‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 235 sur 275 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

PASSAGE DE LA DUNA* — BATAILLE DE CLISSOW. — DIETES TXE SENDOMIR ET DE LUBLIN. — BATAILLE DE PULTUSK. — PRISE DE THORN. — DIÈTE DE VARSOVIE.

— DESTITUTION D'AUGUSTE. — ÉLECTION DE STANISLAS LECZINSKI. — INVASION EN SAXE. — PAIX D'ALTRANSTADT. — PATKULL. — ADAM LEWENHAUPT. — BATAILLE DE LESNA. »f AZEPPA. — CAM- PAGNE d'hiver de 1708 ET 1709. — BATAILLE DE PULTAVA. — . RETRAITE DE l'armée. — FUITE DE [CHARLES XII EN TURQUIE. — CAPITULATION DE L'ARMÉE SUÉDOISE. — GUERRE AVEC LA SAXE ET LE DANEMARK. — MA- GNUS STENBOCK. — BATAILLE D'HEL- SINGBORG. — BATAILLE DE GADEBUSCH.

— CAPITULATION DE TÔNNINGEN. — GUERRE AVEC LE HANOVRE. — RETOUR DE CHARLES XII. — PERTE DES POSSES- SIONS ALI-EM ANDES, — GÔRTZ. — NÉGO-»

HISTOnUS DE SUEDE.

CUTI0N8. ^ ÉTAT FINANCIER DB LA 0UÈDB. — CAMPAGNE DE NORVÈGE. *- MORT ET CARACTÈRE DE CHARLES XII.

Toutes les pensées de Charles XII se dirigéreot alors vers la Pologne. Auguste avait craint pour ses États héréditaires lorsquHI déclara à la diète de Ratisbonne que les hosti*lités ne concernaient pas Tempire, et qu'il demanda en même temps Tassistance des états. C'était une demande injuste , car il n'avait attaqué la Suède qu'avec les troupes saxonnes. L'orage grondait en Pologne : tous les mécon^ tens Jetèrent les yeux sur le roi de Suède \ tous les palatinats pressèrent Auguste de renvoyer les troupes étrangères et de terminer la guerre. Il n'avait plus d'espoir que dans le tsar, avec lequel il eut, & Birsen (février 1701), une entrevue où les deux souverains échangèrent de nouvelles assurances de bonne intelligence. Cependant le danger devenait pressant, et ce n'étaient pas des négociations, c'étaient des soldats qu'il fallait) aussi Auguste regut-il de Pierre, à la suite de celle entrevue, de l'argent et des troupes. Le duc de Repnin, à la tète de dix-neuf règimens d'infanterie russe, se réunit aux Saxons, sous le commandement du maréchal Steinau. Les Suédois, de leur côté, se mirent en mouve* ment aussitôt que leurs renforls furent arrivés et se dirigèrent vers la Duna. Les Saxons s'étendirent le long de l'autre rive, faisant mine de vouloir défendre le passage du fleuve. La Gourlande fut occupée par les Suédois, qui trouvèrent dans la capitale de ce pays des moyens abondans de subsistance. Us n'éprouvèrent de difficultés que pour le passage de la Duna^ il s'efTectua cependant, sous la conduite du vieux Dalberg, le 20 juin 1701, et les Saxons, repoussés sur tous les points, abandonnèrent leur artillerie et leur camp aux vainqueurs. Bientôt toute la Lîvonie, à l'exception de Dunamunde, fut délivrée des ennemis, qui se retirèrent en Lilhuanie et dans la Prusse polonaise. La république protesta de nouveau à Charles XII qu'elle n'était pour rien dans la guerre et le pria do ne pas violer son territoire. Charles répondit que le seul moyen d'arrêter la marche de son armée victorieuse c'était de déposer Auguste, qui menaçait de détruire les privilèges et les libertés du pays. Il n'entendait aucun autre accommodement^ ni tes eonseils de ses amis ni l'expérience du

