CHAPITRE V
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mée Sttédoitei d^ tré»-«ifaiblie. Des détache* meoi ieolés lâchèrent de traverser le fleuyei mais Us furent repoussés (28 juillet). Charles commandait en personne^ ce fut dans cette circonstance qu'il fut blessé. Un peu pâle » mais calme comme il Tétait toujours, il disait à Lewenhaupt : « Ce n'est qu'au pied : la balle y a pénétré ; Je vais Texlraire par une incisioui ce sera plaisir à voir. » Il continua à Yisiter les travaux avant de se faire panser. Cependant la blessure était plus grave qu'il ne Pavait supposé : il ne lui fut pas possible de remonter à cheval. Sa répugnance pour toute espèce de remède le mit pendant quelques Jours en danger. Les Russes, informés de cet accident, parurent se préparer pour quelque grande entreprise et inquiétèrent sans relâche les Suédois f qui se défendirent mal, parce qu'ils se sentaient découragés, ne voyant aucun terme à leurs fatigues; ils manquaient d'ailleurs de poudre et de plomb. La poudre s'était détériorée dans la longueur du trajet ; elle ne portait pas la balle à trente pas. D'un autre côté le mauvais temps avait rendu la retraite presque impossible. Toutes ces circonstances, qui semblaient commander impérieusement au roi d'éviter le combat, ne firent aucune impression sur son esprit obstiné. Le commandement en chef fut donné à Renskold, courtisan servile, capitaine sans expérience et sans talent, d'un caractère rude e4 emporté. Charles, déterminé à livrer bataille, fixa le Jour : c'était le 10 Juillet. La veille au soir, les généraux et les colonels furent convoqués pour recevoir les ordres. Les Suédois occupaient la position la plus désavantageuse : la force de l'armée consistait en cavalerie, et les aspérités du sol s'opposaient à ses mouvemens. Les Russes s'étaient fortement retranchés , et les Suédois furent obligés de se ranger en ordre de bataille sous les canons de l'ennemi. Le maréchal Renskold avait perdu complètement la tète : il ne donnait aucun ordre précis ; il insultait tous ceux qui l'approchaient , et la moindre observation excitait sa colère. L'infantaie se mit en mouvement avant l'arrivée de la cavalerie. Renskold envoyait officier sur officier pour la Csire avancer. Quant à l'artillerie, elle était encore avec les bagages. Les Suédois attaquèrent les redoutes; plusieurs furent enlevées. Mais le désordre se mît dans l'infanterie , qui , se trouvant séparée de la cavalerie» déposa les
armes. Cependant l*atiaque avait été si vigoo^ reuse , que les Russes commençaient h plier f lorsque remarquant la oonftision qui régnail dans les rangs ennemis , ils reprlrml courage* Ce fut alors que le roi, qui se faisait porter dans un brancard , ordonna un mouvement qui dé-* plut à Renskold et pour lequel celui-ci lui fit des reproches. Charles avait ordonné à Lewenhaupt de commencer l'attaque avec l'infanterie , qui ne s'élevait qu'A 4,000 hommes , tandis que celle des Russes était cinq fois plus nombreuse, et défendue par 132 pièces d'ar« liUerie. Malgré cet avantage, les Russes cédè« rent du terrain. Mais n'étant pas soutenus à temps par leur cavalerie , les Suédois furent rompus; leur aile gauche prit la fuite sans qu'il fût possible de la rallier. Le roi , étendu sur son brancard, se fit porter au milieu du feu le plus meurtrier afin de stimuler ses guer* riers. Son brancard ayant été percé d'un boa* let, il monta à cheval. ,La cavalerie, sous les ordres du général Creutz , n'ayant point non plus d'ordres précis , fui mise en désordre ^ mais elle reforma ses escadrons , attaqua de nouveau et repoussa la cavalerie russe. Mais comme elle agissait sans accord avec l'infante* rie, elle ne put profiter de ses avantages. Renskold, désespérant du succès, en proie à la perplexité et sourd à tous les avertisse* mens, erra sur le champ de bataille jusqu'à ce qu'il fût fait prisonnier. Piper, aussi séparé de l'armée, se rendit  Pullava pour ne pas tom* ber dans les mains des Cosaques et des Kalmouks. Les restes de l'armée suédoise se replièrent sur les bagages, où se rallièrent aussi les troupes qui étaient devant la pktce. Le roi eut son cheval tué sous lui , et il ne dut son sa^ lut qu'au dévouement du colonel deses trabans, Hierta, qui, quoique blessé lui-même, lui donna le sien. Charles paraissait surtout sensi* ble au sort de Renskold. Le conseil que hii donna Lenrenhaupt de brûler les bagages, d'en donner les chevaux é l'infanterie et de se reti* rer, fut rcifeté. Rien n'avait été prévu pour le cas d'une défaite ; sans cela, cette Journée eûl été moins funeste , car les Suédois ne per* dirent que 4,000 hommes; 16,000 exécutèrent leur retraite en bon ordre tout le long du Worksia. Les Russes les suivaient lentement, comptant bien que la fatigue, le découragement et le défaut de vivres les obtt* géraient dans peu i se rendre. Cependant lee
