‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 217 sur 275 · CHAPITRE l · texte numérisé non relu

CHAPITRE l

France était la seule puissance dont il pût at^ tendre quelque appui; mais la France, voyant ses aiïaires un peu embrouillées , s'abstint de toute démarche pour ne pas laisser croire aux ennemis de Charles-Gustave qu'il avait un besoin pressant de la paix. Celle-ci était d'autant plus difficile à flxer , que l'Autriche travaillait à récarter et que Charles-Gustave, apprenant les mouvemens du prince Rakotzi et le mécontentement de quelques grands contre Jean-Casimir , tâchait de son côlé de traîner les négociations en longueur.

George II Rakotzi , prince de Transylvanie, dominait sur un riche et fertile pays ; sa politique adroite avait donné une tournure avantageuse à ses relations avec la Porte-Ottomane. La considération dont il jouissait en Europe était telle, que son amitié fut recherchée par plusieurs princes. Il avait un grand défaut, c'était une ambition démesurée, qui ternissait toutes ses qualités. Lorsqu'il félicita Charles- Gustave de son avènement au trône, disant que la Pologne n'avait rien à espérer de /ut, il prouva qu'il connaissait déjà les projets hostiles du roi contre cet État et qu'il les approuvait. Charles-Gustave le comprit*, il envoya au prince un émissaire ■ pour lui faire part de ses de^ seins sur la Pologne et en même temps étudier l'état de la Transylvanie. Ainsi on avait déjà entamé des communicalionsamicalesavant que les Suédois eussent pénétré au cœur de la république. Dans l'enivrement de ses premiers triomphes, Charles-Gustave avait négligé l'alliance de Rakotzi*, mais lorsqu'il vit la guerre se prolonger au delà de ses prévisions , il lui envoya Sternbach et Welling, chargés d'offrir à l'ambition du prince la Podolie et quelques districts de la Gallicie pour prix d'une alliance avec leur maître. Ils étaient autorisés à promettre à son fils plusieurs territoires , et à son premier ministre des récompenses assez considérables*; mais ces ofTres parurent peu attrayantes à une ambition qui ne visait pas à moins qu'à la couronne. Charles-Gustave n'aurait pas hésité à favoriser ce plan ' s'il n'eût été contraire aux intérêts de la Suéde et du Rrandenbourg. Les négociateurs suédois lui offrirent, outre ITFkraine tout entière, les deux

' Gotlhard-Welling.

* Jean Kemeny. On lui promit des terres en Pologne et une pension sur les salines de GracoYîe.

* Août lOM.

rives de la Ylstule*, depuis le palatinat de Sanotz jusqu'à la Podlachie, avec le titre de roi. Mais ses exigences croissaient à proportion des concessions qu'on lui faisait *, les envoyés suédois ne se montraient pas non plus difficiles à tout accorder, parce que la possession des provinces sur lesquelles il insistait dépendait encore du sort des armes '. Enfin il voulait que les Suédois lui cédassent aussi la ville de Cracovie. Charles-Gustave ordonna à ses envoyés d'accéder à tout, pourvu que l'alliance se conclût. — Le prince avait d'abord hésité à se déclarer : les chances de la guerre , le bruit que Riga était assiégé par les Russes et que les affaires des Suédois n'étaient généralement pas en bon état lui donnaient à penser ; mais son ambition l'emporta sur tou tes les considérations . Les prières de sa mère et celles de son épouse, les représentations de ses ministres, les menaces de l'Autriche, rien ne put le dissuader de prendre part à une guerre qui était au-dessus des forces de la Transylvanie : le traité fut signé avec la Suéde. Avant même que la ratification du roi fût arrivée, le prince se mit en campagne avec 20,000 hommes , auxquels devaient se réunir 15,000 Cosaques et 6,000 Valaques. Rempli de confiance dans ses forces, il commença ses opérations sans suivre les sages conseils du roi *, il négligea de se concerter avec le sultan, dont il était vassal, et il laissa voir assez clairement qu'il ne voulait employer le roi de Suéde que comme un instrument propre à l'exécution de ses projets particuliers. Dans son manifeste, il déclara que les états lui avaient offert la couronne; qu'il venait avec son armée pour mettre fin à l'état de dissolution dans lequel se trouvait le royaume et y rétablir la paix. Cependant son armée était moins faite pour la guerre que pour la représentation. Lorsqu'elle se mit en marche, elle croyait qu'une couronne attendait son chef et que des fêtes et des manifestations d'allégresse la dédommageraient des fatigues de la route*; transportée par ses rêves, elle franchit les montagnes qui séparent la Transylvanie de la Pologne. Les premières villes se rendirent sans résistance; mais Jaroslav et Lemberg refusèrent d'ouvrir leurs portes, et là les illusions commencèrent à se dissiper. Cependant