passé ne purent le persuader : l^xemple de son aïeul Charles X Gustave, qui, malgré ses brilhins faits d^armes , avait vu sa fortune échoner en Pologne , les avertissemens salutaires contenus dans une lettre touchante écrite, à soa lit de mort, par le vieux Benott Oxenstjemn , ce sage ministre du règne précédent, rien ne put triompher de l'inébranlable résolation du roi. Les grands de Pologne, toujours en querelle entre eux, eurent à peine appris son arrivée sur les lh>ntières , que ceux qni étaient mécontens d'Auguste accoururent pour implorer son appui. Les Sapieha , descendans de celui qui avait trahi Charle-Gustate , reçurent du roi l'assurance de son appui. Alors Auguste vit tout le danger qu'il avait attiré sur sa tète. Son esprit troublé ne lui laissait point de ressource pour conjurer Torage \ U s*adressa à tous les rois , implorant leur secours ott leur médiation : prince voluptueux et Jugennl les autres d'après ses propres penchans, il espérait gagner son jeune ennemi par renlremise d'une des plus belles femmes de sa cour. Aurore Kônigsmark fut reçue dans le camp suédois avec les égards dûs à son sexe \ mais elle ne put obtenir audience de Gharies« Auguste , voyant échouer toutes ses tentatives de réconciliation , hit obligé de nouveau de recourir aux armes, qui seules pouvaient sauver sa couronne. La république envoya aussi des plénipotentiaires au vainqueur pour demander la paix ; mais on ne leur laissa pour alterna** tive que la guerre ou le choix d'un autre roi : c'était là le prélude de cette guerre de Pologne qui devait ensanglanter pendant huit ans ce malheureux pays. Charles XII avança et prit Varsovie. Auguste se retira à Craoovie avec ceux qui voulurent suivre sa mauvaise fortune; là, il attendit les renforls qui lui arrivaient de la Saxe par tous les chemins de la SiMsie , dè-^ terminé à ne pas sucooml)er au moins sans gloire. Chartes de son c6té n'attendait que tes troupes que lui amenaient Magnus Stenboei^ et Môrner pour poursuivre ses succès : elles arrivèrent, et les deux armées se trouvèient en présence entre Tancienne capitale de la P<rio-> gne et la nouvelle'; elles se rencontrèrent le 20 juillet 1702. Les Suédois ne eomptaient que 13,000 combaltans rangés sur deux lignes; les Saxons avaient choisi une forte position, protégée de tousoôtés par des collines et des nuH rais.Cbarles commandait en personne } Angnsle

cHAPime ▼.

atait loiM «es ordres Fleming, Sehulenburg Steinau et Beust. Charles attaqua les hauteurs, défendues par une formidable arUHerie, et sans sMnquIéCer des mouyemens des Saxons , il se mil à Taile gauche, qui donnait la première. Les Polonais, rompus par rimpéluosltè du premier choe, prirent la fuite, ce qui décida presque, dès ce premier moment^ du sort de la bataille. Le beau-flrére de Charles , le duc de Holsleio, Alt tué par un boulet de canon. La cayalerle saxonne , commandée par Fleming , fit plus de résistance ; cependant malgré sa supériorité numérique, elle Ait obligée de céder. LMnhnterie fut mise en désordre par le major général Posse. Le maréchal Steinau , à la tête de Taile gauche , avait essayé de tourner les Suédois, et ce mouyemail Ait exécuté, mais 11 échoua par la présenoe d'esprit et la brayoure de ces derniers. I^es Saxons furent aussi entrataés dans la déroute, qui deyint générale, et ceux qui échappèrent par la Alite trouyèreol la mort dans les marais . Le combat ayait duré cinq heures. Les Suédois s'emparèrent du camp ennemi, où ils trouvèrent des proyisions en abondance et où Ils firent un riche butin. Charles, poursuiyant sa yictoire, était dès le 10 aoùl aux portes de Gracoyie. Lé, il reçut de la Poméranie un renfort de 19,000 hommes de troupes firatehes. Le séjour des Suédois était à charge au pays : ils obseryalent une discipline séyère; mais ils exigeaient impitoyablement des yiyres et des contributions. Les yilles et les bourgades qui s*y refusèrent furent liyrées aux flammes ; on maltraitait surtout celies qui appartenaient au roi Auguste. Le plan de Charles était de faire la guerre aux frais de la Pologne \ il youlait réduire les habttans au point de pouoirir le$ rouler mire ses doigts. Il ordonna à ses généraux de se conduire â la manière ie$ impériaux y et il était rempli de Joie quand il panrenait à extorquer de fortes sommes. Le mécontentement , la haine des partis et la peur firent que beaucoup de personnes se soumirent. Mais un état yioleal ne peut être de longue durée : les hommes qui n'iÂéissent qu'à la contrainte saisissent ayee empressement la pn>* mlére occasion de rompre leurs liens, et le caraetère polonais était alors, comme H est encore aojourd^hui, si yariable, qu*au moindre souffle des yentsconlraires, leurs opinions changeaient et quMIs ne se faisaient pas scrupide de rompre la foi Jwéei Dans une diète orageuse tenue par

