‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 212 sur 275 · SI · texte numérisé non relu

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Nous àfoni dit que Pabdloation de Ghrislioe a?ait Mè déterminée en partie par des considéralioni politiques, en partie par des motirs personnels i nous ayons développé les premières \ nous ne nous étendrons sur les dernières , qui ont rapport à sa yie jpri? ée, qu^autant que nous le permettent les bornes de cet ouvrage. Nous eommeneerons par quelques courUs eonsidérations sur la eivilisation de ce siècle et son influence sur la Suède. L'Écriture sainte et Fancienne Rome furent les deux sources prin^ eipales d^oû Jaillit cette civilisation et qui acquirent pour ainsi dire une nouvelle ilratctieur a|»rès la chute de la liiérarcliie romaine, qui les cachait l'une et Tautre. De ces élémens hélérogènes se formèrent dans les esprits les plus élevés un ensemble intéressaut, une tendance puissante , & la fois politique et religieuse, dont les représentans les plus distingués étaient dans le monde savant Grotius , et dans le monde politique Gustave- Adolphe. Ce fût la passion de ce roi pour les écrits de Grotius qui le porta à offrir un asile à ce savant, persécuté et banni de sa patrie. Oxenstjerna s'acquitta à cet égard du devoir que la mort avait empêché Gustave-Adolphe de remplir '. Le chancelier appartenait à la même école pcMtico-religieuse : il aimait  Kre la Bible* ainsi que les anciens auteurs romains. Ses écrits politiques poKent l'empreinte de ces lectures ; on la remarque également dans plusieurs membres du gouvernement et du sénat, par exemple chez le drots du royaume Pierre Brahe le cadet , comme nous t'avions déjà observé dans son aïeul ^. Au reste , on a si souvent préconisé dans ces derniers temps les sa- TWS d$s si^l^ pmi» pour leur savoir profond,

difllclles k éviter après les décès des princes souversInSt 481 sont caasidérés somme les derniers de la maison rofals. €'«•! le motif qu'il plut à votre majesté de me découvrir Uyuêim amê. » (ArkenhoHz, I. e., p. S99.]

* firolias S'était d'abord réfugié en France; il fut eAvoicé plus tard à Farls, en qualUé d'am^ssadeur, pw Guslav»-Adolpl^, qiri le consefva dans ce poste malgeé le mécoatenlemeal Jaloui qu'en éprouvait JUcheHeu. QhHsUae le rappela à son avènement au trdue. Il mourut en revenant en Suède, en 1S45. U disaU4|ii^ se trouvait plus honoré de Famitié d'Oxen- •QeaM q«e de ^ambassade qu'on lui avait confiée; « Oieiist}ern« amieHia me specloslorcm qoam ipsa le^ gallone censeo. »

* Oa trouve dsM la MMIatbèqae d'Upsirta des pro- . veclwa at des obsewatloas éerlls par l»i.

* Voyei ci-dessus.

qu'il faudrait admettre que cette civilisation étaitpresque générale. Nous ne voyons pas ainsi les choses. La connaissance de la langue latine tenait au système d'instruction suivi à cette époque, parce que cette langue jusque-là était celle qu'avait adoptée la diplomatie européenne. Ce fût pour cela que le gouvernement, par une décision royale, décréta qu'il serait ré« pondu en latin A quiconque lui adresserait un écrit dans cette langue , et en suédois à tous eeux qui en emploieraient une autre. Un plus vaste savoir, comme celui de Jean Skytte ou celui d'Axel Oxenstjerna, rentrait dans les exceptions. Mais nous avons remarqué que ce qui imprime à cette époque un cachet de grandeur, c'est que chacun recherchait la gloire en favorisant les progrès des lumières : une tendance commune vers un but élevé , vers les trésors les plus nobles de l'humanité honore le protecteur et le protégé. Pour rehausser l'homme, il faut qu'il sente quelque chose au^ dessus de lui. Ainsi chaque orgueil A son humiliation, et c'est en le reconnaissant qu'il acquiert quelque noblesse. L'enseignement dans les écoles sorties du siècle de Gustave-Adolphe et de Christine était fondé sur la théologie et le latin. C'est alors que commencent à briller les premiers noms qui en Suède se sont distingués dans les letb-es ou dans les sciences : Stjernhjelm, à la fois philosophe, géomètre, linguiste et poeté ; Stjernhôk , le père de la jurisprudence suédoise. Parmi les savans étrangers appelés en Suède , Loccenius et SchefTer acquirent une grande illustration.

Ce tableau a aussi ses ombres. On remarque dans presque toutes les directions une influence étrangère : c'était une conséquence de la situation politique. Mais comme Texlension rapide de la force politique était privée du secours d'une consistance suffisante à l'intérieur, les élémeus de la çiviUsation étrangère ne jetèrent pas d'assez profondes racines ; ce ne fut que plus tard que la Suède eut un fond indépendant propre à la culture de la science et de l'art, et qM'eUe dirigea son attention non plus sur rélrangcr, mais sur elle-même. L'étranger apportait plutôt la confusion que le progrès , et celte confusion n'est pas moins apparente dans les mœurs et les opiniçtns que dans la situation politique \ ^lifi e^t plus évidente encore dans la langue, mélange barbare de latin, d-allemand et de français, avec des expressions

