CHAPITRE m
par les expéditions des Normands, tempête devenue si violente que la conversion du Nord était d^un intérêt commun pour toute la chrétienté. Gorm-ie- Vieux soumit le Danemark sous Un seul sceptre. La souveraineté des anciens rois d'Upsala sur les Suédois et les Goths , rondée d'abord sur Tautorité sacerdotale ^ parut s'affermir quand le puissant Erik Émundsson eut réduit les deux peuples à sa domination. Harald H&rfager (aux beaux cheveux), descendant de la famille d'Ynglinga, chassée du trône de Suéde , brisa la puissance des petits rois de Norvège et étendit son sceptre surtout le pays, ce qui provoqua de grandes migrations. Bientôt Rolf s'empara de la Normandie, d^où sortirent ces guerriers qui firent plus tard la conquête de l'Angleterre et fondèrent le royaume de Naples. De nouvelles bandes d^aventuriers se précipitèrent par les routes connues sur la Bretagne, l'Irlande et les îles de la mer occidentale. Le Norrland suédcâs reçut des colonies nouvelles ; l'Islande eut des habitans ^ au nombre de ceux qui découvrirent cette tle on comptait un Suédois ^ plusieurs autres, et même des fils de rois , s'y retirèrent. Ce fut de là que sortirent les pirates du Nord pour explorer les côtes du Groenland et même celles de l'Amérique septentrionale. Sous les neiges et les feux de l'Islande se forma un nouveau foyer de traditions pour alimenter les sagas du Nord. La richesse des témoignages contemporains depuis le temps de Harald Hârfager corrobore l'authenticité de ces sagas. Snorre Sturleson, après avoir longtemps gardé le silence sur la Suède , lui donne quelquefois place dans ses récits, après la chute de la famille d'Ynglinga, et l'histoire du Nord commence à avoir une chronologie. Erik Emundsson avait soumis la partie de la Norvège qui avait jadis appartenu au royaume de Ragnar Lodbrok -, mais il perdit sa conquête, qui tomba au pouvoir de Harald Ilârfager, auquel il disputa la possession du Wermland jusqu'à sa mort, qui eut lieu, dit Snorre Sturleson, dix ans après que Harald Ilârfager eut réduit la Norvège sous son obéissance. Si nous datons de l'époque où ce dernier s'empara de tout le royaume *, Erik Emundsson mourut en 885.
Il eut pour successeur son fils Bjôrn , dont
* Ce qui se rapporte à Tannée de la bataille de HafursQord. (Voyez Torfous, UUU Norv,, t. Il, p. 97.)
toute l'histoire mérite le témoignage honorable que l'orateur suédois lui rendit à Vallshàrjartinijr d'Upsala, quatre-vingts ans après sa mort : (( Que le royaume de Suède fut florissant tant que vécut le roi Bjôrn. » 11 fut surnommé Bjôrnle- Vieux. Les Islandais lui accordent cmquante ans de règne, et il mourut probablementen 935. Bjôrn eut pour fils Erik et Olof ^ ils étaient très-jeunes quand ils perdirent leur père : le premier vécut jusqu'à 093. C'est à cette-même époque qu'on dit qu'un roi du nom de Ring régna avec ses fils sur la Suède. Comme il n'est pas question de lui dans la dissension qui s'éleva depuis au milieu de la famille royale , ou le règne de Ring s'est écoulé sous la minorité des héritiers légitimes du trône , ou il appartient , tainsi que ses fils , à celte race de petits rois qui ont dominé en Suède, même longtemps après les efTorts que fit Ingiald lllrâda pour les exterminer. Erik et Olof régnèrent en commun depuis le moment où ils tinrent les rênes du gouvernement jusqu'à la mort du dernier. Il laissa un fils connu sous le nom de Styrbjôrnle-Fort {d&ft Starke). Styrbjôrn , arrivé à Tâge de douze ans, ne voulut pas s'asseoir à la table de son oncle , mais il s'en fut sur le tertre de son père , indiquant ainsi qu'il voulait entrer dans son héritage. Erik alors lui promit de lui rendre quand il aurait atteint seize ans la partie du royaume qui lui appartenait; mais le jeune homme ne cessant de troubler la tranquillité du pays , on lui confia soixante vaisseaux bien équipés pour qu'il trouvât Toocasion de prouver son courage par des expéditions lointaines. Muni de ces forces, Styrbjôrn porta au loin ses ravages et devint chef des pirates de Jomsburg sur les côtesdelaPoméranie, repaire de pirates le plus fameux qui existât dans le Nord , formant une république fondée sur des principes qui nous rappellent les flibustiers du dix-septième siècle dans les mers des Indes occidentales. Ensuite il se rendit en Suède à la tête d'une grande flotte, après avoir obligé Harald Gormsson, roi de Danemark, à l'y accompagner. Celui-ci céda à la nécessité , mais il s'en vengea en l'abandonnant plus lard au milieu du péril. Styrbjôrn mit le feu à ses vaisseaux, pour ne laisser à ses soldats d'autre espérance que dans la victoire, puis il s'avança vers Upsala. Là se livra la fameuse bataille de Fyriswall , qui dura trois jours, et où Erik acquit le surnom de Victorieux {SegersàU) , par
