‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 249 sur 275 · CHAPITRE Yll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Yll

par des démonstrations hostiles, sacrifia tout à fait les intérêts du duc. Néanmoins celui-ci re^ couvra plus tard une partie du Ilolstein par rinteryeution de l'empire germanique, et même son fils monta sur le trône de Pierre-le-Grand sous le nom de Pierre III ; mais l'abandon de Charles-Frédéric par le Izar coûta au gouvernement suédois ringrie, TËsthonie, la Livonie et la préfecture de Wiborg dans la Finlande. La Russie, il est yrai^ s'obligea de payer 2 millions de thalers et à restituer la Finlande^ clic promit en outre de ne se mêler nullement des affaires intérieures de la Suéde. Le tzar fut plus avantagé qu'il ne s'y attendait. Ainsi cette guerre du Nord fit de la Russie, qui n'avait été jusque-là qu'une puissance asiatique , une grande puissance européenne ^ elle lui procura un littoral sur la Baltique , des milliers de prisonniers et surtout des ofllcicrs qui formèrent le noyau d'une armée formidable. La Suède, au contraire, qui naguère pesait d'un si grand poids dans la balance de la politique européenne, ne fut plus désormais que l'instrument subalterne des intrigues de l'étranger.

Les états furent réunis pour la première fois depuis que la paix avait été définitivement établie en 1723. Horn était alors maréchal. Ce fut à cette diète que la noblesse, le clergé et les bourgeois reçurent de nouveaux privilèges. La commission secrète qui devait traiter toutes les affaires avec les puissances étrangères fut aussi établie. Ce fut encore h cette même diète que le duc Charles de Holstein reçut, quoiqu'en termes mesurés et vagues, une sorte d'assurance pour la succession au trône de Suède et en même temps une pension annuelle de 25,000 thalers jusqu'à ce qu'il pût prendre possession deSlcswig : par là ce prince, que la cour redoutait tant, se trouva rapproché d'un degré du trône pour lequel on chercha des appuis à rétrangcr. A cette même époque , la diplomatie des cabinets suivait les négociations qui devaient momentanément partager l'Europe entre les grandes ligues de Yienne et du Hanovre \ on rechercha l'amitié de la Suède. La dernière diète parut avoir fait choix de la ligue de Yienne, dont la cour était étroitement liée à celle de Saint-Pétersbourg parce que les deux cours imi>ériales s'intéressaient au duc de Holstein. Ainsi les partisans de ce prince en Suède firent les plus grands efforts pour rendre décisives les chances de succès qu'offraient les cir- I

constances ; mais ils mirent trop d'ardeur dans leurs manœuvres , et peu de temps après ils échouèrent contre deux écueils , Vaversion de la nation pour le parti rtAsse et Horn. La minorité du sénat, dans la question de succession, modifia ses opinions et imprima le premier mouvement aux partis pendant la période de la liberté. On convoqua les états (1726-1727) pour avoir leur avis sur le choix d'une alliance. Horn devint de nouveau maréchal de la diète.

Ce changement de position devait produire des proscriptions, car c'est ainsi seulement que la niasse, qui ne comprend peut-être pas qu'une vérité a triomphé , juge qu'il s'est opéré quelque changement et estime les choses d'après le résultat : ici la victime était désignée d'à* vance et assez bien choisie. Le vieux comte Maurice Welling avait servi quatre rois de Suède et était très-considéré à cause de sa finesse et de son expérience diplomatique \ il n'était cependant pas aimé. Ses habitudes de prodigalité le jetaient dans de continuels embarras ', on le craignait plus qu'on ne se fiait à lui. On trouva dans ses papiers, au moment de son arrestation, deux lettres qui témoignaient qu'il avait violé la constitution et son serment de sénateur. La procédure qu'on suivit dans cette affaire révéla la déplorable manière dont on entendait traiter les crimes politiques et fut une répétition de celle qu'on avait adoptée dans le jugement de Gôrlz. Une commission nommée ad hoc condamna l'accusé à mort. Cette peine fut commuée en celle de la prison à perpétuité; mais le vieillard mourut pendant qu'on le conduisait à sa destination. La corruption, qui s'était partout glissée depuis la mort de Charles XII et à l'éleiîtion de Frédéric l*% jeta audacieusement le masque et fut poussée au plus haut degré au moyen de fortes sommes que l'Angleterre et la France envoyèrent à Stockholm.

La diète accepta l'alliance du Hanovre. L'argent reçu de celle puissance et du cabinet de Versailles suffit pour rendre un peu de vie aux finances. Les trois années qui s'écoulèrent depuis la diète de 1727 jusqu'à la fin de 1731 furent regardées comme les plus heureuses dont la Suède eût joui depuis longtemps. La paix commençait à cicatriser les plaies que la guerre avait faites ; le commerce et la navigation reprirent de l'activité; la monnaie fut améliorée et le nouveau code achevé : on pou-

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vait ainsi le présenter A racceptallon des états. D'autre pari, la langue se perrectionuait, et la meilleure preuve que Topinioa publique sMniéressail à ses progrés , c'est que les états accordèrent un prix à Tauteur anonyme (c'était Olof Dalln) d'une feuille hebdomadaire , Ty^rguê suédois. Cependant l'aristocratie pesait encore sur l'administration; quelques décrets Tout même pressentir qu'on voulait étendre son influence Jusque sur le peuple.

