‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 227 sur 275 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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de ses 'généraux , Duncam , pour prendre Halmslad , capitale du Halland , pendant qu*il mettait lui-même le siège devant Christianstad.

Charles XI ne pouvait se mesurer en rase campagne avec les forces supérieures des Danois avant d'avoir reçu les renforts qui accouraient de tous les coins du royaume ; cependant, secondé par d'habiles généraux, parmi lesquels nous citerons préférablement Aschcberg et Dalberg, il résolut dé mettre à profit les fautes de ses ennemis. A peine eut-il été informé de Texpédition de Duncam , qu'il marcha à sa rencontre à travers les montagnes qui, séparant le Smftiand de la Scanie, étendent leurs ramifications jusqu'à la mer et, semblables à une muraille, forment, sous le nom deHallandS" as, la frontière de la Scanie et du Halland. La marche du roi fut si rapide et si secrète que les Danois ne la soupçonnèrent pas avant de l'avoir vu s'avancer contre eux en bon ordre. La bataille se livra le 17 août, près de Ilalmstad, presque sur la rive duCatégat. De tous les Danois, il ne se sauva pas trente hommes ; ils furent tués ou faits prisonniers avec leurs chefs. La joie qu'occasionna celte victoire fut tempérée par la nouvelle que Christianstad avait été pris d'assaut par les Danois. Toutefois celte bataille avait empêché la jonction de l'armée norvégienne et de celle des Danois qui était en Scanie \ elle eut aussi pour effet de ranimer le courage abattu des Suédois.

Charles, après sa victoire, se retira dans le SmSIand ^ mais il n'eut pas plutôt reçu des renforts qu'il entra en Scanie. Les deux armées campèrent en face l'une de l'autre^ une rivière seulement les séparait. Comme les paysans n'étaient pas portés pour les Suédois, la disctie se fit sentir de plus en plus dans le camp de ces derniers. Dans ces circonstances , le roi , suivant le conseil de Jean Gyllensljerna, aima mieux livrer bataille que battre en retraite. Le plan de Charles XI était très-vicieux : heureusement pour lui, ses adversaires commirent encore de plus grandes fautes. Une action meurtrière* s'engagea dans les plaines de Lund, petite ville remarquable aujourd'hui par son université. Le roi commandait en personne -, il avait sous ses ordres Ascheberg et Helmfelt. La mêlée fut «anglante : 10,000 hommes y perdirent la vie. Les Danois se retirèrent pendant

• Le H décembre 1676.

la nuit, abandonnant & leurs ennemis leur camp et leur arlillerie. Mais cette victoire ne rendit pas les Suédois maîtres de la Scanie. Les Danois se rallièrent bientôt sous le canon de Landskrona et assiégèrent Malmô. Celte place fut défendue avec bravoure par Fabien Fersen. Christian, après avoir livré un assaut, dans lequel il perdit près de 4,000 hommes, chercha de nouveau un asile à Landskrona (1677).

Sur mer, les Danois réussissaient beaucoup mieux. Leur flotte était commandée par Juel, un de leurs marins les plus remarquables : à la hauteur de Rostock, il défit la division de Gothenberg, dirigée par l'amiral SjOblad, qu'il fit prisonnier. Henri Plorn fut encore plus malheureux : ayant sous ses ordres la grande flotlc, il perdit vingl-deux vaisseaux dans le combat naval livré dans le golfe de Kiôge. Les Hollandais, commandés par Tromp , s'étant réunis à Jucl, les Suédois éprouvèrent encore des pertes considérables qui ne leur permirent plus de tenir la mer. La campagne de 1678, en Scanie, n'offre de remarquable que le combat de Landskrona (14 juilIcl),dontlesuccèsfutdouleux,bien que les Suédois s'attribuassent l'honneur de cette journée, parce qu'ils étaient restés matlres du terrain après avoir pris plusieurs canons. Sur les frontières de la Norvège, GyldenlOw s'empara de Marstrand. Magnus de La Gardie se laissa surprendre non loin d'Uddevalla, et perdit les bagages et son arlillerie. Ce désastre lui enleva le reste de faveur qu'il conservait encore auprès du roi.

Au milieu des embarras de la guerre, Charles XI convoqua les états à Halmslad. La session de la diète dura depuis le 3 jusqu'au 20 février j elle fut très-orageuse, quoique les députés ne fussent pas en grand nombre. Toutes les attaques tombèrent sur le comte de La Gardie , à qui on attribuait tous les malheurs : il était l'auteur de l'alliance française, de la dé* cadence et de Tanéanlissement des finances. On ne pouvait sortir du mauvais pas où l'on était engagé : tous les appoinlemens étaient arriérés \ personne n'avait de ressources contre les plus pressans besoins. Le Halland et la Scanie, devenus le théâtre de la guerre, eurent beaucoup à souffrir. Cependant, quelque lourds quo fussent les impôts qui pesaient sur le peuple , la diète vota de nouvelles levées d'hommes et de nouvelles contributions ^ du reste , elle* se

