‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 238 sur 275 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

&yUenkrok et lai avoua qu'il n'avait aucun plan. Ce général lui conseilla de se retirer sur la Duna pour se mettre en communication avec ses provinces ; mais le roi se décida à entrer dans la Severie : Talliance qu'il venait de conclure avec Mazeppa fut la cause de cette résolution. Ce hetman des Cosaques, digne successeur de Chmielnizki, vit bientôt que les projets de Pierre ne tendaient pas à moins qu'à l'anéantissement des privilèges de son peuple, et que leur seule garantie était raiïaiblissement de la puissance de l'empire russe. Rien n'élait audessus de son courage, et il voulait que le peuple lui dût la liberlé. Tandis qu'il gagnait à force d'or les favoris de Pierre, il offrait (en 1707) son amitié à Slanislas et lui annonçait sa rupture avec la Russie *.

Lewenhaupt, qui commandait les corps rassemblés sur les bords de la Duna, avait reçu l'ordre de se joindre à la grande armée campée sur les rives de la Bérésina. La marche ne pouvait s'opérer que lentement à cause des immenses convois de vivres et de munilions qui accompagnaient les troupes.

Pierre et ses généraux, prévoyant que la guerre se prolongerait si celte division arrivait à sa destination , résolurent de l'anéantir. L'empereur se jeta avec toute son armée entre Charles et le corps de Lewenhaupt, et le roi , au lieu d'attendre son général ou d'aller à sa rencontre, fut poussé par la fatalité à s'avancer vers la Severie. En vain Piper et Gyllenkrok lui firent les. observations les plus concluantes : Renskôld , ce mauvais génie de Charles XII et l'ennemi de Lewenhaupt, paraissait vouloir amener un désastre et fit prévaloir son avis , qui était de ne pas attendre. Ainsi Charles , soiis prétexte que l'armée manquerait de vivres, décampa, oubliant que Lewenhaupt traînait à sa suite trois mille voitures chargées d'f^pprovisionnemens. Celui-ci, qui n'avait que onze mille hommes, abandonné à ses propres forces, fut bientôt enveloppé par l'armée russe , commandée par Pierre lui- môme et qui comptait 60 J0O combattans. Il avait passé heureusement le Dnieper et était parvenu à Lesna, à deux milles de Propoisk. Ses dépèches, adressées. au roi , furent saisies par l'ennemi, et l'armée de Charles, au lieu d'aller & sa rencontre, s'éloigna à marches forcées.

* Voyez Rah0, G^iehkhtç wm Sehwedm*

Lewenhaupt fut attaqué le 28 septembre. Âpres des efforts inouïs, il resta maître du champ de bataille \ mais pour sauver son armée , il fut forcé de sacrifier son bagage : il brûla toutes les voitures et donna les chevaux aux fantassins. Ce brave général parvint en Severie avec son corps d'armée, traversa un pays inconnu , luttant contre les fatigues et les privations , et enfin se réunit aux troupes du roi, le 10 octobre. De ses onze mille hommes, il n'en ramenait que six mille-, quinze cents s'étaient détachés du corps et retirés aux bords de la Duna. Cette retraite , semblable à celle de Xénophon, a immortalisé le nom de Lewenhaupt ^ mais le succès doit être attribué en grande partie à l'inhabileté des Russes. Pour récompense, le héros reçut un froid accueil de Charles XII.

La perte des convois dont Lewenhaupt était chargé ne fut pas la seule. Le général Lagerkrona avait été envoyé pour prendre Staradubb, le principal défilé qui conduit dans l'Ukraine-, il devait établir aussi des magasins. Ce général était redevable de son avancement à la faveur : il ne Tavait mérité par aucun service. Il fit de grandes fautes , et les Russes le prévinrent. Cet événement et le malheur qui avait frappé- la division de Lewenhaupt remplirent l'âme de Charles XII de tristes pressentimens : il semblait que la lumière était sur le point de l'éclairer sur sa véritable position ; aussi les malheurs se succédèrent-ils. Eaturin , capitale de Mazeppa, bien approvisionnée, fut emportée d'assaut et livrée aux flammes par les Russes. Charles , malgré sa diligence , arriva trop tard. Celte perte irréparable fut la source de tous les désastres qui survinrent. Le sort de Mazeppa, réuni aux Suédois, fut celui qui attendait ses alliés.

Les Russes se conduisirent dans les possessions des Cosaques et particulièrement dans celles du hetman avec une froide barbarie. Mazeppa, pour ne pas perdre tous ses biens, persuada au roi, sur la fin de l'année 1708, au moment où un rude hiver commençait à sévir, de se mettre en marche pour oécuper lladisch sur la Sula. Les troupes, qui furent obligées de bivaquer, souffrirent cruellement de la rigueur du froid dans ces steppes immen* ses, où aucun arbre, aucune colline ne les abritaient contre la violence des vents. Plus de quatre mille hommes périrent par le froid -, les autres portèrent longtemps les traces des fati-

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