‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 50 sur 275 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

laquelle ces Tilles deyaieDt ouvrir leurs portes au cas où elles ne seraient pas secourues ayant six semaines. Les paysans rasèrent les châteaux des gouverneurs dans le Vermland et le Dalsland. Dans sa marche vers le sud du royaume, Engelbrekt rencontra àVadstena le sénat, qui revenait du Danemark -, il rengagea & rétablir, de concert avec lui, les anciens droits et les libertés du pays, a Depuis le dernier roi Magnus ', des tyrans, non des rois , avaient régné sur la Suède. » Le sénat opposa le serment qu'il avait prêté au roi : « U a violé le sien , » répliqua EngelbrekL

Le sénat persista dans son refus , sans réflexion. Engelbrekt le contraignit, le poing sous la gorge. Celui-ci menaça les évèques, qui parlèrent au nom du sénat, de les abandonner à la fureur des paysans *. Alors le sénat céda. Une protestation contre Tobéissance due au roi Erik fut signée sur place et expédiée en Danemark par Engelbrekt. Il divisa son armée en trois corps , en continuant sa marche vers le Midi ^ il invita par lettres les paysans d'Upland A obéir au sénat de Stockholm, car la capitale était déjà en son pouvoir. Ces lettres commençaient par ces mots : « Moi Engelbrekt Engelbrektsson avec tous mes frères d'armes ( med alhm minam medhjelparom ). » Dans toutes les provinces, les populations prirent les armes et se rangèrent sous ses drapeaux. Son armée, s'il faut en croire un récit plus récent', montait à cent mille combattans. Plus de vingt bourgs et châteaux furent pris et abattus d'autant plus facilement que la plupart étaient construits en bois. Partout les gouverpeurs et les commandans furent chassés; mais aucun ne fut sacrifié à la vengeance du peuple , si ce n'est Jôsse Eriksson, qui se cacha dans le couvent de Wadstena, d'où il fut arraché, deux ans après, par les paysans pour être conduit à l'échafaud. Les meurtriers furent obligés de payer de fortes amendes au couvent^. Tout ce qui appartenait au roi fut pillé; toutes les propriétés particulières furent respectées, et un proverbe disait qu'Engelbrekt et son armée n'a* valent fait perdre à personne la valeur d'un

' « Magni regii uUimi, » (Cricus Olai, O^ron» rim.)

* Oironique rimée.

* Johannes Magnus.

* Diarium TVadttenense de 1436, où Ton dit que ce tyran était specialU amicus monoêterii et contulit magnum tettamentum.

poulet *. Les événemens se succédèrent avec rapidité. Le 16 août 1434, la lettre de destitution avait été expédiée de Wadstena. Avant la fin du mois d'octobre, une grande partie des forteresses du royaume étaient occupées et le Halland repris sur les Danois^ Engelbrekt était de retour de Yesterfis et l'armée des paysans renvoyée dans ses foyers.

Dans le mois de novembre, le roi revint pour quelque temps à Stockholm, ce qui occasionna un nouveau rassemblement des paysans contre la cq>itale et une diète qui se réunit è Arboga au commencement de l'année 1435 et où Engelbrekt fut élu régent d'une voix unanime. Il paraît que dès ce moment les grands se rapprochèrent du roi ^ on proposa une réconciliation dont les conventions furent préparées à Stockholm dans l'automne delà même année. Les hautes fonctions de drots et de marsk devaient être rétablies en Suède y les impôts fixés et votés par le sénat , les pays pourvus de Juges, les forteresses et châteaux qui étalent encore debout, remis entre les mains du roi, à l'excep^ tion de Stockholm, de Nikôping et de Kalmar : Des Suédois pouvaient seuls en avoir le commandement ] celui d'Ôrebro devait être confié Â Engelbrekt ; le Halland revenait au. Danemark. Le vieux Christer Nilsson ( Wase ) fut nommé drots du royaume, et Charles Knutsson (Bonde) l'un des plus riches de la Suède , riksmarsk. Au lieu des instructions qu'il demandait au roi, il n'en reçut que cette r<^onse : « N'étendez pas vos pieds au delà de la couverture. »• Il répondit au sénat qui lui faisait des remontrances : qu'il ne voulait pas dire amen à toutes leurs observations. En s'en allant, il pilla luimême les côtes de la Suède ] plusieurs des nou-^ veaux gouverneurs et commandans se distinguèrent par des actes de cruauté *. Ce fut alors. qu'Engett)rekt et Charles Knutsson s'emparèrent delà capitale, quoique le commandant danois tînt encore dans le château. Dans une nouvelle assemblée de trente grands seigneurs convoqués pour l'élection du régent, Charles Knutsson réunit presque tous les suffrages. Engelbrekt et Suke ne purent dissimuler leur mécontentement, et leurs paysans menacèrent si haut que Charles Knutsson fut obligé d'ad-

* Ericus Olai.

