CHAPITRE II
les plus nobles n'étaient souvent que des bergers '. Les sagas parlent de champs de blé et de seigle. L'avoine, que les Germains, suivant Pline, cultivèrent de bonne heure , était probablement aussi connue des Suédois. Le froment formait un objet de commerce. labourer avec des chevaux et des bœufs , semer, moissonner, faire de la bière et de Thydromel, pétrir le pain, c'étaient là des choses familières aux Suédois : il en est souvent fait mention dans les chants mythiques. Le blé germé et le beurre faisaient partie des contributions en nature qu'on apportait au roi le jour de Noël *. Manger de la chair crue était réputé un acte de barbarie ^ Dans les banquets de sacrifices, pour lesquels les paysans apportaient des vivres et de la bière, on immolait des victimes, et de leur sang on as{)ergeait les figures des dieux, les murs intérieurs et extérieurs du temple et tout le peuple. On mangeait une partie de ce sang et la chair bouillie. Les boissons et les vivres étaient bénis par le marteau de Thor ^ avant d'en faire usage. Les maisons et presque tous les temples étaient construits en bois et entourés d'une enceinte. Dans les habitations des premiers du peuple , il y avait une chambre au premier étage, sous le toit, laquelle répondait à ce que nos paysans nommèrent plus lard, chambre à coucher (nattstuga). C'est d'une chambre semblable que le roi Fiolner tomba dans une cuve d'hydromel. Les plus pauvres habitaient souvent des huttes creusées sous la terre. Dans les maisons, le sol tenait lieu de plancher, et ce n'était que dans des circonstances solennelles qu'on le couvrait de paille. I^ foyer était au milieu de la chambre : la fumée s'échappait par une ouverture pratiquée dans le toit ou dans le mur. A l'entour des murs étaient des bancs près desquels la table était aussi placée.On était assis à la partie intérieure de ces tables \ on se portait des santés, d'un bout à l'autre de la chambre , et la bière passait sur le feu. Le roi et la reine occupaient les places d'honneur {hôgsàte)^ au milieu du banc qui était tourné vers le soleil. L'hôte le plus considéré occupait le banc en face *. Les hommes
* Âd. Breni.
■ Saga de saint Olof, c. 253.
» Voy. Saga cTOrvar Qdd.
* Heimskringla. La Saga de Uàkan-le-Bony c. 10 et 17.
** La Sagade Gunnlang Ormitunga, Copcnh., 1778, s 158.
et les femmes étaient rangés par couples et buvaient ensemble. Il en était ainsi en temps de paix; mais la coutume des pirates {wiking" sed) était d'éloigner les femmes quand l'hydromel et la bière coulaient abondamment '.
L'occupation ordinaire du beau sexe consistait à coudre et à filer. Brynhild broda en or les exploits célèbres deSigurd*. Le drapeau de Ragnar Lodbrok , que les idolâtres du Nord regardaient avec enthousiasme et auquel ils rendaient une espèce de culte , avait été brodé par ses filles '. Il portait l'image d'un corbeau. On voyait quelquefois du luxe dans les armes, les habits et les ornemens. Toutefois du drap commun (ff^admal) était un présent agréable, même à une reine. L'art de la divination et la médecine étaient exercés par les femmes, la guerre même ne leur était pas étrangère. La vierge au bouclier {SkôldnUhr) était consacrée à Odin : elle ne pouvait se marier ^, et il était dangereux de l'aimer ou d'en être aimé.
Les artistes les plus estimés étaient, comme chez les Grecs du temps d'Homère, les bardes, les tireurs d'horoscopes, les médecins et les fabricans d'armes. Les armes et les flottes des pirates prouvent que l'usage du fer était ancien en Suède. Leurs premières armes furent de cuivre, ou d'une composition où il entrait de ce métal -, dans les temps primitifs, ils se servaient d'armes ou de haches de pierre. Les instrumens en caillou que l'on trouve dans les tombeaux sont pour la plupart des symboles religieux.
