‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 31 sur 275 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

chrUtiaoisme brisa les liens de rancienne confédération. Quand Olof SkOlkonung renonça au titre de roi d'Upsala * parce que la présidence des sacrifices y était attachée , il perdit son autorité chez les Suédois du haut pays C Uppsvear), qui étaient pour la plupart idolâtres, et le nouveau titre de roi de Suéde (i'i7ea-&onun^), qu'il adopta, ne parait pas avoir été plus agréable aux Goths, chez lesquels les chrétiens étaient en majorité. La longue guerre contre saint Olor et la Norvège fit éclater le mécontentement. Ce fut le sénéchal des Yisigoths qui osa proposer au ting d'Upsala d'abandonner Fancienne famille royale. Son avis ayant été rejeté , il s'écria : « Vous l'emportez aujourd'hui , Suédois *, mais je vous préviens de ce qui arrivera : c'est que ceux qui veulent à tout prix conserver le pouvoir royal à l'ancienne famille contribueront eux-mêmes à le faire passer aux mains d'une autre ^ ils verront alors un régne plus heureux. » Cette prédiction s'est accomplie, car la nouvelle dynastie est visigothe.

Stenkil, qui venait d'être élevé sur le trône, était de plusieurs côtés parent de l'ancienne maison royale. Son père, Ragnald, jarl de Yestrogothie , était cousin d'Olof Skôtkonung. Stenkil lui-même était gendre d'Anund Jacques et beau-fils d'Edmond-ie-Yieux. Le jarl Ilagnald s'était marié deux fois , d'abord avec Ingeborg, sœur d'Olof Trygwason, de laquelle il avait eu deux fils , Llf et Ejlif (ils sont représentés comme chefs dans la guerre entre le roi Anund Jacques et Canut-le-Riche, enDanemark) , puis avec Aslrid , issue du sang royal dans le Halogaland norvégien ^ elle fut mère de Stenkil et s'unit en second mariage au roi Edmond-le-Yieux. Stenkil, regardé dans le Nord comme un jarl puissant et de grande extraction, se distingua dés le régne de son prédécesseur par son zélé religieux. Son élection à la dignité suprême est le premier signe de l'influence prépoixdérantc du parti chrétien. Cette expression de l'aixcienne généalogie des rois , (( qu'il préférait les Yisigoths, qui s'enorguellissaientdesa protection, » nous révèle dansquelle partie du pays la puissance des chrétiens était surtout affermie. Depuis le temps d'Olof Skôtkonung, la Yestrogothie était le centre du christianisme. Là, ce roi reçut le baptême, là, il éta-

* D'après le Supplément de la Saga de Hcrvara , Qlof SkôlkoDung prit le tilrc de roi de Suède (Sveakonun^}.

blit à Skara le siège d'un évêché, et lorsque les idolâtres lui enjoignirent de choisir la province où il voulait fonder son culte , à condition qu'il ne troublerait pas celui qu'ils rendaient à leurs dieux et qu'il ne contraindrait personne à embrasser la religion chrétienne, il se décida pour la Yestrogothie. Stenkil conserva son trône en restant fidèle à cet accord. Olof Skôtkonung avait déjà voulu détruire le temple des idolâtres à Upsala -, mais il en avait été empêché par la convention dont nous venons de parler. Lorsque les prêtres chrétiens le demandèrent de nouveau , Stenkil répondit que ce serait hasarder leur vie et sa couronne; qu'on le chasserait comme ayant livré l'entrée du royaume à des mairaiteurs et que l'idolâtrie ne tarderait pas à reprendre le dessus * .

Tout nous démontre que ce sont les habilans de la haute Suède qui inspiraient ces craintes , car on dit que les mêmes docteurs , les évêques Adelvard le jeune de Skara et Egino de Lund, détruisirent les idoles des Goths sans courir de danger. Ce qu'il y a de remarquable , c'est que les Goths sont les seuls qui soient mentionnés dans la guerre sans résultat qui eut lieu avec la Norvège pendant le règne de Stenkil. Il mourut à la même époque où le roi de Norvège Harald Hardrâde fut tué en Angleterre*, c'est-à-dire en 1066 , quelque temps avant que Guillaumele-Conquérant se fût rendu mattre de ce royaume par la bataille de Hastings.

Une grande guerre civile embrasa la Suède : (( Après la mort de Stenkil , le plus pieux de tous les rois chrétiens , dit Adam de Brème , deux rois du nom d'Erik se sont disputé la possession du royaume, et la guerre qu'ils se sont faite a , dit-on , coûté la vie à eux et aux premiers du peuple. Comme la famille royale se trouvait ainsi anéantie , l'élat du royaiime se modifia et le christianisme en reçut un tel échec qu'aucun évêque n'osait aller en Suède, de crainte des persécutions. L'évêque de Scanie seul prit soin de l'Eglisedes Goths. )>0n ne compte qu'un seul chef suédois parmi les défenseurs du christianisme. Yoilà tout ce que nous savons de ces dissensions , mais cela est d'autant plus digne d'intérêt que nous le tenons d'un témoin contemporain qui est presque le seul que nous ayons à citer. Qui étaient ces rois rivaux qui

* Ad. Brem.

