CHAPITRE III
sa femme, les possessions qu'elle y avait eues. Sigrid Storrâda saisit ce moment pour ménager une alliance entre le roi Sven, son mari , le roi Olof de Suéde , son fils , et les fils du jarl Hâltan. Leurs forces réunies devaient attaquer Olof Tryggwason à son retour de son expédition. Une grande flotte fut réunie sous le commandement des princes alliés en personne. Olof Tryggwason, enveloppé sans s'y attendre, succomba sous le nombre après une résistance désespérée. Pour ne pas tomber aux mains de ses ennemis , il se précipita dans la mer et ne reparut plus. Ce combat naval eut lieu Tan 1000, près de Ttle Svolder*, sur les côtes de la Poméranie. Les vainqueurs se partagèrent la Norvège, dont une grande partie fut donnée en apanage aux fils de H&kan.
Olof Skôlkonung fut le premier roi chrétien de la Suède. Selon la liste des rois , dans l'ancienne Loi de la F'estrogothie^ il fut baptisédans la source de Husaby (enVestrogothie) par le saint évèque Sigfrid. La Suède avait reçu de temps en temps des missionnaires chrétiens. C'étaient tantôt des Danois envoyés par les archevêques de Brème, tantôt des Anglais poussés par un zèle spontané. Sigfrid avait été mandé d'Angleterre par Olof Skôtkonung. Celui-ci avait sans doute puisé les principes du christianisme en Danemark pendant le séjour qu'il y fit avec son père, qui y fut baptisé lui-même, quoiqu'il soit revenu plus tard à ses anciens dieux *. Ce second apôtre du Nord (Sigfrid mérite ce titre après Anschair) consacra sa longue vie à répandre lechristianisme parmi les Suédois et lesNorvégiens'. Il mourut dans un âge très-avancé à Verend , dans le Smâland , où il avait planté la croix à son arrivée *. Olof Skôtkonung fut baptisé vera. le dixième siècle. Point de doute qu'il ne fût chrétien ayant la bataille de Svolder, puisqu'on lit dans Adam de Brème , que lorsque ce prince restitua à Sven Tweskjâgg le royaume de Danemark, il y mit pour condition
* Probablemeat lile Raden dans le golfe de Grips* vald.
* Adam de Brème tenait le Tait du roi de Danemark.: « Mericum, postsusceptam cbrisUanitatem denuo relap* aum faisse. »
' « Sigofridut , qui et apud Suedo8 et Nordmannos juxtA prsdicavit. Isqueduravit iisque ad nostram statem. » Ibid. Il vécut ainsi jusqu'au temps d'Adam de Brème.
* UUtoria sancti SigfHdi (écrite en 1205), Script, rqr, 9v, med. œvi., t If, p. 344*
que celui-ci, qui Jusqu'alors avait été l'ennemi du christianisme , s'engagerait à faire tous ses efforts pour en propager la doctrine *.
Les exploits sanglans de Sven Tweskjâgg en Bretagne , que les Danois parvinrent à soumettre, ne répondirent guère à la promesse qu'il avait faîteau roi de Suéde. Cependant la bonne intelligence entre les deux royaumes ne fut pas rompue. Des Suédois même , dit-on , s'engagèrent dans la guerre avec la Bretagne. Lorsque Canut (Knut) , fils de Sven , entreprit sa première expédition dans ce pays, Olof Skôtkonung était son allié, et des chroniques étrangères racontent même qu'un roi suédois accompagnait Canut , quoique son nom ne fi* gure pas dans nos annales *.
Des guerres perpétuelles avec la Norvège remplirent d'inquiétude la vie d'Olof Skôtkonung et troublèrent son règne. Olof Haraldson , autre descendant d'Harald Hârfager, si connu plus tard sous le nom de saint Olof, avait, ainsi que tous les fils des rois du Nord , employé sa jeunesse à des courses de piraterie. Ses aventures le conduisirent en Suède , où il fut cerné un Jour par Olof Skôtkonung dans le Mâlaren. On dit qu'il ne réussit à se sauver qu'en s'ouvrant un passage où les eaux de ce lac trouvèrent un nouvel écoulement. Après avoir partagé les dangers des guerres de la Grande - Bretagne , il rentra dans sa patrie , se fit des partisans, devint roi et mit un terme à la puissance suédoise et danoise en Norvège.
Olof Skôtkonung, trop orgueilleux pour céder aux Norvégiens , ne prit cependant aucune mesure de précaution pour défendre ses propres frontières.lCette indifférence excita dans le peuple un mécontentement qui finit par se
* «Oloph, qui post;obilum patrissui Herici, regnum super Sueones acccpit, cum eiercitu superveniens, infelicem Svein iterùm a regno expulitet Danfam obtinuit— restituitque eum Oloph in reguum suum, eum quod matrem suam habuerit uxorem; feceruntque paclum ad invieem firmissimum, ut christianitatem in regno suo plantatam retinerent et in cetcras nationes effundarent. » (Adam. Bremens. 1. II, c. 29.)
