CHAPITRE V
riers ont reyu le foyer de leurs pères : comme les Polonais de nos jours , ils furent dispersés dans les immenses déserts de la Russie , et un grand nombre furent transportés jusqu'aux contrées glaciales de cet empire.
La bataille de Pullava fut comme un signal donné à tous les ennemis de la Suéde, qui jusque-là s'était défendue contre eux avec avantage. Le Danemark et la Saxe ne lardèrent pas à se déclarer. Plus tard , la Suéde fut accablée par la Prusse et le Hanovre. La constance de Charles XII était à l'épreuve de tous les coups de la fortune : tous désespéraient, excepté lui. Il n'avait d'autre allié que l'intérêt que lui portait le peuple. Il engagea Stanislas à ne pas perdre courage. Sa constance dans le malheur attira l'admiration du monde; il montra un volonté de fer. On dit qu'il ne fit la guerre que pbnr se défendre. La précipitation que tous mirent à se jeter sur la dépouille du lion fit nattre en sa faveur de nouvelles sympathies. La nouvelle de la funeste journée de Pultava frappa de stupeur tout le peuple suédois. Du palais jusqu'à la chaumière , le deuil fut général \ il n'y avait pas une famille qui n'eût à pleurer la perle d'un de ses membres. Ce deuil devint encore plus profond par le bruit qui se répandit de la mort du roi ; on dit même que c'était un faux Charles qui avait paru en Turquie.
Le projet de Charles était d'entraîner le sultan dans une guerre contre la Russie -, il espérait rétablir ses affaires à l'aide des Osmanlis. L'idée de rentrer vaincu et sans armée dans son royaume, qu'il avait quitté avec l'élite de ses guerriers , répugnait à son orgueil ; il résolut de rester parmi les infidèles tant que sa fortune n'aurait point changé. En vain l'empereur lui olTrit le libre passage par ses Etats ^ en vain la Hollande lui proposa-l-ellc de le ramener sur ses vaisseaux : il passa cinq ans en Turquie, et tandis qu'il perdait ce temps précieux, la ruine de sa puissance se consommait.
Pierre I" sut profiler des faveurs inattendues de la fortune pour donner plus d'étendue et d'ensemble à ses conceptions. Peut-être IK)urrait-on dire que les résultats qu'il obtint ne doivent être attribués ni à son mérite, ni à celui de ses généraux, ni à la bravoure de ses soldats; mais ce qu'on peut affirmer, c'est qu'il tira parti des circonstances. Auguste ne fut pas plutôt infçrmé des désastres de Pultava ^'il
rompit la paix d^AUranstadi; ses anciens parln sans relevèrent la tête, et il prit de nouveau le parti de recourir aux armes. Nous avons dit que Charles avait laissé un corps d*armée en Pologne pour soutenir Stanislas. Celui-ci, renforcé de nouvelles troupes de la Poméranie , était assez fort pour tenir tête à son concurrent. Un brave officier, Krassow, était général en chef de ce corps ; mais craignant d'aventurer dans les batailles les dernières ressources de son pays, il résolut de se retirer en Poméranie. Ainsi Stanislas resta exposé aux attaques des Russes d'un côté et à celles des Saxons de l'autre. Varsovie tomba aux mains des partisans d'Auguste. Le 10 août 1710, Auguste luimême eut une entrevue avec Pièrre-P% qui delà se rendit à Marienwerder pour conférer avec le roi dePrusse. Le tsar sentait qu'il pouvait devenir l'arbitre duNord, et l'entrée triorophalequ'il fil à Moskou, traînant à sa suite les guerriers de Charles XII, annonçait les orgueilleuses espérances dont son âme était pleine. Il dirigea toutes ses forces vers la Baltique. Le général Lubecker commandait encore en Finlande, malgré les preuves patentes d'incapacité qu'il avait données dans la campagne de 170S, où il devait détruire Pélersbourg et tous les établlssemens russes sur la Neva et les bords de la Baltique. Le tzar y pénétra pour opérer une diversion en faveur des Danois, qui attaquaient la Scanie; il prit Wiborg et Kexholm, et toutes les places du pays tombèrent successivement en son pouvoir, car on avait négligé d'y faire des préparatifs de défense. Le comte Nieroth remplaça Lubecker^ mais il manquait de troupes, et ses opérations se bornèrent à des excursions isolées où le courage suédois brillait encore de son ancien éclat. L'école de Charles XII ne ressemblait point à celle de Gustave- Adolphe; elle fit des soldats intrépides, mais elle ne produisit aucun grand capitaine. Les armées suédoises , qu'on pouvait compter parmi les meilleures de cette époque, avaient bien dans leurs rangs un comte Levenhaupt^ vainqueur de Lesna , et un comte Magnus Slenbock ; mais ils s'étaient formés l'un et Tautre à l'école des alliés. En 1710, la Suède se vit enlever la Livonie, l'Esthonie et la Carélie, ainsi que Riga et Elbing en Prusse. La peste qui vint s'ajouter à ces malheurs augmenta la confiance des Rus-< ses et la consternation des Suédois.
