‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 24 sur 275 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

du sommet de co roc dans le lac * ; les anciens nous en disent autant des Hyperboréens et des Scythes * ^ d'autres traditions nous font aussi connaître que,lorsqu'un membre d'une famille était retenu sur son lit par la maladie ou par Tâge , les parens se réunissaient et le tuaient à coups de massue ".

Les Jouissances du Yalhall étaient réservées à ceux qui étaient nés libres, surtout aux guerriers riches et nobles. On tenait à honneur d'arriver au Yalhall avec une suite considérable et brillante^ de grands trésors y assuraient la béatitude; car on devait jouir dans l'autre monde de toutes les richesses déposées sur le bûcher ou enfouies dans le tombeau. Et comme on ne pouvait déposer prés de la cendre des morts que les trésors qu'ils avaient acquis eux-mêmes, et non ceux qu'ils tenaient à titre de succession, les habitans du Nord furent conduits par cette absurde croyance au brigandage et à la piraterie. Il était inconvenant de se présenter pauvre et dénué de tout devant Odin *, de sorte qu'il est douteux qu'un pauvre pût obtenir l'entrée du Yalhall , à moins qu'il n'arrivât sortant d'un combat sanglant ou faisant partie du cortège d'un grand seigneur. Les serfs en étaient exclus; une place leur était réservée chez Thor ».

Le peuple n'avait de pouvoir que sous les armes : on l'appelait alors l'armée de Suéde * (sveahàr)^ et Sviihiod le peuple armé. Le grand ting d'Upsala était nommé allshârjarting ^ c'est-à-dire Vassemblée de toute l'armée, dont une partie, aussitôt après les sacriQces du printemps, partait sous les ordres de ses princes pour des expéditions guerrières. L'Upland était, pour ainsi dire, le berceau ou la résidence principale du peuple d'Odin. Le premier Svithiod était le pays par excellence, celui de l'armée, et il renfermait les trois pays du peuple

* Voyez la description du précipice (atiestupa) de Stafva Hall. Undsliog. Description de Skara,, IV,

> PliDius, Hist. nat.y IV, 12. Pomponius Mêla, De titu oràis, III, S.

' Une de ces massues, appelées massues de famille, avec la tradition de Tusage qu'on en fit dans l'antiquité, a été conservée longlemps et l'est peut-être encore aujourd'liui à Trollerum, paroisse de Vi, et dans le district d'Ydre, dans l'Ostrogothie.

* Voyez la Saga de Golrek et de Rolf, c. 2.

** Harbardsliôd, dans V Ancienne Edda, sir. 32. » Hefmskringta, la Saga de saint Olof, c. 96.

( folklanden ). A cette confédération guerrière appartenait la division en hundari ou hUrad (district), ce qui signifie la même chose *. Tacite fait mention d'une semblable division chez les anciens Germains ' -, mais l'exemple des Islandais peut surtout éclairer sur l'importance de cette institution. Nous voyons l'ancienne confédération du Nord revivre dans cette tle , comme sur un nouveau théâtre, dans des états faibles et peu étendus , mais unis entre eux , comme ceux de la mère-patrie, qui étaient fondés sur une communauté d'intérêts, de justice et de religion. Le premier colon qui arriva en Islande Jeta dans la mer les piliers qui ornaient la place de sa. maison {hôgsàtes pelare)^ et promit de transporter ses dieux pénates là où ils aborderaient ^ il suivait en cela les anciennes coutumes, car c'est ainsi que, dans l'antique Svithiod, les dieux prirent possession de leur nouvelle patrie. Dès qu'on avait fait choix d'un lieu, on appliquait le feu sur toute la circonférence de l'emplacement que l'on voulait occuper, ce qui s'appelait s'approprier la terre {Mhelgalsindei fit sig); après quoi le chef partageait le sol dont il venait d'entrer en possession entre ses parens , ses amis et ses compagnons. L'aulonté qu'il avait exercée sur l'équipage pendant la traversée, il la conservait & terre et la transmettait à ses enfans -, mais celle transmission était soumise à l'assentiment du peuple. Les guerriers, compagnons du chef, qui élevaient leurs habitations autour de la sienne % formaient le district (hârad)^ le ting se tenait auprès du temple des dieux ^ les frais d*cniretien formaient une charge commune. On prêtait serment sur un anneau, placé sur l'autel et teint du sang de l'animal immolé *. Dans les assemblées, le chef portait au doigt cet anneau, et sa digniié sacerdotale le faisait nommer Godordsman , c'est-à-dire parlant au nom de dieux, et par conséquent juge conciliateur; nous reconnaissons dans ce portrait le juge du district ( hâradsh<)fding ) de l'ancien Svithiod et

* Armée {hâr) demandait an moins un nombre de cent. Edda,

* Centeni ei singulis pagis,

* Les compagnons d'un tel chef étaient nommés Sveit, Svet. Voyez la Loi d'Ostrogothie, B. B. fol. 8.

