‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 230 sur 275 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

ranning) à tous les autres ainusemens. Les jeux de paume avaient une maison royale; ils y étaient démontrés par des professeurs. C'est dans les ordonnances de 1665 qu'il s'agit pour la première fois de comédiens , de danseurs et de jongleurs. Les jouissances de la table occupaient toujours le premier rang dans les goûts de la nation : le jour de Tenterrement de Charles-Gustave , le dîner dura depuis neuf heures jusqu'à deux. On manquait encore dans la conversation de cette politesse exquise qui répand un si grand charme sur les rapports de société. .Jean Gyllenstjerna , dont nous avons esquUsé le portrait, avait tellement l6s femmes en aversion , qu'invité un jour par Christian V durant son ambassade, il quitta la table parce que le service n'était fait que par des femmes. Un noble, le baron G. Skylle, qui exerçait la piraterie, prit un vaisseau hollandais et massacra tout l'équipage pour que l'auteur du crime restât inconnu : toutefois cet acte de barbarie ne demeura pas impuni, car Sky tte et ses complices furent arrêtés et fusillés.

Des préjugés sans nombre et une superstition insensée aveuglaient tous les esprits. Il y a dans la nature des contrées septentrionales quelque chose de sombre , de silencieux , de mélancolique qui ne se concilie que trop avec les idées d'apparitions surnaturelles et d'intervention des esprits. Cette croyance se répandit comme une épidémie dans le siècle de Charles XI; les hommes les plus considérés et les jilus instruits en furent imbus. Jamais, durant les temps d'ignorance et de barbarie, il n'avait été porté plus d'accusations de sorcellerie et d'enchantemens. En 1668 , vingt-trois personnes furent condamnées pour ce fait dans la Dalécarlîe seulement, et plusieurs eurent la tête tranchée \ dans l'Angermanie, soixante et onze personnes subirent aussi la peine capitale. Un professeur du gymnase d'Hernôsund s'imagina même avoir été dans l'enfer {blâkulla). Cette manie régnait à Stockholm en 1675. Souvent les personnes les plus estimables étaient accusées de pratiques de sorcellerie, et le moindre résultat de ces imputations était de perdre dans l'opinion ceux qui en devenaient l'objet; les prisons étaient pleines des victimes de cette folie. Une commission spéciale fut établie en 1676, et beaucoup de personnes jusque-là respectables succombèrent à une $orio d'aliénation déterminée par les poursui-

tes judiciaires. A la fin il s'introduisit tant de confusion dans les témoignages , que les juges les moins exercés finirent par ouvrir les yeux. Il était trop lard malheureusement pour réparer tout le mal qui s'était fait; du moins les enquêtes cessèrent.

Malgré l'absolutisme de ce règne , la Suède reprit ses forces; une nouvelle ère de bonheur commençait à luire pour elle : les plaies de la guerre étaient cicatrisées, elle peuple recueillait les fruits des grandes actions de ses rois. Ce fut à cette époque que Charles XI , après six mois d'une cruelle maladie , fut enlevé à ses sujets , le 9 avril 1697, à la fleur de sou âge , tandis qu'il s'occupait tout entier de leur bonheur.

Ce prince était d'une taille moyenne. Sa santé fut robuste pendant sa jeunesse. Une chute de cheval Tavait rendu boiteux. Il avait les épaules larges, le nez bienfait, le menton pointu, le teint coloré, le front élevé, les mains fortes et les pieds petits; il avait les cheveux bruns, et il y tenait tellement que malgré Tusage où l'on était alors de porter des perruques, il ne s'y soumit que lorsque sa chevelure commença de grisonner; il avait les yeux bleus, le regard doux et séduisant. Hélait habile dans les exercices du corps , excepté dans la danse. Adroit cavalier, il supportait sans fatigue les plus longues routes; il faisait souvent jusqu'à (rente et quarante lieues , à cheval , dans un jour : c'était toujours de cette manière qu'il visitait les provinces, accompagné d'une suite peu nombreuse, examinant la situation de ses sujets et la conduite de ses employés. Il fut le premier et le dernier roi qui se soit rendu à Torneâ le jour de la Saint- Jean pour jouir du spectacle du soleil, qui ce jour-là reste vingt-quatre heures sur l'horizon. Il s'exprimait avec peu de facilité, mais sa mémoire était excellente. Il aimait la paix, et il fit tout pour la conserver. Il était naturellement économe, et celte qualité se développa surtout durant ses guerres avec le Danemark, lorsque le royaume était sur le bord du précipice. A sa mort, la dette nationale était éteinte; 1,049,000 thalcrs garnissaient les caisses du trésor public pour les affaires courantes, elle trésor secret renfermait soixante tonneaux d'or (environ 6,000,000 de thalcrs). Les prodiges nés de l'ordre, de la fermeté, de l'économie de ce prince méritent l'admiration de la postérité ; ce fut un bel exemple ' pour ses successeurs. Les principes en matière

de finance doivent être irès-siooples ; Féconomie d'un État ne difTëre pas de celle d'un particulier. L'ordre introduit dans Fadministralîon des deniers publics ramena la confiance, et malgré la rigueur de quelques mesures, le crédit ne s'affaiblit que momentanément. Charles XI portait toujours une longue épée^ il défendit à ses officiers d'en porter de courtes, suivant l'usage français. Il n'aimait pas les liqueurs fortes ^ mais lorsqu'il assistait à un banquet, il n'était pas le dernier à vider son verre. Dans sa conversation, il était expansif et détestait la ruse. Dans ses voyages en Dalécarlie, il assista aux fêtes populaires et dansa plus 'd'une fois avec les simples paysannes. Souvent il embrassait ceux qui le venaient voir, leur serrait la main ou les frappait sur l'épaule; malgré tout cela , il n'était pas facile de pénétrer dans le fond de sa pensée. Son tempérament était irascible: il lui arrivait souvent de tirer l'épée contre ses amis les plus intimes ; mais une fois sa colère passée , il ne les aimait pas moins qu'auparavant. Un jour qu'il s'était pris de querelle avec le sénateur Liewen, il ou vritbrusquement la porte et commanda aux trabans de faire feu sur le chien. Les trabans tombèrent aux genoux du roi, qui se promenait dans la chambre et qui se tourna vers Liewen en lui disant : k Pardonnez-moi , mon ami \ » puis il lui fit toutes sortes d'excuses en présence des gardes. Il était pieux et lisait chaque jour quelque fragment des saintes Écritures ; il faisait assidûment ses prières à genoux. Il dormait peu et se levait régulièrement & quatre heures du matin -, il donnait audience à tous ceux qui réclamaient cette faveur. Quatre de ses fils moururent en bas flge.

Page 1