« € Quœ principi concedebantur talia erant, tit a Stteds teneri non passent, (Puffendorf, p. 203.) • Voyez Mémair9$d$ T^rhn, l. I, p. 13.

.la confiance du prince élaii encore «i grande,

.qu'il ne songea pas À prévenir de son arriyée

Xbarles-^iustaYC, qui était rempli d'inquiétude

. sur son compte et qui le pria de se tenir sur ses gardes. Rakolii ne couvrit pas sa marche ;

.U laissait tout sans défense derrière lui , même les défilés des montagnes, de sorte qu'on pourail facilement lui couper toute retraite. A cette

.imprudence, il faut ajouter de graves altercations qui éclatèrent dès le commencement de la marche entre les troupes de Transylvanie et

Jes Cosaques. Charles-Gustave, à la nouvelle de son approche, prit toutes ses mesures pour

.marcher à sa rencontre. Il laissa son frère, le prince Adolphe- Jean, en Prusse, comme gou-

.yerneur de ce pays; il avança à la tèto de

.7,000 hommes, réiitc de son armée, y compris 3,000 DrandenlM>urgeois, pour se réunir au

.prince. Pctricov Alt pris. Rakotzi était entré dans Cracovio, et suivi du général Win , Il alla

. trouver le roi au chÂtcau de Crzistopora, où les

.deux armées firent leur jonction. Mais le roi s'aperçut bientôt que ses nouveaux alliés, loin de lui êlre utiles, no feraient que l'embarrasser : un lièvre pu une autre bêle venait-elle à paraître

(dans les immenses plaines où campaient les deux armées, aussitôt les Transylvaniens de rompre leurs rangs et de courir par compagnies à la poursuite de l'animal , ce qui excita un grand scandale chez les soldats suédois, habitués è une discipline sévère. Charles-Gustave désirait que ses alliés se chargeassent au moins

. de garder Cracovie, parce qu'il n'avait pas trop de toutes ses troupes. Mais ceux-là , déjà harassés par les premières fatigues, se souvinrent des bons vins et du bon pain de leur patrie, qu'ils auraient voulu n'avoir jamais quittée. L'insouciance, l'ignorance et rincxpérience

. s'opposaient à l'ensemble des opéi alions : ils eurent besoin de trois jours pour passer la Vis- Iule, et l'attaque projetée contre l'armée polonaise ne put avoir lieu. L'armée de Rakotzi , forte en nombre , composée d'hommes d'une taille élevée et imposante, avait si peu de confiance en elle-même qu'elle n'osait s'éloigner des Suédois. Les Polonais, en évitant tout combat, avaient l'espoir d'épuiser leurs ennemis par la faliguc. Sapieha et Polocki , poursuivis par le roi, clCzarnecki par le comte de Waldcck, ne purent être allcinls. Los Polonais fuyaient avec plus de rapidité que les Suédois n'en mettaient A les poursuivre. Ces mar-

