CHAPITRE II
hague ; les paj laiiê qui y arrivèrent en massé cKagérèrenl le nombre des ennemis. FrMérie rejeta le conseil de prendre la fuite , résolu qu'il était à s'ensevelir sous les débris de son trône ] et il prouva par sa conduite que les retsouroes d'un roi sont immenses quand il ne s'abandonne pas lui-même. Gersdorf , un des auteurs de la première guerre , eiborla les bourgeois ù défendre leurs maisons ; on fit les promesses les plus flatteuses à cette classe de citoyens , aux étudians et aux paysans. Tous déclarèrent qu'ils étaient prêts à supporter tous les maux plutôt que le joug de l'étranger. Van Bouningen promit du secours : il monta un vaisseau et partit pour la Hollande afin d'en hâter rexpédition. Néanmoins tout aurait été probablement perdu si Gustave, au lieu de Mre un siège régulier, avait tenté l'assaut ', car tous les points n'étaient pas garnis , et les remparts presque en ruines n'étaient défendus que par un fossé sec. Charles divisa aussi ses forces pour prendre Kronoborg : cette conquête était importante \ mais elle ne valait pas celle de la capitale. Kronoborg, après une courte défense, se rendit à Charles-Gustave Wrangel ^ en revanche le siège de Copenhague n'avançait pas. Les travaux étaient difficiles sur un terrain marécageux; cependant on parvint à détourner l'eau qui alimentait la vUie. La pluie, qui tomba en abondance, y suppléa. l^s bourgeois supportèrent toutes les fatigues et toutes les privations d'autant plus volontiers qu'ils ne faisaient que suivre l'exemple du roi. Ils firent plusieurs sorties heureuses, dans Tune desquelles Gustave, le comte palatin et Wrangel n'échappèrent au danger d'être faits prisonniers que par la bravoure du Cirfonel Leyonhjelm. Charles -Gustave, qui avait entrepris cette expédition dans la persuasion qu'elle ne pouvait manquer de réussir, vit toutes ses illusions se dissiper. Frédéric montra une grandeur d'âme , une constance qui étonnèrent d'autant plus qu'on ne soupçonnait pas ces qualités en lui. Charles-Gustave n'avait rien épargné pour empêcher la Hollande de se déclarer en faveur du Danemark : il renouvela à cette puissance les assurances de Eon amitié et les promesses les plus solennelles d'accorder aux vaisseaux hollandais la liberté de passage dans le Sund ainsi que d*autres faveurs dans ses vastes {lossessions pour
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distrOmer des présens à La Haye par son envoyé pour une valeur de 20,000 thalcrs et mettre en liberté des vaisseaux hollandais arrêtés dans le Sund, évalués à quatre millions, tout cela pour éviter un conflit avec cette repu* blique. Mais la fidélité d'un Danois anéantit toutes ses espérances de ce côté, ce fut Chris* tophe Gabel , secrétaire intime du cabinet du roi. Envoyé à Kiel , auprès du roi de Suède , il fut congédié avec les promesses les plus for* melles d'une paix durable. Ses aflTaires l'ayant conduit à Hambourg , il y apprit la rupture. Sans attendre ni ordres ni instructions, il partit de suite pour la Hollande *. De concert avec lé ministre danois, il pressa Tarmement -, il obtint un emprunt de trois millions de florins, et deux mille hommes s^embarquèrent pour aller ren^ forcer la garnison de la capitale. Aucune puissance ne prit parti pour la Suède : il poratt même que la France et l'Angleterre virent avec plaisir la Hollande entrer en lice pour mettre des bornes h l'ambition de Charles-Gustave. Une des plus belles flottes qui eussent jusque-là quitté les côtes de la Hollande appareilla le 7 octobre : elle comptait trente-cinq voiles ; elle était commandée par tout ce que la marine avait de plus illustre , Opdam , Pinter Flores et Witte Wittens. Quatorze jours après, elle était dans le Sund , et fut forcée par les venta contraires de jeter l'ancre à quelque distance de Kronoborg. L'arrivée de cette flotte consterna le roi de Suède. Un conseil de guerre fut de suite assemblé. L'amiral Wrangel proposa de profiter de l'avantage du vent pour aller Jà la rencontre de l'ennemi et lui llvitT bataille. Si cette opinion eût prévalu, il est k croire que les Hollandais auraient été obligés de regagner la pleine mer, ou tout au moins que le secours qu'ils apportaient aurait été retardé. Le roi se -repentit, mais trop tard, éd n'avoir pas suivi ce conseil. Copenhague était au comble de la détresse -, l'esfiHferance de secours soutenait seule son courage. —Le 9 nd^ vembre la flotte hollandaise passa le Sund. ÏA flotte suédoise, forte de quarante vaisseaux , soutenue par les batteries de Helsingborg et do Kronoborg, attendait l'attaque. I^s Suédota voulurent conserver sur mer la supériorité et la gloire qu'ils avalent acquises sur terre par le gain de tant de batailles. Le roi , sa sœur, h
• ^ Vaycs Te rl<m, p. «4.
