‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 232 sur 275 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

les prend vivans , était pour lui un amusement qu'il préférait à tout. Quand il montait à chenal, il était rare qu'il ne commît pas quelque grave imprudence *, aussi sa témérité lui causat-clle plusieurs accidens. Dés son enfance, il montra une opiniâtreté qui résistait à tous les efforts tentés pour la dompter. Dés Tâge de sept ans, il exprima des opinions auxquelles il resta fidèle toute sa vie : « Il faut être doux comme un mouton avec ses amis , se montrer actif, courageux, être comme un lion contre ses ennemis. »

Lorsque Charles XI termina sa carrière, son fils n'avait que quinze ans. Les états, qui nV valent pas oublié les malheurs dont la minorité du feu roi avait été Torigine, redoutaient une régence plus encore que rin«xpérience du jeune prince^ c'est pourquoi Charles XII fut déclaré majeur avant Tâge prescrit dans le testament de son père.

Les premiers momens de son régne révélèrent à ses sujets la nature de ce caractère qui devait à la fin le précipiter dans un abtme de malheurs, sa prédilection quelquefois aveugle pour des favoris et cette volonté de fer que rien ne pouvait ébranler. Tous les efforts de la France pour acquérir de Tinfluence en Suède pendant le règne de Charles XI avaient échoué \ à peine eut-il fermé les yeux qu'elle renouvela ses tentatives dans le même but. Benoît Oxcnstjerna, qui était à la tète des affaires étrangères, s'éleva avec chaleur dans le sénat contre cette alliance ; mais le jeune roi répondit sèchement : « Est-ce que je n'ai pas exprimé la volonté de m'unir étroitement avec cette puissance ?» Le ministre essaya d'éclairer l'esprit de son maître; mais celui-ci lui imposa silence. — C'était déjà dn pas dangereux fait par les états de confier un pouvoir absolu à l'inexpérience d'un prince d'une constance inébranlable, il est vrai, mais d'un esprit prévenu. Charles parcourut sa carrière d'une manière glorieuse comme homme et comme roi , quoiqu'il ait commis des fautes graves comme homme d'État et comme capitaine. Des guerres meurtrières ensanglantèrent son règne, et il les conduisit en véritable chevalier, sans consulter le bien de ses États. Il croyait sa cause juste, et il plaçait ses intérêts au-dessus de toutes les exigences delà politique; il comptait d'ailleurs sur le secours immédiat de Dieu , et en .effet il put croire , pendant la première moitié de sa

glorieuse carrière, que ee secours ne lui avail point manqué. Mais quelles que soient les charges qui pèsent sur sa vie publique , toujours est-il qu'il a constamment agi en héros et pensé en roi. Sa nature le poussait invinciblement vers tout ce qui paraissait grand et magnanime; son âme s'enflammait, et il enchaînait à son sort son peuple et ses soldats , habitués de bonne heure aux souffrances et à la fatigue. L'Europe, à l'occident, était en armes depuis 1688 : ranfû)ition de Louis XIY et l'inhumanité déployée par Louvois avaient fait naître les germes d'une guerre nouvelle. Charles XI avait fait de vains efforts pour l'étouffer ; mais à la fin, les parties belligérantes , épuisées de fatigues, acceptèrent la médiation qu'il leur offraiL Les négociations s'ouvrirent à Ryswik. Il n'eut pas la satisfaction de voir la conclusion de la paix; cependant sa mort n'apporta aucun changement dans l'objet des conférences. La politique française voulait surtout diviser les alliés, et elle réussit. Avant l'arrivée de l'ambassadeur suédois, les puissances maritimes s'étaient déjà séparées et avaient traité iso-» lément avec la France. L'empereur et l'empire furent obligés de suivre l'impulsion, de sorte que la médiation de la Suède ne fut guère quepourla forme ; ellen'eutaucuneinfluencesur les conditions du traité, quoiqu'on ait reproché à un des plénipotentiaires suédois d'avoir vendu Strasbourg. Les Deux-Ponts^ principauté d'Allemagne , d'où sortait la maison régnante de Suède, furent restitués, mais dans un état de dévastation déplorable. Par le nouveau traité d'alliance ' que la France conclut avec la Suède par l'entremise de son ambassadeur d'Avaux , qui avait gagné le favori de Charles XII (Piper), traité qui devait durer dix ans , chaque État se garantissait réciproquement ses possessions. Quelques semaines auparavant, la Suède s'était également alliée* avec la Hollande et l'Angleterre pour le maintien de la paix. Ces deux traités avec des puissances dont les intérêts étaient tout opposés n'apportaient en réalité aucun avantage à la Suède : on ne pouvait jamais compter sur l'appui de Louis XIY, À cause des grands projets donl il était occupé pour son propre compte); la Hollande ne voyait que ses avantages particuliers,

« Le 9 juillet leae. V " 'r '

* Le H mal 1698.

et les regards de rAngleterresetournaient vers Toccidenl plus que vers le nord.

