CHAPITRE IL
Snorre Sturleson * ; peut-être même les Huns des traditions plus récentes, que rappellent les noms de tant de lieux en Suéde.
Nous nous bornerons ici à tracer les traits principaux des institutions populaires , et nous ajournerons tout déyelopperoent ultérieur jusqu'au moment où nous pourrons citer les lois anciennes qui par leur forme appartiennent aux temps du christianisme, quoique leur base repose sur des principes antérieurs.
De toutes les tribus germaniques, les Scandinaves sont ceux qui conservèrent le mieux ridée de Torigine divine de la plus ancienne société humaine. Les premiers rois portèrent les titres de diar^ de droUar, noms également donnés aux dieux, aux prèlres et aux juges. Odin, entouré de douze de ceux-ci, rendait la justice ; le roi d'Upsala, siégeant au milieu de douze hommes les plus sages prononçait ses arrêts sur le ting^. Les grands sacrifices annuels étaient des occasions de réunion pour le peuple \ là où ils avaient lieu, la paix régnait'; y prendre part était pour chaque tribu * un symbole d'union. Sous la protection de cette paix se célébraient
qucur du roi des montagDes, l'égorgeur des loups, celai du peuple des monUigneset des fils du rocher. lis disent qu'il a abattu le roi du peuple des cavernes et le chef des Finnois sur les montagnes. (Voyez Affales de Suède, t. 1, 274.)
* HeicnsK. Harald H&rfager. On peut citer plusieurs témoignages qui prouvent que telle était Topinlon publique chez les Islandais. Ainsi Snorre Sturleson dit que la Norvège s'étendait depuis le fleuve de GOtba Jusqu'au Finmark. (Heimskrlngl.i Saga de saint Olof, c. 59.) C'est évidemment la même délimitation qui se trouve dans Fundin Noregur (Bjôr^^, p. 6), où il est dit que tout le pays, depuis Jotunbeim jusqu'au liud d'Alfheiro, fut appelé Norvège. Hais il plaçait plus au nord-est le premier , dont Tappellalion est mythique. D'abord le Jotunheim était contigu au dernier du côté du nord , en opposition à Manbem ou Suithiod, et il contenait le Norrland suédois, jadis occupé par des Lapons et desQuenes. Là aussi était le pays des Hunns (Uunaland), objet de tant de fables et qui est cité en même temps que la Gestricie. La Saga de Kelil IJàng (c. 6), quoique ce pays, ainsi que le Jothunhelm, fût plus reculé au nord. Le mot Huns, dans la tradition du peuple, signifie des païens, des barbares en général.
' Heimskringla, la Saga de saint Olof, c. 00.
* La place consacrée pour cet objet s'appelait Helgi stadr (place sainte). Il en élait de même dans le séjour des dieux qui tiennent aussi des ting, (Edda dœmi saga, iS.)
* La participation des petits rois (fylkiskonungar) à ces cérémonies indiquait qu'ils étaient en paii avec le roi d'Upsala. {Saga ^ Ynglinga, c. 42.]
les sacrifices avec leurs festins ; les conseils s^assemblaient-,desarréts étaient rendus,et Ton traitait d'affaires de commerce : aussi ting, Tancien nom de ces assemblées, signifiail-il àlafois sacrifice, dièle, banquet, Jour d'audience et de foire ' . Odin, dit la tradition, acheva la soumission du pays en y élevant des temples et en y propageant la coutume des sacrifices suivant les usages des oses. Le peuple lui paya une redevance pour la célébration de ces cérémonies , dont l'objet était d'obtenir de bonnes récoltes. C'est ainsi que le droit de propriété et l'agriculture émanaient des dieux. L'entretien des troupeaux était une des principales sources de la richesse du pays; c'est pourquoi fd (bétail) exprimait la fortune et les moyens d'échange. La célébration des grands sacrifices nationaux à Upsala fut l'origine de la prétention des habitans de la Suéde supérieure (Uppsvearne) au droit de donner un roi à tout le royaume. Le roi d' Upsala, comme l'appelle le barde idolâtre*, était le gardien du saint autel. La famille, ainsi que le gouvernement, était fondée sur le culte des dieux \ c'est pourquoi l'on retrouve dans tant de noms de localités différentes le radical te ou vi, qui signifie dans l'ancienne langue non-seulement habitation , demeure en général, mais àuui lieu saint, consacré*. On rapporte que les piliers qui entouraient la place où siégeait le chef de la famille * offraient en relief les images de la divinité. l)e même que le prince , le père de famille portait le titre de drott, il était pour tous les siens à la fois prêtre. Juge et chef. Le mariage légitime était distingué des unions illégitimes , mais il n'y avait point de loi qui interdit celles-ci. Avec l'épouse» qui portait le nom d'adaifama", le mari pouvait avoir des concubines. L'héritage des terres appartenait aux enfans légitimes , quoique les
■ De là le mot ting, qui a servi à composer les noms de plusieurs foires.
* Lq barde Thiodolf dans la Saga d'Ynglinga^ c. 24. •
> Voyez Hallenberg, Observati(ms sur l'Histoire de Suède de Lagerbring, 11, 285. SMl y avait un temple, on y joutait le nom de la divinité, comme Odensvi, Thorstfi , dans le cas où Tendroit était consacré à Odin ou à 7%or. La terminaison lund (groupe d'ar^ bres), sal (saile), hVg (colline) dans les noms des licui^ indiquent des places de sacrifices.
* Eynbyggia Saga, c. 4.