Auguste à Sendomir , la république lui ayait promis de le soutenir si Charles rejetait les propositions d'une paix honorable. Tous les partisans de la Suède Airent déclarés traîtres à la patrie. Une autre diète se réunit sous la protection des armes suédoises en opposition ft celle de Sendomir. Auguste offrit à Charles de déclarer la guerre à la Russie, et une indemnité de 6 millions pour les A*ais de la guerre ; mais ni ces offres ni les prières de sa sœur la duchesse de Holstein« qu*il aimait tant, ni les sages conseils de son ministre Piper ne Airent capables d'ébranler sa résolution. Chartes, exigeant la déposition de son ennemi, était satisfait que la république n'acceptftt pas les conditions qu'il dictait, parce qu'alors il pouyait faire a sa guise et guerroyer ainsi pendant plusieurs années en satisfaisant son goût pour les ayentures et les dangers que lui offraient les combats, les forêts et les marais de la Pologne. Unenou* yeile diète fUt convoquée à Lublin par Auguste, au mois de Janyier 1703. Il espérait n'y voir que ses plus zélés partisans; mais son désappointement fut grand quand il aperçut le cardinal primat du royaume, qui passait pour un des partisans de la Suède. Auguste parla du tzar et des Russes comme de ses meilleurs auxiliaires contre son implacable adversaire*, mais la présence de ces étrangers était tellement contraire auyœu de la nation, que cette insinuation fut vivement t^mbattue. De tout temps les Russes et les Polonais, quoique sortis d'une même souche, ont été antipathiques. Cependant toutes les résolu*» lions qu'on prit n'éloignèrent pas Charles , qui était dans le cœur du pays. Les Saxons , commandés par le maréchal Steinau , furent battus encore une fois à Pultusk. Cette victoire ouvrit la route de Thorn. Cette ville, forte par sa position , fut prise après un siège de prés de deux mois , et ce succès consolida la prépondérance des Suédois, du moins dans ces contrées. RenskOld , l'un des plus célèbres généraux de Charles XII, s'empara en même temps de Po« sen, qui était d'une grande importance comme place d'armes. Ayant de faire prendre à ses troupes leurs quartiers d'hiver dans la Prusse polonaise et dans l'Ermeland, Charles s'empara d'Elbing, place forte et bon port sur la Baltique; lui-même séjourna à Heilsberg, en vue de lever des contributions sur le pays et de faire de nouveaux enrôlemens pour Touverture de la campagne de 1704.

Le cardinal primat avait invité tous les palatinals à une diète qui devait s'ouvrir à Varsovie le 20 juin 1704, parce que Charles avait déclaré qu'il voulait traiter de la paix sous la médiation dç la république. L'assemblée était nombreuse^ les négociations qu'Auguste avait entamées avec le roi de Suède furent présentées comme des preuves évidentes que ce roi voulait attenter aux libertés de la Pologne ; des plaintes multipliées contre le gouvernement saxon se firent entendre, et les choses prirent bientôt une tournure i[ui prouva que le rétablissement de la paix n'était que le prétexte, et la destitution le véritable motif de la convocation. Les confédérés déclarèrent qu'Auguste ne pouvait plus être toléré comme roi de Pologne, et ils lui signifièrent qu'ils ne voulaient plus lui obéir. Le trône fut déclaré vacant.jAuguste, abandonné de tous, à l'exception des Russes, qui commençaient à craindre d'être seuls à combattre le lion, se jeta à corps perdu dans les bras de son allié, qui lui fournit les moyens de mettre sur pied une nouvelle armée.

