‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 257 sur 275 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Pour se débarrasser de Sprengporten , on reo- Toya en Finlande. Le duc Charles par lit pour laScanie, sous prélexle d'attendre Tarrivée de sa mère, qui venait de Berlin; le prince Frédéric se rendit à Médewi en Oslrogothie pour prendre les eaux. Ces deux princes cherchaient à gagner les soldats par leur alTabililé \ mais comme ils n'osaient pas rassembler des troupes , il fallait quelque mouvement qui rendît cette mesure nécessaire. Le commandant de la forteresse de Christianstad, qui n'avait d'autre volonté que celle de Toll >, se révolta, Terma les portes et fortifia la citadelle. Le prince Charles rassembla aussitôt cinq régimens ; le duc Frédéric se mit à la tète des troupes d'Ostrogothie. Par ce moyen on détourna l'attention de la capitale y et Ton eut l'occasion de réunir un corps d'armée. Rudbeck, envoyé de Stockholm pour constater la réalité de la révolte, y retourna sans avoir été reçu. Le comité secret décida qu'on ferait entrer des troupes dans Stockholm , que Christianstad serait assiégée et le roi retenu dans la capitale. On le surveilla; mais il dissimula si bien ses véritables projets que personne ne les connut avant que la révolution fût consommée. La veille, on jouait Thétii et Pelée, et le roi paraissait plus occupé de cet opéra que des orages qui grondaient autour de lui. Ce fut le 19 août (1773) que la révolution se fit. Le roi se mit à la tftte des troupes au milieu d'un grand nombre d'officiers qui portaient, comme signe 4e ralliement, un mouchoir blanc au bras gauche, n parcourut ainsi les rues : les troupes lui prêtèrent serment de fidélité.

Le jour suivant, toutes les administrations prêtèrent serment; les états suivirent cet exemple le 21. La nouvelle constitution fut lue et acceptée *•

* Ce Toll, à sa mort, était maréchal de l'armée de Suède et gouverneur général de la Scante. C'était un homme intrigant et plus propre aux affaires d'administration q4i'à celles de la guerre. Ses conseils conlri* huèrent puissamment à la guerre de 178S , à tout ce qui arrlra A la diète de Norkdplng en 1800 et au sort de Gustave-Adolphe, par Tamour du despotisme quMl lui inspira.

* Parmi les articles de celte nouvelle loi fondamentale, on disUnguait ceux-ci i « Aucune loi ne peut être adoptée on aholie sans la sanction des états; mais le roi convoque les diètes et fixe le lieu où elles doivent se tenir. I«e roi choisit son conseil. Il fait la paix , les armistices et les traités; mais il ne peut déclarer au**

Celte révolution Ait consommée sans la moindre effusion de sang. Sans elle , la Suède eût probablement subi le sort qui frappa peu de temps après la Pologne , victime de ses dissensions. Les six premières années du règne de Gustave III furent les plus heureuses. Il n'abusa pas du pouvoir dont il était investi, et il prit différentes mesures importantes dans l'intérêt de ses sujets. Il abolit la torture et prohiba la fabrication de l'eau-de-vie; mais cette prohibition fut bientôt éludée , et trois ans après on établit dans toutes les provinces des distilleries royales qui furent données à ferme. L'usage de i'eau-^le-vie fut ainsi introduit chez les paysans. Le gouvernement actuel est obligé de lutter contre ce vice pour emp6cher la démoralisation du peuple. La mendicité fut défendue, et des maisons de travail furent fondées. La liberté de la presse fut étendue (26 avril 1774) ; mais au bout de six ans elle fut de nouveau anéantie.

Le roi donna un soin particulier à l'amélioration des mines et des finances. C'est au ministre [Liijenkrantz qu'on est redevable des salutaires innovations introduites dans cette dernière branche. Le commerce reçut des encouragemens. Marstrand, situé sur le Catégat, ftit déclaré port franc , et pendant la guerre de l'indépendance , la Suède , le Danemark et la Russie signèrent une neutralité armée pour le protéger. De fortes sommes entrèrent dans le royaume.

Six ans après la révolution, Gustave III c<hivoqua la première diète. Il nomma le maréchal et les orateurs, ce que les rois de Suède n'avaient pas fait depuis 1719. Ce hit à cette diète que le comte Axel Fersen demanda avec instance une enquête sur le comité de la ban*» que, qui empêchait que le gouvernement eût recours à celle-ci dans ses embarras; aussi le roi était-il très-indisposé contre Fersen, l'accablant de reproches et lui disant qu'il voulait lui disputer le sceptre. Fersen répondit avec une fermeté digne de l'ancien chef des ckapeatÂX: (( Une* telle accusation dans la bouche d'un roi est souvent une sentence de mort ; mais en me vouant au service de mon pays. Je hii ai fait le sacrifice de ma vie. Je ne changerai

cane guerre offensife sans le consentement des étals. Il commande les armées de terre et de mer. » Ainsi le roi avait le pouvoir exécutif et les états le droit de tot ter les impôts. .

