‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 41 sur 275 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

(skaUêkyldighet) *, mais dans les deux cas, nonseulement la liberté individuelle était garantie, mais le droit plein et entier de possession territoriale était assuré.

Magnus a achevé d'affranchir les terres du clergé iandeliga fr&bet) en Suéde et attaché les premiers privilèges à celles des nobles (verldsliga eller adeliga fràlset). Le but de ces privilèges était moins d'augmenter la puissance des nobles que d'étendre celle du roi. On peut considérer cette innovation comme une tentative de faire de la noblesse une noblesse de service (tjenstfidel) ou de faire du service la condition d'une liberté noble. Les employés du roi {konungens màn) jouissaient sans doute depuis longtemps de l'exemption des taxes: « Ils lui servaient^ selon les propres paroles de Magnus, de conseil et d'appui, et, pour cela, méritaient plus d'honneur. » C'étaient en général des personnes de haute naissance-, du moins aucun d'eux, s'il n'était né libre {frihoren) ne pouvait avoir l'honneur d'être frère d'armes du roi. Mais cette noblesse était personnelle et non héréditaire. Il y avait une autre noblesse de naissance dont l'opinion publique reconnaissait l'existence anté-: rieure aux prlvilégeset assez puissante pours'en passer -, cependant on remarque de bonne heure les efforts du roi pour l'attirer à son service et à sa cour : ce sont les membres de cette ancienne noblesse tenant aux maisons royales par le sang ou par alliance qui, dans les actes de cette époque , sont nommés k$ grands S Us barons et les nobles du royaume* , les hommes d'une haute et bonne naissance.

Aussi étaient-ils entourés d'une cour guerrière, qui s'était augmentée pendant les troubles intérieurs ^ ils mesuraient leur liberté sur leur puissance, et probablement il ne leur manquait ni la volonté ni les moyens de se soustraire aux impôts. Ce n'était pas seulement à la cour des rois que les plus grands honneurs étaient, attachés à ceux qui y exerçaient quelque emploi, puisque les lois ne mettaient pas moins de prix à la vie d'un homme de la cour d'un jarl, d'un èvêque ou d'un autre seigneur qui entretenait quarante serviteurs dans sa maison qu'à celle d'un serviteur du roi. Lorsque le roi Magnus exempta des contributions tous ceux qui servaient à cheval sonsquelque seigneur que ce pût

* Magnâtes y majorée j dans les anciennes chartes,— inotherra (seigneur) dans la Loi d'OstrogotMe,

* DaroMê sueeiœ, nobiles, dans Éricus Olai.

être ' , il avait évidemment le dessein de gagner à la couronne ces bandes guerrières qui se distinguaient par leur brillante tenue, et de faire en quelque sorte dépendre la liberté des nobles de l'obligation du service. Telle est l'origine de l'équipement des cavaliers nobles (a{ife%a rusttiensten*). Quiconque s'était monté à ses frais pour entrer dans le corps de cavalerie et combattre les ennemis de l'État obtenait la franchise (fr&lse) pour sa personne et ses biens : c'est ce qu'on appela service pour exemption, en opposition au paiement des contributions comme paysan. Les hommes de cette dernière classe pouvaient obtenir le même avantage par le même moyen, et beaucoup l'ont fait. La négligence à faire son service à cheval > entraînait pourlc chevalier la perte de son droit d'exemp* tion aux termes de la loi. Le titre de chevalier, créé par Magnus, était deyenu aussi une distinction personnelle parmi la noblesse, dont les institutions rappellent celle de la chevalerie. Dans les actes publics, les chevaliers sont toujours nommés en première ligne après les évoques : seuls ils sont appelés seigneurs {herremàn) ; après eux viennent les écuyers (vtfpnare svenar afvapen ou gens d'armes), d'après l'étymologie du mot noblesse de service *. Ces deux classes étaient comprises sous la dénomination d'hommes de naissance: elle ne s'appliquait donc pas seulement aux nobles qui s'étaient dispensés de la taxe en s'équipant.

Depuis les dissensions civiles et la guerre avec le Danemark , la tranquillité s'était solidement établie sous le règne de Magnus -, il jouissait d'une grande autorité chez ses voisins et était allié à plusieurs princes allemands **. Il fut choisi comme arbitre dans les différends qui s'élevèrent entre la Norvège et les villes anséaliques, différends à l'occasion desquels il est parlé des Allemands de Yisby * comme d'un

* Ordoniiance d'Alsnô de 1285.

' JRot ou nu signifie en vieux suédois cheval; d'où rostjenst ou ruêtjenst, service à cheval. ' Ordonnance du roi (Magnus Érilissoa) de 1385.

* Sven signifie servUeur.

^ Les margraves de Brandenbourg Othon, Conrad et Jean, ainsi que le comte Gerhard de Hoislein et de Schauenbourg s'étaient engagés à le secourir. Le der • nier reçut 600 marcs en monnaie de toute espèce ((ui, d'après Oiaus Pelri, représentaient 200 marcs d'argent

^ \i!l8 anséalique de i'ile de Gottland dans la BalUque.