* Le Supplément à la Saga de Hervara. Ueimsk. Saga deMagnus Barfot, c. l3.

dans leur chute entratoèrent les principaux Suédois ? C'est ce que nous ne savons nullement. De ce qui est dit, qu'avec eux s'éteignit l'ancienne famille royale , on peut conclure qu'ils appartenaient à cette famille. Cette circonstance ne peut cependant s'appliquer à la maison de Stenkil , parce qu'il laissa deux fils qui montèrent plus tard sur le trône. Nous voyons la première explosion violente de ces guerres civiles qui devaient se renouveler pendant une si longue période, et qui ne nous sont qu'imparfaitement connues dans leurs causes et dans leur marche. Mais les causes générales tombent sous les yeux. C'est la dernière convulsion du paganisme se débattant sous le christianisme ^ c'est 9 après la dissolution de la confédération fondée sur l'ancienne religion, la lutte engagée entre les difTérens peuples du Suithiod pour la possession du royaume. Les persécutions soufTertes , dit-on , par le christianisme , prouvent que cette guerre a eu lieu entre les chrétiens et les idolâtres-, maiselle était aussi dirigée contre la nouvelle dynastie : on peut donc conclure delà et d'un autre récitégalement contemporain qu'après la chute des rois rivaux, les deux fils de Stenkil ont occupé successivement le trône et en ont été chassés. Après eux, un nommé H&kan fut proclamé roi*.

Aussi Snorre Sturleson nomme-t-il ce Hâkan après Stenkil. L'ancienne généalogie des rois, dans la /loi ({m risigoths, le place avant Slenkil et l'appelle H&kan Rôde (Haquin-le-Rouge). Au reste on ne sait de lui rien autre chose , si ce n'est qu'il régna treize hivers et qu'il mourut au lieu de sa naissance, en Veslrogothie, Il jBi probablement joui dans cette province du nom et de la dignité de roi, tandis que des discordes intestines divisaient le reste du royaume. Ces discordes ainsi que les treize ans de règne de H&kan sont renfermés entre les années 1066 et 1081. La première est sans doute l'époque de la mort de Stenkil. Nous trouvons alors Inge et Halstan, fils de Stenkil , tenant en commun les rênes du gouvernement ; car ils sont probablement ces rois visigoths , auxquels le pape Grégoire VU écrivit de veiller au progrès du christianisme et d'être soumis è l'Église *.

■ y. Ad. Brem., HisL eccl., l. IV, c. 15, Il le» nomme IfaUtein et Anunder au lieu d'Ingcmund«r , nom ^Ungc rainé. 11 dit lu!*mèmc que le roi était son con- ^mporaln.

* Gelse. /épparatus ad Mit, sviogothicam , scctlo ^rima buU., p. 23.

On dit que Inge, appelé aussi Ingemunder et Anunder, avait été élevé en Russie, d'où il fut rappelé. Depuis la fondation de l'empire russe par les Yaraigues , les annales russes et Scandinaves contiennent pendant une période de plus de deux siècles de nombreux témoignages des relations intimes de nos ancêtres avec la Russie. Le grand duc de Russie Wladimirle-Grand (dans les Sagas du iVorrf,Waldeniar), du temps d'Erik Segers&ll , vers 980 , alla do l'autre côté de la mer chercher du secours chez les Yaraigues et en obtint. S'il faut une autre preuve de l'identité de ces Yaraigues avec C4;ux qui servirent à Constantinople , nous la trouvons dans le fait suivant : Wladimir, ayant atteint son but, chercha à se débarrasser de ses dangereux auxiliaires et leur persuada de se rendre à Constantinople. Il pria en même temps Tempereur grec de ne pas leur permettre de retourner en Russie *. A l'aide des Yaraigues , le fils de Wladimir , Jaroslaw, affermit son pouvoir. Il rechercha l'union d'une princesse de ce peuple, de la fille d'Olof Skôlkonung. Lejarl suédois Ragwald , père du roi Slenkil . la conduisit en Russie. Ragwald et son fils Ejlif Jarl sont désignés comme desctiefs russes*, et Inge Stenkilsson, depuis roi de Suède , a passé en Russie une grande partie de sa jeunesse.

Après son avènement, des troubles agitèrent de nouveau la Suède supérieure. Le SupplémefU de Hervara s'exprime ainsi : « Après Stenkil , les Suédois (Svearne) prirent pour roi son fils Inge '. Il était sensible à l'amitié et bon chrétien. Son règne fut long. Il abolit les sacrifices offerts aux dieux dans le Suithiod et ordonna à tout le peuple de se faire baptiser. Mais les Suédois avaient une grande confiance dans leurs idoles, et ils tenaient à leurs anciennes coutumes. Ils crurent que le roi Inge violait plusieurs lois dupays,que Stenkil avait respectées. Dans un ting où le roi et le peuple étaient réunis , on proposa à Inge l'alternative de maintenir les anciennes coutumes ou d'aban-

* Karamsin ou Nestor.

• Hcimikringl. Saga de saint Olof, c. 75. Saga de Harald UœrdrAde, c. 2.

» Ce récit, qui commence avec les fils de Halstan et qui est écrit peu de temps après l'événement, ne reconnaît pas Hftkan comme roi, quoique les Sagas des Rois le citent en passant comme le successeur de Slenkil H n'a probablement Jamais été reconnu par les Suédois.

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