‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 5 sur 275 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Ils vinrent de$ frontières de TAsie, du pays d'Asahem , au delà du Tanals. Là était le château d'Asgard , sorte de place de sacriflce oi!^ Odin victorieux, siégeait au milieu de douze prêtres sacriOcateurs, appelés dtar (dieux) et droUnar ( maîtres ) et qui remplissaient les fonctions de juges. La migration se fil par le Gardarike (la Russie) jusqu'au Saxland (pays des Saxons), au Danemark et à la Suéde, où Odin établit sa résidepce dans Tan-» cienne Sigtunq , sur les bords du lac Mœlaren ^ là il fonda un temple et établit des sacriflces, d'après la coutume des ases. Ses lieutenans portent des noms de dieux, sont adorés comme tels, et ils ont des habitations qui reçoivent leur nom des demeures célestes ■. Le lieu de leur séjour s'appelle MatAem, pour le distinguer de Godhem^ qui est celui des dieux. On dit que toute sagesse vient d'Odin et de ses ases , et qu'il en est de même de tous les arts cultivés dans les contrées de la Scandinavie. Mais commue dans la saga des dieux Odin occupe le premier rang, il est aussi dans celle des rois le plus grand , le plus respecté. Son peuple lui attribuait Fissue des batailles : ses guerriers se précipitent avec fureur dans la mêlée , sans armes défensives , et le feu ni le fer ne peuvent les atteindre. Celte manière de combattre fut appelée Berserksgang *. La beaulé d'Odin faisait battre les cœurs de ses amis^ mais il était terrible en face de ses ennemis. Il était éloquent, et la poésie de son langage donnait une couleur de vérité à tous ses discours. Le premier, il cultiva et enseigna Fart de la poésie ) les mystères des

* Niord dans Noalnn, Heindal dans Hlmlnbierg, Thor dans Trudwang, Balder dans BreJdablUc. Upsala où demeurait Frey est le seul nom historique , et sert aussi A désigner la salie du roi , le leraple.

• On ut ûàm JYarraiive of the Burmete ff^ar, by major Snodgràss; London, 1827, qu'une partie de Tarmée des Birmans, pendant la dernière gaerre des Anglais contre cette nation aux Indes , fut surnommée Tlke liny' s invulnérables ; ils paraissaient invulnérables ; ils se précipitaient avec acharnement dans la mêlée après avoir bu de Topium , et ils bravaient l'ennemi par des danses guerrières. — Une partie des peuples des montagnes qui habitent les environs des frontières de la Chine étaient commandés par trois jeunes et belles femmes , qui se figuraient que leur haute

.V naissance les mettrait A Tabri des boulets anglais; mais toutes trois trouvèrent la mort dans la mêlée. Ainsi les Berserkar et les f^alkyrior sont d'origine orientale.

JRunes et la science de lire dans Tayenir. Au reste , son portrait , comme homme, ne diffère pas beaucoup de celui qui est tracé dans la mythologie du Nord. Il est en même temps dieu, héros, barde, législateur, et schaman asiatique ou sorcier, changeant de forme à volonté. Il posa en Suède la loi qui régit les ases ; il ordonna de brûler les morts : plus on livrait aux flammes, avec leurs restes d'objels qui leur avaient appartenu, plus ils devaient être riches en arrivant au AValhall. Des tombeaux rappelaient la mémoire des grands personnages , et des pierres tumulaires (fiatUMU" nar) étaient érigées à la bravoure et au courage. Il établit en outre trois grandes cérémonies votives ; la première au commencement de Thiver pour obtenir une année bonne et heureuse*, la seconde, au milieu de la même saison pour les productions de la terre *, et la troi» sième, dans Fêlé, pour s'assurer la victoire. Dans tout le Suithiod , le peuple offrait des tributs à Odin pour se le rendre favorable contre les ennemis, et des sacrifices pour qu'il proté* geàt les récoltes. Odin, accablé de vieillesse, se fit percer d'un trait sur son lit de mort. (Test ce qu'on appela depuis se donner ou se sacrifier à Odin. Il recueillait tous les hommes tombés dans les combats, disant qu'il visitait le pays des dieux pour y traiter ses amis. Les Suédois crurent qu'il s'était retiré à Asgard l'ancien, pour y vivre éternellement. Us avaient foi en lui et firent des sacrifices à sa mémoire. Souvent , quand la guerre était à leurs portes, ils croyaient qu'Odin se manifestait à eux, donnant aux uns la victoire, invitant les autres à Walhall, et tous ces augures Jeur paraissaient heureux.

Niord élait le plus puissant après Odin : il présidait aux sacrifices. Il était du pays des Yanes, sur les bords du Tanaïs, et avait été reçu avec ses enfans au nombre des ases avant la migration vers le nord. Les années furent bonnes sous son règne, de sorte que le peuple crut qu'il tenait dans ses mains le bonheur des hommes. Dans le même temps , la plupart des dieux s'éteignirent *, Niord mourut aussi dans son lit et se sacrifia à Odin. Les Suédois le brûlèrent et versèrent des larmes sur son tombeau.