ches produlrirent cependaht plusieurs avanta ges. Brzesc , la place la plus importante de la Lithuanie, vit tout à coup les Suédois et les Transylvaniens sous ses murs. La terreur s^em* para de la garnison , qui mit bas les armes et livra aux Suédois d'immensci magasins dé aubsistances et de munitions '. Là ville fut donnée aux Transylvaniens. Ce fut là que Gustave reçut la première nouvelle de l'attaque des Danois contre Brème, ce qui rendit pire sa position et l'obligea de penser à la défense de ses propres États et à opérer sa retraite. Il ne tarda pas à en avertir le prince de Transylvanie. Le nouvel empereur Léopold, qui avait succddé à Ferdinand m, s'était lié avec la Pologne en loi promettant un secours de dix-sept mille hommes, à condition qu'il occuperait les villes deCracovie, de Posen et de Thorn. L'électeur de Brândenbourg avait pris part avec le roi de Danemark dans cet arrangement contre la Suéde* Rakotsi, qui avait rêvé une couronne, se vit subiteitoent tombé dans un abîme d'où il ne pouvait sortir. Triste exemple que celui d'un prinœ qui, aveuglé par son arabitioil, s'était jeté dans une entreprise dont il n'avait pas mésoré l'étendue et qui manquait, pour la mener à fin, d'intelligence et de moyens. La nouvelle que Charles-Gustave allait lo quitter, le frappa comme un coup de foudre. Voyant son embarras, le roi lui proposa d'attaquer de concert les Lithuaniens et les Polonais, qui étaient réunis, pendant qu'il enverrait Charles-Gustave Wrangel contre le roi de Danemark. Ce projet parut trop aventureux au prince ; il préféra les négociations aux dangers du combat. Charles-Gustave se sépara donc de Rakotn et se rendit à Thorn *. L'armée suédoise livra tout aux flam-

< Tcrlon» 1. 1, p. 4^»

* Ual&olzi , voyant les Suédois faire les préparatifs de leur retraite, tes accusait, les larmes aui yeux , do perfidie. Charies-Outtave avait cependant Tait pour laf tout ce qui éUil possible. Un prince ne doit s'en prendre qa*é lui si, aur la foi d'un allié, il ao jetle dans une entreprise au-dessus de ses forces. Les Suédois cherchaient à lui donner plus de constance ; maïs il avait adopté un plan malheureux. En restant sur la rite gauche de la VIstule» il se ménageait une retraite; ma» son irrésolution attestait son peu d^éiiergfe. Il suivit les Cosaques, qui renlralnérentdans It Volliynie, quoiqu'il fût averti que les Polonais , commandés par Lubomerski, s'avançaient pourenvahir la Transylvanie, Le désordre s*élait introduit dans son armée. Les Transylvaniens, les Honaroia, les Valaques quittèrent oar masses leurs drapeaux et cherehèreat à rtga-

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fiiM tor HM fMtttt'i». iSn ^MMt Mre âe c« pays uÉ désert el gàrânUr aiii«l les firootières de la Prusse. De grandes croaolés furent com* •mises: les ciraodslances ayaient détruit la dis* «ipQne. Le roi prit en haine un pays qot arait iroDipé sea espérances : des femmes honnêtes , des filles de nobles furent enlevées \ des cou* tens et des églises Airent pillés, et les religieu- Ma livrées à la brutalité des soldats >. Celle marche se fit avec une rapidité extrême, parce que le roi craignait d'être coupé par les Auirichiens et les Danois.

L'Autriche, la Pologne et le Danemark s'étaient engagés à ne pas déposer les armes avant que les Suédois fussent chassés de r Allemagne et rejelés au delà de la Baltique. Le concours de l^éleeteur de Brandenbourg était nécessaire pour rexécutioii de ce plan ; mais Télecleur chercha i gagner du temps, ne voulant se déclarer que loraqull Jugerait le moment opportun. Sous prètette que son alliance avec la Suéde ne Venfageait que pour la défense dé la Prusse, Il rappela les troupes qu'il avait dans l'armée suédoise. Mais i toutes les bassesses de cet ennemi masqué , Charles-Oustave opposa une loyauté dont Thistoire lui a ténu compté : il le laissa libre d'entrer en négociations même avec ^ses ennemis, pour éloigner de ses États les déeastres de la guerre ^ s'il le Jugeait convenable é ses intérêts et sans compromettre son honneur. Les elTorts de la France pour le retenir

