CHAPITRE lY
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un grand-duc de Russie*. Birger-Jarl, roi sans en avoir le titre, le dernier et le plus puissant des Jarls suédois , mourut le 21 octobre 1266. Il laissa des regrets, quoique sa conduite n*eût pas été irréprochable. Les yieiUards et les Jeunes gens le pleurèrent, disent les chroniqueurs , et les femmes, dont il avait réhabilité et assuré les droits, prièrent pour son âme.
Waldemar prit alors les rênes du gouvernement ^ mais il devait céder  ses frères les parties de son royaume que son père leur avait destinées. Magnus reçut la Sudermanie avec le ch&teau de NykOping \ il fut le seul qui porta le titre de duc pendant la vie de Waldemar. Erik , dont le fief n'est pas indiqué , ne prit le titre de prince qu'après Tavénement de Magnus au trône *, mais, il mourut bientôt après , en 1275. Benoît {Bengî ) , le plus Jeune , entra dans les ordres : il fut nommé chancelier sous le règne de Magnus, fait duc de Finlande en 1284, et deux années plus tard évoque de Linkôping ; il mourut , revêtu de cette dignité , en 1291. Il était aimé pour sa bonté, et fit de vains efforts pour entretenir la bonne intelligence entre ses frères*. Les deux plus âgés ne tardèrent pas à se brouifier avec Waldemar, qui ne pensait qu'à ses plaisirs. La reine mécontenta gravement ses beaux-frères: elle donna à Erik, à cause de son peu d'importance, le surnom d'Erik nul (Erik alsintet). Il porta ses plaintes en Norvège. Magnus, qui était d'une complexion sèche et d'un teint basané , fut nommé Kettilbotaren. Mais sa cour était plus brillante et plus nombreuse que celle du roi \ ses courtisans s'exerçaient aux tournois. Une intrigue amoureuse fit perdre à Waldemar son royaume. Sa femme Sophie , qui lui avait déjà donné plusieurs héritiers ', reçut, en 1273, une visite de sa sœur Jutta , qui ^vait quitté son couvent pour venir
* Andrel Jaroslawitseb » frère d'Alexandre NewskI. (Voyez Karamsin. )
* Birger-Jarl avait en outre an fils naturel nommé Gultorm et qui mourut en 1384.
> Un fils Erik (un autre plus âgé et du même nom mourat en 1268); deui filles, RIehissa et Marina, dont la première épousa le prince Prtmislav de Katitsch » depuis roi de Pologne. Nous devons an mariage de la dernière avec le comte Kudolpbc de Diepholt une tradition romanesque. (V.iS'crtpl. renirnsveciCf t.l, secl.2y p. 12.) Jl ne faut pas oublier une autre fille, Marguerite, qui prit le voile dans le couvent de bkenninge, saivanl ErieusOlai.
en Suède, helU comme un ange venant du ciel^ dit l'ancienne Chronique rimée. Une liaison criminelle , dont un enfant fut le fruit , s'établit entre elle et le roi, introduisit la discorde dans la maison de celui-ci, le ravala aux yeux du peuple et lui attira les anathèmes de TÉglise. On voit qu'il fut obligé d'expier sa faute par un pèlerinage à Rome , car la bulle du 9 Janvier 1274', par laquelle le pape défend d'élire un autre roi en Suède , parait avoir été sollicitée par Waldemar pendant son voyage. Les lettres de Magnus, avec le titre de roi, n'existent que depuis le commencement de 1275. En da tant une lettre de Tannée 1 285 comme de la douziè me de son règne , il paraît qu'il y comprend le temps de sa régence pendant l'absence de Waldemar. C'est lÀ ce qui explique pourquoi il était si peu disposé à céder le royaume au retour du roi. Une entrevue eut lieu entre les quatre nrères dans Télé de 1274. L'oiïre qu'y ût le cadet de sa part du royaume, pour maintenir la concorde dans sa famille, resta sans résultat : l'année suivante éclata la guerre civile. Magnus et Erik Ûrent alliance avec Erik Glipping roi de Danemark , qui leur donna un secours en hommes , en échange d'une promesse de six mille marcs d'argent. L'armée du roi, composée en grande partie de paysans , rencontra les Danois à Hofva , en Yestrogothle, et leur disputa le passage de la forêt du Tiweden. Waldemar et toute sa cour, dans une sécurité parfaite, s'étaient arrêtés au milieu de la forêt de Ramundeboda ; on dit même que le roi s'était livré au sommeil et que la reine jouait aux échecs , plaisantant sur le prince Magnus, lorsqu'un messager couvert de sang vint leur annoncer le désastre et la fuite de l'armée. Waldemar et son épouse , emportant leur flls âgé de trois ans, s'enfuirent à travers les forêts du Yermeland et se réfugièrent en Norvège. Waldemar fit ensuite une tentative qui ne réussit pas : étant rentré en Suède, il fut fait prisonnier et obligé d'en passer par les conditions que Magnus lui imposa ; on ne lui restitua que la Gothie. Magnus fut couronné en 1279 à Upsala , où le siège de l'archevêché , qui était auparavant dans l'ancienne ville du même nom , avait été transféré. Waldemar tenta de recouvrer sa puissance par la médiation de la Norvège et avec le secours du Dane-
* Celse, Bullarium.