reine et toute la cour Turent témoins à Kronoborg d^un des combats les plus terribles qui se soient livrés dans ces eaux. Le vent, qui favorisait Tennemi , ne permit pat aux Suédois de suivre ses manœuvres. Wrangel, dont le pavillon flottait sur le vaisseau Fictoriaj fut le . premier qui fut assailli et entouré de plusieurs navires ennemis; son gouvernail fut abattu, et il fut contraint de se retirer sous les canons de Kronoborg. Bjelkensijerna et Witten s'attaquèrent encore avec plus de rage. Le vaisseau du dernier fut tellement malirailé qu'il ne put plus longtemps tenir la mer. L'amiral hollandais fut tué \ peu de temps après les amiraux Gersson (Hollandais au service de Suède) et BjellLenstjerna furent mis hors de combat : les autres vaisseaux étaient aux prises avec un acharnement incroyable. Le vaisseau amiral hollandais était sur le point de couler bas \ séparé du reste de la flotte, il aurait été pris et la victoire serait peut-être restée aux Suédois si un autre Wrangel, commandant huit vaisseaux de guerre et qui était sous Ttle de Hven , eût fait son devoir et se fût hâté de prendre part à cette glorieuse aflaire. L'issue était incertaine ; on avait également souffert des deux côtés. Les Hollandais avaient perdu leurs deux amiraux et plusieurs officiers supérieurs \ mais les Suédois déployèrent sans succès le plus grand courage : ils ne purent empêcher le secours, qui arrivait aux Danlois, de pénétrer à Copenhague. Les Hollandais entrèrent dans ce port, tandis que les Suédois se rendaient à Landskrona en Scanie, vis-à-vis de Gopephague, pour .se ravitailler. Les Danois et les Hollandais cherchèrent à incendier la flotte suédoise et à • l'empêcher de sortir en coulant bas quelques vaisseaux devant le port. Dans cette circonstance la bravoure de Charles-Gustave lui fit courir un danger imminent. Il sortait du port de Landskrona pour observer la flotte ennemie \ . un épais brouillard s'étendit sur la mer. Le . roi et ses compagnons entendirent parler sans apercevoir aucun vaisseau. Le brouiUard s'étant dissipé tout à coup, ils s'aperçurent qu'ils étaient tout près des Hollandais. Hs eurent le bonheur de rentrer au port sans avoir été atteinte par les innombrables boulets qu'on dirigea contre leur navire. Gustave fut obligé de changer en blocus le siège de Copenhague ; il se mit dans un camp retranché et coupa toutes les communications de la capitale avec la cam-
pagne. Tous les points importans de Fionle el de Seeland furent fortifiés pour empêcher les ennemis d'y faire des descentes. Le roi ne savait s'il devait rompre avec les Hollandais ou prendre la voie des négociations. Ceux-ci yoalaient établûr un certain équilibre dans le Nord et poser le traité de Brômsebro comme base de la paix dans ces contrées ; mais l'Angleterre et la France demandèrent l'exécution de celui de Roskiid , à l'exception de Particle qui excluait les flottes étrangères de la Baltique. Les remontrances énergiques de l'Angleterre empêchèrent la Hollande d'envoyer d'autres secours au Danemark. Charles essaya de semer la discorde entre ces deux, puissances \ mais la mort d'Olivier Cromwel, qui eut lieu précisément à l'époque ^ù il se glissait de l'aigreur dans les rapports diplomatiques, empêcha peut-être une fâcheuse explosion. Cependant son fils Richard (on croit que ce fut à l'instigation de la France) résolut d'envoyer une flotte commandée par l'amiral Montagu \ mais il avait pour instruction de n'assister les Suédois que dans le cas où le Danemark refuserait d'accepter la médiation de l'Angleterre pour la paix. Charles-Gustave vit qu'en de telles circonstances, il ne devait compter que sur lui-même et qu'il devenait nécessaire de frapper un grand coup pour écarter tous les embarras qui paraissaient devoir l'écraser; c'est pourquoi il se décida à livrer l'assaut .à Copenhague dans la nuit du 11 au 12 février. Les Suédois, revêtus de chemises blanches sur leurs cuirasses, et coiffés de chapeaux de la même couleur pour n'être point aperçus dans la neige qui couvrait la terre , se mirent en marche au cri de : <( Dim avec nous! » Ils se dirigèrent du côté de l'ouest, où la glace facifitait l'attaque *. Conduits par Deiwig et Ferscn , ils vinrent à bout, malgré le feu des remparts, d'attacher les échelles. Il en monta plusieurs qui, n'étant pas soutenus, furent victimes de leur courage. Après des efforts inouïs, Charles fut obligé de commander la retraite. Les chefs les plus braves avaient perdu la vie, et plus de 2,000 morts couvraient la terre. Les Danois, protégés par leurs remparts, n'avaient souffert presque aucune perte. Charles-Gustave fit dans cette circonstance la triste expérience qu'un moment, perdu ne, peut se réparer. £n
* Yoyes HUMr9 âc Suède, par Evlis, i. 5» p. 113 '