CHAPITRE in
ment après te roi , et ii ne devait pas tarder à s'emparer du pouvoir et à te remplacer, comme avaient fait jadis chez les Francs tes maires du palais, qui exerçaient des fonctions à peu près semblables. Canut Johansson, surnommé le long, était de cette famille. II était fiancé à la sœur du roi; ses talcns et les intelligences qu'il entretenait lui avaient procuré assez d'influence pour lui donner Fespoir de s'attribuer l'autorité royale au détriment d'un roi mineur. Les anciens le nomment le roi des Folkunga. Il leva rélendard de la révolte et entraîna,ditla Chronique rimée, toute la famille et les partisans des Folkunga (Falkungarote). Il est certain qu'il occupait le trône avant la bataille d'Alvaslra » en 1229, et que le jeune Erik fut obligé do se réfugier en Danemark jusqu'à ce que la bataille de Sparsâtra (1234) eût mis fin à la puissance et à la vie de l'usurpateur. Erik rentra en possession de sa couronne*, mais son pouvoir était subordonné à l'influence d'Ulf Fasi, de la famille de Folkunga», qui conserva auprès d'Erik la dignité de jarl qu'il avait eue chez son parent Canut. Holmgeir, fils de Canut, s'enfuit en Gestricie et se maintint en état de révolte dans la partie septentrionale du royaume. Un légat du pape, qui parcourait la Suède en 1248 , parle de la continuation de la guerre civile entre te roi et quelques grands du royaume. Ce fut en partie la médiation de ce légat qui y mit fin dans le courant de la même année, après que Holmgeir " eut été pris et décapité.
Ce légat était le cardinal Guillaume, évêque de Sabine, envoyé en Suède pour y régler les affaires de l'Église. Une sorte d'esprit républicain formait l'essence des premières lois de celle de Suède; il dominait aussi dans l'ancienne constitution du pays. Cet esprit pouvait même très-bien se concilier avec celui du christianisme dans un temps où la hiérarchie des pouvoirs , à peine tracée , n'avait pas encore rendu nécessaire la séparation de l'Église de l'Étal *. Le prêtre en Suède était l'employé du
* Les doGumens parlent d*OIastrôm et d'Alvastrôm qui soDt identiques.
* \oyez la Saga du roi Hakan Hâkonsson, c. 259.
> Malgré sa révolte, on le comptait au nombre des saints de la Suède.
^« Antiquiores canoncs habent, quod consensus honoraliorum in civitale requirendus et admillendus sit in eleclîonibus episcorum. Disputalum est de iilo canone acriter postea. » (Ccise, HiiUarium, p. 37.)
peuple, et élu par lui avec l'approbation de l'évêque. L'évêque, également choisi par te peuple, était investi de sa dignité en recevant des mains du roi la crosse et l'anneau. Cet état de choses affermissait l'union de l'Eglise et de l'Etat -, mais d'un autre côté, elte rendait en quelque sorte l'Église responsable des troubles qui agitaient le pays dans les temps d'orage. Aussi lorsque les papes se plaignaient de la sauvagerie indomptable du peuple suédois , il s'agissait des clercs tout comme des laïques : les accusations de meurtre , de violences et de dépravation s'adressaient aux uns comme aux autres. Les prêîres, qui devaient s'abstenir de paraître devant tes tribunaux civils, se présentaient au ting comme avocats, dans des affaires qui leur étaient étrangères * -, au lieu de protéger les propriétés de l'Église , ils se les appropriaient et les faisaient passer à titre d'héritage à leurs enfans, de sorte que ceux-ci parvenaient souvent à remplacer leurs pères dans leurs fonctions. La difficulté d'avoir des prêtres rendait peu difiicile sur le choix -, mais si on manquait d'églises dans la partie supérieure, elles étaient devenues si nombreuses en Yestrogotbie qu'on résolut de réunir les plus petites (1234) *. Le clergé suédois réclama le droit de se marier en invoquant une ancienne permission du pape *. Les paysans firent pour leurs prêtres une demande analogue , dans la révolte de Scanie, en 1180. Les clercs, qui ne purent obtenir la permission de se marier, s'engagèrent dans des liaisons illicites, et quand les évêques voulurent arrêter ce scandale , les prêtres s'assemblèrent pour s'exciter à la résistance, et ils prononcèrent des amendes contre ceux qui céderaient par faiblesse. Il faut ajouter à cela les plaintes provoquées dans le bas clergé par les visites ruineuses des évêques et les malheureuses discordes qui divisaient l'Église , car les prêtres étaient animés des sentimens les plus hostiles contre les moines , dont le nombre, en Suède , venait de s'accroître des franciscains et des dominicains, ou frères gris et noirs {gr& och svart broder).