Mais avant d'cnlrer dans le récit des événemens qui vont suivre, jelons un coup d'œil sur les États voisins de la Suède et sur les princes contemporains de Charles XII. Les principes de Frédéric I", successeurdu grand électeur, nefatsaient craindre dcsa part aucune entreprise hostile contre le royaume. Il avait ajoulé à la puissance et à la grandeur de sa maison en prenant le titre de roi, titre confirmé par les puissances continentales. La guerre répugnait à sa politique pacifique, et le ministre brandenbourgeois luimême parut embrasser les intérêts de la Suéde * . Les trônes du Nord avaient changé de maîtres presque en même temps. Un nouvel esprit se manifestait. On voit surgir en tous lieux la passion de la gloire et Tambilion des agrandissemens. Pierre P% débarrassé des intrigues de sa sœur et de la séditieuse arrogance des Strelits, avait résolu d'introduire en Russie la civilisation européenne-, mais pour mettre ses sujets en contact avec ceux des autres Etats européens et pour faciliter les relations commerciales de son pays avec ces derniers, il fallait qu'il étendit ses possessions jusqu'à la mer^ il lui fallait un port dans la mer Noire et un dans la Baltique. Mais pour produire ces améliorations dont il cherchait à doter la Russie, il voulut tout voir, tout examiner par hiimême : tel fut le but des voyages qu'il entreprit. Ce fut alors qu'il passa par Riga, où commandait le vieux maréchal Daiberg. Quoiqu'il se fût présenté incognito, il s'irrita de n'y avoir pas été reçu convenablement, et ce fut par la suite un prétexte de guerre. Mais Charles, qui tenait à conserver ses rapports d'amitié avec la Russie, envoya à l'empereur, en 1699, une ambassade, qui , entre autres présens, lui offrit trois cents canons de fer. La réception fut aussi amicale que de coutume *, le tzar se montra bienveillant envers les Suédois, jusqu'à co qu'un malheureux accident eut menacé d'amener une rupture. Le maréchal de l'ambassade suédoise, Rank, et le président de Brandenbourg, Cizelski, en vinrent aux mains dans un repas, et le dernier fut blessé. Le tzar exigea que le coupable lui fût livré, et le maréchal, jeté dans une prison, y trouva la mort. Il aurait fallu dans cette circonstance déployer

V«yez Patkulh BcricMe, t. H, p. 240,

] de la fermeté, et les envoyés suédois par leur excessive prudence compromirent la dignité de leur nation et le caractère sacré dont ils étaient revêtus. Cependant, le 18 novembre, le tzar confirma les anciens traités et fit au roi de Suéde des protestations d'amitié sincère pour l'avenir ^ mais on ne reconnut que trop tôt la futilité de ces assurances amicales et le peu d'effet qu'avait produit sur l'âme de Pierre une ambassade dispendieuse. — Frédéric-Auguste de Saxe, après la mort de Jean Sobieski, l'avait emporté sur tous ses rivaux, et il s'était fait élire roi de Pologne. La Suéde était mécontente de cette élection; elle eût préféré voir cette couronne sur la tête du prince de Conli ou sur celle d'un rejeton des anciennes races royales. Les pacta conventa obligèrent le roi de Pologne à faire restituer les provinces perdues dans les guerres précédentes; mais cette restitution , qui ne s'entendait que des contrées dont les Turcs s'étaient emparés, Frédéric-Auguste l'appliqua aux possessions suédoises de la Livonie. Ce prince n'avait aucune qualité saillante ; il était toujours dirigé par une influence étrangère, quoique brûlant du désir d'être regardé comme un grand prince. La paix de Carlowitz avait assuré l'exécution des pacta conventa; mais pour prévenir des troubles intérieurs , occuper les Polonais et les séduire, il n'y avait pas de meilleur moyen que de faire une guerre honorable et avantageuse. Cette pensée de rendre à son royaume tes frontières qu'il avait eues à une époque la plus brillante flattait l'orgueil du roi; il lui parut facile d'arracher la Livonie deS' mains d'un jeune homme en profitant de l'exaspération des esprits justement irrités par les mesures prises pour la restitution des biens nobiliaires à la couronne. Frédéric- Auguste fut donc le véritable auteur de la guerre du Nord, qui devait le ravager pendant dix-huit ans. Patkull, anicné par la haine qu!il avait juré à Charles XI et à sa dynastie, l'affermissait dans ses idées. Ce fut Frédéric qui appela aux armes le roi de Danemark et le tzar. Les premières manifestations de Pierre ne furent guère que l'efTet d'un accès de colère et d'un mouvement irréfléchi sans portée et sans but ; mais elles ne tardèrent pas à devenir menaçantes. Cependant l'idée d'une guerre contre la Suède déplaisait aux Polonais, qui n'y voyaient qu'un plan conçu dans le but d'attenter & leurs privilèges -, mais suivant le

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