"Il n*y en avait presque jamais qu'une ; mais lesrol^ comme (larald U&rfaçer, en avaient plusieurs^
autres ne sortissent pas toujours les mains vides de la maison paternelle. A Finstar de ce qui se passait en Grèce, à Rome et chez tous les peuples païens, le père avait le droit d'exclure le nouveau-né de sa famille ou de Ty admettre ; dans ce dernier cas , en présence de ses parens, il IVnlevait de terre entre ses bras, faisait jeter de Tcau sur lui et lui donnait un nom. L^achat conclu avec le père ou les plus proches parens ( quoique ce soit plutôt ici une expression qui signifie contrat en général) était la forme légale que recevait le mariage et qui légitimait les enfans. Pour distinguer réponse légitime de la femme seulement séduite ou qui avait été faite captive pendant la guerre, on disait que la première était gagnée par don et promesse ' , ou , comme le dit Homère, qu'elle était achetée par des présens *. Les dieux eux-mêmes ne se mariaient pas autrement '. Le marteau de Thor, placé sur les genoux de la fiancée voilée , lui impose ses nouveaux devoirs*. La même pratique sanctifia le bûcher où furent brûlés les morts''. Le marteau de Thor, suivant toutes les probabilités , est représenté par des morceaux de pierre, auxquels on donnait la forme dequilles ou des carreaux de la foudre. On les trouve très-souvent dans les anciens tombeaux , et le peuple leur a donné le nom de thorviggar. En Suède , comme partout , on attachait à la mémoire des morts une sorte de culte. C'est pourquoi le ting s'appelle hôga ting * ( ting de collines), parce que presque toujours les sacrifices étaient faits sur le plateau ou au pied des collines; c'était là qu'avaient aussi lieu les luttes, les Joyeux et belliqueux exercices gymnastiques. Aussi les sagas font-elles mention des cirques (lekvallar) situés à proximité des lieux où se célébraient les ting. Aujourd'hui encore
* Loi dé F'ettrogothie, Art. B. fl. 7.
* Mundi-Keypt.
* L'épouse de Frey était Gulli-Keypt, achetée à prix d*or. OE^gisdr., daRs V Ancienne Edda, sir. 42. Ceci est dans l'esprit d'Homère. Quand Yulcain trouva Mars auprès d« Vénus, il redemanda le trousseau. \f)dyss. Vlll. 318.)
* Hamfnartheimt, dans V Ancienne Edda^ sir. 32, C. 4.
* * Thor sanctiGe le bûcher de Balder avec son marteau.
* f^oyex Hcimskringla , la Saga de Harald Gylle, c. 2. De là, certaines collines s'appellent encore aujourd'hui collines de Ting, comme celle de l'ancien Upsala. Combattre sur les collines est un ancien nsage qui n'est pas encore tombé en désuétude.
les noms de certaines localités et d'anciens usages respectés par le temps nous en ont transmis le souvenir. C'est probablement à cau^e de ces antiques coutumes que , lors de la conversion des Suédois à la foi chrétienne, des églises furent bâties dans le voisinage des cimetières idolâtres. Le serment était le lien le plus fort qui pût enchaîner dans cette vie et dans Tautre. Le parjure, l'assassin et le séducteur traversent après leur mort des fleuves empoisonnés (etters^rdmmar) sur le rivage des morts, loin du soleil, dans une demeure construite de dos de serpens*. Aujourd'hui même c'est une opinion accréditée chez les paysans suédois, que jamais l'herbe ne croît sur la tombe d'un parjure.
La même religion qui , en certains cas , prescrivait le maintien de la paix, faisait, de la vengeance du sang, le devoir le plus sacré «. De là, des guerres continuelles entre les familles, guerres qui n'étaient pas toujours terminées par les amendes pécuniaires, moyen ouvert à la réconciliation par les lois. La mort violente était , suivant la croyance générale , si agréable aux dieux que , non content de la rechercher sur les champs de bataille, un Suédois se vouait à Odin, en se perçant de son épée, plutôt que de succomber sous le poids des années ou de mourir de maladie. Les vieillards se jetaient du haut des rochers dans les précipices ( àttestupor ) , croyant y trouver le champ du Yallhall *. Trois rochers, consacrés à cet usage, ont conservé ce dernier nom en Yestrogothie et dans le Bleking *. Un autre rocher est remarquable par la tradition locale : souvent , dit*on , après les danses et les jeux , le peuple se précipitait
* Vôluspa. str. 44, 4b.
' 11 n'était pas permis de prendre possession d'un
héritage avant que le défunt eût été vengé. (Voy. p^œtusdœla Saga, c. 23.)
* Voyez la Saga de Gotrek et Rolf, c. 1 et 2, qui fait mention d'un rocher de ce genre en Veslrogothie et dont le nom dérive de stapi, rocher.
* Près de l'église Hallaryd , dans le Bleking , se trouve un roc escarpé, nommé Valhall, du haut duquel, suivant la tradition, les hommes se précipitaient dans le lac Valsjôn. Un précipice semblable se présente sur la montagne "Valhall, auprès du lacStrengen» dans la paroisse de Kyllingared, en Veslrogothie. La cime du Hnlleberg (montagne de Halle], dans la même province, non loin de Wenersborg , est appelée par le peuple Vâlhehall (Valhall). La tradition rapporte que les corps de ceui qui s'élançaient du haut de ces précipices étaient lavés ensuite dans un cours d'eau, aujourd'hui presque desséché et qui a gardé U nom é'Onskaila (source d'Odin).