* Voyés la relation de la conduite du nouv^u coja'* mandant de Stegeborg. ^

mettre flogelbrekt au partage de ta puissance. Cefui-ci marcha contre les nouveaux intendans danois et s'avança vers les frontières du Dane* mark. Il reprit le Haliand^ puis, affaibli par la maladie, il retourna à Ôrebro. Dans le voisinage de cette ville demeurait Benoît (Bengt) Stensson, delà noble famille deNatloch Dag, et grand partisan du roi Erik *. Il était mal^avec Ëngelbrekt ^ il lui fit demander et obtint de lui un sauf-conduit pour une entrevue où s'opéra une réconciliation assurée par des garanties réciproques. La paix devait régner entre eux Jusqu'à ce que les motifs de plainte eussent été soumis"ai| jugement du sénat. Ëngelbrekt reçut son ennemi avec bienveillance. Trop faible pour supporter la fatigue du cheval , il suivit son conseil de traverser sur une barque le lac Hjelmaren pour se rendre à Stockholm, où il était appelé par le sénat; il se laissa malheureusement prendre à ce piège. Deux barques transportèrent Ëngelbrekt, sa femme et quelques serviteurs -, ils passèrent vers la brune près de Gôksholm, château de Benoit Stensson, et abordèrent à une petite tie qui n'en était pas éloignée'. Ëngelbrekt résolut d'y passer la nuit et fit allumer du feu pour se garantir du froid, qui était encore assez intense ( on était à la fin d'avril). Cependant une autre barque s'approchait de rtle, et Ëngelbrekt, croyant qu'elle lui apportait un message de Gôksholm , se sentait déjà reconnaissant de cette courtoisie. Appuyé sur sa béquille, il alla d'un pas chancelant à la rencontre des nouveaux venus et leur indiqua un bon lieu de relâche. Mans Bengtsson, le fils de celui qu'il considérait comme son ami, sautant hors de la barque , demanda avec colère s'il n'y avait plus dans le royaume de lieu où l'on fût en sûreté contre Ëngelbrekt. Sur la réponse de celui-ci , qu'il ne soupçonnait pas qu'ils fussent ennemis, M&ns Bengtsson lui lança sa hache à la tête, Le malade, avec sa béquille , para le coup en détournant l'arme qui Tatleignit à la main. De nouveaux coups, portés ^ Ëngelbrekt à la tète et au cou , retendirent sans vie sur le sol. L'assassin, comme une bête féroce en fureur, lui écrasa la tête , lui couvrit le corps de flèches et , le laissant baigné dans son sang , emmena sa femme et ses compa-

* Aussi élail'îl on de ceux que le roi voulait nommer drots.

■ Il est encore appelé Engelbrektholmen (IMIÔt d'Engelbrelit).

gnons et les tint prisonniers dans son chAt^au. C'était le 27 avril 1436. — Les paysans des environs recueillirent le corps d'Engelbrekt et l'enterrèrent d'abord dans l'église de MAIlôsa , d'où il fut transporté à Orebro. Le château fortifié de G<)ksholm fut attaqué par le peuple irrité ; mais les assaillans furent repoussés, et le nouveau régent, Charles Knutsson, fit publier des lettres de grâce qui défendaient d'insulter l'assassin ou de lui reprocher son crime. Ce fut ainsi qu'Engelbrekt termina sa glorieuse carrière. Un récit contemporain dit qu'il régna trois ans sur la Suède. Quoique les nobles, en général lui fussent opposés, il comptait cependant parmi eux des amis dévoués et de sincères admirateurs : le brave Broder Svensson était son frère d'armes, et l'évèque Thomas a pleuré sa nK>rt dans des vers qu'on ne lit pas sans émotion. Lé peuple a conservé le souvenir vénéré d'Engelbrekt-, il l'a toujours regardé comme le martyr de la liberté suédoise, et la crédulité attesta des miracles sur son tom^ beau\

Un homme qui plus que tout autre avait gagné aux grands mouvemens populaires voulait maintenant y mettre un frein : c'était Charles Knutsson (Bonde). Il était, comme nous l'avons vu, peu scrupuleux sur le choix des moyens; il avait encore , après la mort d'Engelbrekt , bon nombre de rivaux qui s'appuyaient tantôt sur l'aristocratie, tantôt sur la faveur populaire, quelquefois sur tous deux à la fois. Le chev^ier Broder Svensson, un des sénateurs du royaume, mécontent d'avoir été oublié dans la répartition des provinces depuis que le régent avait entre les mains la totalité des châteaux, fit de l'opposition contre lui à l'assemblée des seigneurs de SOdei'kôping en 1436. Il fut arrêté, et dans la niatinèe du lendemain on le trouva décapité. Erik Puke , homme rude et véhément , qui exerçait une grande influence sur les paysans, harcela le régent par des me^ naces, des séditions, des attaques directes ou des pièges qu'il lui tendit. Charles Knutsson endura tout d'abord avec assez de patience; mais & la fin il fit arrêter Erik Puke par surprise au milieu d'une négociation , à Testeras, en 1437, et il le livra au bourreau. Le vieux drots lui-même, connu par son humeur éco-

• « Plnrimis ceruscat miraculis. » {Diarium Wadstenense.)

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