CHAPITRE irf
en faveur des couveos et des églises donnaient lieu à des procès interminables. ]^e pape Alexandre III, lui-même, interdit de pareilles donations et n'autorisa Tacceptalion que pour une partie seulement de la fortune des testateurs. Les héritiers auraient voulu qu'on ne pût pas faire de legs sans leur consentement. La dtme fut introduite avant la fin du siècle. Cependant avant 1232, il paraît, d'après les plaintes qui s'élevèrent, qu'on pouvait se soustraire facilement au paiement. On voit que les cérémonies chrétiennes étaient loin d'être employées généralement pour la célébration des mariages, qui étaient formés et dissous à la manière barbare des païens. La coutume païenne de Texposition des enfans n'avait pas disparu. Il est démontré que les premiers moines labouraient la terre de leurs propres mains, qu'ils avaient créé le jardinage et construit des moulins à eau , qu'ils faisaient du sel par évaporation et qu'ils exploitaient des mines. Les ponts et les routes furent l'œuvre des chrétiens -, des évêques donnèrent l'exemple de ces utiles travaux.
Charles Sverkersson, de qui l'on raconte qu'il gouverna le royaume avec sagesse et avec bonté, fut tué à Yisingsô * en 1167, par Canut, fils de saint Erik , qui revenait de la Norvège après un exil de trois ans. Il s'alluma une guerre civile dans laquelle Kol et Burislev, neveux de Charles, furent élevés l'un après l'autre sur le trône, au préjudice de Canut, qui les vainquit et les tua tous deux. Canut avait probablement pour lui les habitansd'Upland, qui avaientchoisi son père pour roi ; et la famille du roi Charles , qui le combattait, avait dans son parti les Ostrogoths et peut-être les populations des autres provinces. — ^Voilà ce que dit de ces discordes Olaus Pétri. Dans la liste des rois de la Loi de yestrogothiey on lit que Canut Ériksson conquit la Suède et tua trois rois; qu'il eut beaucoup d'ennemis et de difficultés à vaincre avant de pouvoir ramener et consolider la paix intérieure-, qu'alors il fut bon roi et régna vingttrois ans. — Ce règne doit dater, non de la mort de Charles Sverkersson , mais de la fin de la guerre civile, qui avait duré cinq ans, car le roi Canut mourut, d'après les récits les plus dignes de foi, dans l'automne de 1194 '. Il laissa
• Petite lie dans le lac Wetlern.
■ Une lettre de ce roi, de 1199, citée par Lagerbring, porte sans doute une fausse date.
qualrc fils qu'il avait eus de son épousie, suédoise d'origine.
Quoique le feu roi eût fait reconnattre,de son vivant, un de ses enfans comme son successeur', Sverker, fils de Charles , amené en Danemark après la mort de son père, y trouva néanmoins un appui assez fort pour s'y faire proclamer roi. En 1200, la quatrième année de son règne, ce monarque enleva les affaires des clercs à la juridiction des tribunaux civils et déchargea de tout impôt les propriétés de l'Éghse.De courtes chronologies, qui sont souvent les seules sources où l'histoire de ce temps puisse recueillir quelque lumière, rapportent le massacre des fils de Canut Ériksson (1205) à Elgarâs, en Yestrogothie : un seul échappa à la mort par la fuite. D'autres parlent du combat d'Elgarâs. Suivant une lettre du saint-père, en date de 1208 , les fils de Canut se révoltèrent contre Sverker : trois succombèrent dans la mêlée -, le quatrième prit la fuite. Il ajoute que ce dernier parvint à chasser le roi de ses États. Sverker se retira en Danemark,et revint à la tête d'une armée \ mais il fut de nouveau obligé de se sauver après une grande bataille qu'il perdit à Lena en Yestrogothie, en 1208. Les habitans des lieux qui servaient de théâtre à cette sanglante journée, n'en ont pas perdu le souvenir : u Les arrière-petits - fils des contemporains en faisaient encore le sujet de leurs entretiens, » disent les chroniques suédoises. Une chronique norvégienne fait assister (pour la dernière fois) l'esprit d'Odin à ce combat '. Les moines le célébrèrent, comme une victoire remportée sur les Danois, une fois plus forts en nombre que les Suédois. Une ancienne romance danoise prétend que ceux-ci étaient plus nombreux et que de huit mille hommes sortis de Danemark , il n'en revint que cinquante-cinq -, mais les traits sous lesquels elle présente les faits indiquent une véritable guerre civile dans laquelle les parens les plus proches portèrent les armes les uns contre les autres. La victoire fut décidée par la bravoure des paysans de l'Upland. Une chronique suédoise rapporte que le triste sort des fils du roi Canut inspira aux Suédois une haine profonde contre Sverker ». Si l'on en croit l'assertion contraire émise par des auteurs goths,
* Celse^uZ/arfunii c. 45.
• Saga du roi Ing$ Barduon^ c. 20.
s Chronica Erici Olai.