IJISTOIRE DK SUÉDE.

peuple aussi indépendant que lesaulres. Après avoir, en 1228 , mis fin aux querelles et aux rixes des |>aysans de Gotlland avec les bourgeois de Yisby , il i établit son ancienne dotninalion sur le Goltland. Sa cour était le brillant théâtre d'exercices chevaleresques. Les places de marsk (connétable) et de drols (grand chancelier do justice), dont il était déjà fait mention dans les anciens temps, devinrent par la suite si importantes que ceux qui les remplissaient rappelèrent la puissance des jarls. Magnus tint les grands dans la soumission pendant son régne. Les puissans fils d'Algot, dont Tun avait enlevé une femme , Turent punis d'exil , d'emprisonnement et de mort.

Il fut le plus libéral de tous les rois de Suéde

envers TEglise ; aussi est-il appelé quelquefois Magnus-le-SairU. 11 fonda cinq couvens. Son testament, fait en 1285, prouve qu'il avait fait vœu d'une croisade pour la délivrance de la Terre-Sainle et qu'une dîmeavait été levée pendant cinq ans dans ce but par les légats du pape. 11 eut sept cnfans d'Uedvig, princesse de Holslein, qu'il avait épousée en 1276 et qui lui survécut. Un fils et une fille étaient morts en bas âge ; les autres étaient encore en minorilé. Trois d'entre eux , Birger, Erik et Waldemar, dont le premier portait déjà le titre de roi du vivant de son père, devaient se disputer plus tard la possession du royaume. La princesse Rikissa dés son bas âge avait été confiée avec beaucoup d'apparat, par le roi, au couvent de Sainte-Claire à Stockholm. Ingeborg futfian* céc en 1296 au roi de Danemark Erik Menwed : sa mémoire s'est conservée précieusement dans ce royaume.

Magnus , sentant approcher sa fin , assembla les grands et leur confia le soin de ses enfans ; il nomma le marsk Torkel Knutsson leur tuteur et mourut â Wisingsô le 18 décembre 1290. Il fut mis dans le tombeau qu'il avait fait construiredansle couventdes Franciscains de Stockholm , en exprimant le vœu que ^(m souvenir ne s'évanoidt pas comme le son des cloches, etquil allât au delà du tombeau.

Birger, qui, dès l'âge de trois ans, avait été élu, en 1284, à la place de son père, monta sur le trône , et Torkel Knutsson entra dans les fonctions de tuteur. Ce règne , dans lequel le marsk (connétable) a laissé des souvenirs si honorables que la Chronique rimée dit : « L'état de la Suède était si prospère que de longtemps il

ne le sera davantage,» ce règne commença malheureusement par une famine et une mortalité qui rendirent surtout désastreuse l'année 129 1 • Torkel Knutsson acheva en Finlande l'ouvrage de saint Erik et; de Birger- Jarl en y établissant le christianisme et en soumettant la partie orientale du pays, d'où sortaient fréquemment des Caréliens idolâtres pour se livrer à la piraterie et ravager de fond en comble ■ les pays qu'ils attaquaient. Une croisade fut entreprise en 1 293 contre les Caréliens, qui furent vaincus , se soumirent au tribut et devinrent chrétiens , du moins de nom *.Wiborg fut fondée pour assurer cette conquête. Par là les Suédois communiquèrent immédiatement avec la Russie.

Cette croisade finnoise entraîna aussi une guerre avec ce pays. Les Suédois , dans le cours de la campagne, prirent et fortifièrent Kexholm ; mais ils perdirent bientôt cette place , et quelques années après, Landscrone fut fondée par le marsk lui-même.

Il n'y avait pas encore en Suède de code de lois formé ou sanctionné par le roi. Les coutumes en vigueur dans les différentes provinces, et d'où sortaient les anciennes lois provinciales, étaient en général confirmées par le roi lorsque, après son élection sur la pierre de Mora^ {Mora-Sien ) , il fesait sa tournée dans le royaume {eriksgata) pour recevoir les hommages des peuples ^ mais l'application des lois ou l'administration de la justice était confiéeaux sénéchaux , qui devaient chaque année donner au peuple lecture des lois elles-mêmes *. Il paraît qu'elles étaient renfermées dans de courtes sentences formulées sur un mètre antique , ce qui est prouvé par les proverbes rimes qu'on trouve souvent dans les anciennes lois. Desrcglemens législatifs de celte nature avaient été réunis sous le nom éQflochr, qui signifie colléetion de vers ; il y était enjoint aux sénéchaux

' Dans une circulaire adressée à Lubeck et à plusfeurs villes anséaliques. le rot Birger dit que les Caréliens n'épargnaient ni le sexe,ni rège,ni la condiUon. Ils arrachaient aux prisonniers les intestins ou ils les écorchaient. Ces cruautés déterminèrent la croisade de Birger-Jarl contre les Tawasliens.

* Karamsin prétend que les Russes avaient été baptisés avant l'arrivée des Suédois.

* MoraSteUt dans le voisinage d*Upsala, où les roia de Suède furent élus jusqu'à Gustave Wasa.

* « Legislatores regni annis singulis tenenlur coràm populo legem consuétudinis publicare.» (Voyez la letUe du pape Innocent III en date du 6 mars 1206.)

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