‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 254 sur 275 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

homme; son épouse avait plus d'esprit que lui : ambilieuse, emportée, sans suite dans sa conduite, elle exerçait sur le roi un pouvoir funeste. Aucun monarque n'était plus Tait pour gagner Tamour du peuple, aucun ne Tétait moins pour arriver au pouvoir absolu par la force des armes. La cour, blessée à tout propos , ne chercha pas & cacher son irritation.

Dans cette diète, Tessin déposa ses fonctions, et le baron André-Jean de Hdpken devint président de la chancellerie, ou premier ministre. La confiance du roi tomba sur le sénateur L<>wenhjelm, dont Tapparilion dans un parti était toujours un signe heureux et dont Tabsence annonçait toujours quelque malheur. La cour se mit de plus en plus en hostilité contre le sénat. Le 15 octobre 1755 s'ouvrit cette diète si remarquable et si sanglante. Le comte Axel Fessen fut nommé maréchal. Le roi exposa tous les griefs qu'il croyait avoir contre le sénat, qui répondit dés le lendemain; mais la réponse des états n'était pas favorable & l'extension du pouvoir royal. Le premier tumulte vint du côté des paysans, dont les membres se portèrent même & des voies de fait contre leur orateur Olof Hâkansson.Une inquiétude générale s'empara de tous les esprits. Les meneurs se tenaient encore cachés sous un voile que les imprudences de la reine soulevèrent en partie. Cependant des accusations furent dirigées contre des gens de basse extraction qui servaient d'instrument dans ces troubles ; des arrestations eurent lieu. On forma une commission des états du royaume qui devait gagner une malheureuse célébrité. Cette commission ou ce comité avait sa police particulière. On chercha surtout & blesser la cour, et l'on en trouva l'occasion lorsqu'il fut question de l'éducation du prince royal. Tessin, qui était tom-* bé en disgrAce auprès du roi et de la reine de-* puis plusieurs années, arriva à la diète. Le comte de Slrômberg, vice - gouverneur du prince, en fut écarté ainsi que plusieurs personnes attachées A son service-; mais la haine ' des états s'acharna surtout contre le célèbre poêle Dalin, précepteur du prince, qui par ses épigrammes avait ridiculisé plusieurs person-» nages,surtout dans le clergé, qui ne pouvait lui pardonner.

Une autre afTairequi offensa personnellement la reine n'occasionna pas moins de scandale, et jeta de l'aigreur dans les états et dans Tâme de

la princesse. Elle avait reçu en se mariant plusieurs diamans de grande valeur ; elle les engagea à Hambourg pour se faire des partisans parmi les bonnets. Une de ses dames vendit le secret aux chapeaux. On demanda qu'il fût pris inventaire des diamans delà couronne etde ceux qui avaient été donnés à la reine, à Foccasion de son mariage. La reine refusa de se soumettre à cette investigation ; cependant elle remit ces diamans entre les mains des députés du comité secret le lendemain d'une tentative infructueuse qui avait pour but d'étendre le pouvoir royal. Le plan en avait été conçu par le ministre français dès 1748. La reine l'abandonna d'abord par défiance, car elle avait éprouvé la défection des chapeaux avant la mort de Frédéric I*'. Louise-Ulrique chercha cependant à se former un parti parmi ses amis personnels et les militaires. Il parait^que les bonnets adoptèrent alors ce même plan, mais ce fut moins pour étendre le pouvoir royal que pour écraser leurs rivaux. Le baron Erik Wrangel, homme de talent, mais plus fait pour intriguer que pour agir, était un des plus actifs. Plus tard la révolution ayant échouée, il s'enfuit en Norvège.

Le comte Uârd, colonel et fils du sénateur destitué en 1739, était un des acteurs les plus infatigables de cette révolution : plus guerrier qu'homme de parti, il voulait un pouvoir royal ferme. Les autres qui travaillaient au même but étaient le comte Erik Brahe, chef de la garde à. cheval , qui avait aussi l'honneur d'être à la tète de l'entreprise, mais qui possédait plus de courage que de prudence, et le baron Gustave-Jacques Horn, homme bienveillant, mais sans force de caractère et par lé plus facilement maîtrisé par la princesse, qui était l'ûme de toute cette trame. C'était le 21 juin 1756 que le complot fut découvert ; le peuple était déjà en mouvement. Brahe se rendit en hâte auprès du roi, qui était dans son cabinet avec quelques confldens ; il le conjura de monter achevai. La reine offrit de le suivre et parut prête & partager tous ses dangers. Dans ce moment on reçut avis que tout était éventé et que de fortes patrouilles parcouraient les rues. Ce fut alors que la commission des états commença ses terribles fonctions. Le comte Brahe, le baron Horn, le capitaine St&lswftrd, Puke et plusieurs officiers inférieurs furentdécapitésles23et28 juillet.Wrangel s'était déjà sauvé en Norvège et H&rd en Prusse.Cinquante-trois

niSTOIRE DE SUÈDE.

personnes Turcat condamnées au bannissement, ârcxposition, à la prison et à Tamende. Une nouvelle commission fut organisée pour continuer les poursuites après la diète. Les états décrétèrent que la fête commémoralive de la liberté sauvée sérail annuellement célébrée le Jour de la Saint-Jean. Mais il était des positions tellement élevées qu'aucune punition ne pouvait les atteindre et qui n'étaient accessibles qu'aux avertissemens : le clergé se chargea d'en adresser à Louise-Ulrique.