rien à mes opinions. J'attache peu de prix à ma vie, surchargée qu'elle est d'années et d'infirmités; cependant ma tète ne tomberait pas sans danger pour le roi. >» Malgré tout^ le comité de la banque fut obligé de jurer qu'il garderait le silence, de sorte que les arrangemens pris par le roi avec cette administration restèrent un secret pour les états et pour la nation. Pendant la réunion des états, la reine, après onze ans de stérilité , accoucha d'un prince à qui on donna le nom de Gustave-Adolphe. Les étals, invités à le tenir sur les fonts baptismaux, se laissèrent entraîner à lui accorder en dotation quarante-deux tonneaux d'or, payables en sept ans par une taxe personnelle. Le roi fut autorisé à puiser dans la banque cinquante tonneaux d'or pour les dépenses imprévues. . On décréta la liberté des cultes ; mais à peine ce droit existait-il depuis deux mois, que les nobles mécontens commencèrent à se plaindre de la constitution. Le roi prononça incontinent la dissolution des états (26 janvier 1779). Sur les conseils de Toll, une nouvelle diète fut convoquée pour le 8 mai 1786. On ignore encore les véritables causes de cette convocation. Le roi fit quatre propositions, dont une seule fut acceptée : elle était relative à remploi de cinquante tonneaux d'or pour l'établissement des magasins de grains ; on les consacra plus tard aux armemens contre la Russie. La noblesse revint sur le même sujet qui avait entraîné la dissolution de la dernière diète ; elle demanda que dans toutes les questions de législation, à l'exception de celles qui touchaient les privilèges et les contributions pour la décision desquelles il fallait l'unanimité, la majorité de trois états entraînât l'adoption de la proposition, et que cette proposition fût abandonnée dans le cas où les avis seraient partagés. Comme les autres états se réunirent à la noblesse, le roi fut obligé de céder .Toll, qui à cette époque était l'agent et le conseiller du roi, avait ménagé dans plusieurs provinces avec les paysans une convention parlaquelleilssechargaientd'entretenir des fantassins et d'acquitter une certaine contribution à la couronne {passevolans-afgift) au lieu de donner en nature aux soldats ce dont ils avaient besoin lorsqu'ils se rendaient aux manœuvres et aux camps. Cette contribution était très-avantageuse, et le roi la voulait étendre à tout le royaume. Les prêtres et les bourgeois ^'y soumirent ; mais les nobles et les paysans

refusèrent. Deux états se trouyant contre deux autres , la proposition fut mise à néant. Les états demandèrent le rétablissement de la liberté de la presse' et l'abolition des monopoles ; mais le roi ne youlait entendre parler ni de Ton ni de l'autre. Enfin on voulait affiranchir la fabrication de l'eau-de-vie moyennant un imp6t annuel de dix-huit tonneaux d'or. Un des membresles plushardisde la noblesse, Frielzki, prétendit que les distilleries royales coûtaient au pays cinquante-quatre tonneaux d'or, et que le droit de fabriquer de l'eau-de-yie appartenait à la terre et non à la couronne. Le roi, mécontent de trouver si peu de dispositions bienyeillantes dans l'assemblée nationale, prononça sa dissolution sous prétexte qu'il devait se rendre au camp formé en Scanie ; mais son humeur perçait dans son discours, et fl dit qu^il espérait ne cevoir de longtemps les états.

Gustave III, pendant les premières années de son règne , jouit d'une popularité méritée et d'un amour sincère de ses sujets ; mais ses dépenses et son luxe effrénés le Jetèrent souyent dans le besoin : il avait alors recours à des moyens dont les effets désastreux se sont prolongés Jusqu'à nous. Il ne pouvait sort^ de cet état de gène, et comme les états ne se montraient pasassezUbéraux à son gré, il trouva que son pouvoir était trop borné, et il avait dessein de saisir la première occasion qui se présenterait pour en reculer les limites. Il nourrissait une haine profonde contre la Russie, à laquelle il attribuait la résistance qu^ilavait rencontrée^. Le ministre de cette puissance, Rasumowski, avait à la vérité des entrevues avec les mécontens du parti de la noblesse, qui ne tardèrent pas , chacun dans ses domaines , à représenter le roi sous les plus noires couleurs. Il est yrai que le roi n'était plus ce prince aimable et libéral qui avait détruit l'hydre des dissensions : il commençait à gouverner sans tenir compte de l'opinion publique, et celte opinion, un roi

* Sprengporten , un des favoris do roi, était tombé en disgrAce. En 1783, Il avait conça le projet de rendre la Finlande indépendante, sous la protection de la Russie. Il en fit la confidence à ses amis et A Fersen, qal en fit part an roi. Gustave voulait éloigner Sprengporten : Il lui accorda la permission d'entrer an service de la HoUande, et le comte Fersen Inl avança les fonds nécessaires pour le voyage ; mais 11 revint en 1786, fut à la diète nn des membres les plos emportés de ropposiUon $ pals II se rendit en Riisiie« où 11 devint maJor général.

Page 1