gner leurs foyers. Tons les généraai polonais réanis fattelgnirent à Mindzyboe sur le Bug. Le prince, encoie supériBor en nombre « voulait livrer bataille; malSt dans ce moment déeisir, les Cosaques l^abandonnèrent traîtreusement; les Moldaves et les Transylvains suivirent cet eiemple, et Ralcolzi n'eut d'autre ressource que la vole des négociations. Mais ses oÊÊttê hirent lepoussées par l'Impétueui Guraeclii ivee eeltc insolence que les barbares emploient contre le plus faible, et il fut obligé d*en passer par les conditions du vainqueur. Il devait faire amende bonorable au roi de Pologne, restituer CraeovieetBrzesc, ainsi que tout ee qu'il avait pris dans la république, donner aak généraei polonais 200,000 florins et A Tarmée un million. Entouré de ses grands , il retourna en toute bâte, et par les ebemins les plus courts, dans sa principauté; mais son armée fut attaquée par les Tartares 11,000 hommes furent traînés en esclavage ; 8,000 à peine revirent le sol de la patrie. Telle fut l'issue d'une entreprise qui, mIeuK conduite, eût pu amener les plus beureux résultats et qui fut une source de malheurs pour Rakotzi , et à la fin lui coûta a vto.

* TefOi MémxÀfm de Ttrkm,

dans son aMaAèé atêc la Suède échouèrent moins par inhabileté de la part des négocia* leurs suédois que parce que Télecteur n*avaii d'autre mobile que son intérêt particulier * el que ses minisires étaient gagnés par Tor de l'Autriche. La possibilité en perspective d'arrondir ses possessions par la Poméranie suédoise leva tous les obstacles qui pouvaient empêcher rélecteur de rompre avec la Suéde , et le 10 septembre fut signée à Welau la conven*tion qui annulait le traité d'alliance de Frédério« Guillaume avec Gustave. On fit courir le bruit que ce n'était qu'un armi$Uce^.

Le roi confla à son frère Adolphe-Jean les affaires de la Prusse et le chargea de Mre au roi de Pologne des propositions de paix dans lesquelles n'étaient compris ni TAutriche ni le Danemark. Mais la ligue formidable qui venait de se former contre la Suéde rendit les Polonais arrogans, et quoiqu'ils ne vissent qu'a*vec peine les Autrichiens dans leur pays, ils no voulurent pas entendre parler de paix particulière. Jean-Casimir regardait comme une honte d'abandonner le Danemark, qui venait de s'armer contre la Suéde dans l'intérêl de la Pologne. Les négociations furent rompues et tout fut remis à la décision des armes. L'électeur, en se séparant de la Suède, se lia avée le Danemark pour conjurer la vengeance de Charles-Gustave, à laquelle il s'attendait avec raison. Cette négociation fut conduite avec le plus grand secret. Ces deux puissances tombèrent d'accord de ne pas mettre bas les anhes qu'on n'eût fait droit à leurs prétentions. L'électeur, en particulier, prit l'engagement d'attaquer le plus tôt possible la Poméranie.

Les Autrichiens commencèrent les hostilités contre la Suède par la pk>ise de Cracovie. La garnison, composée en majorité de Transylva*niens, fut transférée en Hongrie; mais le gè^ néral Wirz, dont la bravoure excita l'admiration de ses ennemis eux-mêmes , se Jeia dans le château avec 3,000 Suédois. On lui accorda la retraite avec les honneurs de la guerre; mais craignant qu'on ne lui réservât le sort que Wittenberg avait subi à Varsovie, il n'ouvrit les portes qu'après que le roi de Pologne , les grands qui l'accompagnaient et le général Hatt-

' Voyez Mémoires de Terlon.

' L'électeur promit de mettre une armée de 6,000 hommes à la disposition de Jean-Casimir.

feld, commandant les troupes autrichiennes, eurent donné leur parole que les conditions seraient religieusement observées. Escorté par les Autrichiens ) il quitta Cracoyie, emmenant tous ses bagages et treize canons *. Sa bonne tenue et la conduite loyale des troupes allemandes paralysèrent les desseins perfides de Gzarnecki, et il arriva sans pertes à Stettin. Mais Foccupation de Cracovie par les Autrichiens devint bientôt un sujet de discorde entre eux et les Polonais, qui, tout enorgueillis du désastre de Rakotzi et de la retraite des Suédois, se croyaient déjà hors de danger*, aussi Montecuculi, à la tète de 6,000 hommes que la cour de Vienne envoya en Prusse, reçut-il l'ordre de ne s'engager dans aucun siège et de tenir toujours ses troupes réunies : ce fut pour cela que, prenant pour prétexte la rigueur de la saison, il refusa de mettre le siège devant Tborn, malgré les instances des Polonais.

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