Frey, son fils , lui succéda et fut heureux comme lui par l'amour du peuple et par la fertilité qui signala son règne. C'est à lui qu'on

attribue la construction du grand temple d'Upsala , qu'il choisit pour sa résidence et auquel il donna ses trésors et ses terres. (Test de là que dériye le mot Vpsala^Ôde par lequel nous désignons ce qui fut d'abord la propriété perpétuelle du temple et devint plus tard celle des rois de Suéde ■• Tous les pays étaient florissans sous le régne de Frey-, on appelait cet état de choses Frode-Freden ; les Suédois Tattribuant à Frey , lui rendirent de plus grands honneurs qu'à tous les autres dieux *. Frey tomba malade; alors ses guerriers élevèrent un tertre sous lequel ils le déposèrent en secret après sa mort; pendant trois ans^ ils firent croire aux Suédois qu'il viyait encore, et ceux* cl continuèrent d'apporter le tribut annuel sur son tombeau. La paix et le bonheur ftirent la suite de celte croyance. Quand les Suédois apprirent que Frey était mort et qu'ils virent que les années n'avaient pas été moins bonnes , ils se persuadèrent que cet état de prospérité durerait tant que Frey resterait dans le Suithiod. Aussi ne voulurent-ils pas le brûler. Ils le proclamèrent le Dieu du monde et lui offrirent des sacrifices pour la paix et l'abondance. Il reçut un autre nom, Yngve, appellation poétique qui signifie roi, d'où la première famille royale de Suède fut nommée Ynglinga. — Freya sa sœur, qui lui survécut et qui présidait aux sacrifices, fut la dernière divinité du pays.

Fîolner, fils d'Yngve Frey, est le premier de la famille Ynglinga. On voit que, dans les Sagas des rois comme dans la mythologie, un âge heureux suit la fondation du culte des dieux. Ce bonheur disparaît sous Fîolner, le premier roi qui ne fui pas fait dieu -, deux filles de géant en furent cause, suivant la Nouvelle Edda : esclaves à la cour de Frode, roi de Danemark , elles chaulaient dans un moulin , et leurs chants parlaient d'or, de paix, de bonheur. Mais le roi ayant durement exigé d'elles des chants plus relevés, elles entonnèrent un hymne guerrier ', qui fit mouvoir les

' Upsala audr, d^Upsalir. Upp$alame (les hautes salles) , nom qu*OD donnait au temple, et audr (rieheftse), si gniGe propriété du temple et correspond au tciUvof des Grecs.

* Freyj que Saio appelle Frë^ est le mot mœsogothique/r*ar«;a; celui des Anglo-Saions/Veo; celui des Ciermalns fro et signifie maîire.

' On le trouve dans Skalda : il est intitulé Grottu tavngr (le chant du moulin).

pierres du moulin avec tant de violence qu'elles se brisèrent. La guerre s'alluma et le roi Frode fut tué. Ainsi finit ce Frode-Freden. Fiolner avait, avant la fin de cet fige heureux , terminé ses jours dans le sein même de l'abondance. Il s'était enivré dans un festin chez le roi Frode, et il tomba dans une cuve d'hydromel , où il trouva la mort, — fi dans un lac sans vent» selon Texpression de l'ancien barde. Suivant des vers de Thiodolf où ce barde chante les ancêtres du roi Harald Hârfager auquel il était attaché, la Saga i' Ynglinga d'où nous avons tiré ce que nous venons de dire , a été composée en Islande. Snorre Sturleson l'a mise en tète des Sagas des rois et il Ta augmentée d'après les récits des hommes instruits. Ce qu'elle contient de cette famille des rois de Suède est en grande partie confirmé par des citations de la narration du barde. Dans un supplément, nous donnerons, à la fin du volume, les noms des rois d'après la Saga d' Ynglinga. Mais pour fonder une chronologie, nous n'osons pas nous appuyer sur cette saga, où la fable et la vérité sont confondues. Que le barde attribue une origine divine aux ancêtres des rois, c'est un trait commun à toutes les mythologies. Mais il parait , d'après ce qui suit , que les sagas plus anciennes d'où il tire son récit, formaient un ensemble poétique. Nous retrouvons la même matière que la saga des héros du Nord parait traiter avec tant de plaisir, la chute d'une famille royale célèbre, occasionnée par les discordes, à la suite d'une ancienne malédiction. La famille d' Ynglinga devait se détruire par ses propres mains *, telle était la condition imposée aux fils du roi Visbur, quand ils voulurent tirer vengeance de leur père , par la prophélesse Huld, la reine des sorcières du Nord, dont les paysans suédois ont conservé le souvenir '. Le trône fut souillé du sang des frères et des fils , versé par leurs plus proches parens , jusqu'à l'extinction complète de la famille d'Ynglinga par le crime d'Ingiald lUrada. La saga donne des éclaircissemens sur l'état du pays et du peuple à i'êpoque où ce grave événement eut lieu ^ nous emploierons ses propres expressions. Braut Anund fut le roi le plus heureux. : sous son règne, son pays fleurit par la paix et Tabondance. Le Suithiod était encore de son temps

* Us lui donnent aujourd'hui le nom de Dame Uylle (flylle Fnten),

Page 1