CHAPITRE V
de Croy, qui ayait «ervi ayec distinction dans les armées de Tempereur. Des masses imposantes et une artillerie formidable garnissaient son camp , également fort par la nature et par Tart. Néanmoins, Charles résolut d'aller chercher Tennemi derrière ses retranchemens : son ardeur belliqueuse remplissait ses guerriers de confiance et d'enthousiasme. Le général Welling commandait Taile droite, et le général RenskiOld Taile gauche : là était Charles , car il espérait que rengagement serait plus yif sur ce point et qu'il pourrait y rencontrer Pierre. Le signal de l'attaque fut donné à deux heures après midi. Le vent chassait la neige au visage des Russes , qui en étaient aveuglés, et en un instant l'aile gauche des Suédois eut franchi les fossés. Une terreur panique saisit les Russes^ la confusion se mit dans leurs rangs, et ils cherchèrent leur salut dans la fuite. Un pont Jeté sur le fleuve de Narava se rompit : un grand nombre trouvèrent la mort dans les flots; les autres se retranchèrent derrière des barricades élevées avec des chariots et s'y défendirent jusqu'à ce que les ténèbres couvrissent la terre. Charles était encore hors du retranchement avec ses cavaliers : ne pouvant résister à la fougue qui le poussait dans la mêlée, il voulut franchir un fossé qui le retenait ; mais il tomba dans la boue avec son cheval, et ce fut à grande peine qu'il parvint à s'en tirer. Il revint avec une seule botle et sans épée auprès de ses troupes. L'autre aile, qui pressait également l'ennemi, pénétra dans le retranchement, et à la brune, le roi occupait une position qui le mettait à l'abri de toute surprise : il s'était emparé d'une colline qui commandait tout le camp ennemi. L'aile droite des Russes était coupée ', ils demandèrent à se rendre , et l'on eut beaucoup de peine à empêcher les Suédois de continuer le carnage. La nuit suivante, le général Weide, autre chef russe, capitula aussi. 18,000 ennemis avaient trouvé la mort dans le combat ; tous leurs généraux furent faits prisonniers. Les bagages, les canons et un grand nombre de drapeaux furent le prix de cette victoire, qui peut être comparée aux plus beaux faits d'armes des temps anciens et modernes : une petite armée de 8,000 hommes en avait vaincu 80,000 ,* commandés par des officiers habiles et défendus par des retranchemens et une puissante artillerie. Le nombre des prisonniers était si grand, que Charles, no sachant
qu'en faire, leur permit de retourner dans leurs foyers après les avoir désarmés. Le soir , les forces des vainqueurs étaient épuisées ; les soldats et les chevaux n'avaient presque rien mangé depuis plusieurs jours, et il n'y avait plus ni poudre ni plomb. Mais cette victoire , dont le bruit retentit dans toute l'Europe , fut un triomphe funeste pour les armes suédoises, car il apprit à Charles XII à mépriser son ennemi , et quel ennemi ! le plus redoutable pour la Suède. Combien étaient plus nobles cette fermeté de Pierre !«' fondant Pétersbourg pendant que le monarque suédois poursuivait ses Victoires en Pologne, et cette sagesse qui convertissait pour lui en leçons profitables toutes les opérations de son rival.
Les avantages résultant de cette étonnante victoire furent presque nuls pour la Suède, qui avait assez de gloire militaire ; car les prisonniers russes rentrés dans leurs foyers reprirent les armes, et Charles XII était trop faible pour poursuivre l'ennemi sur son propre territoire. Les Suédois établirent leurs quartiers d'hiver en Livonie, pendant que Pierre était à Moscou, ranimant le courage abattu dés siens et ordonnant la fonte des cloches pour en faire des canons et remplacer ainsi ceux qu'il avait perdus.