Suédois arrivèrent au confluent du Wolksla et du Dnieper, à Tendroit où leurs eaux réunies coulent rapidement sur une largeur d'un quart de mille. Les bords du fleuve n'offraient guère qu'un vaste marais ; Tarmée campa dans une vallée entourée de collines. On n'avait ni barques pour traverser l'eau, ni bois pour construire un pont. Les liens de la discipline se relâchèrent ; la présence même du roi , du roi vaincu, il est vrai, n'avait plus de puissance : le prestige était dissipé. La situation était désespérée ; toute chance de salut paraissait anéantie. Charles voulait vivre et mourir avec ses soldats. Il s'attendait à tout, si un dernier combat ne lui ouvrait un chemin ^ mais à la fin il se laissa gagner par les instances de Lewenhaupt et de Creutz, qui le décidèrent à traverser le fleuve après que Mazeppa l'eut passé avec ses officiers et leurs femmes. Il n'était si frêle nacelle, si mince morceau de bois auxquels on ne se confiât pour atteindre l'autre rive. Deux mille environ passèrent de cette manière. Mais sur la rive opposée, on ne trouva qu'un désert, une de ces steppes immenses, qui n'ofihrait d'abri ni contre les vents ni contre les ardeurs du soleil ; les Tartarcs y faisaient pattre leurs bestiaux. On n'y trouva que quelque gibier assez rare et du bois pour faire du feu-, la plupart des soldats furent réduits à se nourrir de chair de cheval. Après trois Jours de marche, Charles parvint aux bords duBoug, et il réclama des secours du bâcha qui commandait à Oczakow pour continuer son voyage. Celui-ci fit des difficultés. Le roi dépêcha des envoyés en Crimée et à Constanliuople , et se dirigea vers Bender, situé sur les bords du Dniester. La route devint moins pénible à travers la Tatarie d'Akerman , le long des côtes de la mer Noire, car les Suédois s'étaient pourvus de moyens de subsistance à Oczakow, cl ils n'avaient plus besoin de précipiter leur marche. Ils arrivèrent à Bender le V* août et campèrent è un mille de la ville. Le séraskier reçut Charles XII avec tout le respect dû à son rang, à ses malheurs et à la haute renommée qui avait publié ses exploits *, il lui donna tous les secours que sa position exigeait.
Le sort de l'armée que Charles avait confiée au comte Adam Lewenhaupt ne fut pas douteux un seul instant. Le projet de pénétrer en Crimée était Inexécutable. Tous les liens de subordination étaient rompus. Le nouveau gè«
néral , un des plus habiles capitaines de Tarmée , était à peine connu des troupes. Il s^était distingué sur les bords du Duna -, mais depuis son arrivée â l'armée, on l'avait éloigné du conseil du roi , malgré son incontestable capacité, n n'y fut admis que lorsque les malheurs de la campagne eurent rendu son concours nécessaire -, mais il était trop tard, et le mal était presque irréparable. D'ailleurs les soldats ne lui accordaient pas une grande confiance. Quoique habile capitaine , 11 ne possédait pas cette force d'âme qui est au-dessus de l'adversité, cette fécondité de ressources qui se déploie avec plus d'énergie sur le penchant d'un abîme , et c'était un tel homme qu'il eût fallu pour faire revivre l'espérance des guerriers. Au lieu de prendre un parti décisif, il consulta ses officiers. Tout â coup les Russes parurent , l'enveloppèrent et le sommèrent de se rendre. Les officiers, complètement démoralisés, dirent qu'ils ne pouvaient compter sur les soldats ^ ils {goûtèrent qu'il n'y avait pas 6,000 hommes sous les armes. La capitulation fut donc résolue. Quant le moment fut venu de l'exécuter et que la brillante cavalerie suédoise, à laquelle rien jusque-là n'avait pu résister, fut sur le point de déposer les armes, Lewenhaupt, à sa grande surprise, trouva qu'elle s'élevait encore à 15,000 combaltans. L'ennemi , qui tremblait qu'un nouveau combat ne s'engageât, était encore plus étonné que lui du succès qu'il venait de remporter sans tirer un coup de canon '. Le caractère des soldats ne se démentit pas. Lorsqu'on demanda , avant la capitulation , à un régiment d'Albedyhl , composé de vieux soldats , s'il se croyait capable de combattre l'ennemi , sa réponse fut fière et digne de ceux qui avaient fait leur apprentissage sous un capitaine aussi intrépide que Charles XII : « Autrefois, dirent-ils , on ne nous adressait que ces mots : a En avant! » Aujourd'hui on nous demande des conseils. Nous ne pouvons pas répondre de ce qui peut arriver -, mais ce que nous savons , c'est qu'on n'aura rien à nous reprocher. » Le nombre des prisonniers était d'environ 15,000, dont 5,000 malades ou blessés. La force de la Suède s'éteignit avec cette dernière armée, que les trésors de la Saxe avaient rendue si formidable. Peu de ces guer-
* Voyez le Plutarque suédois t par J.-F. de Landbladi 7* UyraivoD.