Auguste craignait surtout de trouver des rivaux dangereux dans les fils de Jean Sobieski, ce grand roi dont les exploits brillans avaient entouré le trône de Pologne de ses dernières gloires. Pour se débarrasser de cette crainte, il les surprit, non loin de Breslau, sur le territoire de l'empereur et les emmena prisonniers à Leipzig. Cet acte de violence souleva tous les esprits contre Auguste. Non-seulement on porta plainte à l'empereur, mais l'Europe entière regarda cette conduite comme une perfidie. Le nombre des ennemis du roi s'accroissait considérablement dans les hautes familles. Lubomirski, homme puissant^ se déclara pour la confédération de Varsovie, et Dantzig y donna son adhésion. Cette confédération dépêcha le comte Stanislas Leczinski , waivode de Posen, auprès de Charles pour lui demander sa protection. Cet homme avait un esprit profond et une grande expérience des hommes ; il fit impression sur le roi et gagna son amitié. Le jeune prince Alexandre Sobieski était assez sage pour ne pas aspirer à la couronne. L'argent gagna beaucoup de voix au prince de Conti ; mais Charles , qui dominait toutes les décisions, ne voulait point d'un Français, quoiqu'il évitât soigneusement de laisser percer sa répugnance : il voulait que le trône de Pologne fût occupé par un Polonais. Dans cette grave

question, le vainqueur ne prit conseil que de lui-même, et son choix tomba sur Stanislas. Le cardinal primat chercha à retarder l'élection ^ mais elle se consomma le 13 juillet, sous l'influence des armes suédoises. La confédération de Sendomir se déclara contre cette élection. Le pape désapprouva la déposition d'Auguste et appela à Rome le cardinal primat. Celuirci, sur son refus de s'y présenter, fut immédiatement privé de toutes ses dignités ecclésiastiques (juillet 1705) ; mais la confédération prit le prélat sous sa protection en refusant de se soumettre à la volonté de Borne. La Pologne oflirait à cette époque un tableau déchirant. Auguste avait confisqué tous les biens de ses adversaires ] des bandes appartenant aux deux partis parcouraient la campagne, assouvissant leur vengeance dans le sang de leurs adversaires et dans le pillage de leurs propriétés. Charles était impitoyable pour ceux qui s'opposaient à ses desseins. Les paysans abandonnèrent leurs maisons et se réfugièrent dans l'épaisseur des forêts , de sorte que les Suédois ne se procuraient des vivres que par les Juifs^ qu'attirait l'appÀt du gain. Auguste avait reçu des renforts des Russes ; on devait donc s'attendre au combat décisif après lequel Charles soupirait. H se. rendit en Gallicie et emporta Lemberg d'assaut. Mais cette excursion, qui n'avait aucun but politique ni stratégique, lui coûta cher. Il avait laissé à Varsovie, auprès de Stanislas, un petit corps suédois commandé par un brave guerrier, Arvid Horn, qui devint sous le règne suivant un des plus éminens chefs de parti. Auguste saisit ce moment de l'absence de Charles pour porter un coup vigoureux à son rival Stanislas. Avançant à marches forcées, il fut sur le point de surprendre ce dernier dans sa capitale ; Horn, trop faible, fut obUgé de se rendre. Ce coup, de main détruisit la confédération de Yaïsovie : les partisans d'Auguste reprirent courage^ Lubomirski embrassa même de nouveau son parti. Charles, après être resté quelque temps dans la Pologne orientale, revint sur ses pas. pour reprendre Varsovie. Tout cédait sur son passage : les Saxons abandonnèrent sans la défendre la rive gauche de la Vistule, et les Suédois passèrent ce fleuve sans obstacle; mais malgré la diligence que Charles mit à les poursuivre, il ne put les atteindre, et Scbulenburg, qui les commandait, se sauva par 1^ Siléste en

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