Nous avons vu qu'Arvid Horn était regardé comme le chef des partisans de Hesse-Cassel ou de ceux qui voiilaienl établir Thërédité dans cette famille princiére. Le chef du parti de Rolstein, après 1727, fut le comte Charles Gyllenborg. Ces partis ne devaient pas tarder A se déchirer l'un l'autre. Une scission profonde, qui devait plus tard les diviser sur les questions les plus graves, s'établit d'abord entre eux, pour des objets sans importance, A la diète de 1731 , dont Horn fut élu maréchal pour la troisième fois. Le pouvoir du ministre ne reposait donc pas sur une base solide ; quel prince d'ailleurs aime A rester volontairement sous la tutelle de son sujet ? Gyllenborg n'était pas un homme d'un grand esprit , mais il était rompu aux intrigues de cour : persuadé qu'il ne serait Jamais bien vu de la reine, il s'efforça de paralyser son influence sur Frédéric. Ce plan réussit par le moyen de la belle demoiselle de Taubc , dont on se servit pour gagner le roi , qui Tépousa môme de la main gauche, et l'évoque de Yeslerâs , Kalsenius, ne craignit pas de bénir celte union adultère. Le clergé de Suède, A la diète de 1739, crut devoir adresser des remontrances au roi.

La mort du roi de Pologne, Auguste IL (!•' février 1733), imprima une nouvelle direction A la politique de ia France et aux partis en Suède. Peu de temps auparavant, les deux États avaient resserré les nœuds de leur ancienne amitié. Par une des conditions du traité, chacun des deux pays garantissait A l'autre sa liberté, condition qui excita vivement le mé^ contentement de la Russie, car elle s'était réservé la médiation entre la Suède et la Pologne dans le but d'empêcher Stanislas de remonter sur le trône quand il deviendrait vacant. La nation polonaise tenait pour ce dernier ; Louis XV , qui avait épousé la fille de Stanislas, le soutenait aussi ; la Russie et rAutriche au contraire armaient contre lui. La guerre éclata

en Europe : on eût dit que le spectre de Char-les XII traversait le théAlro de ses anciens exploits ^ son souvenir n'était pas de ceux qui s'effacent. Grand nombre de ses généraux et de ses guerriers vivaient encore , le même sang coulait dans leurs veines ; seulement ils montraient moins d'ardeur que cette bouillante Jeunesse qui n'avait pas connu les misères de la guerre et qui l'appelait de tous ses vœux : le seul mot de guerre , comme le son du tocsin , la faisait frémir d'impatience; elle se montrait fatiguée d'un vieux ministre tel que Horn, qui avait pour principal mérite une excessive prudence et pour unique ol^et la conservation de la paix. La France promettait de l'argent et la restauration de la puissance de la Suède dans l'éfat où elle était en Allemagne après la paix de Westphalie et après celle de Slolbova sur les frontières de l'est. Le roi lui-même se laissa entraîner et convoqua une nouvelle dièlc (1734) dans laquelle, depuis le mois de mai Jusqu'au mois de décembre, la France offrit son alliance et de l'argent, l'Angleterre rcrhchérit sur ces avances, la Russie demanda le renouvellement pour dix ans de l'alliance défensive qu'elle avait signée avec la Suède ; le Danemark demandait un traité semblable. Lo plan de Horn consistait A décliner ralliancc française, et si celte question était décidée par les états dans un sens contraire , A hérisser les conditions de cette alliance de tant de difficultés que toute tendance belliqueuse fût anéantie. Horn éprouva que l'opinion était contre lui. Son adversaire Gyllenborg mit cette circonstance A profit ; il se sentait appuyé par la Jeune noblesse, qui voulait la guerre. Il était tout naturel que Horn embrassant le parti de l'Angleterre et de la Russie, Gyllenborg se lour^* nAt vers la France.

Le secrétaire de rambassadeur russe s'enfuit et se réfugia chez l'ambassadeur flrançais Casteja avec une foule de papiers et plusieurs lettres qui compromettaient Gyllenborg et ses partisans , tous alors attachés ouvertement aux intérêts de la Russie et du duc de Holsteln.Gyllenborg, pour

parer A cet incident , se rendit en toute hâte â l'ambassade française pour proposer ses services

A la France. Le 11 octobre» il avait combattu l'envoi des troupes en Pologne; le 22 du môme mois , dans une conférence entre les députés des états et le sénat , il tint un autre langage, comme s'il n'eût été que l'écho du baron 60rt2.

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