‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 258 sur 275 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

lid-mème ne'peot la heurter impunément U mit & la tète des affaires des jeunes gens et des favoris qu^ii substituait à d'anciens employés blanchis dans radministration et formés pendant Fépoque de la liberté. La politique extérieure, qui avait été bien dirigée par le comte Scheffer jusqu'à 1783, fut abandonnée au comte Greutz , qui n'était qu'un instrument à la discrétion de ToU.

La guerre allumée entre la Turquie et la Russie étendit bientôt ses ravages dans le Nord. Gustave, excitéparla Prusse etpar l'Angleterre, voulait y prendre part. Il fit un voyage à Copenhague pour entraîner la cour de Danemark dans une alliance; mais il échoua. La Russie arma tous ses vaisseaux à Cronstadt ; le port de Garlscrone devint le théfttre d'une activité non moins grande. Le roi séjourna à Haga. Son temps était partagé entre des projets de guerre, qu'il concertait avec ToU, Armfelt et Othon Wrede, et l'étude des belles-lettres.

L'état des affaires à l'intérieur était peu favorable au succès d'une guerre offensive, car d'un côté elle ne pouvait avoir lieu sans le consentement des états-, de l'autre, les vieilles haines reprirent leur énergie. U était impossible que la Suéde, avec sa dette de 7,000,000 de thalers, pût faire une guerre à ses frais ^ on avait des officiers sans expérience et des armemens incomplets. Dans les deux premières campagnes, la moitié de l'armée fut moissonnée par les maladies. On rassembla sur les frontières (juiUet 1788) environ 30,000 hommes. A Pétersbourg, on ne croyait pas encore à la guelre, parce qu'elle était contre la constitution ^ cette fausse sécurité se changea en terreur lorsqu'on acquit la certitude qu'elle était décidée. L'impératrice elle-même fut sur le point de quitter sa résidance* . Le duc Charles était sorti du port de Carlscrone avec une flotte formidable. U trouva dans la Baltique sept vaisseaux de ligne russes ^ mais n'ayant point encore d'ordres, il ne voulut pas attaquer cette escadre, qui par la suite inquiéta beaucoup le commerce suédois, tandis que si elle eût été prise , le courage de la nation se serait ranimé. La bataiUe qui fut livrée le 17 juillet à Hogland fut indécise. Sur ces entrefaites, Gustave s'était rendu en Finlande ^ il avait déclaré qu'il était prêt à souscrire au maintien de la paix si l'impératrice voulait restituer la Crimée, accepter sa méiJUation, rendre à la Suède

les frontières qu'elle avait en 1741 et payer tous les frais de la guerre. Le ministre russe à Stockholm devait aussi être puni pour sa conduite envers le roi.

On s'était décidé à la guerre sans avoir pris les mesures nécessaires pour en assurer le succès : ainsi on manquait d'approvisionnemens, d'habillemens , de pièces de gros calibre et de chevaux 3 le roi n'était entouré que déjeunes officiers, et les plus âgés se sentaientoffensés de celte étrange conduite. Si l'armée s'était portée de suite sur Frederikshamn et Wiborg, si surtout on avait su faire la guerre, non-seulement on aurait trouvé ces villes sans défense, mais on aurait eu encore des chances de réussite contre Pétersbourg. — Catherine, qui déjà s'apprêtait à partir, ne fut retenue que par un de ses ministres, Markoff, qui, ayant séjourné à Stockholm, affirma que les divisions et l'insubordination des Suédois feraient bientôt avorter les projets ambitieux de Gustave III. Le roi perdait de jour en jour de son autorité*, il se présentait à ses soldats vêtu comme un comédien. Dans cette conjoncture, les officiers tra^ mèrcnt une conjuration. Deux colonels , Hd$t^ $ko, chef du régiment d'Àbo, et Ottery chef de celui de BjOrnborg, déclarèrent en termes clairs et précis au roi, qui resta muet de surprise, qu'il n'avait aucun droit de les conduire à une guerre offensive sans le consentement des états du royaume, mais que si leur patrie était attaquée, ils verseraient pour sa défense la dernière goutte de leur sang. Le roi, se fiant à son éloquence et à l'empire qu'il exerçait sur les esprits, en appela aux soldats qui l'entouraient. Ceux-ci, au Heu de se séparer de leurs chefs, écoutèrent le roi dans un morne silence, et le régiment d'Abo mit bas les armes.

