CHAPITRE IX
GUSTAVE IIL
MARIAGE DE GUSTAVE III. — 0IÈTB DB 1771. — RÉVOLUTION DE 1772: •-• NAIS- SANCE DB GUSTAVE-ADOLPHE. — DIÈTE DE 1778. — DIÈTE DE 1786* -^ GUERRE AVEC LA RUSSIE. — DIÈTE DE 1789. — ACTE DE SURETE ET D'UNION, -^ PAIX AVEC LA RUSSIE. — DIÈTE DB 1791, — ASSASSINAT DE GUSTAVE lit ET SON CARACTÈRE.
Gustave m , fils atné d'Adolphe-Frédéric , était né le 24 janvier 1746. Nous avons déjà dit que Tessin fut son premier gouverneur et Dalin son premier précepteur. Celui-ci, ayant été congédié par les états , fut remplacé par Klingenstjema , comme Tessin l'avait été par Scheffer. Gustave fut de bonne heure témoin des humiliations dont les partis abreuvaient son père et le gouvernement, et il prit la résolution de les écraser. La nature l'avait doué de grandes qualités; il était éloquent, affable , séduisant dans ses manières, et 11 avait fait des études profondes sur l'histoire. Ce fut lui qui, en 1768 , persuada à son père d'abdiquer et qui depuis dirigea la diète. La princesse danoise Sophie-Madeleine devint son épouse. Ayant entrepris plus tard un voyage en France, il se trouvait à Paris à la mort de son père. Dès qu'il eut reçu la triste nouvelle de cet événement, il reprit en toute hâte la route de la Suède, en passant par Berlin. Il s'était lié d'une amitié intime avec Louis XYL H ouvrit la diète le 25 juin. Depuis Charles X, la voix des rois de Suède ne s'était pas fait entendre aux états, et les paroles du Jeune roi eurent du retentissement dans tous les cœurs. Mais cette impression fit bientôt place à la plus grande méfiance. Depuis ving^
ans on prédisait une révolution A ravénomcnt au trône d'un prince indigène. Les opinions et les sympaties politiques de Gustave étaient connues. L'animosité des bonneii contre les cha^ peaux j à Taide desquels Adolphe-Frédéric avait fait la loi au sénat, se réveilla. Ceux-ci savaient bien quelle part le nouveau roi avait eue dans la conduite de son père \ aussi on peut dire que toutes leurs démarches étaient une critique de celle du roi. Nous devons avouer que tous les personnages qui figurent sur la scène perdent de rinlérêt qu'ils inspirent à mesure que nous approchons du dénoûment. Les premiers, hommes politiques , partisans de la liberté , débris d'une ancienne aristocratie qui conservait les traditions d'une époque plus glorieuse, remportaient en valeur personnelle sur leurs successeurs et leurs vainqueurs ^ ils avaient en vue , sans nul doute , une politique indépendante , autant que le permettait la nouvelle position de la Suéde, et tendant à recueillir des forces pour les employer plus tard. Ce plan , quoique favorable au maintien de la paix , n'était pas dicté par la lâcheté , et il y aurait une grande injusiice à les accuser d'avoir voulu sacrifier A un voisin formidable l'indépendance ou la gloire de leur patrie parce qu'ils ne partageaient pas le fol orgueil de ceux qui doublement trompés dans leur calcul s'exagéraient leurs forces et méprisaient celles de l'ennemi. Sous le point de vue moral , leur conduite ne fut pas bien pure ; mais elle mérite moins de blÀme pour l'époque où on se trouvait que pour celle qui suivit. A la diète de 1738 , le pouvoir était tombé dans les mains de la nouvelle noblesse ; ce pouvoir l'éleva en faisant un appel aux passions et à la populace : cette populace était dirigée par les jeunes nobles, qui la poussaient à la guerre ; mais ceux qui les avaient provoqués éprouvèrent plus lard qu'ils n'avaient fait que forger des fers pour eux-mêmes. Nous ne sommes pas les admirateurs d'Arvid Horn et de ses semblables ; mais quelle difTérence entre lui et Tessin et Gyllenborg ! Cependant la corruption faisait des progrès effrayans : on acheta les voix -, dix tonneaux d'or n'étaient rien quand il s'agissait de gagner la majorité dans les diètes. Mais l'argent n'était pas le seul moyen de corruption ; ;ia justice et les fonctions étaient Ténales. A la suite des querelles , le roi appela , le 28 novembre 1771 , le maréchal de la diète et les autres orateurs. En présence de quatre sé-
nateurs, il peignit le danger où ces dlssefiilont jetaient la nation ; il les pria de se mettre d'ac-» cord et s'ofh-it lui-même comme médiateur. Les partis regardèrent le discours du roi comme une pasquinade. Le couronnement de Gustave III fut célébré au milieu de ces circonstances, le 29 mai 177a. La révolution qui devait changer le sort du pays fermentait déjà dans sa têle ; il avait gagné la confiance des jeunes of^ Aciers , qui tous témoignèrent le xèle le plus ardent pour ses intérêts.
Le roi aimait le séjour de ses chftteaux; ilpa* raissait s'abandonner tout entier aux agrémens de la vie champêtre et n^avoir que de Tindif* férence pour les affaires du gouvernement. On l'en blâmait *, mais les partisans de la cour es* sayaient par tous les moyens de rendre la posi-» tion du peuple insupportable et de préparer ainsi une révolte générale. Les trois états rotu* riers abusèrent de leur prépondérance sur la noblesse à la diète ; ils tombèrent dans on abtme d'orgueil : ils déclarèrent les sénateurs , A Pexceptlon de deux , indignes de la confiance dea états. Les bùnnetê crurent avoir gagné la partie, et les chapeaux semUéren t céder; mats cette conduite des derniers était le résultat de profonda calculs : ils s'attachèrent au roi, ne voulant pas défendre une constitution qui ne le protégeait plus. Plusieurs d'entre eux, qui avaient protestA contre tout changement de la constitution, quittèrent la capitale. De ce nombre était Axel Fersen , qui , avant de partir, dit aux états', « qu'aucun ami du bien public ne pouvait ap« prouver leurs procédés ; que les affaires changeraient bientôt , et qu'il ne voulait prendre aucune part dans leur désunion. » Les états , après avoir destitué les sénateurs , les rempla*cérent par des bonnets. Pour i^outer au mé^ contentement général, on fit hausser le prix des denrées. Plusieurs provinces souHrirenl une véritable disette. Cependant le rot avait ra»* semblé 150 officiers sous les ordres du colonel Sprengporten , sous prétexte de les iûslruire dans les manœuvres ; mais c'était en effel pour sonder leurs opinions et capter leur confiance. Toujours présent à leurs exercices. Ane larda pas à gagner leurs cœurs. Pendant que le parti dominant s'efforçait de compléter sa victoire, le roi mûrissait son plan. Partout on aperce» vait les signes d'une inquiétude, générale; des placards furent affichés à tous les coins de la capitale pour etcRer to peoipb A la léfDlte»