CHAPITRE III
écouler que ce qu'il lui est agréable d'entendre, rajouterai qu'il perd par son indifférence ses possessions tributaires ^ il a néanmoins la prétention, qu'un roi de Suéde n'a jamais eue, de dominer sur la Norvège : ses sujets doivent donc toujours être dans la crainte. Mais nous, paysans, nous voulons que vous, roi Olof , fassiez la paix avec le roi des Norvégiens et lui donniez en mariage votre fille Ingegerd. Si vous voulez recouvrer les provinces à l'est qu'ont possédées vos ancêtres, nous sommes prêts à vous suivre ^ mais si vous ne voulez pas écouter nos paroles , nous tomberons sur vous pour vous massacrer, car nous ne sommes pas disposés à souffrir vos outrages. C'est ainsi qu'en agissaient nos ancêtres quand ils jetèrent à Feau cinq rois orgueilleux comme vous. Nous attendons votre décision. » A peine avait-il achevé que le tumulte agita de nouveau le peuple et que l'air retentit du bruit des armes. Mais le roi se leva disant qu'il acceptait les propositions qu'on lui offrait ; il ajouta qu'il ne faisait que suivre l'exemple des rois de Suéde, qui avaient toujours pris conseil des paysans.
Il ne tint point parole ; on était sur le point de voir se réaliser les menaces de Thorgny. Déjà les paysans étaient rassemblés et mettaient en question la déposition du roi qui avait rompu les conventions {allsharjàrdom) de Valhhàrjarting. Le sénéchal desYisigoths demandait qu'on expulsât l'ancienne maison royale. Quelques chefs des Uppsvéar qui étaient restés fidèles à Olof firent tourner cette circonstance à son avantage. Ils eurent une entrevue avec les autres chefs et leur dirent : « Les choses sont-elles donc allées si loin qu'Olof, filsd'Ërik-le-Victorieux, doive perdre la couronne ? Il nous semble que cette affaire nous regarde particulièrement, nous autres Suédois du haut pays ^ car il a toujours été d'usage que les habitans des autres provinces adhérassent aux décisions prises par les chefs des Uppsvéar. Nos pères n'ont pas eu besoin de mendier le suffrage desYisigoths pour savoir qui devait gouverner le royaume. »
Ils conduisirent ensuite le jeune fils du roi au milieu du peuple : il avait été baptisé sous le nomde Jakob (Jacques). Ce nom sonnait mal aux oreilles des Suédois, car aucun roi de Suède ne l'avait encore porté. Ils l'appelèrent Anuad et le choisirent pour roi. Il devait défendre les droits des paysans si son père les oubliait , car
le vieux roi sut conserver le gouvernement , sous la promesse de remplir tous ses engagcmens. Mais sa fille Ingegerd, promise à la Norvège, était fiancée au grand duc de Russie, Jaroslaw « , et son autre fille Astrid, contre la volonté de son père, avait, h la place de sa sœur, épousé le roi de Norvège , de sorte qu'il ne restait qu'à faire la paix avec ce royaume. Elle fut conclue entre les deux rois dans une entrevue qu'ils eurent à Kunghail. Deux ans après , Olof SkOlkonung rendit le dernier soupir, sept ans après l'avènement d'Olof Haraldsson au trône de Norvège, suivant la version des Sagas des RoiSy ce qui permetlraitde rapporter la mort d'Olof Skôtkonung à l'année 1024. Il avait cédé le Danemark à son beau-père, et il se vit forcé d'abandonner toutes ses conquêtes en Norvègo à son gendre. On lui reprocha d'avoir perdu les pays à l'est tributaires de la Suède. En convpensation , les colons norvégiens , établis dans, le Jemtland et la Helsingie firent leur soumission.
Olof Skôtkonung , quoique chrétien , aimait l'ancienne poésie païenne. On raconte qu'il n'avait pas moins de quatre bardes et que deux d'entre eux s'exerçaient en sa présence.
Anund Jacques régna seul alors. Ce que nous, connaissons le mieux de son règne, c'est la part qu'il prit aux affaires du Danemark et de la Norvège. Il était sincèrement attaché à son beau-frère Olof de Norvège, et il embrassa soa parti contre le puissant roi Canut, déjà mattre du Danemark et de l'Angleterre et conservant toujours ses prétentions sur la Norvège.
La position d'Olof était d'autant plus embarrassante que son zèle ardent pour le christianisme et la sévérité des mesures répressives employées contre les pirates qui dominaient, surtout en Norvège , lui avaient attiré de nombreux et puissans ennemis. B fut enfin obligé d'abandonner ses états , dont Canut prit possession : il y revint bientôt pour perdre la vie à la bataille de Sticklàrstad ,* livrée à ses anciens sujets , qui dans la suite lui rendirent avec tout le Nord un culte de vénération comme à un saint. Son fils Magnus-le-Bon, rappelé de Russie où il avait fait son éducation,
* On Yoit encore son sarcophage dans l'église de Sainte- Sophie à Novogorod. Il porte une inscription récente qui fixe la dale de la mort à Tan 1051. Anund Jacques était son frère de père et de mcrc; mais Aslrid était née d'une mère vende.
