‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 237 sur 275 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

erut pas posiible de te fier à lui , et résolut de le mettre hort d'état de lui nuire eu levant d'ènormea eontributions dam le pays et en réglant lui-même le mode de perception ; il re^ cruta en raAme temps de nouvelles troupes* Sa réputation d'héroïsme, le succès de ses armes et la solde élevée qu*il ofllrait attirèrent sous ses drapeaui une foule de jeunes gens de tous les cercles de FAUemagne. De tous les ennemis de Charles et de la Suéde, PatkuU était cerlai'* nement le plus dangereui. S*il était venu é bout de ses projets et qu'il eût trouvé un appui plus solide la guerre aurait pris une autre tournure. Mais malgré tous les obstacles qu*il rencontra sur sa routCi il fit preuve d'un grand talent dans Torganisation de Tarmée russe. Toutefois la hauteur de son caractère et sa franchise, qui n^épargnaii personne, lui attirèrent beaucoup d'ennemis» Son intégrité et le besoin qu'on avait de lui empêchèrent seuls sa disgrâce. Il avait vu la bassesse et l'incapacité des ministres •axons, et il les avait dénoncés é leur mettre : de Ut la haine implacable que lui portait Ja cour d'Auguste. Pendant que celui-«i était à GrodnOf où il agissait de concert avec les Russes contre Charles, Patkull fut arrêté, la nuit du 19 au 20 décembre 1706, et emmené à SonnenatelD. On donna pour prétexte qu'il négociait, •uivanl les ordres du tzar, pour mettre les ré«gimena russes qui étaient en Saxe aux gages de rAatriche» Le prince de Gaiitzin , minisire de Ruasle, el celui d'Autriche, le comte Stratmann^ firoit les plus énergiques protestations; mais le cabinet de Saxe avoua que regar dant PatkuU comme le plus grand obstacle à la eondusion d'une paix qu'il voulait à tout prix, il avait eêpéré obtenir de meilleures conditions m le livrant k la vengeance des Suédois. Imfaof et Pflngsten, qui négociaient pour la paix^ étaient des ennemis acharnés de Patknll , et l'on dit que ee furent eux^ mêmea qui proposèrent * Charles de le Hvrsr» Pendant qu'on traitait, on le fit transtérar à KOttigatein. Il fallait être aussi dépourvu de caraelère et de sentimens nobles que rétait Auguste pour ne pas mettre PatkuU en liberté, à la preBiiére nouvelle des négociations, au lieu de le laisser traiter indignement par ses ministres contre toat droH des gens» Le tzar se plaignit auprès de toutes les cours; mais que pottvait^a obtenir, par médiation^ d'un prince tel que Charles XII?Lc Malheureux PaOraU

fût remis le 6 avril 170t au général suédois Meyerfeld. Les Suédois l'emmenèrent k leur suite, et le 10 octobre il ftit exécuté k Casimir d'une façon cruelle. Le défaut de magnanimité dans cette circonstance est une tache sur l'his* toire de Charles -, mais une tache ineffaçable est celle que cette affaire imprima sur Auguste et ses ministres.

Stanislas fut reconnu par toutes les puissan^ ces, excepté par la Hollande. Le dite de Marlborough s'était rendu lui-même au camp suédois, en Saxe, pour gagner le comte de Piper et empêcher la Suède de se mêler des affaires des alliés contre la France. Le moment était décisif : il ne dépendait que du roi de mettre un terme k la guerre et de passer dans l'opinion publique , qui ne se fonde que sur de grands exploits ou d'éminentes qualités, pour l'arbitre du Nord et de l'Europe entière; mais U perdit par une opiniâtreté impardonnable tout le fruit qu'U aurait pu recueilUr de sa bravoure et des faveurs de la fortune. C'est k ce malheureux défaut que la Suède dut sa décadence et le tzar la hauteur où il parvint et où la postérité Tadmire. Deux favoris , Piper et RenskOld , circonvenaient le roi comme de mauvais génies. Charles paraissait également attaché k l'un et k l'autre ; cependant un abtme de haine et de Jalousie séparait ces deux hommes. Ce que Piper voulait ou désirait était rejeté pat RenskOld, qui se rendait ainsi cher et indispensable au roi ; car les conseUs de Piper étaient ceux d'un sage et grand ministre, tondis que ceux de RenskOld ne tendaient qu'k développer chez son mattre, k un plus haut degré, la hardiesse et la témérité. Ce dernier ne s^occu^ pait jamais des difficultés d^une entreprise ; H n'en jugeait que par l'événement. L'armée se divisa également en deux partis , qui se ratla^ chérent l'on k Piper, l'autre k Renskdld , car les guerriers les plus intrépides voTaient avec douleur les plus chers intérêts de la patrie sacrifiés k des courses aventureuses.