Le Danemark et la Saxe rompirent la paif
HISTOIRB DE SUÉDE.
preMfiM 6D même temps. Frédéric lY méditait eette rupture, et Patkull, de ton iriTant, y avait constamment trayaillè. Patkull avait gagné ta comtetie de Yiereclc , maîtresse du roi} mais elle mourut trop tôt pour servir ses desseins. Frédéric avait considérablement élevé reffectif de ses troupes, qui s'étalent aguerries dans les campagnes du prince Eugène , auxquelles elles avaient pris part *, quand ses préparatifs lurent faits , il déclara la guerre, le 9 novembre 1709. Dans ce périlleux moment oà la Suéde était menacée d'une double invasion, du celé de la Norvège et en Scanie, le sénat convoqua un comité des étato ; ce comité consentit à accorder non-seulement de nouvelles troupes , mais aussi de l'argent. Cependant la pestoentravaitbeaucoup les arméniens: A Stock* bolm seulement, depuis le mois d'août 1710 Jusqu'au mois de février suivant, elle mois* aonna plus de 30,000 hommes , c'est-à-dire la moitié de ta poputation. Le comte Magnus Btenbock , qui commandait en Scanie en qualité de gouverneur général , disposa tout pour ta défense, tandis qu'une armée de 18,000 hommes , sous les ordres du comte Heventlau, qui avait été au service de l'Aulriche , se rassembtait sur les rivages opposés de Seeland pour faire une descente en Scanie : elle s'opéra le 1*' novembre entre une bourgade, R&, habitée par des pécheurs , et la vilto de Helsingborg. Toute ta plate campagne tomba aux mains des assaillans -, les places fortes seules résistèrent : ils poussèrent jusqu'à Garlshamu et menacèrent Cariscrone, où stationnait la grande ftatto. La Suède paraissait sur la pente du précipice. Stenbock fit un appel au patriotisme des habilans : on courut aux armes. Cet intrépide général rallia sour ses drapeaux 7 à 8,000 paysans qu'il dressa lui-même aux maniement des armes : ils en manquaient ainsi que d'habito , ce qui n'empêcha pas Stenbock de pousser en avant. Ayant reçu des renforta, il marcha à ta rencontre de l'ennemi, au mois de février 1710. Son armée , composée de dix régimens d'infanterie et de neuf réginens de cavalerie , était presque entièrement formée de recrues. Les Danois se retirèrent. Lliabite capitaine ne négligea aucune occasion d'exalter le courage des Suédois par ses paroles et par des escarmouches où ils eurent le dessus. L'ennemi , qui avait reculé autant fB'il avait pa et Jnsqu^aux rivages du Sund, se
retrancha dans une position que Sienboek attaqua le 1 1 mars : il avait 6,000 hommes d'infanterie et 8,000 de cavalerie. Avant la bataille, il parcourut les rangs, et il plaça dans la réierve tous ceux dont le visage annonçait ta frayeur; à ceux qui étaient peu habiles dans le maniement des armes, il recommanda de couper les brides des chevaux des cavaliers ennemis. La bataille fût meurtrière, et Jamais peut-^tre l'acharnement n'avait été si grand entre ces deux nations qu'aurait dû rapprocher une communauté de mœurs , d'origine et de tangagf • Les Dands avaient donné aux soldaU de Stenbock le sobriquet d' en fans d$ paysans (bondedrëngar)^ mais Stenbock, l'homme du peuple, les avait électrisés , et le carnage Ait d'autant plus impitoyable, que l'habillement des Suédois avait servi de sujet de raillerie à leurs ennemis : 4,000 Danois tués et 3,000 blessés couvrirent le champ de bataille ; 3,000 forent faits prisonniers. La perte des Suédois s^éleva à 2,800 tant morte que blessés. Trois Jours après , il ne restait pas un Danois en Suède ; Ils qultterent ses rivages avec tant de hâte qu'ils égorgèrent 6,000 chevaux qu'ils ne pouvaient transporter au delà du Sund. Telle Ait l'issoe d*une expédition que les Danois avaient entreprise sous les plus heureux auspices et qui devait réussir, suivant toutes les probabilités ; mais il est rare que la mauvaise foi et ta perfidie aient un plein succès , et aucun peuple ne doit désespérer de ses destinées quand il s'agit de repousser une agression injuste^
Celte victoire rappelait Tancienne gloire militaire de la Suède ; elle aurait été même d'un grand poids dans les négociations si l'absence du roi ne lui avait fait perdre les fruite qu'on * en devait attendre. L'armée suédoise se trouvait dans l'état le plus déplorable \ elle soulhraii d'un dénâment presque complet, et comme le pays était presque épuisé , on ne pouvait qu'à grande peine se procurer les choses les plus nécessaires. Les soldats étaient retombés dans le découragement et les paysans dans te déses* poir. Toutes les mesures qu'on prit se ressentaient de l'absence de Charies XII. Cependant Stenbock , par son activité infatigabte , vint à bout de mettre la Suède méridionata dam un état de défense convenable et d*étever tes ferces à fO,000 honmies.
Pour èfoigner la guerre des possessions sué* doises en Allemagne , 1 empereur , ta retno