moola, avec Faide des Suédois, sur le Irône de son père , et par un singulier caprice de la fortune, il réunit le Danemark à ses étals après la morlde Canut et de ses fils. De toute la puissante famille de Canut , il ne restait que Sven, iils de sa sœur Estrid , qui avait longtemps habité la Suède. Il fut appuyé par ce royaume dans SCS prétentions sur le Danemark , dont la couronne, quand Magnuseul quitté la terre, se posa aussi sur sa tète. C'est par les récits de Sven Eslridsson qu'Adam de Brème connaissait Anund Jacques : il dit qu'aucun roi ne fut aussi aimé du peuple suédois. Cependant , on voit , par la généalogie des rois , dans la Loi de restrogothie , qu'il était sévère dans ses jugcmens. Il fut appelé Kolbranna parce qu'il faisait brûler les maisons des malfaiteurs. Cette punition n'était pas en usage seulement dans le Nord \ elle l'était aussi chez les Normands en France pour les crimes qui entraînaient la mise hors la loi ou l'exil •, Nous manquons de certitude pour Tépoque do la mort du roi Anund Jacques.
H est certain qu'il vécut après 1036, année que plusieurs historiens modernes , par une fausse iplerprélration des Sagds des Rois^ assignent comme la dernière de son existence. Adam de Brème dit que le roi Anund Jacques mourut en Suède quand les fils du comte Godwiix exerçaient le pouvoir suprême en Angleterre et que le roi Edward n'avait qu'une autorité fictive. La paix par laquelle Godwin et ses fils obligèrent ce roi à les réintégrer dans leurs dignités fut conclue en 1052. Le père mourut l'année suivante «. C'est donc à cette époque qu'il faut placer la fin de la vie et du règne d' Anund Jacques.
Edmond , surnonmié le Vieux {Gammal) , parce qu'il était avancé en âge quand il arriva au trône , succéda à son frère. Il était l'aîné , mais il avait été obligé de céder la place à son cadet, issu de l'épouse légitime de son père, tandis qu'il devait lui-môme le jour à une femme prisonnière de guerre , fille d'un chef de Vendes , connue sous le nom de servante du roi. Edmund avait été élevé dans un pays étranger, au sein, de sa famille et il n'aimait pas le christianisme ». La disette affligea le pays sous
* Dttfresne, Glossarium, (Voyez condemnare).
■ Simcon Dunelmensis, ad an. 1062. Hietoria archiepiscorum Bremensium cile Tannée 1051 comme celle de la mort du roi Anund Jacques.
' tl.ciçQSl^rinçla, Saga de 9ain( OUxf, c. 80.
son règne * , et les Suédois avaient Thabilude d'en rendre leurs rois responsables. Dans la Loi de Vestrogothie^ l'ancienne généalogie lui donne le surnom de J}uv{Slemmey et l'accuse de méchanceté et d'avarice. Nos chroniques lui attribuent aussi la honte d'avoir consenti à une fixation des frontières qui enleva à la Suède ^ la Scanie , le Halland et le Bleking -, les deux, premières de ces provinces avaient été conquises par Erik Segersâll *, la dernière appartenait au '^royaume , de temps immémorial. « Edmond régna peu de temps, dit la Saga de Hervara dans son supplément ; sous son règne , FindifTérence pour le christianisme gagna les Suédois , et après sa mort l'ancienne dynastie perdit la couronne. » Il avait un fils nommé Anund , qui succomba dans une expédition contre les Quenes , qui empoisonnèrent les sources et anéantirent ainsi toute l'armée qui les attaquait *. L'époque de la mort d'Edmond est incertaine. Il était le douzième roi d'Upsala dans la descendance directe de Sigurd Ring**. Cette famille portait aussi le nom dTppsvéa (famille des Suédois du haut pays) , plus respectée , disait un de ses sujets idolâtres h Olof Skôt-konung, que toutes les autres parce qu'elle descendait des dieux mêmes. Tous les rois de cette famille ont travaillé à maintenir le pouvoir dans ses mains, quoique plusieurs aient renoncé à leurs anciens dieux ®.
Chaque nouvelle croyance porte en ellemême des germes de lutte, et le chrislianisme, religion de paix, avait la lâche la plus rude â soutenir dans le Nord. Elle détruisit l'état de guerre perpétuelle qui avait de si profondes racines dans les mœurs Scandinaves ; mais ce mal , qui durait depuis si longtemps , dirigé jusqu'ici vers l'extérieur, se refoula dans l'intérieur et y fil naître des guerres civiles. Le
« Ad. Brcm.,1. lïl, CIT.
* Ad. Brcm., Edmund Gamal pessîmus^
» I^ tradition le fail contemporain du roi Sven Twcskjagg de Danemark ^ tandis qu*îl devait Tétre d'Olof Skôtkonung de Suéde ; à moins qu'on n'ai^ confondu Sven Tweskjag^ el Sven Estrilson. La bulle nommée u4aapati, dans laquelle nous trouvons cette division des frontières , qu*on suppose avoir été sanctionnée par le pape sous la date de 054, est notoirement fausse.
* Adam de Brème.
» Olof Skôtkonung se comptait lui -môme comme le dixième. (Heimskringla, Saga d'CHof le saint, c. 71.) « Saga de saint Olof, c. 96,