‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 233 sur 275 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

projet dePalkull, on deyail y enlratner la repu* bllque sans qu^elle s'en dout&l^ il espérait surprendre Riga, dont on avait négligé les fortifications, quoique celte place fût commandée par un des plus vaillans capitaines de la Suède * et appeler aux armes la noblesse de Livonie. Le ministre de Charles XII à Varsovie était le lieutenant général Wellingh. Il y fut reçu avec de grandes marques de distinction, pendant que le sénateur polonais François Golelzki se rendait à Stockholm à TefTet de complimenter le roi et d*arranger les différends qui pouvaient exister entre les deux nations ; mais pendant ces manifestations extérieures PatkuUet le général Carlo- ^itz étaient arrivés à Moskou. Leur séjour dans cette capitale fut tenu si secret que Tambassade suédoise n'en fut pas avertie, et le traité fut signé le 21 novembre. La guerre contre la Suéde était décidée \ mais le tzar ne voulait pas commencer les hostilités avantd'avoir terminé ses différends avec les Turcs. Il devait envahir Tlngrie et la Carélie pendant que le roi de Pologne se jetterait sur la Livonie. Le Danemark ne pouvait oublier ses anciens malheurs \ il portait une haine implacable à son voisin , et la chute de la Suéde était Tobjet constant de sa politique <• Les liens qui unissaient la maison régnante de Suède et le duc de Holstein s'étaient encore resserrés par le mariage du duc Frédéric avec Hedwig-Sophie, celle des sœurs de Charles XII que ce monarque aimait le plus. Le duc se rendit en Suéde, où il futnommé généralissime. Se fiant sur Tappui de son beau-frère , il se mit à construire des forts sur les frontières du Bolstein et des États danois. Il en résulta que les troupes danoises entrèrent dans le duché et détruisirent les forts, et que les Suédois se portèrent sur le même point. Avant Talliance de la Pologne et de la Russie , Christian V avait déjà conclu, le 24 mars 1698, avec Auguste un traité secret par lequel ce roi s'engageait ù fournir au dernier un* secours de 8,000 hommes -, plus tard , le ministre danois, Paul Heins, adhéra au nom de son mattrc aux conventions que venaient de signer Paikull et Carlowitz. Mais Christian V mourut au milieu de ces intrigues hostiles, et eut pour successeur Frédéric IV, en qui la jeunesse excitait Tardeur de se distinguer par de brilians exploits. Il se lia étroitement avec lo tzar et le

• Voyci Patkttll. I. 2. p. 240.

roi de Pologne, de sorte que le traité entre ces monarques se changea bientôt en une alliance offensive et défensive dont le but était d'ouvrir la Baltique à la Russie et de reprendre sur la Suède les provinces que ses précédentes victoires lui avaient procurées. La Suède, sans cependant regarder la guerre comme aussi imminente , renouvela avec l'An'gleterre et la Hollande le traité de La Haye, le 23 Janvier 1700, pour dix-huit ans. L'intégrité des territoires était garantie, et il était stipulé dans un article secret que pour ce qui regar* dait le Holstein , on s'en tiendrait à l'observation de la convention d'Altona.

Tandis qu'on ne pensait à rien moins qu'à la guerre en Suéde, et que le jeune roi se livrait avec toute la fougue de son âge à la chasse de l'ours et à des amusemens qui n'annonçaient nullement un conquérant et un grand guerrier, tout au dehorsfaisdit présager une conflagration qui devait finir par anéantir la puissance de la Suède dans lé Nord et mettre le sceptre de la Baltique dans des mains barbares et plus & craindre pour l'Europe. Ce fut le Danemark qui se présenta le premier dans l'arène. Frédéric se plaignit à toutes les cours de TEurope de l'appui que le duc de Holstein trouvait auprès de Charles XII. Les Danois envahirent le Hds* tein , levant partout des contributions et prenant des forts \ puis ils mirent le siège devant Tônningen. Cette brusque attaque était une violation des droits de l'empire ; mais on s'embarrassait peu au fond de Justice ou d'injustice : on ne cherchait qu'& compromettre la Suéde. A la même époque , les armemens de Frédéric-Auguste commencèrent à éveiller les soupçons du vieux Dalberg lui-même à Riga. La tentative du prince sur cette place échoua , parce que le général saxon manquait de cette résolution qui décide souvent du sort de la guerre. Ce qu'il y avait de plus évident, c'était que rien ne pouvait justifier les hostilités.