Sycrker aurai! Iai58é un souvenir respecté *. li fit une nouvelle lenlalive pour ressaisir sa couronne, mais il succomba en 1210 à Geslilren , dans la môme contrée où il avait été déjà vaincu. On dit que ses propres parens, les Folkunga (de la famille de Folkunga) , lui portèrent le coup mortel. Sa seconde épouse , Ingrid, était de cette puissante lignée et fille de Birger Brosa , jarl suédois. Sverker laissa une fille, Hélène*, et un fils en bas âge, Jean (Johan).
Erik Knutsson, pendant son exil , avait demeuré chez ses parens en Norvège. La victoire qu'il remporta sur ses compétiteurs lui valut la couronne. Pour lui donner plus d'éclat et la rendre en môme temps plus respectée par les peuples , il se fit sacrer par les évoques. Il est, dit-on , le premier roi de Suède qui ait introduit la cérémonie du sacre. Nous voyons par les lettres patentes qu'il délivra au couvent de Riseberga, en 1212, qu'il étendit le privilège des prôtres et qu'il permit au couvent de faire toucher la part qui revenait au roi dans les amendes (sakGren), La réconciliation de la Suéde avec le Danemark fut scellée par l'union du roi Erik avec la princesse Rikissa , sœur du roi de Danemark Waldemar II. On ne connaissait pas encore en Suéde tous les progrés qui s'étaient déjà opérés dans celte contrée en fait de civilisation. Arrivée sur les frontières de la Suède, la princesse danoise se plaignit d'ôtre obligée de monter à cheval et de n'avoir ni voiture ni cocher comme dans le pays de son père. Les dames suédoises lui répondirent : « Il ne faut pas introduire chez nous des mœurs danoises {lutska seder) '. » Le roi Erik Knutsson fut surnommé roi de bonnes années {yirkonung) à cause de l'abondance des récoltes qui eurent lieu durant son règne. Il mourut en 1216 et eut un fils posthume nommé Erik.
Alors les prélats suédois et les grands choisirent pour roi Jean, fils de Sverker, quoiqu'il fût encore enfant. Il fut surnommé le Jeune et quelquefois le Pieux. Le jour de son couronnement, ils dispensa les biens et les terres du clergé de toute espèce d'impôts envers l'État et donna aux évoques le droit de toucher les amendes prononcées contre les habilans des ter-
* I^ liste des rois, dans la Loi de yestrogothie. ' Son enlévemenl du couvent Vrcla a servi de titre à une chanson populaire.
' Voyez Peder Syr (chanson du peuple), p. 212
res de l'Eglise {kyrkans landtbor). Il confirma ce droit par des lettres de 1219 , troisième an> née de son règne, «parce que, dit-il, toute mémoire d'homme varie et oublie, depuis le péché de nos premiers parens , si on n'a pas le témoignage irrécusable des lettres. » Le roi Waldemar appela au pape de l'élection de ce prince, alléguant la priorité du droit du jeune prince Erik à la possession du trône *. Lorsqu'on voit les princes de la maison de Sverker se donner dans leurs lettres le titre de rois héréditaires du royaume de Suède * et la fréquence des guerres civiles qui ne s'éteignent que par l'impuissance de leurs rivaux , que leur jeune âge rend inhabiles à se présenter comme chefs, il est impossible de reconnaître dans la transmission du sceptre de la famille d'Erik à celle de Sverker d'autres conventions que celles qui se forment par les armes et s'écrivent avec du sang. Jean , le dernier de la maison de Sverker, étant mort en 1222, le jeune Erik Érikson, appelé le fioiteux {Halte y Làspe), parvint au trône resté vacant ; mais il n'en jouit pas paisiblement, quoique le dernier rejeton de la famille qui l'avait si longtemps disputé à la sienne fût descendu dans la tombe. Ces guerres interminables entre les maisons royales des Goths et des Suédois avaient effacé peu à peu toutes les nuances qui distinguaient les peuplades de ces pays et contribué à affaiblir la puissance royale en étendant celle des grands, dont l'influence progressive se révèle dans les lettres des papes , qui les appellent les seigneurs et les princes de Suède {sveriges herreroch furstar) *. Une famille surtout devint puissante par ses alliances avec les trois maisons royales du Nord depuis les temps païens , ce fut celle de Folkunga, dont l'un des membres, Birger Brosa , exerçait les fonctions de jarl lorsqu'il mourut, en 1202, car l'ancienne dignité princière de jarl était devenue la première place de la cour et du gouvernement: celui qui la remplissait avait le titre de jarl des Suédois , jarl des Suéones et des Goths {Svears och Gothers) ^, prince de Suède par la grâce de Dieu.' Dans les actes officiels , il venait immédiate-
• Ceisc, BuUarivnif p. 66.
" Le roi Sverker il dît de lui-même : « Ego Sverco,
filiu* CaroH regis^ rex Sveorum ejusJem regni monarchiam Dei gratià hœreditariojure assecutus, » ^ l)ux Sveorum, dus Sveorum et Gothorum.
* Dans un diplôme suédois de Tannée 1238.