Affligé et humilié tout à la fois , Gustave III ne se sentit pas assez fort alors pour punir cette trahison. Le colonel Hftstsko dit au roi, à voix basse : u Prenez garde, sire, le moment est critique ; songez qu'une seule mesure fausse peut entraîner la perte de votre couronne ! » Gustave fut obligé de quitter le territoire russe. Mais ce n'était pas assez : les chefs de l'armée révoltée, parmi lesquels nous nommerons le général C. Armfelt, envoyèrent à rimpéralrice un officier appelé Jâgerborn chargé de lui remettre la déclaration de l'armée. Ce traître fut bien reçu de Catherine, à qui cette conduite déloyale était si utile, puisqu'elle renversait

loi plans de son ennemi. Lé brait courut à Saint-Pétersbourg que le duc de Sudermanie lui-même était du. nombre des traîtres , parce que les négociatioos avaient eu lieu sous ses yeux ( il avait quitté la flotte pour prendre le commandement de Tarmée). Un seul officier général , Platen , conserva courageusement sa position dans la Garélie, disant qu'il ne pouvait pas être lié par une convention arrachée À son chef par la révolte. Il n'était plus question des ordres du roi. On flt circuler dans Tarmée de nouveaux projets de constitution. On projeta d'envoyer des troupes à Stockholm ^ mais l'argent manquait. On eût dit que le roi allait être destitué. Ses soupçons et sa colère tombèrent sur T0II9 qu'il considérait comme l'ayant trahi. Gustave songeait même à son abdication 9 et il voulait se retirer en France. Il versait des larmes en regardant les insignes de Tordre de l'Epée appendus au mur de sa chambre , disant qu'il était indigne de les porter. Il reçut en même temps la nouvelle que le Danemark se déclarait pour la Russie. « Je suis sauvé I » sécria-t-il. « Et moi, dit Toll, je le croyais Tou.» Mais les événemens prouvèrent que Gustave avait le coup d'œil plus juste que ce favori : le roi prévoyait que le peuple et les puissances étrangères épouseraient sa cause , et il ne se trompait pas. Il avait un prétexte pour quitter l'armée : l'horizon de la Suéde était sombre , l'esprit de parti avait ramené la discorde. La noblesse approuvait la conduite de l'armée Anlandaise *, le peuple la qualifiait de rebelle. Gustave partit pour la Daléearlie ^ il visita les endroits où Gustave I«' avait parlé à ce brave peuple, et il eut bientôt un corps volontaire de 3,000 hommes sous ses ordres. Les Danois , entrés en Suède, menaçaient Gothenbourg. Le roi y vola pour s'opposer au général ennemi. Les ministres anglais et prussien déclarèrent que si les troupes danoises n'évacuaient le territoire suédois , une flotte anglaise viendrait bombarder Copenhague , et une armée prussienne envahirait le Holstein. Les Danois se retirèrent, n'osant braver ces menaces. Gustave, de retour dans sa capitale (20 décembre 1788), y fut salué des plus bruyantes acclamations. Il ne put voir sans une vive joie l'expression de Tamour que le peuple lui portait ; il comptait bien en profiler pour punir les olflciers de l'armée finlandaise et terrasser la noblesse. Nous avons vu que le prince Charles, au dé- ,

part du roi y avait reçu le c<Aniiiandement de l'armée. Un colonel et beaucoupd'ofBciers l'engagèrent à soutenir la diète et à ratifier l'armistice. On dit que ce duc , d'un caractère naturellement faible , et ambitieux du pouvoir , n'accueillit pas ces propositions avec indiflérence ; ce qu'il y a de certain ^ c'est que son fVère fut très-mécpnlent de sa conduite. Cependant il rétablit dans l'armée l'ordre et la su« bordination. Les cheA delà conjuration d'An* jala , croyant leur sûreté garantie par la protection du prince Charles, en furent bientôt les victimes.

Au lieu d'apaiser, par une sage modération, les discordes et les haines qui commençaient à fermenter , le roi ne travailla qu'à rendre la division encore plus profonde entre les états et à se procurer par ce moyen un accroissement de pouvoir encore plus absolu. Des libelles diffamatoires contre l'armée et la noblesse furent distribuées d'un bout du royaume & l'autre. On regardait la convocation des états comme nécessaire au développement du pouyoir royal et comme un moyen de se procurer de l'argent : elle avait été déjà résolue pendant le séjour de Gustave III à Gothenbourg (8 décembre 1788), après la retraite des Danois. Le maréchal Meyerfeld 9 qui avait reçu le commandement de la Finlande *, eut ordre d'arrêter les officiers. Le roi , qui n'était point d'humeur sanguinaire , aurait voulu que les principaux instigateurs s'échappassent afin de n'être pas obligé de sévir contre eux. Il n'attribuait la sédition qu'aux intrigues de la noblesse, qui avait déjÀ montré son mauvais vouloir à la diète de 1786; il mit d'ailleurs tout en œuvre pour que les représen* tans des trois états roturiers se prononçassent avec la plus grande énergie contre la noblesse et contre la trahison de l'armée. On exaspéra I9 peuple contre les nobles en les appelant Russes et en les accusant d'avoir accepté l'argent de la Russie. Charles-Emile Lewenhaupt, fils de celui qui avait joué un rôle si malheureux dans la guerre de la Finlande en 1742, fut nommé maréchal de la diète, quoique faible et sans considération : il se laissait conduire par unNordin, digne instrument du despotisme»

A la diète qui s'ouvrit le 2 février 1789, la noblesse se montra hautaine et inflexible mal-

* Le prince Charles s'était rendu de SaéabOrg avee la grande flotte A Garlscroneé'

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