Pendant que le roi dictait k Auguste des lois en Saxe, les Russes se rendaient maîtres de la Pologne. Ils traitèrent les partisans de Charles et de Stanislas avec la cruauté des barbares. Cependant l'approche de l'armée suédoise ne leur permit pas de prolonger leur séjour. Leur rage redoubla , et ils pillèrent les palais des grands pour orner Moskou et les autres gran* des villes de l'empire. Pierre fit tous ses eflMa

pour entretenir la discorde intérieure, qui a toujours caractérisé la nation polonaise depuis rinstant où elle pris rang parmi les Étals Jusqu'à celui où elle en a étèeffacée. Son but était de la mettre hors d'état de soutenir efficacement la Suéde dans la lutte à moi:t qui allait s'engager entre lui et Charles. La France, qui voulait la fin de la guerre dans le Nord , employa, sur la demande du tzar , sa médiation à Teflèt de conclure la paix et de pouvoir disposer des forces de la Suéde. Mais Charles songeait moins que jamais à suspendre les hostilités. Lorsqu'il quitta la Saxe, au mois d'août 1707, son armée comptait 8,450 cavaliers^ 19,200 fantassins et 16,000 dragons , en tout 44,000 combattans animés des dispositions les plus guerrières. Ce fut le 20 septembre qu'ils entrèrent sur le territoire de la Pologne. Partout les Russes se retiraient devant eux. De grandes difficultés s'opposaient à ce qu'on pût rendre décisive la guerre avec la Russie. Le seul moyen d'y parvenir aurait été de laisser à Stanislas le temps de former une armée, d'entrer en Livonie, d'en chasser les Russes, de reprendre les places fortes dont ils s'étaient emparés et d'avancer sur Moskou par Pleskov. Il paraît que tel était le projet de Charles XII. Gyllenkrok, officier du génie d'un rare mérite , avait l'ordre de se procurer des cartes et des plans de Pleskov. Dans les premiers jours de 1708, les Suédois passèrent la Yistule sur la glace et envahirent la Masure. Les paysans, qui s'étaient attroupés dans les forêts, ne purent arrêter leur marche. Le roi poursuivit sans relâche l'ennemi jusqu'à Smorgonie, sur la \ilia, sans cependant l'atteindre. L'armée prit la direction de Minsk. Les Russes, en battant en retraite, rendaient les chemins iinpraticables, brûlaient ou pillaient tout ce qui pouvait être à l'usage de ceux qui les poursuivaient. On ne manqua cependant pas de vivres, car les soldats découvrirent des approvisionnemens enfouis dans la terre. Après avoir séjourné cinq semaines à Smorgonie, Charles se rendit à Radochkowilsch, où il resta trois mois. L'armée était campée sur les rives de la Bérésina ; la faiblesse de la population dans ces contrées forçait l'armée à s'étendre , au point qu'il fallut huit jours pour la rassembler. Les Russes occupaient les bords de la Duna, depuis Polotzk jusqu'à Witepsk, et ceux du Dnieper jusqu'à Mohilew. Le 17 mai (1708) , le roi corn-

inença ses opérations et passa ^ avec tous ses régimens, la Bérésina, qui de nos jours a acquis une si triste célébrité dans la retraite des Français. Après une marche pénible, il arriva à Holofzin. Là, les Russes paraissaient Fattendre dans un camp retranché ^ mais ils ne surent tirer profit ni de la supériorité de leurs forces , ni de leur artillerie , ni des autres avantages que leur offrait la nature marécageuse du terrain : ils furent comme frappés de terreur lorsque Charles et ses soldats les attaquèrent (14 juin), et ils lâchèrent pied honteusement. Le roi marcha sur Mohilew, et pour la première fois les drapeaux suédois flottèrent sur les bords du Dnieper. Les plus courageux de l'armée suédoise eux-mêmes, voyant que ce fleuve n'était pas encore le terme de leur marche , s'abandonnèrent à de sinistres pressentimens : la disette commençait déjà à se. faire sentir; mais Charles poursuivit sa route à travers les plus grandes difficultés et arriva aux frontières de l'ancienne Russie, à une journée de marche seulement de Smolensk. Le roi avait conçu le projet de faire crouler un vaste empire, et il n'avait aucun plan arrêté. H avait cependant à faire à un prince qui calculait tout. 11 se laissa entraîner par son ardeur pour les aventures téméraires et les exploits hasardeux. Le profond mépris qu'il portait aux Russes le remplissait de l'espoir de terminer la guerre avec eux en peu de temps. Malheu* reuscmont il ne manquait pas de As^lteurs qui l'entretenaient dans cette espérance. Le général Sparre convoitait le gouvernement de Moskou ; il disait qu'une prophétie l'avait promis , il y avait nombre d'années, à l'un des membres de sa famille. Charles lui-rmème croyait qu'il fallait tout tenter pendant que la fortune lui souriait*. Cependant tous ceux qui lui étaient sincèrement attachés et qui osaient exprimer leur avis tâchaient de le détourner de marcher ^ur Moskou. L'armée qui l'entourait était la fleur des forces du royaume, et il ne fallait pas la conduire à une destruction presque inévitable : car Moskou était la ville sacrée de l'empire, et les Russes , retranchés sur tous les points, dévastant tout et coupant la retraite à Charles, devaient finir par détruire son armée. Dans de telles conjonctures, Charles demanda conseil à

*• Il faut tout oser tantquela fortone ne nous abandonne pas, » disait Charles à Gyllenkrok.

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