*Anno 1014,Svanu8 tyrannus, postinnumcrabiliaet crudelia mala qus vel in Anglia vel in aliis terris ge&r serai, raiserabili morte vitam (inivit.Simeon Dunelmcnsis dans Twysden, Histangl. Script.: adductissecum Lachinian rege Suecorum et Olao rege Noricorum» Tbamisium intravit. (Voyez Leges Edtcardi et la Oitronique dans WilKins.)
manifester à raZbA^r/ar^tfij, àUpsala, où l'envoyé de Norvège arriva accompagné du Jari des Yisigolhs Ragwald, pour ofTrir la paii et en même temps proposer la main de son matf re à une princesse de la cour de Suède. Nous allons exposer ce que rapportent, à ce sujets les Sagas des Roi9,
Dans les temps idolâtres , dit Snorre Sturieson, et suivant une ancienne coutume suédoise, le sacrifice devait être célébré àUpsala au mois de février (gôgemânad). C^était l'assemblée (ting) où tous les Suédois offraient un sacrifice pour leur roi, pour la paix et pour la victoire. C*était en même temps une foire, où se traitaient les affaires de commerce. Mais depuis que les rois eurent cessé de résider à Upsala, après rétablissement du christianisme en Suéde, on continua d'y tenir le ting et la foire dans -la semaine de la Chandeleur (fCyndehmessan). Le royaume de Suea avait beaucoup de provinces , et chaque province avait son assemblée , où la Justice était rendue {lagting) , d'après une loi particulière qui s'appliquait à beaucoup de cas : pour l'exécution de chaque loi, il existait un sénéchat; on choisissait, pour remplir ces fonctions le paysan le plus considéré. Il prenait la parole au nom de tous lorsque le roi , le Jarl ou l'évèque assemblait le peuple {hàlla ting). Celui-ci lui était dévoué, de sorte que les grands osaient à ^ine assister au ting sans la permission du sénéchal et des paysans. Le premier des sénéchaux de Suéde étaitcelui duTiundaland.il ç'^ppelaitThorgny, nom qui se transmettait, ainsi que la place, de père en fils. Il était regardé comme Thomme )e plus sage du royaume : c'était lui qui avait &it l'éducation de Ragwald Jarl.C'est pour cela que le jarl se rendit d'abord auprès de lui, avec les envoyés norvégiens. Ils arrivèrent à son hameau où ils trouvèrent des gjtaisons vastes et élégantes. Dans la salle d'assemblée , la place d'honneur était occupée par un vieillard ; jamais ils n'avaient vu d'homme d'une aussi belle taille : sa barbe descendait jusqu'à sa ceinture. C'était Torgny. Le jarl s'avança vers lui et le salua : il en fut bien accueilli , et il lui exposa l'affaire qui l'amenait , lui et ses compagnons , en sa présence. II exprima en même temps la crainte qu'elle ne fût pas agréable au roi Olof Skotkonung , qui n'aimait pas à entendre parler d'Olof le Norvégien : « Votre conduite est bleu imprudente , répondit Thorgny ; yous qui
portez le titre de ^ij^nar, comment n'avez-vous pas bien réfléchi, avant d'entreprendre ce voyage , que vous étiez trop faible pour parler en présence de notre roi Olof? Il me semble plus honorable d'être compté au nombre des paysans et d'avoir le droit de parler en foce des rois. » Puis il accompagna les envoyés à VallsMrjartin^d'Upsala.
Le premier Jour , lorsque le ting fut constitué, ou vit sur son siège le roi Olof, entouré de sa cour. Vis-à-vis et en dehors de l'enceinte du ting, étaient assis le Jarl Ragwald et Thorgny , accompagnés , l'un de ses courtisans , l'autre de ses domestiques. Derrière eux et à leurs côtés, s'étaient rangés les paysans qui s'étendaient Jusque sur les collines , afin de voir et d'entendre comment tout cela finirait. Quand les affaires portées devant le ting eurent été , suivant la coutume, discutées et décidées, l'envoyé de Norvège se leva et expliqua à haute voix l'objet de sa mission. Mais le roi , s'élançant de sa chaise , l'interrompit par des paroles de colère. Le Jarl Ragwald présenta au nom des Visigoths les mêmes vœux de réconciliation ^ mais il ne fut pas mieux traité. Le silence profond qui régnait ne tarda pas à être interrompu quand Thorgny se leva ainsi que tous les paysans. On entendit le cliquetis des armes et les murmures du peuple. L'ordre étant un peu rétabli dans la foule, Thorgny prit la parole : « Les rois de Suède, dit-il, agissent aujourd'hui bien autrement qu'autrefois. Thorgny , mon grand-père , se rappelait fort bien Erik Émundsson , roi d'Upsala , et disait de lui, que dans sa Jeunesse, alors qu'il entreprenait tous les ans des expéditions de guerre et qu'il soumettait la finlande, le Kyrialand , l'Estonie' , la Courtaude et tous les pays qui Tavoisinentà l'est, où des fortifications en terre et des remparts attestent ses travaux , il n'était pa«(;cepenâ9nl si orgueilleux qu'il ne prêtât l'oreille à ceux qui avaient quelque chose ài lui dire. Mon père, Thorgny, vécut longtemps avec le roi BJôrn ^ il connaissait donc bien ses mœurs et ses habitudes. Hé bien! ce prince était affable envers tous, et le royaume était florissant. Moi-même Je me souviens d'Érik-le- Victorieux , car J'assistai à la plupart de ses expéditions et de ses combats. Il agrandit ses états et les défendit vaillamment : cependant il était accessible à tout le monde. Mais le roi qui règne aujourd'hui ne laisse parler personne et ne veut.