Le sénat suédois assemblé reçut des frontières des nouvelles alarmantes ^ l'approche du danger le Jeta dans la consternation. Un rot Jeune, tout entier à ses amusemens, n'était pas fait pour rassurer ces sages conseillers de la couronne. Au milieu de la stupeur générale, le roi prit la parole : a Dieu me guidera, dit-il; Je vais finir avec l'un de mes ennemis, puis avec l'autre. Jamais je n'entreprendrai une guerre injuste ; Jamais Je ne ferai la paix avant d'avoir

réduit mes ennemis à demander merci. » A partir de ce moment le jeune prince changea de conduite et se voua exclusivement aux soins que réclamait la position critique du pays et la sienne. Le premier coup devait être porté au Danemark ; c'était encore Tennemi qu'on redoutait le plus. Des troupes suédoises allèrent se réunir à celles de la Hollande et du Hanovre pour courir au secours de Tônningen , qui était près de se rendre. Une flotte hollandaise, commandée par Tamiral allemand, et une flotte anglaise, sous les ordres de TamiralRocke, quittèrent les ports de la Hollande et de l'Angleterre et se dirigèrent vers le Sund. I^a flotte suédoise , forte de trente-huit vaisseaux , fit sa Jonction avec les deux autres, et leurs voiles couvraient pour ainsi dire tout le détroit. Charles XII, après avoir visité les frontières de la Norvège, s'embarqua avec 12,000 hommes rassemblés en Scanie pour faire une descente en Seeland et contraindre Frédéric lY à la paix jusque sous les canons de sa capitale. Le débarquement s'opéra sans difficulté-, le roi s'était Jeté lui-même à l'eau pour conduire les siens au rivage ennemi: il investit aussitôt Copenhague, et il se préparait à en faire le siège lorsque la nouvelle de la paix de Travendal vint mettre fin aux hostilités. Le Holstein fut évacué par les Danois ; les flottes alliées se retirèrent, et dans les premiers jours de septembre, il ne restait pas un seul soldat suédois dans rtle de Seeland. Charles, satisfait d'avoir fait triompher une cause Juste, ne songea pas à ses propres intérêts.

Les fléaux de la guerre venaient de se dissiper avant d'avoir éclaté sur les fertiles plaines de Seeland ; il n'en fut pas de même sur les bords de la Duna. Auguste avait pris lui-même le commandement de son armée: elle était formée en grande partie de Saxons, car la république ne roulait pas la guerre avec la Suède. Le prince avait sous ses ordres Palkull , qui , par sa naissance et les liaisons qu'il entretenait en Livonie, devait attirer après lui toute la noblesse de ce pays. Il passa la Duna et marcha sur Riga , qu'il bombarda pendant plusieurs jours ; mais à peine eut-il appris la descente de Charles XII en Seeland et la fin des hostilités qu'il leva subitement le siège. La crainte était le mobile de celte résolution instantanée. Depuis la paix du Danemark, ii ne se fiait plus aux seules forces de la Russie ; il chercha

la médiation de la France et de TAngleterre, sans cependant rendre les places dont il s'était emparé. Mais Charles ne voulut pas déposer les armes-, il répondit à la cour de Versailles qu'il n'avait pas foi aux paroles du roi de Pologne et qu'il ne voulait pas se voir Joué encore une fois. L'expérience prouva qu'il avait bien Jugé son adversaire, car à peine Pierre I" eut-il envahi l'Ingrie et conduit ses troupes devant Narva , qu'Auguste assiéga Kockenhusen , dont il s'empara après un siège de trois Jours. Après cet exploit il quitta l'armée et se rendit à Varsovie.

Tout en faisant ses préparatifs de guerre, Pierre I*' protestait de ses dispositions pacifiques : au moment même où il s'avançait contre Narva à la tête de 100,000 hommes, son ministre Chilkow se rendait en Seeland, au camp de Charles , et lui parlait de son maître comme de son plus fidèle ami. Mais la marche des évènemens était plus prompte que celle des troupes. Charles XII avait déjà terminé sa première campagne et sa première guerre -, une partie de ses soldats rentra en Scanie au commencement de septembre, et ce ne fut que le 19 du même mois que l'avant-garde de l'armée russe se présenta devant Narva. L'artillerie venait de Pleskov, et la direction du siège fut confiée au général Allart , officier du génie au service de la Saxe. A la première nouvelle que Charles en reçut, il fit embarquer les régimens qui venaient de Seeland \ il arriva lui-même à la rade de Pernau le 1 7 octobre. Charles brûlait du désir de sauver Narva. La défense de cette place se trouvait confiée à un descendant de la famille Hom , qui avait déjà fourni tant de grands guerriers à la Suède. Le roi n'avait que 5,000 fantassins, 3,000 cavaliers et 37 canons ; il fut sourd à toutes les représentations qu'on lui fit sur la supériorité des forces de l'ennemi et sur la nécessité d'attendre des secours : (( Dieu soutiendra la justice de notre cause, » fut sa seule réponse. Le 28 novembre, Charles s'empara des défilés de Pihâjocki , qu'occupait Schermclof , un des meilleurs généraux russes, et deux jours après, le bruit du canon annonçait à la garnison de Narva que l'armée suédoise avançait. Pierre Ps cédant à une sorte de pressentiment, avait quitté le camp la veille de la bataille et abandonné son armée à son sort dans le moment le plus décisir-, il laissa le commandement au duc

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