^ Ce serment est nommé Baug Eid (Ring ed, serment d'anneau), Havamal , str. 112 , et hofs eid (serment du temple). Chronicon saxonicum. Ed. GIbson raconte que le serment des idolâtres du Nord qui ravagèrent l'Angleterre se fit Sur le saint anneau.

le ting du district {h&radsting). Comme chez les Grecs du temps d'Homère, lesquels ont de nombreux points de ressemblance avec les anciens Scandinaves , les juges étaient assis en plein air , sur des pierres , au milieu de Tenceinte sacrée'. Leur titre était ^se * -, une dignité encore plus éminente était celle de jarl : ces deux titres étaient analogues à celui de tignamamn (nom de tignar), qui était attaché à la qualité de prince. C'est pourquoi ces chefs furent aussi nommés rois de districts, rois de fylkis ( hàradskonungar^ fylkis konutir gar). Leur réunion formait une espèce de noblesse, car konung (roi) signifie, dans Tancienne langue , un homme de haute naissance {enmanafbôrd)^. Les rois d'Upsala, lorsque ce litre remplaça celui de drottar, furent distingués des autres par le nom de grand roi {ôfverkoming). I^s efforts tentés pour exterminer les petits rois amenèrent la chute de la famille d'Ynglinga. Ils cessèrent de régner sous celle d'Yvar ^ il ne manquait cependant pas de rois, car tous les fils de rois en prenaient le titre , quoiqu'ils n'eussent pas d'états. Ils avaient le privilège de réunir autour d'eux une cour, une suite de héros et de guerriers. On les nommait roi des armées {kdrkofiungar) , rois des mers (sjôkonungar), et ils étaient chefs de ces bandes qui portèrent la terreur sur les côtes de l'Europe. Il paraît que cette habitude des membres des familles royales , de se vouer exclusivement à la guerre, engagea le peuple à choisir dans son sein quelques chefs pour le protéger contre les violences de ces rois. C'est ainsi que la magistrature des sénéchaux (iagrmôn*, aujourd'hui juges provinciaux) prit naissance dans les derniers temps de l'idolâtrie. Ils étaient élus par le peuple, et il leur fut défendu de prendre le nom de tignar, lorsque les hon-

» Iliad. XVIII, 5t4. On se rappelle les cercles de$ juges (doman ringar) qu^on Irouve souvent en Suède, et l'expression des anciennes lois : aller au ting ou au cercle (Komma lill tingsoch rings). Loi du Weslmanland, Manh., U. fol. 75. Le cercle étail entouré d'une clôture de coudriers, liés par des harls, qui furent appelés f^ebOnd, les lieux saints. C'était un sacrilège de les franchir.

« Ainsi la Landmana-saga , parlant d'un certain Gorm, mariéàTora, fille d'Erik, roi d'Upsala, le peint comme un herse suédois très -considéré.

' Konr sîgniflc homme de naissance» comme konungr, (Ils d'un Konr.

* Lagman, traduit littéralement, signifie Aomme (fe

loi.

ncurs attachés & ce titre commencèrent a eire dévolus aux employés de la cour des rois. Les sénéchaux, tirés du f)euple, étaient à la lèle des paysans dans leur province, présidaient les tings du pays {landsting)^ assistés des hommes tenus pour les plus sages et les plus intelligens de la nation : ils expliquaient les lois. A FAllshârjarling ils portèrent la parole devant le roi , au nom de tout le {)eup1e '.

Les paysans , nommés odal (odalbOnder) , francs-tenanciers, composaient la nation ou plutôt , après que les habitans des provinces eurent adopté des lois particulières et se furent séparés sous des sénéchaux distincts, les différentes nations du royaume. Il y avait en outre des non-libres (o/rie), des serfs ((rtfZar) , c'étaient pour la plupart des prisonniers de guerre. Ils n'avaient pas de droits * et étaient dépendans du bon plaisir de leurs maîtres. Mais par cela même , ils pouvaient parvenir à la puissance et à la fortune. C'est ainsi que nous voyons l'esclave Tunneen Suède, trésorier du roi Aun le vieux , devenir assez puissant pour se révolter contre le fils et le successeur de son maître. Mais ils ne pouvaient ni contracter un mariage légitime, ni rien posséder en propre ; cependant sous de bons maîtres, leur position était tolérable. La tradition nous parle d'un herse norvégien , Erling, qui assignait à ses esclaves une certaine tâche journalière , après laquelle ils pouvaient travailler le soir pour leur proprecompte jusqu'à ce qu'ils eussent amassé une somme sufllsante pour se racheter. Il en était peu qui n'y parvinssent avant trois ans. Avec cet argent^ Erling achetait d'autres esclaves. Parmi les afTranchis, il en employait quelques-uns à la pèche du hareng, d'autres è différcns métiers. A plusieurs autres , il permettait de construire des chaumières au milieu des forêts ».

Les premiers écrivains chrétiens disent que la Suède était un pays fertile , couvert de grandes forêts , arrosé de nombreux cours d'eau , ayant des plaines productives , riche en miel , mais surtout en bétail excellent. Les hommes

* Dans la république Islandaise, qui reproduit les institutions Scandinaves «an« roi, la plus haute dignité était celle de sénéchal. Il était anciennement appelé aUshàrJargode (grand prêtre),

« Ileimskringla, la Saga de saint Olof, c 123. De woro ej t lag och lanfsrdit,

» Ibid.

Page 1