prononça avec énergie pour une meilleure ad* ministration financière. Pendant que les états étaient assemblés, les Suédois poussaient avec vigueur le siège de ChrisUanstad , qui se rendit le 4 août. La guerre, qui durait depuis trois ans, avait épuisé le Danemark et la Suéde sans avantages bien positifs pour aucun de ces deux États. Mais les alliés s^élant dispersés à la suite des négociations de Nimëgue et ayant conclu des traités de paix séparés, Christian se vit dans Timpossibilité de continuer la guerre avec SCS seules forces. Ne pouvant conserver la Scanie, il voulut qu'elle tùi un désert avant d'être à son ennemi : il incendia Lund et engagea les habitans de cette ville à venir s'établir dans nie riante et fertile de Seeland, où il serait pourvu à leurs besoins.

Les négociations de Nimégue, sans avoir produit les résultats qu'on en attendait, donnèrent au moins l'occasion de traiter séparément. Ainsi la Suède et la Hollande se réconcilièrent en 1678, et par Tinfluence et la bonne foi de la France, l'empereur, par la paix conclue le 6 février 1679, déclara que la Suède devait être réintégrée dans ses possessions d'Allemagne. Le grand électeur fit tous ses efTorts pour en empêcher l'exécution -, mais la présence d'une armée française dans le pays de Clèves lui fit signer la paix avec la Suède, à Saint-Germainen-Laye ', et il ne garda de toutes ses conquêtes qu'un petit territoire de l'autre côté de rOdcr. Ainsi isolé de tous ses alliés , le Danemark était trop faible pour résister à la Suéde : plutôt que de se soumettre aux propositions de la France, il traita directement avec son ennemi sous la médiation de la Saxe. Les négociations s'ouvrirent à Lund , le 19 juin, et se terminèrent le 26 septembre. On restitua de part et d'autre ce qu'on avait conquis. La Suède sortait donc plus honorablement qu'elle ne de^ vait s'y attendre d'une guerre commencée avec imprudence et conduite sans calcul. On doit cet hommage à la mémoire de Louis XIY, que ce fut à sa haute politique que la Suède dut cette heureuse issue, sans laquelle elle aurait perdu, du moins en Allemagne ^ le fruit des victoires du grand Gustave-Adolphe et de ses habiles capitaines.

Jeune , «ans expérience , dépourvu des connaissances que les Jeunes gens possèdent géné-

* Le 29 juin.

ralementàcetftge, Charles XI avait fait preuve dans cette guerre d'un courage incontestable et d'une haute intelligence. Il avait supporté toutes les fatigues de la guerre, et il s'était pour ainsi dire formé à régner au milieu du carnage : il avait vu les maux de la guerre dans toute leur horreur et la misère de toute une génération. Il parait que ces souvenirs ne s'effacèrent pas de sa mémoire, car ce fut à partir de cette époque qu'il renonça entièrement à tout projet de conquête.

La paix était conclue, il est vrai, mais les embarras se compliquaient à l'intérieur. La guerre avait coûté cinquante millions ^ on y avait perdu quarante vaisseaux de guerre et plus de 100,000 hommes. Les provinces que la Suède recouvra étaient appauvries, la Scanie n'était plus qu'un désert ^ les chenapans continuèrent encore leurs déprédations plusieurs années après la guerre, malgré les peines sévères qui les menaçaient. Mais Charles se mit à l'œuvre pour guérir les maux causés par la guerre et améliorer Tadministration. En efTet, quelques années lui suffirent pour rendre à son royaume la force et le bien-être & l'intérieur et l'estime de l'étranger.

La guerre terminée, sa première pensée fut de se marier pour fixer l'hérédité dans sa maison. Nous avons déjà vu qu'il était fiancé à Ulrique-Éléonore , princesse danoise, mais que la guerre avait retardé la célébration des noces. Ses favoris voulurent le contrarier dans son choix *, mais il tint ferme, et le mariage se consomma. L'histoire n'a qu'une opinion sur le caractère d' Ulrique-Éléonore. Ses excellentes qualités, sa bonté jointe à un esprit pénétrant, eurent bientôt fait taire les préventions haineuses que lui avaient attirées, [de la part des Suédois , son origine danoise. Pendant la guerre , elle avait secouru les soldats suédois que le sort des armes avait plongés dans la captivité 'y aussi le bruit de ses vertus s'était-il répandu dans les provinces les plus reculées du royaume avant que son mariage l'eût conduite en Suède. Cependant elle ne fut pas heureuse. Charles XI était d'un naturel froid, et il préférait, au dire du ministre français Courlin , l'entretien d'un guerrier à la société des plus belles femmes de la capitale \ son cœur paraissait fermé aux senlimcns tendres : il ne dînait jamais avec sa femme, qui consacrait tout son temps à l'éducation de ses ehfans, & la lecture

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