‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 38 sur 275 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ces loift et ces traditions ne sont pas les seuls monumens que ce siècle nous ait légués. La grande Chronique rimée , source principale de Thistoire de Suède pendant la dernière période du moyen âge, commence à la révolte des Folkungar contre le roi Erik Eriksson. Elle est l'œuvre de plusieurs auteurs contemporains des événemens qui y sont racontés : ils sont la plupart inconnus ^ le premier vivait en 1319. Le meilleur écrit sorti du moyen âge suédois est Konunga och hofdinga styrelsen * (l'administration des rois et des gouverneurs). Cet ouvrage moral et politique appartient au règne de la famille Foikunga. L'auteur anonyme avait probablement, commeplusieursSuédoisdecette époque , étudié à Paris •, où le traité d'ALgidii Romani de JRegimine principum ( écrit , dit-on , par le roi Philippe-le-Bel) lui servit de modèle. Le Konunga och hofdinga styrel senest rempli d'idées d'indépendance et paraît avoir | été écrit sous un roi encore enfant , sans doute sous la minorité de Magnus Eriksson. Quoique selon toute vraisemblance l'auteur appartienne à l'Église , il était peu zélé pour sa puissance temporelle, et il apprit, par les dangers du système électif et par la licence de l'oligarchie, à défendre le trône héréditaire et un pouvoir royal tirant sa force de la loi et du peuple. L'ouvrage se distingue par l'énergique simplicité du style , et sa date est le meilleur témoignage de son authenticité.

I^ grand Gustave-Adolphe^ qui en ordonna d'abord la publication , estimait tellement ce livre qu'il voulut qu'on l'employât pour l'instruction de sa fille ainsi que dans les écoles du royaume. La plus grande partie de nos vieilles romances populaires datent de cette époque : c'était le siècle de la chevalerie en Suède. Dans le même temps, les romans de chevalerie firent invasion dans le Nord, et nous en avons en langue suédoise plusieurs de ce genre dont les originaux allemands ou français ont disparu '.

* Um styrihe Konunga och hofdinga , publié par Jean Burens en 1C34.

* Une lettre de Tarchevêque Jean à Upsala (1291) contient des régies prescrites aux Suédois qui y font leurs études, qui y possèdent une maison dotée pour cet objet et qui recevaient à titre de secours une partie de la dîme du diocèse d'Upsala.

' Saga suédoise de Didricli de Bern et le roman poétique du duc Fréiléric de Normandie. ( Voyez la Jievue Idtma, livraisons 9 et 10}

Dirger-Jarl , qui avait la possession récllo du pouvoir suprême dès les derniers temps d'Erik Eriksson , était à la croisade, en Finlande, lorsque le trône devint vacant. On y pourvut promptement en proclamant le fils aîné du jarl, le jeune Waldemar, par l'influence du chevalier Jvar-Blâ, seigneur de GrOneborg, qui sembla vouloir ainsi prévenir une guerre civile. Élever Waldemar sur le trône, c'était donner le gouvernement au père. Cependant Birger^ à son relourde l'armée , exprima hautement son mécontentement, demandant avec colère qui avait osé donner un roi à la Suède: «Cest moi qui l'ai osé, répondit Ivar, et si vous n'en êtes pas content , nous saurons bien où en trouver un autre. » Le jarl garda pendant quelques instans un profond silence qu'il interrompit en ajoutant : « Qui voulez-vous donc pour roi ? — Sous l'habit que je porte , répliqua Ivar, il pourrait s'en rencontrer un. » Birger-Jarl s'en tint à cette explication. Waldemar fut couronné à LinkOping en 1251 ', il était encore enfant et soumis , ainsi que ses frères, à la surveillance de son gouverneur.

Le jarl ne devait trouver de concurrens redoutables que dans sa propre famille. A cette époque, les Folkungar étaient capables de toutes sortes d'actions répréhcnsibles -, ils ravageaient tout le pays avec des bandes armées : c'étaient plutôt des brigands que des nobles *. Les Sagas des rois de Norvège racontent que des troubles s'élevèrent pour l'élection du roi , à 'cause de la pluralité des prélendans. Les principaux chefs des mécontens étaient Philippe, fils du roi de Foikunga , chassé sous le règne précédent-, Canut, fils du puissant Magnus Brok et neveu du roi Erik Knutson *, un autre Philippe, premier conseiller de Holmgelr, décapité par ordre de Birger-Jarl en 1248^ enfin le jeune et brave Charles Ulfsson, dont le père était jarl de Suède avant Birger. Tous étaient issus de la famille de Foikunga. Les deux premiers prétendaient à la couronne ^ le dernier est regardé comme le plus puissant des ennemis de Birger-Jarl, quoiqu'il n'ait pas pris part à la révolte dirigée contre ce prince. Philippe et Canut cherchèrent du secours hors des frontières : d'abord eu Norvège, mais sans suc-

* Chronique rimée. — Johannes Magnus, Gothorum * Sveorumque Hittoria.

