CHAPITRE IL
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tenait ceUe belle fiancée^ qui mériiaU bien le sacrifice d'une danse sanglante y comme il avait coutume de dire , il recevrait pour dot la Norvège et le Danemark^ c'est-à-dire la couronne du Nord*. Cependant Copenhague ne pouvait tenir longtemps.
Les malheurs qui frappaient coup sur coup le Danemark avaient éteint Tardeur belliqueuse, même chez les plus ardens partisans de la guerre^ ils désiraient la paix à tout prix ^ TAn* gleterre et la France la voulaient aussi , mais pour faire marcher le grand guerrier dans leurs inlérèis contre la puissance de Habsbourg. Charles-Gustave n'était pas éloigné de la paix; mais il rejeta la proposition d'un congrès : il voulait une paix séparée, et il nomma pour ses plénipotentiaires Sien Bjelke et Corfllz Ulfeld. Frédéric, dans son infortune, était disposé à tout sacrifier. Gcrslorf et Scheele furent autorisés à entamer des négociations et à demander un armistice ; mais le roi déclara que les négociations n'arrêteraient par la marche de son armée, et il donna, en présence même de ces envoyés, l'ordre de la poursuivre. Des troupes suédoises commandées par Slcnbock avaient aussi envahi la Scanie et pris position entre les villes de Landskrona et d'Helsingborg, sur les bords du Sund. — Un de ses généraux, Clas Tott , offrait au roi , s'il voulait lui confier 4,000 cavaliers , de prendre la capitale par un coup de main -, mais il paraît que le roi ne connaissait pas l'état de stupeur où était plongée cette ville ou qu'il préférait la paix à sa conquête, car il refusa. Les négociations s'ouvrirent à Tollstrop, village à deux milles de Copenhague ; elles furent continuées à Roskild, où le Iraité fut signé le 26 février. La Suède reçut le Halland , le Bleking, la Scanie , le Bohus , le Trondheim en Norvège et rtle do Bornholm. Le Danemark entretint 2,000 cavaliers au service de la Suède et restitua à Corfitz Ulfeld et à son épouse, la malheureuse et célèbre comtesse Fléonore Monk, tous leurs domaines séquestrés. Trois jours après la signature du traité de paix , Frédéric III invita son heureux adversaire à une entrevue dans son château de Fredericksborg. La belle reine Sophie-Amélie y déploya toute la finesse de son e4»prit ; mais lorsqu'au milieu des f u-
• Voyei Stanley , Tke Hisiory ofthe tate warry in ■ Denmark, Lond., 1670» p. 7.
mées du vin, elle proposa à Charles-Gustave de donner Trondheim au jeune prince Christian, il répondit fièrement que le roi de Suède actuel n'était par MagnusSmck(Caresseur*).Gustave, pendant les deux jours qu'il resta dans ce château , y puisa tant d'éclaircissemens qu'il lui prit envie de recommencer la guerre *« Ceux qui l'accompagnaient crurent remarquer que les Danois eux-mêmes n'attendaient qu'une occasion pour rompre la paix que l'épée leur avait dictée. Le roi entra dans son royaume entouré d'une auréole de gloire et apportant une paix plus avantageuse qu'aucuns de ses prédécesseurs n'avaient pu obtenir. Maintenant le royaume avait des proportions con^ venables et qui assuraient sa tranquillité pour l'avenir.
Pendant que le roi opérait son glorieux passage sur les glaces, l'Autriche et le Brandenbourg firent une alliance offensive contre la Suède. L'Autriche devait mettre en campagne 6,000 hommes et le Brandenbourg 3,000, moitié cavalerie, moitié infanterie*, mais pendant qu'on négociait^ l'épée de Charles-Gustave avait déjà tout décidé et anéanti tous ces projets. Comme il avait échoué dans toutes ses tentatives pour gagner Télecleur, il prit la résolution de diriger toutes ses forces sur le Brandenbourg et de l'attaquer ainsi au cœur de ses États. Déjà Wrangcl avait rassemblé toutes les troupes à Oldesiohe , sous prétexte de les conduire en Poméranie , mais en effet pour pénétrer dans le pays de Magdebourg et dans l'Altenmarkt. Ce plan , approuvé par les étals * de Suède, à Gothenbourg, recevait un commencement d'exécution lorsque de nouveaux événemens survinrent. Le Brandenbourg était en danger de succomber au choc des événemens, et ce fut le hasard, plus que la bravoure ou la sagesse humaine, qui le sauva.
Il restait beaucoup de questions à résoudre dans le traité de Roskild. Coyet et Sten Bjelke furent envoyés à Copenhague pour aplanir les difficultés. Ils étaient chargés de proposer une union étroite entre la Suède et le Danemailc pour assurer la liberté de la Baltique , et surtout d'essayer de gagner Conrad Van Beuningen , ministre de Hollande à Copenhague. Les
' Ce Tut ce roi qiit donna au Danemark les proYînces du Halland, de la Scanie et du Blekiûg. * Voyez Terlon, t. 1, p. Ifl.