comme celles qu'on pourrait signaler dans les documens dont nous avons cité des extraits. Christine, dont Tesprit était porté vers la nouveauté , appela les savans de toutes les parties de rEurope : ils arrivèrent en foule , chargés de trésors de philologie et d'antiquités, sciences alors k la mode; ils étalèrent leur savoir, élaborant des dédicaces ou des panégyriques où toutes les ressources de la langue des Romains se convertissaient en un encens enivrant qu'on faisait respirer à la reine^ ils présentèrent leurs livres et reçurent leur récompense et leur congé. Nous ne savons pas ce que leur nom a de commun avec l'histoire de Suède; comme exception , nous en nommerons un bien supérieur aux autres : c'est le fondateur de la philosophie moderne , le grand Descartes. Son ami Chanut l'avait fait inviter, en 1649, à se rendre à la cour de Suède, où la reine le reçut chaque Jour pendant deux mois, à cinq heures du matin , dans sa bibliothèque. Descartes mourut k Stockholm le i'' février 1650. On ne saurait dire quelle influence la profondeur de sa philosophie exerça sur l'esprit de Clu*istine , quoiqu'on ait prétendu que ce fut dans ces conversations qu'elle puisa son goût pour le catholicisme. Ce qu'il y a de certain , c'est que ce ne fut pas du sein des tourbillons et du doute philosophique , mais de celui de la légèreté et de l'athéisme , que Christine se jeta dans le giron de l'Église romaine*. L'époque de rindiflërence chez la reine, préparée par quelques philologues , fut signalée par l'exclusion des savans et par le crédit du médecin Bourdelot '. Celui-ci ayant réussi , il le croyait du moins, à sauver Christine d'une grave maladie ', lui conseillait de prendre plus de dislrac-

• N*eD déplaise à Tauleur, il y a 1& absurdité. Que par légèreté on change de religion , cela se conçoit; mais que l'athéisme conduise au catholicisme, c*est impossible. L'athée s'arrangerait plutôtdn protestantisme, qui est bien plus commode pour les passions. [IVolede Viditeur.)

s « Rumor est aulam suectcam viris doctis non amplius palcre et sperni illic liUerarum studia idque culpa Nebulonius cujusdam ( Bourdelotii ) qui Sereniss. regin» anlmum a seriis studits ad ludicra et Inania traduxerit. (Valesius à Heinsius, 1650. — Voyez Arkenkollz. I. c, t.l, p. 238.)

* La reine, après avoir quitté la Suède, s'exprime ainsi dans une lellre à Bourdelot : « N'ayant pas oublié que c'est A vous après Dieu que je dois la vie, à vous qui m'avez guérie en SuèdCj^ (Arkenholtz, chap. 4, p, 33). — Le régime que Bourdelot avait présenta

lion ; mais il lui inspira m même temps son mépris pour la religion. Il Jouit pendant quelque temps si exclusivement de la faveur de celte princesse que toutes les grâces qu'elle accordait étaient distribuées par lui et que rétoile brillante de La Gardie elle-même commença k p&lir * . Une vie indépendante sous un beau ciel , tel était le rêve de Christine quand elle crut son rôle politique flni^ et dès 1652, les voyageurs suédois en Italie ouïrent dire qu'on l'y attendait •.

Nous avons dit que la première proposition de la reine relativement à son abdication eut lieu le 25 octobre 1651. Elle résista fermement aux propositions du sénat; mais lorsque le vieux chancelier, à la tète d'un comité des états , qui étaient alors assemblés , la coi^ura de renoncer à son projet, elle céda. Il paraît qu'elle en avait ajourné Texécution pour être k même d'observer encore pendant quelque temps la marche des événemens. Sa volonté , quant k la transmission de la couronne à Charles-Gustave , avait vaincu toutes les résistances ; mais elle ne paraît pas avoir assez observé la nature de ses alliés : elle voulait que son abdication, faite dans une entière liberté, fût entourée d'un éclat réel. Le bruit se répandit qu'on s'opposerait à cette pompeuse manifestation et qu'un parti était déjà tout formé pour l'y contraindre si elle tardait. Les découvertes et les investigations incomplètes provoquées par l'imprudent écrit du jeune Messénius, au mois d'octobre 1651 , firent élever des soupçons sur les auteurs des intrigues desdiètes de 1649 et 1650, et surtout sur le sénateur Benoit Sky tte , celui de tous les sénateurs qui avait fait le plus

Christine, et qui se trouve consigné dans cet auteur, prouve qu'il ne manquait pas de connalisances dans son art.

< Vossius écrivait A Heinsioi, le i« Janvier 165S : « Bourdelotius ne ipso quidem Jove sese minorem existiroabat. Solus omnia istic terraram potest. Mensam habet instruetiorem, quam hatiet ipse cornes Magnus, vel alius quispiam Magnatum in hoc regno. Is vcro cornes longe minori est in gratla. Bonus isie vir (Bourdelotius) non tam clanculum, quin facile omnes animadvertant, docet et profltetur fsUc atbeismuro. • (Arkenholtz, 1. c., p. 270.) — IHontecuculi, dans la relation de son séjour a la cour de Suéde, en 1654, dit que Christine ne faisait pas mystère de son incrédulité : elle lui avait fait entendre qu'elle ne croyait pas à rimmortalité de l'âme.

' Voyez la biographie d'Edouard Ehrensten, dans u4nekdoter om Ifamnkunmiga Sw9n$ka tnffn. h itffck.^ p, 30.

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