cèft^ puis plus heureux en Danemark et en Allemagne , ils ramenèrent des mercenaires et marcliërent sur la haute Suède , où ils comptaient probablement trouver un plus grand nombre de partisans. Les habitans d'Upland sont ceux dont il est le plus parlé dans leur ar<mée. Le jarl les rencontra au pont de Herrevad {h&rretads bro) dans le Yestmanland^ il leur offrit la paix. Les chefs se rendirent sans armes de Fautre côté du pont : le jarl les fit arrêter et décapiter. Telle est le ré* cit de la Chronique ritnée^ et les SagM des rois de Norvège s'accordent avec lui, ajoutant seulement que cette action du jarl fut sévèrement blâmée*. Charles Ulfsson reçut ces nouvelles en Norvège, où U avait emmené la fille de Birger pour lui faire épouser le fils du roi Ilâkan. Il rentra dans sa patrie ^ mais redoutant quelque guet-à-pens de la part du jarl , il s'expatria et périt dans une croisade contre les Lithuaniens. Personne après lui n'osa se révolter contre Birger-Jarl.

En 12Ô5 , le jarl demanda au pape et obtint de lui la permission d'aliéner , en faveur de Waldemar et de ses fils , certaines parties du royaume qui, dit-on, lui appartenaient légitimement en sa qualité de duc des Suédois. Il voulait , par ce moyen , élever les siens audessus de tous leurs rivaux. Il réussit , mais il alluma ainsi le flambeau de la discorde dans sa propre maison. Sa première femme, qu'il perdit en 12Ô4 , lui avait donné quatre fils qui plus tard entrèrent en altercation sur le tombeau de leur père. Birger contracta de nouveaux liens en Danemark avec Mechlhild^veuve du roi Abel , qui avait assassiné son frère \ il demanda de çlus , pour son fils Waldemar, la fille du roi Erik Plogpenning^ qui avait péri aussi victime d'un assassinat. Waldemar^ doué d'une grande beauté, à peine âgé de vingt ans, célébra avec éclat ses noces avec la princesse Sophie, & lOnkOping, en 1 262. Birger alors porta une loi qui attribuait à la sœur une part égale à celle de son frère dans la succession : car autrefois la sœur n'héritait que quand elle n'avait pas de flrère ; dans le cas contraire, on disait : « Le chapeau prend , la coiffe doit se retirer^. »

* Saga du roi Hàkan Hdkansson, c. 269.

' Formule de la loi des Oslrogoths pour indiqoer le droit des hommes dans toutes les alblres de succession.

Il établit aussi la paix do pays, nommée edsàre : elle était assurée par le serment du roi et par celui des principaux du royaume '. On voulait, par des lois sévères, garantir la sûreté des propriétés ( hemfrid ) , celle du sexe ( quinnofrid), des églises (kyrkofrid) et des tings (/tn^s/nd), et prévenir les vengeances injustes; les dispositions pénales de la loi ne s'étendaient pas plus loin. Quiconque attentait à la sûreté publique ( edsdre ) était mis hors la loi dans tout le royaume, et tout ce qu'il possédait sur terre était confisqué. Il ne pouvait racheter sa faute ou son crime par argent que sur la prière du plaignant. L'abolition de l'épreuve par le fer rouge (iembôrd), comme preuve légale, appartient aussi à la législation de Birger- Jarl On abolit également le servage votontaire [gàftrdlar) : c'était l'état de ceux qui de leur plein gré aliénaient leur liberté. Il fut rendu encore plusieurs autres ordonnances qui ont été conservées dans la loi des Ostrogoths.

La fondation de la ville de Stockholm est aussi attribuée à Bii^er, quoiqu'on eût commencé à y élever des habitations depuis la destruction de Sigtuna, en 1187, par des pirates finlandais. La petite tle sur laquelle était b&tie la première ville, entre les deux bras du Màlaren ', fut fortifiée pour défendre le pays contre la piraterie des Finnois, si redoutables encore à cette époque que le pape, par une bulle de 12Ô9, engage les rois de Suède et de Danemark à réunir leurs efforts contre les déprédations des païens sur les côtes de la Suède : « Stockholm était la clé du lac Maren, dit le premier auteur de la Chronique rimée, et sept villes couronnaient ses rives. » Plusieurs traités de commerce attestent l'existence de ces villes. Une convention entre Lubock et Hambourg assurait la liberté réciproque du commerce, et cette liberté s'étendit jusqu'à Riga. Dans le renouvellement du traité avec Lubeck , on rappelle celui qui avait été en vigueur entre la Suède et les villes allemandes depuis le temps du roi Canut Eriksson. Birger chercha à ouvrir des relations avec l'Angleterre. Il était estimé comme médiateur dans les différends du Danemark et de la Norvège , et il donna asile dans sa cour à

* Edêôre signifie serment

■ « Elle avait des tour» et des remparts, dit Olaus Pétri , mais ces murs n'étaient que des palissades en bois, ainsi que ceux qui entouraientla ville en 1317. » (Voyez Seript, rerum sveoic, l. 1, sed. l, p. 56.)

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