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nement aristocratique ou en un royaume électif : (( La noblesse avait donné trop de preuves de fidélité envers le roi et la patrie pour qu'on puisse admettre une telle supposition. Il est bien connu aussi qu'elle n'aime pas à être gouvernée par ses égaux \ mais d'après la direction qu'avaient prise les opinions des états roturiers , on devait nécessairement aboutir au gouvernement démocratique, dont l'Angleterre offrait les malheureux résultats. Les attaques contre la couronne amenaient ces tempêtes ; car on l'attaque en attaquant les privilèges qui en émanent et qui sont indispensables ft la stabilité des institutions monarchiques. Les afftiires qu'on traite à la diète ne doivent être présentées que par le gouvernement, et la solution définitive dépend de lui. Il n'a rien à décider sur les votes des états, puisqu'ils ne sont appelés à la diète que pour conférer entre eux *, autrement ils pourraient déposer le roi et priver la noblesse de ses privilèges et de ses honneurs. Le pays est cultivé surtout par la noblesse*, les revenus de la couronne sont quinze fois plus forts que lorsqu'elle administrait elle-même ses domaines. L'accroissement de la noblesse vient des états roturiers. Combien de gens de basse extraction ne sont-ils pas parvenus à de hautes fonctions ! Mais appeler tout à coup aux honneurs des épiciers et des paysans, c'est ce qui est contraire à tout bon système de gouvernement. Les prêtres cherchent k ressaisir leur ancien pouvoir , les bourgeois ft en fonder un nouveau. Un noble sur vingt seulement exerce le droit de nommer les curés. Les paysans sont entraînés*, car quoique la noblesse , par des dotations ou des acquisitions, soit entrée en possession d'une grande partie des domaines de la couronne, elle n'a cependant jamais voulu que les paysans fussent exclus des diètes. »
Les privilèges du clergé furent une pierre d'achoppement à la diète de 1649. La noblesse demanda le maintien de son droit à la nomination des curés ; ce qui surtout la mécontentait, c^était que les évêques étaient chargés de veiller à ce que les nobles n'eussent pas trop de chapelains {haspredikanîtr) dans leurs châteaux. Une ordonnance de la reine enjoignit aux nobles de se rendre assidûment aux églises , à. moins qu'ils n'eussent un motif légitime de s'en abstenir. Les privilèges des prêtres , qui ouvraient à leurs fils la carrière des emplois
publics, s'ils possédaient les connaissances requises, provoquèrent les réclamations de la noblesse, qui voulait se réserver à elle seule l'accès des places de la chancellerie royale. La reine,lorsqu'ellenômmaAdlerSalvius;sènateur, répondit ainsi , en 1648, aux objections qu'on éleva contre cette nomination : « Quand on apprécie les bons conseils et qu'on veut en avoir , 11 ne faut pas regarder & l'ancienneté de la noblesse de celui qui les donne*, au reste les emplois ne sont pas des terres héréditaires *. »
La rupture éclata ouvertement & la diète suivante. Les prêtres, les bourgeois et les paysans présentèrent à la reine , avant son couronnement, le 3 octobre 1650, la fameuse protestation dans laquelle ils demandaient la restitulion à l'Etat des domaines de la couronne*, après avoir pirouvé les pertes qui étaient résultées pour la Suède et ses habitans de l'aliénation de ces terres; ils représentèrent en outre que les privilèges de la noblesse étaient si exagérés qu'il n'était plus possible aux autres habitans de supporter les contributions qui retombaient en entier sur eux.
Le chancelier du royaume, qui essaya de réfuter au nom de la noblesse celte protestation des trois états, argumentant de ce qu'ils avaient attaqué la majesté royale et tirant de ce fait la conséquence qu'ils avaient mérité d'être punis, se trouva dans un grand embarras lorsque la reine prit l'affaire dans un autre sens et qu'il fut démontré qu'elle n'avait eu lieu qu'avec son adhésion : w Aujourd'hui ou jamais, » dit-elle à Terserus •. Cet homme hardi et entreprenant , alors professeur de théologie à Upsala, avait été choisi comme président par le bas clergé après que les évêques , s'étant ralliés à la noblesse , avaient fait scission avec lui. Ce schisme entre les évêques et les curés dura six semaines. Les premiers s'assem-
• (Ihid),
* Voyez Lônbom, Handlingar till Cari â. Xt historiOt chap. 9, p. 70.
' « Haie triom ordinum fnlenUoni, ni maiime salutarl, magnopere faTit regina, eos quam seTerissfroe monens, ut in hoc proposito constanter permanerent» idenlidem illud ingeminaDS: autnunc, (tutntmquam,* (Ortofl et Yitœ oanos Jehannfs Terserl Dalecarli. -^ Voyez les collections de Nordln.) — Cet homme emporté fut accusé de calviiflsme, comme Johannes Matihftt, et fut destitué en 1664. Charles Xi le nomma, en 167i, A l'évéché de LinkôpiDg.