Dans le concile, assemblé par le cardinal à
* Cela leur fut défendu sous des peines graves et même sous peine d'excommunication par une bulle dn pape Grégoire iX, en date de 1234.
' Diplomatarium Svec.
' Le pape répondait qu*il n'avait pas connaissance de cette permission.
Skenninge en 1248, auquel assislèrenl le jaricl plusieurs seigneur» laïques, il fut défendu aux prôlres suédois de se marier sous peine d'excommunicalion 5 ou leur prescrivit Télude de la loi canonique. Après ces dispositions, on s'occupa de Téleclion des évêques par les chapitres, à Fexclusion de toute influence des laïques.Là où il n'existait pas de chapitres, on devait en organiser au siège de chaque èvôché ^ mais, comme il arrive ordinairement, ces décisions ne furent pas exécutées à la lettre : dix ans plus tard , on se plaignait de l'inexécution de l'ordonnance relative aux chapitres, quoiqu'ils fussent formés et qu'on leur eût assigné des revenus. On peut voir quel respect les prêtres portaient aux dispositions prohibitives du mariage par celles que contenaient les lois des provinces au sujet de la succession de leurs enfans et de ceux des évoques longtemps encore après le concile de Skenninge. Au reste celte ordonnance fut suivie de la publication d'une bulle du pape , laquelle adoucissait la rigueur des dispositions pénales prononcées contre les prêtres qui contractaient des unions illégitimes.
Birger-Jarl le cadet, qui en 1248 fut revêtu de la dignité de jarl, était, comme son prédécesseur Llf, membre de la famille de Foikunga, et marié à une sœur du roi Erik. Ces paroles du légat donnent la mesure de la puissance de ce prince : « Tout le pays est goun vemé par lui, » Après le concile de Skenninge et le retour de la paix avec la Norvège, paix qui avait été longtemps troublée par la participation des habitans du Vermland aux divisions de ce royaume et par une invasion de Norvégiens, qui en était la suite, le jarl se mit à la lêle d'une croisade contre les Tawasticns en Finlande : ce peuple , retombé dans l'idolâtrie , exerçait des cruautés inouïes contre les chrétiens ; il s'était réuni aux Garéliens et aux Ësihoniens, avec lesquels il inquiétait les côtes de la Suède. Birger vainquit les Tawastiens et les obligea d'embrasser le christianisme, qu'ils avaient renié. Il bâtit Tavastehus dans leur pays et y envoya des colonies chrétiennes : on attribue à Birger-Jarl celle d'Ostrobothnte en Finlande, composée de Suédois, comme on attribue à saint Erik celle deNyland. La Chronique rimée admet que le Tawesdand chrétien appartenait autrefois à la Russie. Ce qu'il y a de certain, c'est que longtemps auparavant, pendant la guerre ûnnoise , les Suédois firent
aussi une invasion en Russie • ; mais ils furent repoussés, d'après les Annales russes, par le grand-duc Alexandre Nevski, qui pendant le combat blessa Birger de sa propre main •. On dit qu'un fils du jarl (probablement son fils naturel Gultorm) assistait à cette journée.
Le roi Erik Ériksson mourut le 2 février 1252. C'était un homme réfléchi et juste, au dire des anciens, mais peu habile à manier les armes. En 1243, il avait épousé Catherine, fille d'un Folkunge, Sune Foikusson, et petitefille du roi Sverkcr II ; elle ne lui laissa point d'héritiers, et quand il fut mort, elle se retira dans un couvent. Cent ans après Téleclion de saint Erik , sa famille s'éteignit avec le roi Erik Eriksson ^.