‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 49 sur 275 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

iuJeU. SoD mariage ne fui pas heureux, elle n'eul pas d'enfans, et plus d'une fois elle éprouva de son mari des mauvais traitemens. On peut dire que depuis 1401, Erik partagea ie pouvoir avec Marguerite; c'est alors qu'il fit sa tournée {eriksgatà) dans le royaume. A cette occasion , on remit une partie des impôts extraordinaires, désignés sous difTérens noms. Marguerite promit Tabolition des autres par une lettre qu'elle écrivit deux ans plus tard et dans laquelle , en termes Irés-soumis, elle demandait grftce pour les charges qu'elle avait été obligée d'imposer sur le peuple; elle en rejetait la faute sur ses intendans (fogdar).

En dépit de cette promesse, on leva un nou- Tel impôt extraordinaire sur chaque cheminée pour racheter l'Ile de Gottland , engagée aux chevaliers de l'ordre prussien par Albrekt et que Marguerite recouvra en la séparant de la Suéde. Lorsqu'on voit par la lettre d'excuses que les commandans des châteaux royaux imposent des travaux arbitraires aux paysans, qu'ils logent leurs soldats avec leurs chevaux dans les campagnes, qu'ils traitent en pays conquis ; que ces commandans lèvent des impôts en leur nom ; que se ne sont souvent que des étrangers ou des aventuriers sans asile» on conçoit facilement la cause des plaintes perpétuelles du peuple. Les mêmes abus avaient lieu sur les terres des grands et sur les domaines de la couronne. Dans les unes comme dans les autres, on exerçait le droit déjuger les personnes attachées au service '. On voit quelques individus de cette dernière classe que des nobles ' ont élevés à leur rang pour eux et leur postérité. Les actes de violence dont on se plaignait n'étaient pas l'œuvre des étrangers seulement : Abraham Brodersson, de qui la Chronique nmée , qui en général se montre favorable à la noblesse, a fait le plus grand éloge pour sa bravoure et son intelligence, sacrifiait à sa tyrannie, suivant d'autres témoignages contemporains, le bien des hommes et l'honneur des femmes. En 1410, Erik le fit juger et exécuter, moins, selon toute apparence, par un sentiment de justice que parce que le chevalier , dans la guerre

' D'après la Loi de Magnu» Ériktion, sanctionnée par Marguerite et Erik de Poniéranle.

* Bo Jônsson et Garl Uirsson (Sparre), seigneurs de Tofla , ont laissé de semblables lettres d'anoblissement. Erik fut le premier qui accorda des diplômes de noblesse avec bouclier et quartiers.

de Schleswig, n'avait pu réduire le château de Sonderbourg , que ses grandes possessions en Suède et en Danemark le rendaient trop puissant et qu'il était favori de Marguerite, qui voulait le sauver. Elle fonda des messes pour le repos de son Âme et ne lui survécut pas longtemps: elle mourut sur un vaisseau en rade de Flensbourg, en 1412 ; elle succomba, dit-on , t la peste qui ravageait alors le Nord , À l'Âge de 60 ans, estimée en Danemark, même en Suéde, et renommée pour sa haute prudence ; mais nos chroniques lui imputent tous les maux que l'Union a causés après sa mort.

Erik de Poméranie, comme ii est appelé, se trouva seul au pouvoir. Il consuma une grande partie de son long règne à assurer l'hérédité do la couronne à la maison ducale de Poméranie et à soutenir pour la possession de Schleswig une guerre que , malgré sa puissance, il poursuivit sans succès pendant trente ans contre les faibles comtes de Holstein *. C'est sans doute dans le premier dessein que le roi crut devoir confier les châteaux de Suède aux étrangers. La guerre, poursuivie avec opiniâtreté, mais trèsmal dirigée, mêlée d'interruptions et de négch" dations, rendit nécessaires de nouveaux impôts et des levées continuelles de jeunes gens, qui périrent la plupart de misère ou dans les fers. liCs contributions étaient d'autant plus oné-^ reuses qu'on les exigeait en espèces pour les transporter en Danemark et que chaque ville ou district était imposé pour une certaine somme qu'on ne rougissait pas d'arracher aux malheureux habilans par les moyens les plus violens et les plus cruels. Quoique le roi eût altéré la monnaie , elle devint si rare que les terres des contribuables furent hypothéquées pour des sommes bien inférieures à leur valeur réelle. Il n'y avait plus de justice. Les lings en général ne s'assemblaient plus, mèmepour juger

' Celte guerre eut lieu au sujet de Tinvesliture de Schlesvig, que les Holstenois reconnaissaient apparte*^ nir au Danemark, mais dont ils voulaient faire un fief héréditaire. Le Danemark s'y opposa et chercha à s'cmparer du pays. La querelle s^engagea après la mort de Gerhard de Holstein, en 1404, à l'occasion de la tutelle de ses enfans, et ne se termina qu'en 1435 lorsque la révolte qui éclata en Suède obligea le roi à se réconcilier avec le comte Adolphe de Holstein. L'affaire principale resta indécise. La même année la paii fut conclue avec les villes Vendes, Hambourg, Lubeck, Lune-, bourg, Wismar , qui dans les neuf demièrei annéei.se rangèrent du côté du Holstein.

les causes criminelles. Les places des Juges les plus indispensables restèrent vacantes, ou si on les remplissait, elles étaient accordées aux étrangers à cause des revenus qu'ils en tiraient ; les paysans se plaignirent d'être traités durement par ces hommes qui ne devaient leurs places qu'à la faveur *.