HISTOIRE BË SUEDE.
bléreni dam la chambre du clergé ; les derniers choisirent un autre local. L'inquiétude agitait profondément tous les esprits ; les paysans et les bourgeois prirent une attitude menaçante : la guerre civile paraissait imminente. Les nobles les plus riches mirent en sûreté leurs mobiliers précieux et se ménagèrent des moyens de fuir *. Le chancelier resta ferme et inébranlable: « Il était assis dans sa chambre, dit un récit traditionnel, et ne savait pas, chaque fois que la porte s'ouvrait, si ce n'était pas un assassin qui entrait*.» A la fln le clergé se porta comme médiateur quand les évéques furent revenus à lui ; mais ce rapprochement eut lieu sous la condition que les évéques adhéreraient à la protestation contre la dotation des domaines. Deux projets de rédaction pour cet acte avaient été élaborés , l'un par Terserus , l'autre par le secrétaire du magistrat de Stockholm , Mils Skunk. La reine les avait approuves tous deux ; ils furent réunis en un seul ' qui lui fut présenté par les états roturiers. Elle le reçut avec une bienveillance marquée; mais elle évita d'exprimer son opinion sur cette grave aiïaire. Elle était donc déjà soulevée cette question qui, dans un avenir peu éloigné, devait opérer une si grande révolution dans la position de la noblesse. Christine ne pouvait qu'en abandonner la solution à d'autres. La diélcdc 1650, qui avait duré quatre mois , était la plus longue que les annales de la Suède eussent consignées jusqu'à cette époque.
* « Res ad bcllam Inteslinom specUbaDl, ad quod non rustîci lanlom, sed et cives valde eranl propensl. E nobililate diUssimi quique» coUectis preliosisslniis Ibesauris, fugam io luUora medilabanlur. » (Terserus, I. c.} — Un bruit semblable arriva de France Tannée suivante : « Depuis quinze jours il a couru un bruit A Paris, ce qui me mettait fort en peine. On disait qu*il y avait guerre civile en Suéde sur le sujet du couronnement et du mariage de la reine. » ( Duquesnc, autrefois oflSclerde la marine suédoise, à G.-G.^'rangel, Paris, le 5 mars 1649. — Voyez la Correêpondance d$
* Erik Benzelius, d'après Nils Bjelke. — Mats ce qu*on î^oule est peu probable, que Mago us-Gabriel de La Gardie s'était chargé, d'après les ordres de la reine, d'écarter le chancelier du royaume & cause de sa résistance à l'élection de Charles-Gustave comme héritier du Irdne , mais qu'il manqua de courage ainsi que le comte Gustafsson.
' « El ambobus unum composuimus.» (Terserus) — Nils Skunk dit, dans son auto -biographie, qu'il était Tautcur de cet écrit. [Gaxette d'Upsala, année 1777,
t, 36.) l\ Tut présenté à la reine par l'archevêque Jean enœus et par le bourgmestjre de SlocHboimi
L'avenir de la patrie était avec raison l'objel de craintes sérieuses. Christine n'était pas mariée et Thérédité de la couronne n'était pas assurée; plusieurs princes recherchèrent son alliance et sa main : Télecteur Frédéric-Guillaume de Brandenbourg avait repris dans ce but, en 1642, les négociations qui avaient été entamées au temps de Gustave-Adolphe. La régence donna une réponse évasive, et les envoyés ne trouvèrent pas l'occasion de présenter eux-mêmes à la jeune reine la commission qu'ils avaient reçue de leur maître : elle avait entrepris une tournée dans les provinces, suivant toute probabilité pour ne pas recevoir cette ambassade. Le choix du peuple se prononça en faveur du cousin de la reine, le prince palatin Charles-Gustave : il était né en Suède, où il avait fait ses études. Les grands avaient toujours cherché à abaisser cette maison princière*, et Christine, qui dans son enfance avait promis sa main à son parent , ne semble pas avoir eu d'inclination pour sa personne , ou elle éprouvait quel • que répugnance pour le mariage. Cependant elle avait pris sa résolution au sujet de la succession , et cette résolution était plus importante qu'elle ne paraissait d'abord ; car elle ne comprenait pas seulement l'offre, mais elle renfermait encore le sacrifice d'une couronne. Charles-Gustave nous a transmis le récit de la demande qu'il fit de la main de la reine; nous lui empruntons les détails suivans : « Dans la soirée du 15 juin 1648 , en présence du comte Magnus de La Gardie et de l'évâque Johannes MatlhiflB , il se passa ce qui suit entre moi et la reine. Comme j'avais fait observer que j'espérais une réponse catégorique de sa majesté à la proposition de mariage que je lui avais présentée, elle me fit appeler et me dit , après quelques momens de silence profond , qu'elle voulait, en présence de ces messieurs et à la face de Dieu , dire ce qu'elle pensait de moi. Que ce n'était pas par flatterie ni vaines paroles , mais l'expression d'une résolution irrévocablement arrêtée; que quant au mariage elle ne me donnait ni ne m'enlevait l'espérance, mais que bien certainement elle n'épouserait personne que moi, si elle se déterminait pour le mariage ; que si au Contraire elle ne m'épousait pas, elle emploierait tous les moyens en son
* Il était court et replet ; c'est pour cela que la reine l'appelait le petit bourgmestre. (Voyez Skand, kandl.tU 3, p. US.^