était entrée dans ce pays sans y avoir trouvé sa ruine à cause des nombreuses places fortes qui défendent ces contrées , de la difficulté des chemins, delà hauteur des montagnes et de la bravoure des paysans, qui aiment beaucoup leurs princes et manient bien les armes h feu *. Cependant l'ennemi reprit courage. Les négociations n'avançaient pas à Osnabrtick et à Munster, et la dernière année de la guerre s'ouvrit avec des espérances bien c-ontraires à la paix *.

Ce que la campagne de 1648 offre de plus remarquable , c'est que la France ne se sépara pas de la Suède au sujet de la Bavière , quoique l'électeur rompît l'armistice dans l'espoir de pouvoir le faire observer avec les Français. Turenne, au' contraire, reçut l'ordre de soutenir Wrangel avec toutes ses forces. Après quelques pourparlers et quelques difficultés, nous voyons

à Charlcs-Guslavc Wrangel, le lOscplcmbre 1G47. — Voyez \cs archives du royaume.)

* Il changea de nom el prit celui de UolzappeL

* Axel Oxenstjcrna â son fiis Jean, Stockholm, le 10 octobre lC-47.

» Louis XIV et la reine régente, dans leurs lettres à Christine, 29 décembre 1G47, annoncent qu'on va faire tout ce qui sera possible pour la Suède. On y lit, au sujet du dessein de la naviôrc de séparer la France et la Suède : « Nous n'estions capable de donner dansée piège. M. de Tureune a envoyé un trompette au duc de Bavière de la part du roi, dans les termes les plus doux qu'il a pu choisir; mais enfin il lui mande positivement que nos armées et nos garnisons agfront contre les siennes tant qu'il aura les Suédois pour ennemis. Cependant il a mis toutes ses troupes en action. » (Kxtrail d'une lettre de M. le viscomle deCournal au colonel Saint-André, Mayence, 25 décembre IC47.)

les deux généraux réunis dans la Franoonie, au commencement d'avril, pendant que les impériaux et les Bavarois, qui avaient espéré chasser les Suédois des bords du Weser, affaiblis par les privations et les excès, repassèrent à la hâte le Danube pour courir au secours de la Bavière. Une guerre de brigandage semblable à celle de Baner en Saxe, guerre qui embrasa toute la Bavière, désola ce malheureux pays. EUe ne présente au reste aucun événement remarquable, aucune victoire qui soît digne de ce nom ^ car Taffaire de Susmarshausen près d'Augsbourg , dans laquelle fut tué le général Melander et où Kônigsmark enveloppa et tailla en pièces une partie de Tamiée ennemie, était plutôt un sanglant combat qu'une bataille décisive. Cependant les alliés s'avancèrent jusqu'à rinn, et Kônigsmark, qui s'était joint aux soldats de Weimar et se séparait d'autant plus volontiers de Wrangel, qu'il ne pouvait s'accorder avec lui ' , se porta sur la Bohème. Le 31 juillet, il s'empara à l'improviste d'une partie de Prague , nommée la petite tille, où il fit un immense butin. Ce fut le dernier exploit de cette guerre. Wrangel et Turenoe furent obligés de passer le Lech ^ et quoique Charles-Gustave, nommé généralissime, eût amené des renforts de Suède et eût dirigé, conjointement avec Kônigsmark et Wiitenberg, tous ses efforts contre Prague, la ville proprement dite fut cependant sauvée par le courage de ses habitans. La dernière campagne était une double tentative contre les États héréditaires de r Aulriche du côtéde la Bohème et de la Bavière ; ce fut elle qui hâta la conclusion de la paix de Westphalie : elle fut signée le 14 (24) octobre 1648, à OsnabrOck et à Mttnster.La Suède reçut la Poméranie (plus tard appelée suédoise), rile de Rtkgen , une partie de la Poméranie antérieure jusqu'à l'Oder, y compris Slffltin et Gartz, rtle de WoUin et les trois embouchures de l'Oder, ce fleuve de l'autre côté de Damm et Golnau, Wismar avec les bailliages de Poel et de Neukiosler, Brème et Yerden*, tout cela comme fiefs de l'empire *.

' Les autres officiers étaient aass! mécontens de Wrangel : « Als welcher noch ziemlich Jung, hochmuthig, eigensinnig, und allerdings nicht IVeygebig vare.» (PiifTendorf, ch. 20, p. 60.) — C'est pourquoi la nomination du prinee Charles- Gustave comme généralissime fut trés-agréable aux armées.

* Voyez les Archivée du royaume.

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