> Voyez Terlon, p. 118.
HISTOIRE DE SOÈDE.
promiéres ptainles Mefées par les paytans danois avaient pour objet l'oppression exercée par les troupes suédoises dans Ttle de Seeland, dans le Jutland et dans le Holslein : leur conduite , disaient-ils , était injuste , car elles do* mandaient , même après la paiK , à être entre* tenues par le pays et à toucher des contribua lions. Il est difficile de démêler la vérité dans le labyrinthe des versions diflérontes. Beaucoup fie gens prétendent que le roi, en se rendant rtiCK son beau-père dans le Holstein, se repentait de n'avoir pas tiré un meilleur parti des avantagea que la fortune lui avait donnés sur le Danemark , et quMI chercha Toccasion de rompre la paix pour écraser complètement ee pays '. La vérité est que le roi fevorisa beaucoup son beau-père le duc Frédéric III de Bolstein-Gattorp , et que celui-ci était en hostilité ouverte avec le Danemark. A la suite de la paix de Roskild, ce royaume perdit sa suzeraineté sur le Holstein ^ mais d'autres disputes s'élevèrent sur des choses de peu d'importance, il est vrai, mais suffisantes pour retenir encore les troupes suédoises dans les provinces du Danemark. Chaque minute doit être précieuse quand il s'agit do rétablir Tor^ dre dans un État troublé ; mais ce royaume oublia cette règle de politique et s'abandonna trop aux conseils de Yan Bouningen. Une autre circonstance contribua à augmenter les embarras. Un ancien membre de la société suédoise pour les élablissemens sur la côte do Guinée avait attaqué une colonie suédoise et s'en était rendu maître : il arriva chargé de butin  Gluckstad après la paix. Les Suédois demandèrent son arrestation et la saisie de son vaisseau ; mais il se sauva à Emden avec une grande partie de sa cargaison. Ils réclamè*rent alors une indemnité du Danemark. Le refus que Charles éprouva fit une grande impression sur son esprit; il résolut de tenter encore une fois la fortune contre les Danois. Il avait fait une visite à son beau-père, dans le Hoisttin , et se trouvait à Kiel , port sur la Baltique, lorsque le ministre danois OweJuel y arriva. Ayant appris que le roi attendait toute sa flotte, ce fidèle serviteur quitta immédiatement la ville ^t se rendit en hâte auprès de Frédéric pour l'avertir du danger qui le menaçait. Les Danois y craignant une nouvelle rup-
. • YojexTcrlon, p. |18.
ture, étaient disposés & accorder toutes le« réparations qu'on exigerait d'eux ^ mais il était trop tard. Charles-Gustave prit prétexte de la non exécution de certains articles pour envahir le territoire de son ennemi, acte qu'il considéra comme une continuation de la guerre à laquelle la paix de Roskild avait mis fin. L'armée suédoise campa dans les environs de Kiel. On fit courir le bruit d'un débarquement qui serait tenté vers la Prusse pour porter secours & Thorn , qui était assiégé. Le roi fit appeler la ministre Terlon de Copenhague pour s'entre^ tenir avec lui des affaires de la Pologne-, mais c'était en réalité pour le soustraire aux dangers d'un siège. Wrangel avait reçu l'ordre de veiller si bien sur Seeland que le roi de Danemark ne pût s'échapper ni en Norvège ni à Lubeck ; tout d'ailleurs avait été préparé pour que les Hollandais ne pussent amener du secours qu'après le coup porté. Il est probable que cette entreprise aurait pleinement réussi si l'on eût suivi le premier plan du roi, qui consistait à mettre é la voile pour Copenhague , * en forcer l'entrée et * y Jeter une garnison ; mais ce projet parut trop hasardeux à ces guerriers qui jusque-là s'étaient jetés lêle baissée dans les entreprises les plu» téméraires. Le roi débarqua à CorsOr avec neuf ou dix mille hommes et laissa aux habitans de Copenhague le temps de se remettre de leur première terreur. A Ringsted, petite viilo à sept milles danois de celte capitale, Gustave rencontra une ambassade de Frédéric III ^ elle lui exprima l'étonnement que causait & son mattre celte attaque imprévue. Le roi chercha à Justifier cette invasion par les difficultés que les Danois faisaient d'exécuter les conditions de la paix et par les trames secrètes qu'ils ourdissaient contre la Suède. Il essaya de corrompre les envoyés IlOk el Scheele ; il leur fit dire qu'il devait leur être indifférent que leur roi s'appelât Frédéric ou Chartes, expression légère dans tous les cas, mais bien plus légère encore dans la bouche d'un roi. Il est k plaindre dans l'instant du danger, le monarque qui n'a pas raffcclion de son peuple : celui-ci devient méprisable lorsqu'il change de mattre. comme un troupeau change de berger. Les Danois répondirent comme de braves gens : « Nous allons mourir avec notre roi : loin de nous la honte de l'abaiidonner dans le malheur ! » Un découragement général s'empam des tam k Gopeii^