Chez aucun peuple ancien, l'hospitalité n'était observée aussi religieusement qu'en Suède. La piraterie faisait abonder dans le pays les marchandises étrangères ^. Les pièces que Ton trouve assez souvent enfouies dans la terre prouvent que l'or et l'argent n'étaient pas rares. Il y avait si peu de pauvres que les premiers chrélicns furent obligés d'envoyer leurs aumônes à l'étranger*. Les mœurs étaient simples , la valeur élail commune , mais la piraterie et la vente des esclaves rendaient souvent
' La Saga d* Ynglinga, c. 4 1 .
' Les chants sur Sigurd, Brynhild, dans V Ancienne Ed'Ia, » Asscrus, Vita OElfredii,
* p^oyex les chanu sar Sigurd et Brynhild. " Adam. Bremens.
* « Quia hic minus paupercs inveniuntar. » {f^ita Anschariii c. 17.)
les Suédois barbares. Plus le règne de Tidolàlrie approchait de sa fin , plus la barbarie devenait générale,comme le prouvent les cruautés commises par les Normands et leur brutalité envers les femmes •. On se préparait à ces expéditions lointaines même par des sacrifices humains*. En général, la mort de sacrifice était réservée pour les seuls criminels ^ plus d'une fois néanmoins il paraissait nécessaire de faire couler sur les autels des dieux le sang le plus noble ou le plus cher; on n'épargnait pas même ses proches. A Tépoque où Ton révérait Huit et les collines, les places consacrées et leurs clôtures, les Suédois sacrifiaient aux idoles leurs fils et leurs filles^ d'après ce qu'on lit dans le Supplément à l'ancienne Loi de GoMand; ils leur offraient du bétail , des alimens, et des boissons. Un chrétien raconte avoir vu soixantedouze cadavres d'hommes et d'animaux suspendus aux arbres du bois sacré, auprès du temple d'Upsala, tout resplendissant d'or et orné à l'intérieur des images d'Odin, de Thor et de Frey •.
Dix siècles se sont écoulés depuis que le christianisme a été pour la première fois prêché en Suède; et cependant Odin vit encore dans la mémoire du peuple. Mais aujourd'hui ce n'est plus qu'un démon, u Va-t-en à Odin » est un jurement qui frappe souvent l'oreille. On dit des avares qui amassent des trésors, qu'ils sont au service d'Odin. Croit-on entendre , au milieu des ténèbres , des bruits de chevaux et de voilures , les paysans disent que c'est Odin qui passe ^. Plusieurs provinces ont conservé des traditions sur sa chasse et ses chevaux, comme dans l'Upland, dans le Smâland, si riche en souvenirs de l'antiquité ; il en est de même dans la Scanie et dans le Bleking. L'usage de laisser sur le champ une gerbe pour les chevaux d'Odin ^ existe encore parmi les paysans. Quant à Odin et à Thor et aux combats de ce dernier contre les géans, nous avons des récits qui rappellent les mythes de ÏEdda^ et qui sont tra-
■ Voyez : Sermo Lupi ad Anglos, dans Langebek , Script, rer. dan., 1. 11, et le récit des mœurs des Varaigues Basses dans Karamsin.
^ Dudo de Duchesne , Script, twrman.
> Âd. Brem.
* Loccenius, AntiquU. sveogoth,, c. 3.
^ Franck parle d'un usage semblable chez les habitans du Mecklenbourg. (Voyez Altes und oeues Mech- Icnbourg, pag, 57.)
ditionnels chez les paysans de Smftland*. Le tonnerre s'appelle encore en Suède bruit de Thor (Thordôn). Des montagnes, des sources, des bois, dans différentes provinces, ont des noms dont l'étymologie est empruntée à Thor, à Odin et à Frey ou à Freya ; et une plante dont VEdda dit qu'elle est aussi lumineuse que les sourcils de Balder * est encore connue en Scanie sous le nom de Balder sbrâ (sourcils de Balder) ».