le succès qu'il remporta. SlyrbJOrn sacriûa à Thor. Erik se rendit , au milieu de la nuit, au temple d'Odin et lui promit de se vouer à lui au bout de dix ans. SlyrbJOrn fut lue avec presque tous ses guerriers. Après sa victoire, Erik monta sur la colline dX'psala et promit de récompenser de sa propre main celui qui composerait un chant héroïque. Thorvard Hjalleson se présenta, en prononça un et reçut du roi un anneau d'or. On a remarqué que c'est le seul chant qu'il ait produit : les deux strophes qu'il fit entendre en présence du roi et de l'armée sont parvenues jusqu'à nous *. La bataille de Fyriswall se donna en 983. La part involontaire que prit à cette sanglante journée le roi Jlarald Gormsson occasionna plus tard entre la Suède et le Danemark une guerre qui contraignit le fils de Harald Sven Tweskjâgg à abandonner ses états, ce qui rendit Erik Segers&ll matlre à la fois de la Suéde et du Danemark, où il régna jusqu'à sa mort^ Ce même roi , sans contredit un des plus puissans qui aient gouverné la Suède dans les temps idolâtres, s'entretenant un jour avec un envoyé de Norvège, disait pourtant d'un riche paysan, son sujet, qui avait donné asile à une reine fugitive de Norvège : « Il est plus puissant que moi dans beaucoup de choses, et naguère, quand nous étions rivaux, son influence était plus grande que la mienne *. » C'est à ce sujel qu'Adam de Brème dit : « Les Suédois ont des rois d'ancienne race , mais leur puissance dépend du peuple : ce que celui-ci a résolu , l'autre ne tarde pas à s'y conformer. Quelquefois le peuple cède au vœu du roi, mais c'est involontairement. Les paysans chez eux se regardent comme ses égaux ^ mais tous lui obéissent quand il s'agit de marcher contre l'ennemi. »
La première épouse d'Erik Segersâll était Sigrid, que son esprit hautain fit surnommer Slorrâda ou TOrgueilleuse. Le roi se sépara d'elle ^ cependant elle conserva toute son autorité, qui continua même après la mort de son mari ', car elle ne larda pas à contracter de nouveaux liens avec Sven , roi de Danemark , lequel, par cette alliance, rentra en possession de son royaume héréditaire.
Olof ^ fils d'Erik Segersàll et de Sigrid ,
* Voyez Muller, Sagabibliotek.
• Adam. Brem., liv. II. ce. 21, 26, 27,
s Sagad'Olof Tryggwason, Stockb., 1691, p. 11.
était encore au berceau lorsqu'il fut proclamé : de là son nom de Skolkonung (roi au berceau). Si ce récit est véritable, il avait reçu probablement les hommages du peuple suédois du vivant de son père -, car la part active que prit Olof à la guerre qui éclata peu après son avènement au trône prouve qu'il était sorti de l'enfance. Un grand changement s'efTectua en Norvège. Le royaume de Harald Ilârfager fut partagé entre tous ses fils , et ceux-ci s'affaiblirent par des guerres civiles , ce qui donna occasion au jarl de Norvège Ilâkan d'appeler au trône de Norvège Harald Gormsson , déjà roi de Danemark. Il n^étail, au surplus, roi de Norvège que de nom : c'était Hâkan qui exerçait réellement le pouvoir suprême. Olof Tryggwason, encore à la mamelle quand sa mère Tavait emporté de Norvège , était devenu homme en pays étranger, et après avoir subi les caprices de la fortune, il s'était acquis par de grands exploits de la gloire et de la renommée. Il retourna dans sa patrie, renversa la puissance du jarl H&kan , et , en qualité de descendant de Harald H&rfager, il éleva des prétentions à la couronne. Le jarl HSkan fut assassiné par son esclave. Ses fils cherchèrent un asile en Suède et le trouvèrent auprès d'Olof SkOtkonung. Vers 995, Olof Tryggwason fut proclamé roi de Norvège. Une partie de ce royaume paraît toutefois s'être soumise à la Suède, par suite de ces bouleversemens et du zèle du roi pour la propagation du christianisme , zèle qu'il poussa jusqu'à rimprudence». Olof Tryggwason avait aussi demandé en mariage la puissante reine Sigrid, et il avait su toucher son cœur, mieux que son parent Harald Granske, qu'elle avait fait périr par le feu, <( pour ôter, disait-elle, aux petits roitelets Tcnvie de demander sa main.» Mais Olof, ayant vu ses propositions bien accueillies , voulut qu'elle reçût le baptême. Le refus qu'il éprouva le mit en fureur, et il s'emporta au point de fhipper la reine de son gant au visage, en accompagnant cet acte brutal de paroles outrageantes, a Gela te coûtera la vie, » répondit Sigrid. Elle épousa plus tard, comme nous l'avons vu , le roi Sven de Danemark , dont la sœur fut unie à Olof Tryggwason. Au bout de quelques années, ce dernier résolut de conduire une expédition contre les Vendes, en Poméranie, pour recouvrer , selon le désir d«
* Ibid., pag. 170.