mark , lorsque le roi de ce pays eut embrassé sa cause ^ mais il échoua et se consola dans les bras d'une nouvelle maîtresse. Un ancien mémoire contient ce passage : a En 1279, le roi Waldemar abandonna ses droits à sa part dans le royaume à son frère Alagnus et se ren^ dit en Danemark à cause d'une certaine Gbris- (ine. » Nous le voyons quitter sa femme et en prendre successivement trois autres, renouveler plusieurs fois ses prétentions et son abdication, et enfin emprisonné au ch&teau de NykOping, en 1288. Sa captivité n'était pas dure ; elle devint encore plus douce après la mort de Magnus. Son ûls Erik, ayant été arrêté, partagea son sort. Waldemar termina ses jours en prison, en 1302 '. Son fils fut rendu à la liberté et fait duc, comme on le voit dans les anciennes chartes de Norvège'. En 1322 il devint Tun des sénateurs du roi Magnus Ériksson.
Magnus avait d'abord été élevé au trône par les habitans d'Upland {Upplënningamé) , nom générique que la Chronique rimée donne aux habitans de, la Suède proprement dite. Ils n'a- Vaient ni oublié leur ancien droit d'élire les rois et de les déposer , ni perdu leur valeur turbulente héréditaire : on les trouve toujours sous les amites dans toutes les révoltes desFolkunga. Aussi Magnus en eut-il une à combattre , de même que son père , lorsqu'il eut terminé la guerre de Danemark, qui s'était bornée à des dévastations réciproques. Les habitans de la Suède (^Uppsvear) lui reprochaient sa clémence envers les étrangers et la confiance avec laquelle il les traitait de préférence aux naturels , d'autant plus que cette faveur était sauvent payée d'ingratitude. Peder Porse, exilé danois qui avait gagné la faveur de Magnus , enferma lui-même , pour se faire payer d'une dette, le roi dans un château qui lui avait été confié. On dit néanmoins que le roi ne lui retira pas ses bonnes grâces. Ingemar Nilsson , autre chevalier danois, pour qui le roi avait de l'attachement et à qui il avait donné en mariage sa parente Hélène, était l'objet de la haine générale. Ici la famille Folkunga se montre de nouveau, et des menaces elle en vient aux voies de fait. Elle fit périr en 1278 Ingemar Nilsson, fit enfermer le comte Gerhard de Holstein, beau-frère du roi, qui était venu pour voir sa
' * Script, rerum s vecic, l. I,p. 29. »5uhni, Iliêtoric af Danemark^ t. H, p. G73.
flUe , força la reine â entrer dans un couvent , assiégea lônkôping et parut disposée à remettre Waldemar sur le trône. Le danger était si imminent que Magnus fut obligé de recourir à la dissimulation. Il apaisa les révoltés par des promesses et des flatteries -, des lettres et des traités attestent le bon accord apparent du roi et de Blrger Philipsson , un des chefs rebelles. Le roi dtnait un jour chez eux ; il les invita ensuite è le venir voir dans son domaine de Gâlaquist , près de Skara. Ils furent arrêtés là où le favori du roi avait été assassiné. Transférés à Stockholm, quatre d'entre eux furent décapités en 1280; beaucoup d'autres perdirent la vie, et leurs biens furent confisqués. On est étonné de voir la loi romaine {Julia majestatis) invoquée contre les rebelles <. Ce fut la troisième et la dernière révolte des Foikungar sous trois règnes consécutifs. Ce nom, si longtemps redouté, ne reparaît plus, quoiqu'on sache qu'en dehors de la branche qui occupait le trône, des membres importans de la famille ont survécu aux derniers désastres. Il parait démontré que le nom deFolkungadevintâla fin celui d'un parti et servit à désigner la plus puissante des ligues et des bandes guerrières qu'aient enfantées les longues guerres civiles. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que le roi, par son ordonnance de Skenninge de 1285, défend, sous les peines les plus sévères , les associations et les sociétés secrètes , surtout parmi la noblesse , comme un mal enraciné , dont le royaume avait fait trop longtemps la dure expérience. Les affiliés de ces sociétés étaient mis hors la loi pour le reste de leur vie , et leurs terres étaient dévastées , à moins que le roi ne leur fit grâce.
Les ordonnances et les mesures prises à cette époque , après que les discordes civiles eurent été apaisées, jettent un grand jour sur l'état du pays. On les a peut-être trop aisément regardées comme une législation nouvelle, tandis qu'elles sont plutôt l'expression d'un état de choses existant , et sous ce point de vue elles offrent plus d'inlérèt. On dit généralement que c'est le roi Magnus qui a établi les assemblées des notables (herredagame), et a ainsi ravi au peuple son droit de participation à la confection des lots, tel qu'il l'exerçait dans les anciens alsherjarting. Mais ces assemblées étaient
* InlegemJuliam mc^estatis inciderunt. (fietlrc du roi à son frère Benoît, du 25 juillel 1383.)