Tout fut abandonné aux intendans étrangers, et Ton peut prendre une idée exacte de leurs mœurs si Ton considère que parmi les cornmandans des forteresses de Suède, il se trouvait quatre des plus fameux pirates de cette époque. Le chapelain du roi *, malgré sa qualité d'archevêque , ne rougit pas de se livrer k ce métier, et JOsse Ériksson , noble danois , Jutlandais d'origine , qui avait été pendant plusieurs années gouverneur pour le roi du Ycstmanland et de la Dalécarlie, est accusé d'avoir fait pendre les paysans et atteler des femmes enceintes à des voitures <;|iargées de foin. Une ancienne romance suédoise nous parle de semblables horreurs du commandant de la forteresse de Faxaholm dans la Helsingie.

A cette époque vivait en Dalécarlie, près de Kopparberget, un propriétaire de mines, Engelbrekt Engelbrektsson, homme d'une ftme élevée, quoique d'une petite taille, et habile capitaine : il avait vécu dans sa Jeunesse à la cour des grands-, son éloquence égalait son courage. Il se chargea de porter au roi Erik les plaintes des Dalécarliens -, à celte effet , il se rendit en Danemark , où il demanda justice de la tyrannie des gouverneurs et des commandans. ïl proposa de se constituer prisonnier et d'engager sa vie comme garantie de la vérité de ses Inculpations. D'après des lettres du roi au sénat de Suéde , une instruction eut lieu, et les plaintes se Irouvérent bien fondées-, mais le sénat s'étant borné à présenter des remontrances et le gouverneur ayant été maintenu , Engeibrekt se présenta de nouveau devant le roi et demanda la punition du criminel avec des paroles si menaçantes qu'Erik, irrité, lui défendit de

' Voyez les plainte» du peuple suédois dans la Chronique de Umtfeld, (Copenhague, IC52, t. 3, p. 781 }.

'Arendt Clemenssens « Il n'eiisla Jamais, dU la Chronique rimée , de scélérat plus pervers. Un de ses prédécesseurs, Jobannes Jerichlni , étranger comme lui, fut destitué A cause de ses vices; il reçut cependant plus Urd le diocèse de Skalholt, en Islande ; mais il y commit tant de crimes que les paysans l'arrêtèrent et e jetèrent dans la rivière de Bruar. »

Jamais reparaître à ses yeux. MaisEngelbrekt lui répliqua avec la fierté d'un homme libre : « Je reviendrai encore une fois. » Ses compatriotes le choisirent pour chef, et il marcha à leur tète contre Weslerâs, où commandait JOsse Eriksson. Le sénat intervint comme médiateur entre le peuple qui demandait justice et ses oppresseurs. Deux fois il détermina les Dalécarliens à regagner leurs foyers. Le gouverneur continua d'exiger le paiement de l'impôt sans qu'il lui en arrivât aucun mal ; mais sa place , devenue vacante , ayant été remplie par un étranger détesté, la population de la Dalécarlie prit de nouveau les armes le jour de la Saint-Jean (1434) avec autant d'accord, dit la chronique, que si ce n'eût été qu'un seul homme. Tous jurèrent de chasser les étrangers. Le château de Borganâs, qui s'élevait dans une tle du fleuve Data, fut pris et détruit. Les Dalécarliens s'avancèrent dans le Yestmanland, dont les habitans se réunirent à eux. Engelbrekt avait imploré le secours de la noblesse de cette contrée en la convoquant àVesterâs, qui capitula plus tard. Il en reçut une promesse favorable-, car eût-elle refusé ses services, elle n'en aurait pas été moins obligée de défendre ses propriétés et de veiller à son propre salut.

Les paysans d'Upland vinrent rejoindre Engelbrekt â Upsala. Au milieu d'une assemblée immense , il développa les causes et le but de son entreprise , et le peuple répondit en le bénissant. Sa voix était si éclatante que son discours fut entendu de toute l'armée. Il lui demandait si elle voulait Faider à délivrer la patrie de l'esclavage dans lequel elle gémissait. Tous répondirent qu'ils étaient prêts à le suivre. Engelbrekt , avec Je consentement de la noblesse qui assistait â celte réunion , diminua les impôts d'un tiers. Il envoya de tous les côtés des messagers chargés de proclamations. Les paysans du Norrland et de l'Ostrobothnie prirent les armes sous le commandement d'Erik Puke. Le peuple de la Sudermanie se précipita sur Gripsholm , dont le commandant prit la fuite en mettant le feu au château. Pour co qui regardait Stockholm, on signa un armistice, qui devait durer jusqu'au mois de novembre, avec le chevalier Jean KrôpeUn > le seul des chefs étrangers qui fût considéré pour sa modération et sa justice envers le peuple. On conclut également avec les habiians de Nik5ping et d'Orebro une capitulation eu vertu de

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