Les chapeaux étaient à Tapogée de leur puissance : ils avaient humilié Tauloriié royale et abattu leurs rivaux. Pour abaisser encore plus la reine, ils prirent la résolution de rengager dans la guerre de sept ans, dirigée contre son frère. On espérait, dit le comte Fersen, chef du parti dominant , pouvoir recouvrer les provinces perdues ^ on ne s'attendait pas à avoir à faire h un autre Aiexandre-le-Grand. La France avançait de l'argent à cet effet ; mais le parti vainqueur fut puni de cette imprudence, la guerre l'écrasa. Le 27 juin 1757 l'ordre /ut expédié de transporter 17,000 hommes en Poméranie, où il y en avait déjà 5,000. Cette guerre oin-e peu d'événemens imporlans, mais un grand nombre de traits honorables pour les armes suédoises^ seulement on ne voyait ni vigueur ni ensemble dans les opérations, et on manquait de chefs habiles : l'école de Charles XII n'avait formé ni laissé de capitaines. Il fut impossible au brave général Hamilton ainsi qu'à Lantinghausen et à Ehrenswfird d'imprimer à la guerre une direction nouvelle.Tout ce qu'ils firent est compris dans ces paroles de Fredéric-le-Grand : « Les exploits des Suédois se sont bornés h pénétrer dans la plate campagne lorsqu'ils n'ont pas trouvé de résistance; mais un faible détachement les forçait à se mettre sur la défensive, et ils se trouvaient trop heureux de pouvoir bivaquer sous le canon de Straisund * . » On ne peut lire sans une profonde admiration les commentaires du nouveau César, ouvrage dont nous avons extrait le passage qui précède. La Prusse fonda sa grandeur sur la conduite d'un prince dont le courage ne se démentit pas pendant sept ans. Cest un de ces souvenirs que le temps ne peut détruire.

La diète fut convoquée (1760) pendant la

* Hittoiredû la guerre de »epi ans*

guerre et dura vingt mois. Axel Fersen fut encore élevé à la dignité de maréchal. On voulait la paix, car la guerre était contraire aux vœux de la nation. Louise-Ulrique fut priée par le sénat d'entamer les négociations avec son frère, qui dédara qu'il y consentirait seulement par amour pour elle. Le 22 mai 1762, on signa donc la paix, qui rétablissait le statu quo. Le prince royal Gustave n'avait que dix-sept ans lorsqu'il fut proclamé majeur par les états et qu'il acquit la faculté d'assister aux séances du sénat. Cette guerre porta le dernier coup aux finances de la Suéde ; leur état devint de jour en Jour plus alarmant. La dette nationale était de 600 tonneaux d'or*. Cette détresse détermina la convocation d'une diète extraordinaire (1765) où les fronne<5 prirent le dessus. Le baron Rudbeck , homme doux et bien intentionné , mais peu instruit , fut fait maréchal. Les ordonnances les plus importantes furent celles qu'on rendit contre le luxe et celle qui faisait de la liberté de la presse une loi fondamentale.

Mais les bonnets ne furent pas plus lolérans que ne l'avaient été les chapeaux. Les employés qui n'appartenaient pas au parti dominant furent en butte à toutes sortes de persécutions, tandis que leurs adversaires pouvaient tout se permettre. La situation intérieure empirait do jour en jour -, les [plaintes et l'animosilë croissaient en proportion. La diète était close à peine qu'une divergence d'opinion s'éleva entre le roi et le sénat. Le roi ayant refusé do signer plusieurs résolutions prises par les états, le sénat ne les en expédia pas moins , malgré tout ce que le roi put dire. Le sénat se mêla même de ce qui regardait l'administration de la cour, qui appartenait exclusivement an prince. Les finances étaient dans une telle pénurie que le roi voulut convoquer les étals*, mais le sénat s'y opposa. Le prince royal , dans un voyage qu'il fit au district des mines, fut acx^ablé de plaintes \ il en fit son rapport au roi. Ce fut alors que celui-ci déclara que si le sénat persistait & s'opposer à la convocation des états, il déposerait sa couronne. Cette résolution produisit une grande consternation. Enfin , après une discussion orageuse , le sénat persévéra dans l'opinion qu'il avait déj montrée \ mais le roi, de son côté, tint ferme dans son projet, et le sénat céda. I^ diète fut convoquée à Nor-

Chaque tonneaa d*or valait 100,000 thalers.

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